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CANADA  COUNCIL  SPECIAL  GRANT 


FOR 

ART   '68 


BULLETIN 


SOCIETE   DE    L'HISTOIRE   DE.  L'ART    FRANCAI 


BULLETIN 


DE  LA  SOCIÉTÉ 


L^HISTOIRE   DE   L'ART   FRANÇAIS 


ANNEE   1922 


LIBRAIRIE    ARMAND    COLIN 

io3,  boulevard  Saint-Michel,  PARIS  [V") 
1922 


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N 

6541 


BULLETIN 

DE    LA 

SOCIÉTÉ  DE  L'HISTOIRE  DE  L'ART  FRANÇAIS 

ANNÉE  1922. 

SÉANCE    DU    7    JANVIER    1922. 


COMITE  DIRECTEUR. 

La  séance  est  présidée  par  M.  Gaston  Brière,  président. 

Présents  :  MM.  Alfassa,  Charlier,  Cordey,  Fontaine, 
Furcy-Raynaud,  Guiffrey,  le  comte  d'Harcourt,  Laran, 
Lemoisne,  Lemonnier,  Pierre  Marcel,  Marquet  de  Vasse- 
lot,  Henry  Martin,  André  Michel,  Ramet,  Ratouis  de  Li- 
may,  Réau,  Rouchès,  Saunier,  Stein,  Vitry. 

—  En  ouvrant  pour  la  première  fois  une  séance  à 
l'École  du  Louvre,  le  Président  tient  à  exprimer  de  nou- 
veau sa  gratitude  à  M.  le  Directeur  des  Musées  nationaux 
pour  l'hospitalité  qu'il  veut  bien  offrir  à  la  Société;  il 
remercie  également  le  Président  de  l'Union  centrale  des 
arts  décoratifs  qui,  pendant  de  longues  années,  a  fait,  au 
pavillon  de  Marsan,  un  si  excellent  accueil  à  la  Société. 

—  Le  Comité  examine  l'état  des  publications  en  cours  : 
l'impression  du  Bulletin  de  l'année  1921  sera  prochaine- 
ment terminée;  le  tome  VII  des  Procès-verbaux  de  l'Aca- 
démie d'architecture  paraîtra  dans  le  premier  semestre  de 
l'année. 

—  M.  Laran  expose  suivant  quel  plan  et  dans  quelles 
conditions  le  Catalogue  de  l'œuvre  de  Nicolas- Bernard 
Lépicié,  rédigé  par  M.  Philippe-Gaston  Dreyfus,  sera 
publié  dans  le  Bulletin. 


—  M.  Jean  Guiffrey  informe  le  Comité  que  M.  Ché- 
vrier  a  bien  voulu  accepter  de  lui  communiquer  toutes 
les  fiches  sur  Prud'hon  réunies  par  M.  Eudoxe  Marcille. 
D'autre  part,  M.  Anatole  France  mettra  à  sa  disposition 
les  documents  qu'il  possède  sur  le  peintre  et  sur  son 
œuvre. 

—  Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 

Mme  la  baronne  Seillière,  présentée  par  le  marquis  de 
Sayve  et  la  comtesse  de  Sayve;  M.  Jean  Bourguignon, 
conservateur  du  Palais  national  de  Malmaison,  présenté 
par  MM.  Lefuel  et  Ramet;  M.  Henri  Bourrelier,  éditeur, 
présenté  par  MM.  Jolis  et  Rouchès  ;  M.  Paul  Brame, 
présenté  par  MM.  Lemoisne  et  Ratouis  de  Limay  ; 
M.  Brouwet,  présenté  par  MM.  Lefuel  et  Marmottan; 
M.  Michel  Garsow,  deuxième  secrétaire  de  l'ambassade 
de  Russie,  présenté  par  MM.  Alfassa  et  Brière  ;  M.  Robert 
Dubois-Gorneau,  présenté  par  MM.  Lefuel  et  Marmottan; 
le  baron  André  de  Fleury,  présenté  par  MM.  Lefuel  et 
Réau;  M.  Girod  de  l'Ain,  présenté  par  MM.  J.  Masson 
et  Brière;  M.  Paul  Haviland,  présenté  par  MM.  Ratouis 
de  Limay  et  Brière;  M.  Georges  de  Loukomski,  conser- 
vateur du  Musée  de  Kiew,  présenté  par  MM.  Ratouis  de 
Limay  et  Réau;  M.  Georges-André  Luquet,  présenté  par 
MM.  Ratouis  de  Limay  et  Ramet;  M.  Edouard  Michel, 
présenté  par  MM.  Demonts  et  Laran;  M.  Pierre  Mor- 
nand,  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale,  présenté 
par  MM.  Gordey  et  Vallery-Radot;  M.  Victor  Nodet,  pré- 
senté par  MM.  Vitry  et  Aubert;  M.  Victor  Puiforcat,  pré- 
senté par  MM.  Lefuel  et  Marmottan  ;  M.  Alexandre  Troub- 
nikoff,  ancien  conservateur  du  Musée  de  l'Ermitage, 
présenté  par  MM.  Demonts  et  Jeannerat. 

«  II. 

RÉUNION  DE  LA  SOCIÉTÉ. 

Présents  :  MM.  le  comte  Allard  du  Ghollet,  Marcel 
Aubert  ;  Mlle  Ballot  ;  Mme  la  comtesse  de  Boisgelin  ; 
MM.  G.  Brière,  le  capitaine  Buttin;  MHe  Gharageat; 
MM.  R.  Gharlier,  J.  Gordey,  L.  Dimier;  MUe  Duportal; 


—  7  — 
MM.  H.  Fage,  Furcy-Raynaud,  A.  Godillot;  Mme  Gre- 
nier; MM.  le  comte  d'Harcourt,  J.  Hatt,  P.  Hermel  ; 
Mlle  Ingersoll-Smouse  ;  MM.  G.  Jeannerat,  A.  Kahn  ; 
Mlles  Lamy  et  Laplagne;  MM.  P.  Lavallée,  G.  Lebel, 
H.  Lefuel,  Lotte,  de  Loukomski;  Mlle  Maillard;  MM.  J.  J. 
Marquet  de  Vasselot,  Henry  Martin,  E.  May,  André  Mi- 
chel, G.  Migeon,  P.  Mornand,  G.  Perdreau,  A.  Picard, 
A.  Ramet,  P.  Ratouis  de  Limay,  L.  Réau,  Seymour  de 
Ricci,  Robiquet,  G.  Rouchès,  Ed.  Salles,  Gh.  Saunier, 
E.  Sommier,  H.  Stein,  P.  Vitry;  Mme  Watel-Dehaynin. 


Les  portraits   de   la  famille   Grimod  de  la  Reynière. 
(Communication  de  M.  Henri  Guerlin.) 

Les  journaux  ont  annoncé  que  l'année  Grimod  de  la 
Reynière  allait  succéder,  pour  les  gourmets,  à  l'année 
Brillât-Savarin.  Je  sacrifierai  donc,  comme  on  dit,  à  l'ac- 
tualité, en  attirant  votre  attention  sur  les  portraits  de  la 
famille  de  la  Reynière.  J'espère  que  ce  sacrifice  ne  se 
fera  pas,  toutefois,  aux  dépens  de  l'histoire  de  l'art.  Car 
les  Grimod,  si  l'on  veut  bien  me  permettre  de  jouer  un 
peu  sur  les  mots,  étaient,  dans  tous  les  sens,  des  gens  de 
goût.  Il  faudrait  n'avoir  lu  aucun  des  mémoires  où  est 
relatée  la  chronique  plus  ou  moins  scandaleuse  du 
xviiie  siècle,  —  Grimm  ou  Mariette  ou  Restif  de  la  Bre- 
tonne, —  pour  ignorer  la  place  qu'a  tenue,  dans  ce  monde 
frivole  et  charmant,  la  famille  de  la  Reynière.  Nous  nous 
contenterons  de  rappeler  que  l'origine  de  sa  fortune  est  à 
Vienne  et  à  Lyon.  De  là,  Antoine  Grimod  père  vint  exer- 
cer à  Paris,  de  171 1  à  1719,  la  charge  avantageuse  de  fer- 
mier général,  dans  laquelle  lui  succédèrent  son  fils  et  son 
petit-fils  :  Gaspard  Grimod  de  la  Reynière  (1721-1756), 
l'époux  de  Madeleine  Mazade,  tous  deux  immortalisés  par 
La  Tour;  puis  Laurent  Grimod  de  la  Reynière  (i735- 
1793),  qui  épousa  Suzanne-Françoise  de  Jarente.  Celle-ci 
se  glorifiait  de  réunir  dans  son  salon  les  noms  les  plus 
célèbres  de  la  noblesse,  de  la  littérature  et  des  arts.  Parmi 


—  8  — 

les  plus  intimes,  on  citait  l'abbé  Barthélémy,  le  colonel 
des  Suisses,  baron  de  Bezenval,  ou  le  comte  de  Vaudreuil. 
Les  mariages  d'une  sœur  de  M"ie  de  la  Reynière  avec 
M.  de  Nicolaï,  et  des  deux  sœurs  de  Laurent  Grimod, 
l'une  avec  M.  de  Levis  et  l'autre  avec  M.  de  Malesherbes, 
augmentèrent  encore  le  prestige  de  ce  salon.  On  y  donnait 
de  brillants  concerts  où  l'on  entendait  les  plus  célèbres 
musiciens,  tels  que  Sacchini,  Piccini,  Garât  et  Richer. 
Et  l'on  goûtait,  en  sortant,  le  plaisir  suprême  de  couvrir 
les  hôtes  de  brocards,  de  se  glisser  dans  l'oreille  des  anec- 
dotes si  divertissantes  que  l'écho  en  est  parvenu  jusqu'à 
nous.  Le  fils  de  la  maison,  Balthazar,  celui  qui  devait 
acquérir,  comme  gourmet,  une  si  prodigieuse  renommée, 
fournissait  surtout  à  ces  médisances  un  thème  inépui- 
sable. Élevé  entre  M^e  Quinaut  et  l'évêque  d'Orléans, 
frère  de  sa  mère,  cet  enfant  terrible  avait  aussi  sa  société, 
plus  mêlée,  mais  que  l'on  jugera  non  moins  brillante  que 
celle  de  l'orgueilleuse  Suzanne  de  Jarente,  —  si  l'on  a 
pour  les  gens  d'esprit  le  même  penchant  que  Balthazar. 
Beaumarchais,  Restif  de  la  Bretonne,  Condillac,  Colin 
d'Harleville  s'y  rencontraient  avec  de  pauvres  hères  tout 
crottés  de  la  boue  des  ruisseaux.  On  y  disait  et  faisait 
beaucoup  de  folies.  Si  vous  voulez  savoir  lesquelles, 
lisez  Desnoiresterres  et  Monselet'.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu 
de  répéter  les  anecdotes  du  grand  mystificateur  qu'était 
Balthazar.  Celui-ci  aimait  à  prêter  à  ses  amis.  Et  ses  his- 
toriens le  lui  ont  bien  rendu. 

Pénétrer  dans  le  salon  de  Mme  de  la  Reynière,  c'est 
donc  entrer  en  relations  avec  des  grands  seigneurs  de  la 
plus  historique  noblesse,  des  fermiers  généraux,  des 
hommes  de  lettres  et  des  artistes,  des  gens  d'esprit  et  des 
gens  d'argent;  c'est  apercevoir  d'un  seul  coup  d'œil  les 
types  les  plus  caractéristiques  de  cette  fin  de  l'ancien 
régime.  Et  rien  ne  nous  "permettra  de  nous  représenter 
les  hôtes  de  ce  salon  illustre,  comme  le  témoignage  des 

I.  Gustave  Desnoiresterres,  Grimod  de  la  Reynière  et  son 
groupe.  Paris,  Didier,  1877;  —  Charles  Monselet,  Les  oubliés. 
Alençon,  Poulet-Malassis,  1857. 


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artistes  qui  nous  ont  légué  leurs  physionomies.  Ce  témoi- 
gnage n'est  pas  moins  piquant,  et  il  est  moins  suspect 
que  ceux  que  nous  irions  glaner  un  peu  partout  dans  les 
mémoires  plus  ou  moins  véridiques  de  ce  siècle  où  l'on 
fit  un  art  de  trancher  une  réputation  d'un  mot,  comme 
une  tête  d'un  coup  de  couperet.  Encore  ces  témoignages 
devrons-nous  en  vérifier  la  valeur  et  soumettre  à  une  cri- 
tique sévère  ces  différents  portraits  pour  nous  assurer  de 
leur  identité.  Et  nous  verrons  que  ce  n'est  pas  facile. 

Le  premier  fermier  général  de  la  famille,  Antoine  Gri- 
mod,  né  en  1647,  mort  en  lySi  ou  1735,  nous  est  connu 
par  une  gravure  posthume  exécutée  en  1736,  d'après  un 
portrait-médaillon  d'Antoine  Quay,  gravé  par  un  ami  de 
la  famille,  l'abbé  Gampion  de  Tersan.  Nous  retrouvons 
le  même  personnage,  vu  de  face,  dans  un  portrait  qui 
semble  peint  entre  1700  et  1720.  Par  un  hasard  assez  sin- 
gulier, nous  avons  découvert  ce  portrait  il  y  a  seulement 
quelques  jours.  L'inscription  Grimot  (sic)  de  la  Reynibre 
a  été  ajoutée  après  coup,  comme  le  prouve  la  faute  d'or- 
thographe et  aussi  cette  circonstance  qu'Antoine  Grimod 
n'a  jamais  anobli  d'aucun  titre  son  nom  roturier.  Il  se 
sentait  glorieux  cependant  de  sa  prospérité  récente.  Il 
venait  d'arriver  de  Lyon  à  Paris,  avait  été  présenté  au 
roi,  en  avait  obtenu  le  titre  de  fermier  général  qui  sera 
porté  par  trois  de  ses  descendants.  Il  fit  faire  son  portrait 
sans  doute  dans  le  costume  de  présentation  à  la  cour  :  le 
portrait  marque  l'avènement  d'une  dynastie. 

Voici  ensuite  Antoine-Gaspard  Grimod  de  la  Reynière 
(1690?- 1756)  et  son  épouse  Marie-Madeleine  Mazade 
(1716-1773).  Ceux-là  vous  les  connaissez  bien.  Et  il  me 
sufîira  de  vous  rappeler  que  ces  portraits  sont  ceux  qui 
ont  été  envoyés  par  La  Tour  au  Salon  de  175 1.  Qui  les  a 
vus  a  connu  les  deux  modèles  et  ne  les  oubliera  plus. 
Ainsi  la  famille  de  la  Reynière  entre  dans  l'histoire  de 
l'art  avec  deux  chefs-d'œuvre  et  dans  la  chronique  avec 
des  anecdotes  peu  flatteuses  et  plus  ou  moins  véridiques. 
On  sait  que,  sous  prétexte  que  «  les  riches  devaient  payer 
pour  les  pauvres  »,  La  Tour  demanda  au  fermier  général 
un  prix  tellement  exorbitant  que  celui-ci  lui  aurait  laissé 


—    10  — 

son  portrait  pour  compte'.  La  Tour  se  serait  vengé  en 
faisant  gratis  celui  du  domestique.  L'anecdote  a  son  prix. 
Elle  en  aurait  davantage,  surtout  aux  yeux  des  marchands, 
si  l'on  parvenait  à  retrouver  chez  quelque  héritier  du  sus- 
dit valet  le  portrait  si  généreusement  offert.  Jusqu'à  preuve 
du  contraire,  nous  admettrons  que  La  Tour,  homme  irri- 
table, mais  pratique,  aimait  la  vengeance  et  la  préférait 
gratuite. 

Le  fils  qui,  en  ijbô,  succéda  à  Antoine-Gaspard  Gri- 
mod  de  la  Reynière  dans  sa  charge,  Laurent  de  la  Rey- 
nière,  qui  était  mécène  et  homme  de  goût,  et  qui  fut  plus 
tard  nommé  membre  amateur  de  l'Académie  royale,  eût 
bien  voulu,  j'aime  à  le  croire,  fût-ce  au  prix  d'un  méchant 
commérage,  bénéficier  pour  lui  et  pour  sa  femme,  Su- 
zanne de  Jarente,  d'un  portraitiste  de  la  valeur  de  La 
Tour.  Celui-ci  conservait-il  de  la  rancune  envers  la 
famille  de  la  Reynière  ou  Laurent  de  la  Reynière,  se  lais- 
sant éblouir  par  l'éclatante  vogue  des  Van  Loo,  préféra- 
t-il  leur  talent  à  celui  de  l'irascible  Picard?  Un  académi- 
cien, même  honoraire,  aurait-il  commis  une  telle  erreur 
de  goût?  Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'il  choisit  pour  por- 
traitiste le  peintre  du  roi  d'Espagne,  Louis-Michel  Van 
Loo,  qui  était  rentré  en  France  en  lySS.  C'est  dans  les 
premiers  temps  de  son  séjour  à  Paris  que  dut  être  exécuté 
le  portrait  de  Laurent  de  la  Reynière.  De  ce  portrait  nous 
connaissons  cinq  répliques  anciennes  :  l'une  d'elles, 
signée,  qui  appartient  à  Mme  la  baronne  d'Etchegoyen, 
une  descendante  de  Mme  de  Nicolaï,  sœur  de  Mme  de 
la  Reynière,  a  pour  pendant  un  délicieux  portrait  de 
cette  dernière  également  signé  de  Van  Loo.  Une  autre 
réplique  du  même  portrait  de  Laurent  de  la  Reynière  a 
été  achetée  par  M.  Mame  à  la  vente  Kramer  en  iQiS;  une 
troisième  réplique  m'appartient  par  héritage  de  famille. 
Provenant  d'une  origine  semblable,  une  quatrième  effigie, 
accompagnée  du  portrait  de  Suzanne  de  Jarente,  est  entre 
les  mains  de  M.  Allard  de  Châteauneuf,  qui  en  a  donné 
une  copie  au  cercle  de  la  rue  Boissy-d'Anglas^,  ancienne 

1.  Mariette,  Abécédaire. 

2.  Celle-ci  ne  comprend  que  le  haut  du  buste,  l'habit  étant 


demeure  de  la  Reynière.  Enfin,  une  cinquième  réplique, 
mais  qui  ne  paraît  pas  de  la  main  de  Van  Loo,  et  qui 
avait  d'ailleurs  été  attribuée  à  Drouais,  a  été  vue  par  moi 
chez  un  antiquaire  de  la  rue  Royale,  qui  l'avait  reçue  en 
dépôt.  Pour  qui  aura  examiné  attentivement  les  œuvres 
de  Louis-Michel  Van  Loo,  il  ne  semble  pas  douteux  que 
ces  différents  portraits,  le  dernier  excepté,  ne  soient 
authentiques  au  même  titre  que  ceux  qui  figurent  à  Ma- 
drid et  à  Versailles. 

Les  uns  ont  la  forme  ovale,  les  autres  sont  quadrangu- 
laires.  Tous  offrent  la  même  facture  brillante,  d'une  habi- 
leté incontestable,  mais  un  peu  banale,  il  faut  l'avouer, 
corrigée  par  un  sens  décoratif  extrêmement  séduisant. 
En  somme,  un  portrait  joliment  élégant,  d'observation 
dénuée  de  toute  cruauté,  qui  devait  plaire  infiniment  à 
un  homme  riche  et  qui  avait  des  prétentions. 

Le  modèle,  —  le  visage  de  face,  le  corps  tourné  de  trois 
quarts,  vêtu  d'un  éclatant  habit  ponceau,  —  affirme  ses 
goûts  d'artiste  par  un  bâton  de  sanguine  qu'il  tient  dans 
sa  main  droite  et  l'élégance  de  son  corps,  par  la  main 
gauche,  presque  féminine,  qu'il  étend  à  hauteur  du  jabot, 
comme  pour  se  désigner  soi-même.  On  n'est  pas  très 
étonné  d'apprendre  que  cette  main-là  ait  été  timide  à 
manier  l'épée,  ainsi  que  le  prétend  la  chronique,  et  ce 
visage  efféminé  convient  assez  bien  à  l'homme  qui  se 
cachait  dans  sa  cave  les  jours  où  le  tonnerre  grondait. 
D'autres  preuves,  plus  précises,  nous  permettent,  d'ail- 
leurs, d'identifier  ce  portrait.  D'abord  l'unanimité  de  ces 
cinq  traditions,  dont  trois  au  moins  sont  héritages  de 
famille.  Ensuite,  observez  la  ressemblance  frappante 
entre  ce  visage  et  celui  de  Madeleine  Mazade,  tel  que  La 
Tour  nous  l'a  transmis.  Enfin,  je  signalerai  que  le  prénom 
de  mon  arrière-grand-père,  Laurent,  est  également  celui 
de  son  parrain,  le  second  Grimod  de  la  Reynière.  Et  l'on 
connaît  assez  l'habitude  qu'avaient  les  parrains  de  faire 
don  de  leurs  portraits  à  leurs  filleuls  pour  convenir  qu'il 
y  a,  dans  cette  coïncidence,  et  une  explication  pour  le  don 

couleur  prune  et  non  ponceau,  comme  dans  toutes  les  autres 
répliques. 


de  ce  portrait,  et  un  argument  de  plus  en  faveur  de  cette 
identité. 

Je  signalerai  également  l'existence,  en  ma  possession, 
d'une  petite  miniature  très  soignée,  signée  de  Mii°  De 
Noiresterres,  d'après  le  même  modèle  plus  âgé,  mais  ayant 
conservé,  jusque  vers  la  fin  du  règne  de  Louis  XVI,  toute 
son  élégance  un  peu  féminine.  Et  je  pense  que  l'on  con- 
sidérera la  question  comme  parfaitement  éclaircie. 

Le  portrait  de  Suzanne  de  Jarente,  par  L.-M.  Van  Loo, 
qui  appartient  à  Mme  la  baronne  d'Etchegoyen,  au  château 
de  Baclair,  est  une  œuvre  charmante,  où  la  jeune  femme 
est  représentée  en  train  de  prendre  son  chocolat. 

Un  membre  de  la  même  famille,  M.  le  marquis  de 
Montaut,  a  acquis  dans  une  vente  un  autre  portrait  de 
Mme  de  la  Reynière,  qui  paraît  bien,  lui  aussi,  sortir  de 
l'atelier  de  L.-M.  Van  Loo.  C'est  un  ovale  qui  nous  pré- 
sente le  visage  et  le  buste  d'une  très  jolie  femme  aux 
yeux  bleus.  Des  boucles  de  cheveux  poudrés  à  frimas 
encadrent  sa  figure  souriante,  dont  la  fraîcheur  est 
rehaussée  par  le  bleu  outremer  du  vêtement  et  les  fleurs 
de  son  corsage.  En  somme,  une  œuvre  très  séduisante 
dont  la  ressemblance  est  garantie  par  le  médaillon  bien 
connu  de  Nini.  Mais  celui-ci  souligne  davantage  le  port 
de  reine,  le  fin  et  impérieux  profil  de  cette  femme  que  le 
bon  Doyen  prétendait  «  attaquée  de  noblesse  »,  et  dont 
Mme  Vigée-Lebrun,  de  son  côté,  critique  «  l'air  noble  et 
fier  »,  en  ajoutant  :  «  Elle  avait  été  belle,  très  grande  et 
très  maigre.  »  Les  peintres  ne  regardaient  la  pauvre 
Suzanne  de  Jarente  avec  bienveillance  que  lorsqu'ils 
avaient  la  palette  en  main.  L'instinct  professionnel  avait 
raison  alors  de  leur  antipathie,  et  ils  oubliaient  la  femme 
en  faveur  du  modèle.  Il  fallait  bien,  d'ailleurs,  que  Suzanne 
de  Jarente  pontifiât  un  peu  pour  son  oncle  et  pour  son 
frère,  tous  deux  élevés  successivement  au  siège  épiscopal 
d'Orléans,  qui  ne  pontifiaient  pas  assez,  —  l'oncle  sur- 
tout, Louis  Sextius  de  Gérente  (ou  Jarente)  de  la  Bruyère. 
Cet  étrange  évêque  a  fait  reproduire  ses  traits,  et  le  tableau 
est  encore  au  Musée  d'Orléans.  Il  estimait  nécessaire 
d'être  dans  son  diocèse  au  moins  en  effigie.  Peut-être  cette 
œuvre  médiocre  est-elle  de  ce  Rabillon  qui  a  fait  de  lui 


—  i3  — 

un  autre  portrait  destiné  à  un  bréviaire  et  qui  fut  si  fine- 
ment gravé  par  Moreau  le  Jeune.  Une  autre  vignette  du 
même  est  due  à  Saint-Aubin.  Mais  il  ne  faudrait  pas  con- 
fondre l'original  de  ce  portrait  avec  celui  qu'a  représenté 
Vincent  en  1787  et  qui  est  au  même  Musée,  tandis  qu'au 
Musée  Jeanne  d'Arc  figure  une  autre  gravure  du  même 
évêque  due  à  Cochin.  En  1772,  l'oncle  de  Suzanne  de  Ja- 
rente  avait  quitté  Orléans  pour  aller  scandaliser  Marseille. 
Il  s'agit  dans  le  portrait  de  Vincent  et  dans  la  gravure  de 
Cochin  du  frère  de  Suzanne,  Mgr  d'Orgeval  de  Jarente, 
prélat  assez  léger  sans  doute,  mais  qui  n'est  point  cou- 
pable des  fredaines  que  l'on  imputait  à  son  oncle.  Mais 
revenons  à  Suzanne  de  Jarente. 

Le  portrait  qui  se  trouve  au  cercle  de  la  rue  Boissy- 
d'Anglas  n'est,  nous  l'avons  dit,  qu'une  copie  du  pastel 
qui  appartient  à  M.  AUard  de  Ghâteauneuf.  Il  semble  bien, 
—  autant  qu'on  puisse  en  juger  d'après  une  copie,  —  que 
ce  ne  soit  qu'une  variante  de  l'original  que  possède  M.  de 
Montant.  Même  mouvement  penché  de  la  tète,  mêmes 
boucles  dissimulant  le  cou  très  long  signalé  par  les  chro- 
niqueurs. Le  corsage  est  d'un  bleu  plus  pâle,  —  ce  qui 
peut  être  le  fait  du  copiste.  Le  bouquet  de  fleurs  est  sup- 
primé. En  revanche,  on  remarque  les  mêmes  caractères 
très  spéciaux  de  la  physionomie,  le  bas  de  la  figure  étant 
très  allongé  par  rapport  à  la  hauteur  du  nez,  et  aussi  la 
même  bouche  en  cœur  charmante  et  hautaine. 

Mais  voici  qui  va  compliquer  singulièrement  la  ques- 
tion. Il  existe  au  Musée  André  deux  portraits  de  Roslin, 
que  vous  connaissez  tous,  et  qui  sont  catalogués  comme 
étant  ceux  de  Laurent  Grimod  de  la  Reynière  et  de  Su- 
zanne-Françoise de  Jarente.  Un  simple  coup  d'œil  suffit 
à  démontrer  que,  si  nous  acceptons  cette  identité,  il  faut 
rejeter  celle  des  dix  portraits  que  nous  avons  précédem- 
ment étudiés.  Nulle  ressemblance  entre  le  Grimod  de  la 
Reynière  et  la  Suzanne  de  Jarente  de  L.-M.  Van  Loo  et 
le  couple  représenté  par  Roslin.  D'ailleurs,  à  la  date  de 
ces  derniers  portraits  (1764),  Laurent  de  la  Reynière  n'au- 
rait eu  que  vingt-huit  à  vingt-neuf  ans.  Et  il  est  évident 
que  le  portrait  de  Roslin  est  celui  d'un  homme  d'au  moins 
quarante  ans.  Fort  heureusement,  ni  M.  Emile  Bcrtaux  ni 


—  14  — 

M.  Pierre  de  Nolhac  ne  se  portent  garants  de  cette  attri- 
bution, ni  ne  mettent  dans  la  balance  le  poids  de  leur 
grande  érudition.  Jusqu'à  plus  ample  information,  cette 
identification  ne  repose  que  sur  l'affirmation  du  marchand 
qui  a  vendu  ces  tableaux  à  M.  et  Mme  André,  en  1889. 
Une  fiche  du  Musée  que  M.  de  Nolhac  a  bien  voulu  me 
communiquer  veut  trouver  «  une  ressemblance  frappante 
entre  ce  personnage  et  son  père,  dont  il  reprit  la  ferme  et 
dont  il  continua  la  vie  de  financier  fastueux  et  extrava- 
gant ».  Par  parenthèse,  je  trouve  ces  deux  épithètes  un 
peu  hasardées.  Fastueux,  oui.  Mais  pourquoi  extrava- 
gant? Je  crains  bien  que  l'érudit  qui  a  rédigé  cette  fiche 
n'ait  confondu  Laurent  Grimod,  le  riche  financier,  avec 
le  gourmet  excentrique  qu'il  avait  pour  fils,  et  qui  faisait 
son  désespoir.  Quant  à  la  ressemblance,  elle  est  plus 
apparente  que  réelle  et  ne  résiste  pas  à  un  examen  appro- 
fondi. On  ne  saurait  d'ailleurs  supposer  un  instant  que 
ces  portraits  soient  ceux  d'Antoine-Gaspard  et  de  sa 
femme.  Le  témoignage  de  La  Tour  est  là  pour  établir 
qu'il  n'y  a  aucune  ressemblance  entre  Madeleine  Mazade 
et  cette  blonde  ingénue.  Et  d'ailleurs  les  deux  toiles, 
comme  nous  l'avons  dit,  sont  datées  de  1764,  et  Antoine- 
Gaspard  était  depuis  onze  ans  mort  au  champ  d'honneur 
des  gourmets,  —  je  veux  dire  d'indigestion. 

Nous  avons  vu  qu'il  ne  peut  s'agir  de  Laurent.  «  Si  ce 
n'est  toi,  c'est  donc  ton  frère  »  ou  «  ton  beau-frère  ». 
Rien  de  plus  commun,  dans  les  familles,  que  ces  confu- 
sions d'identité. 

Et,  justement,  le  visage  représenté  par  Roslin  évoque 
le  souvenir  d'un  certain  buste  de  Houdon,  —  celui  de 
Guillaume  Lamoignon  de  Malesherbes,  le  fameux  défen- 
seur de  Louis  XVI,  qui  avait  épousé  Françoise-Thérèse 
de  la  Reynière. 

Rapprochons  les  deux  œuvres  d'art.  La  ressemblance 
est  indéniable.  Que  l'on  examine  chaque  trait  l'un  après 
l'autre.  Il  y  a,  ici  et  là,  identité  des  caractères  et  identité 
des  proportions.  Malesherbes,  bien  plus  âgé  que  sa  femme, 
avait  quarante-trois  ans  en  1764.  Et  ce  renseignement 
concorde  avec  notre  portrait. 


—  i5  — 

Il  faudrait  vraiment  être  bien  prévenu  pour  voir,  dans 
le  personnage  représenté  par  Roslin,  un  poltron  efféminé 
et  un  petit-maître  fastueux,  comme  tous  les  chroniqueurs 
nous  représentent  Laurent  de  la  Reynière.  Bien  plutôt, 
reconnaissons-nous  le  signalement  de  Malesherbes,  cet 
hom.me  qui  affectait  une  simplicité  allant,  aux  yeux  de 
certains,  jusqu'à  la  vulgarité.  Nous  retrouvons  jusqu'à 
son  sourire,  tel  qu'il  nous  est  décrit  par  un  contemporain 
qui  fut  de  ses  familiers.  «  Il  avait  aussi  un  demi-sourire, 
bien  connu  de  ses  amis,  qui  lui  servait  à  apprécier  les 
hommes  pervers  qui  voulaient,  malgré  lui,  descendre  dans 
sa  pensée  pour  la  corrompre;  ce  sourire  était  sa  seule 
malice,  et,  comme  il  n'en  fit  jamais  un  mauvais  usage,  il 
ne  faut  pas  le  lui  reprochera  »  Cette  expression,  sans 
doute,  est  plus  éloquemment  reproduite  dans  le  buste  de 
Houdon  que  dans  le  tableau  du  Musée  André.  Gela  prouve 
seulement  que  Houdon  était  un  artiste  bien  supérieur  à 
Roslin.  Je  ne  vous  parlerai  pas  de  tous  les  portraits  gra- 
vés de  Malesherbes  qui  nous  sont  parvenus.  Toute  cette 
imagerie,  —  même  le  portrait  gravé  d'après  Jean  Valade, 
—  ayant  perdu  dans  l'interprétation  du  graveur  presque 
toute  valeur  documentaire.  Tout  cela  est  généralement 
médiocre.  Malesherbes,  qui  aimait  les  bons  mots,  pour- 
rait dire  que,  décidément,  on  en  voulait  à  sa  tête. 

Si  l'on  admet  l'identification  que  je  propose,  la  jeune 
femme  ne  serait  autre  que  celle  dont  le  même  biographe 
nous  raconte  la  triste  fin 2  : 

«  Celle-ci,  dit-il,  née  avec  une  imagination  vive  et  une 
grande  sensibilité  qui  dégénérait  souvent  en  maladie  de 
nerfs,  aimait  à  chasser  dans  sa  terre,  avec  une  adresse 
dont  les  gardes-chasse  eux-mêmes  se  seraient  honorés; 
le  fusil,  dont  sa  main  s'enorgueillissait,  ne  servit  un  jour 
que  trop  bien  sa  tête  égarée  par  des  vapeurs.  Elle  attacha, 
avec  un  sang-froid  apparent,  cet  instrument  de  mort  par 
le  moyen  d'un   double   ruban,  dont  l'un  touchait  à  la 

1.  Vie  publique  et  privée  de  Malesherbes.  Paris,  i8o3,  chez 
les  marchands  de  nouveautés,  p.  70. 

2.  Ibid.,  p.  145. 


—  i6  — 

détente,  tandis  que  l'autre  appuyait  le  canon  sur  son  sein  : 
le  coup  partit  et  elle  se  tua.  » 

Le  portrait  de  Roslin  aurait  donc,  pour  retenir  la  curio- 
sité, outre  son  mérite  artistique,  un  certain  intérêt  roma- 
nesque et  dramatique. 

Permettez-moi  de  joindre  à  cette  galerie  de  famille  un 
beau  pastel  qui  est  en  ma  possession  et  que  les  pièces 
de  succession  donnent  comme  celui  de  M.  Grimod  de 
Verneuil.  Une  tradition,  confirmée  d'ailleurs  par  l'opinion 
de  certains  amateurs,  tels  que  M.  de  Montaiglon,  attri- 
buait cette  œuvre  à  La  Tour,  comme  tous  les  beaux  pas- 
tels de  la  même  époque.  Pour  ma  part,  j'ai  éprouvé  des 
doutes  sérieux  lorsque  j'ai  vu  les  pastels  de  Jean  Valade 
au  Musée  d'Orléans.  Mes  doutes  se  sont  changés  en  con- 
viction quand  j'ai  su  que  Jean  Valade  avait  été  aussi  le 
portraitiste  de  Malesherbes.  J'ignore  ce  qu'est  devenue 
cette  dernière  œuvre  que  je  ne  connais  que  par  une  gravure 
sans  caractère  quant  à  la  ressemblance.  Mais  il  y  a  de 
telles  analogies  de  mise  en  toile,  de  distribution  de  la 
lumière  que,  pour  ma  part,  le  doute  ne  m'est  guère  pos- 
sible. Et  vous  pensez  bien  que  si  le  possesseur  d'un 
tableau  en  retire  la  paternité  à  La  Tour  pour  la  donner  à 
Jean  Valade,  ce  n'est  pas  précisément  avec  une  arrière- 
pensée  intéressée. 

Surtout  nous  retrouvons  bien  ici  une  harmonie  riche 
et  fine  qui  est  comme  la  signature  de  Jean  Valade,  avec 
le  teint  frais  du  bonhomme,  le  velours  cramoisi  de  l'habit 
brodé  d'or,  le  tout  s'enlevant  sur  un  fond  gris.  Qu'était 
ce  Grimod  de  Verneuil?  Un  cousin  germain  des  la  Rey- 
nière,  dont  l'intimiité  avec  eux  semble  avoir  été  rendue 
plus  étroite  par  un  commun  amour  de  la  bonne  chère. 
Nous  retrouvons,  en  effet,  un  Grimod  de  Verneuil,  —  le 
fils  du  précédent,  —  parmi  les  commensaux  ordinaires 
du  célèbre  gourmet.  Et  son  portrait  figure,  dans  VAlma- 
nach  des  gourmands  (t.  VIII)*,  comme  membre  du  jury 
dégustateur,  —  institution  qui  est  restée  devant  la  posté- 
rité le  principal  titre  de  gloire  de  Balthazar  Grimod  de  la 
Reynière,  —  lequel,  par  parenthèse,  n'était  pas  seulement 

I.  Année  1808. 


—  17  — 

le  prince  des  gourmets,  mais  aussi,  ce  qui  vaut  mieux,  un 
excellent  écrivain  et  un  critique  dramatique  redouté. 

On  pense  qu'il  fut  portraituré  bien  des  fois.  Un  portrait 
de  lui,  tout  enfant,  un  pastel,  attribué  par  les  uns  à  La 
Tour,  par  les  autres  à  M^e  Filleul,  tient  compagnie  à 
ceux  de  ses  parents  que  possède  Mme  d'Etchegoyen.  En 
outre,  nous  ne  voyons  à  retenir,  comme  œuvre  de  valeur, 
que  les  portraits  de  Boilly,  dont  le  plus  curieux  est  celui 
qui  figure  sous  le  titre  :  le  Gourmand,  dans  le  magasin 
de  Gorcelet,  au-dessus  du  comptoir.  Il  est  juste  d'ajouter 
que  M.  Marmottan  laisse  planer  un  doute  sur  l'identité 
de  ce  portrait  et  d'un  autre,  dû  également  à  Boilly.  Je  ne 
puis,  malheureusement,  apporter  à  la  solution  de  ce  pro- 
blème plus  de  précision  que  notre  savant  confrère. 

Je  m'aperçois  que  je  me  suis,  à  mon  tour,  attardé  trop 
longtemps  dans  le  salon  de  Mme  de  la  Reynière.  Mais,  si 
la  société  de  cette  charmante  femme  se  composait,  selon 
le  témoignage  de  la  malicieuse  M^e  Vigée- Lebrun,  «  des 
personnes  les  plus  distinguées  de  la  cour  et  de  la  ville  », 
on  y  voyait  aussi,  vous  en  conviendrez,  d'assez  bonne 
peinture.  Et  ce  sera  mon  excuse  si  j'ai  prolongé  outre 
mesure  la  visite. 


Les    bustes    de    l'avocat    Gerbier 
PAR  Lemoyne  et  Houdon. 

(Communication  de  M.  Louis  Réau.) 

Les  amateurs  et  les  érudits  n'ignorent  pas  qu'il  existe 
à  Paris,  en  dehors  des  collections  particulières  plus  ou 
moins  accessibles  à  leur  curiosité,  un  grand  nombre 
d'établissements  publics  qui  recèlent  des  chefs-d'œuvre 
inconnus  de  la  sculpture  française  du  xviiie  siècle. 
Quelques-unes  de  ces  cachettes  officielles  ont  été  récem- 
ment explorées,  notamment  par  M.  Amédée  Boinet,  qui 
a  révélé  au  public  que  la  galerie  des  bustes  de  la  biblio- 
thèque Sainte-Geneviève  ne  le  cédait  guère  en  importance 
à  celle  beaucoup  plus  illustre  des  deux  foyers  de  la 
1922  2 


—  I«  — 

Comédie-Française.  Mais  qui  s'avise  d'aller  voir  au  Mu- 
séum d'histoire  naturelle  l'admirable  buste  de  Réaumur 
par  J.-B.  Lemoyne,  irrespectueusement  relégué  au  fond 
d'un  placard  en  compagnie  du  chapeau-tromblon  de  Gu- 
vier,  ou  la  statue  de  Biiffon  par  Pajou  qui  se  morfond 
dans  la  pénombre  d'un  escalier?  Qui  a  pu  étudier  ou 
même  apercevoir  distinctement  les  statues  de  grands 
hommes  et  les  bustes  du  palais  de  l'Institut,  enfouis  dans 
de  véritables  catacombes  où  ne  filtre  qu'un  jour  crépus- 
culaire? Et  pourtant  il  y  a  là  plus  d'une  œuvre  de  pre- 
mier ordre  et  parfaitement  digne  du  Louvre,  quand  ce  ne 
serait  que  le  Voltaire  nu  de  Pigalle,  le  Corneille  de  Caf- 
fieri,  le  Montesquieu  de  Clodion,  le  Napoléon  /er  de 
Roland^. 

Bien  que  située  elle  aussi  au  cœur  de  Paris,  en  plein 
Palais  de  Justice,  la  bibliothèque  de  l'Ordre  des  avocats 
demeure  au  regard  des  historiens  d'art  une  terra  ignota. 
Les  deux  bustes  de  l'avocat  Gerbier  par  Lemoyne  et 
Houdon,  qui  constituent  la  meilleure  part  de  son  patri- 
moine artistique,  ont  été  signalés  en  1912  par  M.  Brière  à 
la  Société  d'histoire  de  l'Art  français;  mais  ils  n'avaient 
jamais  été  encore  photographiés  et  publiés  et  on  a  imprimé 
sur  leur  compte  les  erreurs  les  plus  flagrantes. 

G'est  ainsi  que,  dans  un  récent  ouvrage  sur  Le  statuaire 
Jean- Antoine  Houdon  et  son  époque,  M.  Giacometti,  qui 
n'a  évidemment  pas  pris  la  peine  d'entreprendre  un 
voyage  d'exploration  dans  l'île  de  la  Gité,  déclare  sans 
hésitation  que  le  buste  de  Houdon  légué  à  la  bibliothèque 
de  l'Ordre  des  avocats  est  un  marbre  et  que  le  portrait  du 
même  personnage  par  Lemoyne  a  disparu.  «  On  ignore, 
écrit-il,  ce  qu'est  devenue  cette  œuvre  qu'il  serait  inté- 

I.  Nous  avons  cependant  plaisir  à  rendre  hommage  à  l'in- 
telligente initiative  de  M.  Widor,  secrétaire  perpétuel  de 
l'Académie  des  beaux-arts,  qui  a  introduit  récemment  un  peu 
d'ordre  dans  ce  chaos,  déporté  les  non-valeurs  dans  les  res- 
serres du  Musée  Jacquemart-André  et  mis  en  vedette  quelques 
pièces  capitales.  Mais  ce  reclassement  devrait  être  poursuivi 
d'une  façon  plus  systématique  et  la  lumière  restera  toujours 
déplorable. 


—  19  — 

ressant  de  pouvoir  comparer  avec  le  buste  fait  par  Hou- 
don,  qui  fut  élève  de  Lemoyne.  On  verrait  ainsi  de 
combien  notre  artiste  s'était  affranchi  du  premier  ensei- 
gnement reçu.  »  Si  M.  Giacometti  avait  porté  ses  pas 
jusqu'au  Palais  de  Justice,  il  aurait  pu,  le  plus. aisément 
du  monde,  instituer  cette  comparaison,  fort  instructive 
en  effet,  entre  les  deux  bustes,  puisqu'ils  se  font  pendant 
dans  la  même  galerie  et  ne  sont  guère  séparés  que  par  la 
largeur  d'une  porte;  il  se  serait  également  assuré  par  la 
même  occasion  que  le  prétendu  marbre  de  Houdon  n'est 
qu'un  simple  plâtre  teinté  terre  cuite. 

I. 

L'avocat  Gerbier  de  la  Masselaye  était  un  personnage 
considérable.  Sa  carrière  fut  exceptionnellement  bril- 
lante ^  Né  à  Rennes  en  1725,  il  débuta,  en  lySS,  au  bar- 
reau de  Paris,  où  il  ne  tarda  pas  à  conquérir  de  haute 
lutte  la  première  place.  La  foule  se  pressait  au  Palais 
pour  l'entendre;  son  succès  balançait  celui  du  grand 
acteur  Lekain  à  la  Comédie-Française.  En  1771,  lors  de 
l'exil  des  Parlements,  il  se  laissa  séduire  par  le  chancelier 
Maupeou  et  consentit  à  plaider  devant  la  commission 
remplaçant  le  Parlement  de  Paris  :  ce  qui  lui  valut  l'ani- 
mosité  de  quelques-uns  de  ses  confrères.  Néanmoins,  il 
fut  élu  bâtonnier  en  1787.  Il  eut  la  sagesse  de  mourir  à 
la  veille  de  la  Révolution,  le  26  mars  1788,  à  l'âge  de 
soixante-trois  ans. 

Pour  se  faire  une  idée  de  l'extraordinaire  renommée 
de  cet  avocat  du  temps  de  Louis  XVI,  dont  le  nom  est 
aujourd'hui  tombé  dans  l'oubli,  il  faut  lire  l'éloge  gran- 
diloquent que  lui  consacra  en  1812  un  de  ses  successeurs, 
le  bâtonnier  Delacroix-Frainville. 

1.  Cf.  la  notice  biographique  du  Barbeau  français,  t.  VI. 
Paris,  1822.  La  plupart  de  ces  renseignements  sur  la  vie  de 
Gerbier  nous  ont  été  fournis  par  notre  an:i  M.  Schuler,  vice- 
président  de  chambre  à  la  Cour  d'appel,  et  par  l'aimable 
bibliothécaire  de  l'Ordre,  que  nous  remercions  de  son  empres- 
sement à  faciliter  nos  recherches. 


—    20   — 

«  O  Gerbier,  la  génération  de  ceux  qui  eurent  le  bon- 
heur de  te  voir  et  de  t'entendre  n'est  pas  périe  tout 
entière.  Reçois  en  ce  jour  notre  hommage;  reçois-le  de 
tes  profonds  admirateurs,  de  ceux  dans  la  mémoire  des- 
quels les  sons  éloquents  de  ta  voix  retentissent  encore. 
Mais  comment  t'en  offrir  un  digne  de  toi?  Il  faudrait  ravir 
une  étincelle  de  ton  génie  pour  en  exprimer  les  effets  et 
la  puissance,  pour  te  peindre  à  ce  barreau  où  tu  n'appor- 
tais d'autre  préparation  qu'une  âme  remplie  des  plus 
ravissantes  inspirations,  pour  retracer  les  mouvements  de 
cette  âme  sublime,  tantôt  excitant  les  plus  touchantes 
émotions,  tantôt  par  ses  élans  rapides  et  impétueux  sub- 
juguant et  entraînant;  pour  dire  comment,  toujours 
maître  de  toi  et  de  tes  auditeurs,  tu  suivais  dans  leurs 
yeux  les  impressions  que  tu  produisais,  pressant  ou  res- 
serrant à  ton  gré  tes  magnifiques  développements  jusqu'à 
ce  que  le  triomphe  de  la  conviction  fût  obtenu;  pour 
décrire  le  pouvoir  magique  qui  résidait  sur  tes  lèvres  et 
sur  toute  ta  personne,  l'enchantement  de  cette  voix  har- 
monieuse, l'heureux  accord  de  cette  action  noble  et  pure. 
Car  tout  dans  toi  était  éloquent  :  ton  front,  siège  de  la 
sérénité,  tes  regards  animés  du  feu  de  ton  génie,  tes 
gestes,  tes  mouvements  et  jusqu'à  ton  immobilité.  Quel 
autre  réunit  jamais  à  un  degré  plus  éminent  le  merveil- 
leux assemblage  de  tout  ce  qui  constitue  le  parfait  ora- 
teur? S'il  est  vrai  que  la  nature,  avare  de  ses  bienfaits,  ne 
reproduise  qu'à  de  longs  intervalles  les  grands  modèles 
en  tous  genres,  il  faut  croire  qu'elle  voulut  faire  revivre 
dans  Gerbier  pour  la  France  le  Démosthène  de  la  Grèce 
et  le  Cicéron  de  Rome.  Un  grand  orateur  du  barreau 
avait  manqué  au  siècle  de  Louis  XIV  :  il  fut  réservé  pour 
notre  âge.  » 

Malheureusement  la  gloire  de  celui  que  ses  contempo- 
rains avaient  surnommé  V Aigle  du  barreau,  le  Cicéron 
français,  a  été  aussi  éphémère  que  celle  de  ses  confrères 
de  tous  les  temps,  dont  les  périodes  les  plus  étincelantes 
et  les  plus  crépitantes  s'éteignent  avec  la  rapidité  déce- 
vante d'un  feu  d'artifice.  Aujourd'hui  que  l'écho  de  sa 
voix  s'est  évanoui,  son  principal  titre  de  gloire  reste  peut- 
être  d'avoir  servi  de  modèle  aux  deux  plus  célèbres  «  bus- 


—    21    — 

tiers  »  de  son  temps  :  Jean-Baptiste  Lemoyne  et  Jean- 
Antoine  Houdon. 

II. 

Ces  deux  bustes  ne  sont  pas  les  seuls  portraits  que 
nous  connaissions  de  Gerbier,  dont  l'iconographie  est 
très  riche.  Son  portrait  peint  par  Duplessis  fut  exposé  au 
Salon  de  1769,  et  Gabriel  de  Saint-Aubin  l'a  croqué  en 
marge  de  son  exemplaire  du  livret  que  conserve  le  Cabi- 
net des  estampes  de  la  Bibliothèque  nationale.  Entre  les 
deux  bustes  de  Lemoyne  et  de  Houdon  qui  datent  res- 
pectivement de  1767  et  de  1781  se  place  un  troisième  por- 
trait sculpté  par  Vassé  qui  figura  au  Salon  de  1771.  Il  est 
regrettable  qu'aucun  dessin,  aucune  gravure  ne  nous  ait 
gardé  le  souvenir  de  cette  œuvre  disparue.  Notre  compa- 
raison pourrait  ainsi  porter  non  plus  sur  deux,  mais  sur 
trois  des  meilleurs  sculpteurs  du  xviiie  siècle. 

Le  buste  en  terre  cuite  de  Lemoyne,  qui  est  le  plus 
ancien  des  trois,  fut  exposé  par  l'artiste  au  Salon  de  1767 
en  même  temps  que  le  buste  de  TrudainCy  qui  a  passé  de 
l'École  de  Droit,  à  laquelle  il  était  primitivement  destiné, 
au  Musée  du  Louvre,  et  le  magnifique  buste  de  Montes- 
quieu, dont  le  marbre  appartient  aujourd'hui  au  Musée 
de  Bordeaux  <.  Les  contemporains  ne  manquèrent  pas 
d'esquisser  à  cette  occasion  un  parallèle  entre  l'avocat  et 
l'auteur  de  VEsprit  des  lois.  On  lit  dans  le  compte-rendu 
publié  par  le  Mercure  de  France  en  novembre  1767  :  «  Le 
buste  de  M.  de  Montesquieu,  dont  M.  le  prince  de  Beau- 
veau  fait  présent  à  l'Académie  de  Bordeaux  et  le  portrait 
de  M.  Gerbier,  avocat  au  Parlement,  ont  offert  les  ressem- 
blances intéressantes  de  deux  célèbres  amis  des  lois.  » 

Nous  ignorons  à  quelle  date  ce  buste  de  Gerbier  devint 
la  propriété  de  l'Ordre  des  avocats.  Comme  il  n'est  ni 
signé  ni  daté  et  qu'on  savait  que  l'auteur  du  Voltaire  avait 
fait  un  portrait  de  l'ancien  bâtonnier,  il  passa  d'abord 
pour  une  œuvre  de  Houdon.  C'est  sous  ce  faux  état  civil 

I.  La  terre  cuite  est  restée  à  Paris,  dans  la  collection 
Ed.  Kann. 


—    22    — 

qu'il  échappa  a  l'incendie  du  Palais  de  Justice  pendant  la 
Commune.  Dans  son  discours  de  rentrée  à  l'ouverture  de 
la  Conférence  des  avocats,  le  2  décembre  1871,  M^  Rousse, 
qui  avait  sauvé  comme  un  palladium  le  buste  de  son 
devancier,  évoqua  éloquemment  ce  souvenir  tragique  : 
«  La  Sainte-Chapelle,  restée  seule  debout  et  intacte  dans 
un  cercle  de  feu,  a  recueilli  comme  un  lieu  d'asile  les 
épaves  de  notre  ruine.  C'est  là  qu'un  jour  vous  auriez  pu 
voir  un  de  vos  anciens  emportant  dans  ses  bras  le  buste 
classique  de  Gerbier.  »  Cette  anecdote  est  rapportée  plus 
explicitement  par  J.  Fabre  dans  son  livre  sur  La  justice  à 
Paris  pendant  le  siège  et  la  Commune  :  «  Au  milieu  du 
tumulte,  le  bâtonnier  avait  transporté  le  buste  de  Gerbier, 
attribué  par  erreur  à  Houdon.  Trébuchant  à  travers  les 
escaliers,  les  poutres  et  les  cordages,  il  avait  déposé  son 
fardeau  au  fond  de  la  chapelle;  à  chaque  pas,  il  songeait, 
sans  pouvoir  s'en  défendre,  au  pieux  Énée,  emportant  sur 
ses  épaules,  dans  la  nuit  fatale  d'Ilion,  le  vieil  Anchise  et 
ses  dieux  domestiques.  » 

La  patine  de  fumée  et  de  suie  qui  témoignent  de  ce 
dramatique  sauvetage  n'a  pas  résisté  à  un  moulage  qu'on 
a  fait  depuis  pour  en  tirer  une  épreuve  en  métal.  Par 
suite  de  cette  opération,  le  buste  de  Lemoyne  est  repré- 
senté au  Palais  de  Justice  par  trois  exemplaires  :  la  terre 
cuite  originale,  un  moulage  en  plâtre  teinté  et  une  fonte 
en  bronze. 


C'est  seulement  en  1881  que  le  véritable  buste  de  Hou- 
don est  venu  rejoindre  à  la  bibliothèque  de  l'Ordre  la 
terre  cuite  qui  lui  avait  été  indûment  attribuée  et  qu'il 
fallut  bien  se  résigner  à  débaptiser.  Il  provient  d'un  don 
de  Me  Templier,  arrière-petit-fils  de  Me  Caillau  de  Cour- 
celle,  ancien  bâtonnier,  qui  l'aurait  reçu  de  Gerbier  lui- 
même. 

Que  savons-nous  de  cette  œuvre  quasi  inconnue  de 
Houdon?  Si  nous  consultons  le  livret  du  Salon  de  1781, 
nous  y  voyons  inscrit  sous  le  no  260  le  Buste  en  plâtre 


—   23   — 

couleur  de  terre  cuite  de  M.  Gerbier,  avocat.  Il  appartient 
donc  à  la  meilleure  époque  de  l'artiste;  il  est  contempo- 
rain de  ses  plus  parfaits  chefs-d'œuvre  :  la  Diane  de  l'Er- 
mitage, le  Tourville  de  Versailles,  le  Voltaire  de  la  Co- 
médie-Française. 

Sans  être  un  «  réclamiste  »  aussi  effronté  que  J.-J.  Caf- 
fieri,  Houdon  était  toujours  à  l'affût  de  l'actualité;  il  s'in- 
géniait à  portraiturer  tous  les  hommes  du  jour  :  ministres, 
inventeurs,  acteurs  en  vogue,  voire  même  simples  charla- 
tans. Peu  lui  importait  leur  mérite  ou  leur  moralité, 
pourvu  que  leur  nom  fût  populaire,  et  il  mettait  aussi 
bien  son  ciseau  au  service  du  vertueux  Necker  que  de 
l'aventurier  Cagliostro.  La  réputation  d'éloquence  de  Ger- 
bier suffit  à  expliquer  qu'il  ait  introduit  cet  avocat  dans 
sa  galerie  d'hommes  célèbres.  Mais,  en  1781,  il  avait  des 
raisons  très  particulières  de  l'y  faire  entrer.  Gerbier  était 
l'avocat-conseil  de  la  Comédie-Française  et  c'est  lui  qui 
était  intervenu  pour  faire  attribuer  à  la  Comédie  la  statue 
de  Voltaire  que  Mme  Denis,  devenue  Mme  Duvivier,  avait 
d'abord  destinée  à  l'Académie  française.  Le  26  septembre 
1780,  il  écrivit  à  la  nièce  du  grand  homme  une  lettre 
ouverte  où  il  laissait  entendre  de  la  part  des  comédiens 
que  la  place  de  l'auteur  de  Zaïre  était  toute  marquée  au 
milieu  des  artistes  qui  interprétaient  ses  œuvres.  C'est 
donc  à  son  intervention  qu'est  due,  au  moins  en  partie, 
la  décision  prise  en  faveur  de  la  Comédie,  et  c'est  certai- 
nement à  l'occasion  des  négociations  relatives  à  la  statue 
de  Voltaire  que  Houdon  se  trouva  amené  à  modeler  le 
buste  de  Gerbier. 

Ce  portrait  a  été  plusieurs  fois  reproduit.  Il  a  été  gravé 
par  Pujos,  et  on  le  reconnaît  très  nettement  dans  les 
deux  célèbres  tableaux  de  Boilly  conservés  l'un  au  Musée 
des  Arts  décoratifs,  l'autre  au  Musée  de  Cherbourg,  qui 
reproduisent  V Atelier  de  Houdon  en  i8o3  et  en  1808  :  il 
est  juché  sur  le  premier  rayon  à  droite,  non  loin  du  sein 
généreusement  découvert  de  la  cantatrice  Sophie  Arnould, 
l'incomparable  interprète  de  VIphigénie  de  Gluck,  dont 
son  regard  sévère  de  puritain  semble  se  détourner. 

A  la  vente  après  décès  de  1828,  un  exemplaire  de  notre 


—   24   — 

buste  lut  offert  dans  un  même  lot  conjointement  avec  le 
prince  Henri,  frère  de  Frédéric  le  Grand.  Le  procès-ver- 
bal de  la  vente  porte  cette  mention,  assez  plaisante  dans 
son  raccourci  :  Gerbier  et  Henri  de  Prusse,  terre  cuite  : 
23  francs.  Prix  faible  en  vérité,  mais  relativement  fort 
honorable  pour  les  deux  associés,  si  l'on  songe  qu'à  la 
même  vente  les  bustes  en  plâtre  du  tsar  Alexandre  1er  et 
de  l'impératrice  Joséphine  ne  dépassèrent  pas  à  eux  deux 
l'enchère  de  2  fr.  5o. 

Existe-t-il  d'autres  exemplaires  du  buste  de  Gerbier 
que  celui  du  Palais  de  Justice?  Nous  avons  déjà  dit  que 
cet  exemplaire  n'est  nullement,  comme  le  prétend  M.  Gia- 
cometti,  en  marbre,  mais  en  plâtre  teinté.  Me  Cartier, 
bibliothécaire  honoraire  de  l'Ordre  des  avocats,  que  nous 
avons  consulté  à  ce  sujet,  nous  a  expressément  affirmé 
que  la  bibliothèque  n'a  jamais  possédé  le  moindre  buste 
en  marbre  de  Houdon.  D'ailleurs,  aucun  document  du 
xviiie  siècle  ne  signale  une  exécution  en  marbre.  Par 
contre,  Houdon  mentionne  lui-même  dans  la  liste  auto- 
graphe de  ses  œuvres  qu'il  dressa  en  1785,  à  la  veille  de 
son  départ  pour  l'Amérique,  sous  le  millésime  de  1781 
et  le  numéro  91  :  Un  buste  en  bromçe  de  M.  Gerbier,  avo- 
cat. Il  aurait  donc  fondu  ce  buste  en  bronze,  comme  il 
le  fit  pour  ceux  de  Voltaire  et  de  J.-J.  Rousseau.  Mal- 
heureusement, de  même  que  l'exemplaire  hypothétique 
en  marbre,  cet  exemplaire  en  bronze  a  disparu. 

Nous  ne.  connaissons,  en  somme,  le  buste  de  Gerbier 
que  par  des  exemplaires  en  plâtre.  Celui  qui  a  été  donné 
au  Palais  de  Justice  est-il  le  plâtre  original  du  Salon  de 
1781  ou  n'est-ce  qu'un  moulage  moderne?  Il  est  assez 
difficile  de  s'en  assurer  sous  la  patine  couleur  terre  cuite 
qui  le  recouvre.  Un  autre  plâtre  identique,  mais  cette  fois 
teinté  en  bronze  noir,  appartient  à  l'antiquaire  Larcade. 
M.  Vitry  en  connaît  une  troisième  réplique  dans  la 
famille  de  Me  Cresson.  Enfin,  M.  Brière  nous  signale  que 
des  surmoulés  ont  été  pris  sur  le  plâtre  de  la  bibliothèque 
de  l'Ordre  et  qu'il  se  souvient  d'en  avoir  vu  un  au  Musée 
de  Toul,  où  il  est  entré  comme  don  de  Me  Liouville. 


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25 


III. 


Après  avoir  ainsi  rassemblé  et  critiqué  tous  les  rensei- 
gnements de  nature  à  éclaircir  l'histoire  de  ces  bustes,  il 
nous  reste,  —  et  c'est  la  partie  la  plus  intéressante  de 
notre  tâche,  —  à  les  comparer.  C'est  une  rare  bonne  for- 
tune que  de  pouvoir  confronter  dans  l'interprétation  d'un 
même  modèle  deux  portraitistes  aussi  remarquables,  — 
et  qui  plus  est  deux  sculpteurs  :  car  la  comparaison  d'un 
buste  de  Lemoyne  avec  un  pastel  de  La  Tour  ou  une 
peinture  de  Duplessis,  si  elle  est  aussi  intéressante  au 
point  de  vue  iconographique,  est  forcément  moins  ins- 
tructive au  point  de  vue  artistique  que  le  rapprochement 
avec  un  buste  du  même  personnage,  modelé  par  son  grand 
rival  Houdon. 

Les  différences  qu'on  peut  observer  entre  l'expression 
des  deux  bustes  tiennent  évidemment  pour  une  bonne 
part  à  ce  qu'ils  sont  séparés  par  un  intervalle  de  quatorze 
années.  Lorsqu'il  posa,  en  1767,  dans  l'atelier  de  Lemoyne, 
Gerbier,  bien  qu'il  fût  déjà  complètement  chauve,  n'avait 
que  quarante-deux  ans  ;  lorsque  Houdon  modela  ses  traits 
en  1781,  il  en  comptait  cinquante-six.  L'écart  est  appré- 
ciable, et  l'on  n'a  pas  de  peine  à  s'expliquer  que  les  yeux 
soient  plus  pétillants,  les  traits  plus  mobiles  dans  le  por- 
trait de  Lemoyne,  tandis  que  le  masque  de  Houdon 
semble  par  comparaison  durci  et  presque  figé. 

Mais  en  dehors  de  ces  différences  imputables  à  l'âge  du 
modèle,  il  en  est  d'autres  qui  tiennent  au  tempérament 
des  deux  artistes  et  à  l'évolution  de  style  qui  s'était 
accomplie  dans  l'art  français  entre  1767  et  1781.  Lemoyne 
est  une  nature  plus  fougueuse,  plus  frémissante;  Houdon 
est  plus  pondéré,  plus  froid.  Lemoyne  appartient  à 
l'époque  où  le  style  baroque  des  Berninesques  était 
encore  en  honneur;  Houdon  participe,  au  contraire,  au 
mouvement  de  renaissance  du  classicisme. 

Appliquons  ces  observations  générales  aux  deux  bustes 
qui  font  l'objet  de  notre  étude,  et  nous  verrons  avec  quelle 
précision  elles  se  vérifient.  L'analyse  de  la  physionomie 


—   26   — 

et  du  costume  fait  ressortir  des  différences  bien  significa- 
tives. Le  buste  de  Lemoyne  a  dans  le  port  de  la  tête  qui 
se  tourne  franchement  vers  la  droite,  dans  la  direction 
oblique  du  regard,  un  caractère  de  mobilité  qui  est  encore 
accentué  par  le  chiffonnement  pittoresque  de  la  draperie 
négligemment  jetée,  dont  les  plis  obliques  courent  en 
direction  inverse  du  mouvement  de  la  tête.  Le  buste  de 
Houdon  frappe  au  contraire  par  sa  rigidité  presque  fron- 
tale, par  la  fixité  du  regard,  par  le  strict  parallélisme  des 
commissures  de  la  bouche  qui  semblent  prolonger  le 
menton  carré  et  volontaire  :  cet  effet  de  sévérité  monu- 
mentale est  renforcé  par  l'absence  complète  de  draperie 
qui  confère  à  cet  avocat  parisien  la  majesté  d'un  sénateur 
romain. 

Si  nous  essayons  de  résumer  en  quelques  mots  l'anti- 
thèse frappante  de  ces  deux  effigies  d'un  même  person- 
nage, nous  dirons  que  le  buste  à  la  française  de  Lemoyne 
est  plus  vivant,  mais  que  le  buste  à  l'antique  de  Houdon, 
plus  solidement  construit,  plus  dépouillé  de  tout  ce  qui 
est  accidentel  et  accessoire,  l'emporte  par  le  style.  Le  pre- 
mier est  plus  pittoresque;  le  second  a  plus  de  caractère. 
L'un  est  une  traduction  directe  de  la  vie  par  un  praticien 
extrêmement  sensible  et  adroit;  l'autre  est  une  interpré- 
tation par  un  psychologue  qui  fouille  plus  profondément 
l'âme  de  son  modèle  et,  sans  négliger  le  détail  individuel, 
sait  dégager  à  travers  les  expressions  fugitives  du  masque 
ce  qu'il  y  a  dans  un  visage  humain  d'essentiel  et  de  per- 
manent. 

Ainsi  s'éclairent,  grâce  à  cet  exemple  privilégié,  deux 
maîtres,  deux  époques  de  notre  art  du  xvnie  siècle.  A 
condition  d'éviter  l'artifice  des  parallèles  à  l'ancienne 
mode,  il  nous  semble  qu'il  y  aurait  intérêt  à  généraliser 
ces  études  d'arf  comparé,  dont  notre  admirable  Musée 
du  Trocadéro  nous  fournit  les  éléments,  et  qui  seraient 
pour  l'histoire  de  l'art  un  adjuvant  aussi  précieux  que  les 
méthodes  de  la  grammaire  comparée  l'ont  été  pour  la 
linguistique. 


—   27   — 

SÉANCE  DU  3  FÉVRIER   1922. 

I. 

COMITÉ  DIRECTEUR. 

Présidence  de  M.  Gaston  Brière. 

Présents  :  MM.  Alfassa,  Gharlier,  Gordey,  Guiffrey,  le 
comte  d'Harcourt,  Lemoisne,  Lemonnier,  Marquet  de 
Vasselot,  Henry  Martin,  Ramet,  Ratouis  de  Limay,  Réau, 
Rouchès,  Saunier,  Vitry. 

—  Le  Président  rend  un  hommage  ému  à  la  mémoire 
de  l'un  des  meilleurs  collaborateurs  de  la  Société  :  Marc 
Furcy-Raynaud,  très  prématurément  enlevé  à  la  suite 
d'une  opération.  Il  rappelle  son  dévouement  de  longue 
date  à  la  Société  et  ses  remarquables  travaux.  M.  Furcy- 
Raynaud  mettait  la  dernière  main  à  une  nouvelle  édi- 
tion, considérablement  augmentée,  de  V Inventaire  des 
sculptures  commandées  par  les  Bâtiments  du  Roi  au 
XVII I^  siècle,  dont  il  s'était  généreusement  offert  à  faire 
bénéficier  la  Société  en  prenant  tous  les  frais  du  volume 
à  sa  charge.  Ge  travail,  qui  formera  le  tome  XIII  des 
Archives,  sera  publié,  précédé  d'une  notice  sur  ce  très 
sympathique  confrère  dont  la  perte  sera  vivement  ressen- 
tie par  la  Société  tout  entière. 

—  Le  Secrétaire  fait  connaître  que  la  librairie  Féret,  de 
Bordeaux,  vient  de  souscrire  à  3oo  exemplaires  du  livre 
de  M.  Gourteault  sur  la  Place  Royale  de  Bordeaux 
(tome  XII  des  Archives). 

—  Le  Président  donne  lecture  d'une  circulaire  de  M.  le 
Directeur  des  Beaux- Arts  relative  à  la  formation  d'une 
Société  anonyme  qui  serait  chargée,  à  la  suite  de  la  sup- 
pression par  le  Parlement  du  Service  photographique  des 
Beaux-Arts,  d'exploiter  les  clichés  des  Monuments  histo- 
riques et  des  Musées  appartenant  au  ministère  des  Beaux- 
Arts.  Le  Gomité  décide  de  souscrire,  pour  la  somme  de 
5oo  francs,  à  une  action  de  cette  Société  qui  aura  pour 
titre  :  «  Les  Archives  photographiques  d'art  et  d'histoire.  » 


—    28    — 

L'attribution,  à  titre  de  don,  des  anciennes  punlications 
de  la  Société  encore  disponibles  est  votée  en  faveur  de  la 
Bibliothèque  nationale  française  du  Grand-Liban  et  de 
l'Institut  Zorn  de  Stockholm. 

—  Sont  admis  membres  de  la  Société  : 

S.  M.  la  Reine  Amélie  de  Portugal,  présentée  par  le 
comte  d'Harcourt  et  M.  Brière;  la  marquise  d'Harcourt, 
présentée  par  la  vicomtesse  de  Vaulogé  et  le  comte  d'Har- 
court; M.  George  Blumenthal,  présenté  par  MM.  Brière 
et  Ratouis  de  Limay;  M.  E.  Delagarde,  présenté  par  le 
marquis  de  Sayve  et  M.  Marquet  de  Vasselot;  M.  Max 
Leclerc,  directeur  de  la  librairie  Armand  Colin,  présenté 
par  MM.  Jolis  et  Rouchès;  M.Jacques  Meurgey,  présenté 
par  M.  Lefuel  et  le  baron  de  Fleury;  la  bibliothèque  de 
Toulouse  (M.  Galabert,  bibliothécaire),  présentée  par 
MM.  Rouchès  et  Ratouis  de  Limay;  l'Institut  Zorn  de 
l'Université  de  Stockholm,  présenté  par  MM.  Vitry  et 
Aubert. 

—  La  démission  de  M.  Lehideux-Vernimmen  est  ac- 
ceptée. 


REUNION  DE  LA  SOCIETE. 

Présents  :  MM.  Alfassa,  le  comte  Allard  du  ChoUet; 
Mlle  Ballot;  MM.  Blum,  Boinet,  Brame,  Brière,  le  capi- 
taine Buttin,  le  comte  de  Camondo,  Carsow  ;  MUe  Ghara- 
geat;  MM.  Gordey,  Deligand,  Demonts,  Dubois-Gorneau; 
Mlle  Duportal;  MM.  Gélis,  Girod  de  l'Ain;  M^e  Grenier; 
MM.  Guerlin,  Guiffrey,  le  comte  d'Harcourt,  Hermel  ; 
Mlle  Heywood;  M.  Jeannerat;  MUes  Laplagne,  de  Lar- 
gentaye;  MM.  Lebel,  Lefuel,  le  comte  de  Luppé,  Marquet 
de  Vasselot,  Migeon,  Mornand,  Perdreau;  Mme  Potrel; 
MM.  Ramet,  Ratouis  de  Limay,  Réau,  Robiquet,  Rou- 
chès, Salles,  Saunier,  Sommier,  Vallery-Radot,  Vitry; 
Mme  Watel-Dehaynin;  M.  Wildenstein. 


—  29  — 

Le  Salon  des  audiences  de  Louis  XIV  au  Louvre. 
(Communication  de  M.  J.  J.  Marqiiet  de  Vasseîot.) 

La  Société  des  Amis  de  Versailles  avait  organisé  l'été 
dernier,  au  rez-de-chaussée  du  château,  une  intéressante 
exposition  rétrospective.  On  y  voyait,  agréablement  pré- 
sentées, des  œuvres  d'art  qui  avaient  jadis  fait  partie  de 
la  décoration  du  château,  notamment  les  sculptures  en 
plomb  provenant  du  Bosquet  du  Labyrinthe,  et  une  im- 
portante série  de  peintures  et  de  dessins  de  Van  der 
Meulen. 

Parmi  ces  tableaux  figurait,  sous  le  no  36,  une  petite 
toile  que  le  Catalogue^  décrivait  ainsi  : 

«  Louis  XIV  reçoit  au  Louvre  les  Ambassadeurs  des 
treize  cantons  suisses.  » 

Gomme  je  cherche,  depuis  quelque  temps,  à  réunir  les 
matériaux  d'un  recueil  de  vues  intérieures  du  Louvre, 
cette  petite  toile  attira  mon  attention;  et  je  ne  tardai  pas 
à  constater  qu'elle  méritait  un  examen  plus  approfondi. 

Que  savait-on,  jusqu'à  présent,  au  sujet  de  ce  tableau? 
Fort  peu  de  chose,  en  vérité,  car  le  lieu  même  de  la  scène 
n'a  pas  encore  été  identifié.  Dans  son  utile  Catalogue^  du 
Musée  de  Versailles  (1860),  E.  Soulié  a  décrit  ce  tableau 
sous  le  no  2189;  i^  ^  rappelé  brièvement  le  renouvellement 
de  l'alliance  avec  les  Suisses  en  i663,  l'envoi  d'une  ambas- 
sade extraordinaire  chargée  de  le  ratifier,  et  il  a  terminé 
par  cette  phrase  :  «  Les  ambassadeurs  furent  reçus  au 
Louvre  par  le  roi,  accompagné  du  duc  d'Orléans  et  du 
prince  de  Gondé.  » 

Assurément  ces  indications  étaient  suffisantes  pour  un 

1.  Société  des  Amis  de  Versailles.  Exposition  au  château  de 
Versailles  de  tableaux^  sculptures  et  tapisseries  ayant  décoré 
autrefois  le  palais  et  le  parc  de  la  Résidence  royale.  192 1, 
in-8%  pi. 

2.  Eudore  Soulié,  Notice  du  Musée  national  de  Versailles 
(4«  édition,  s.  d.),  vol.  II,  p.  193.  —  Voir  aussi  P.  de  Nolhac  et 
A.  Pératé,  Le  Musée  national  de  Versailles^  Paris,  1896,  in-8°, 
p.  93- 


—  3o  — 

catalogue  général,  et  le  public  doit  trop  souvent  se  con- 
tenter de  précisions  bien  moindres.  Mais  pour  une  étude 
spéciale  elles  ne  peuvent  constituer  qu'un  point  de  départ  : 
car  ce  petit  tableau  est  l'un  des  plus  anciens  documents 
peints,  actuellement  connus,  qui  retrace  une  vue  inté- 
rieure du  Louvre. 

L'ambassade  de  i663  compte  parmi  les  événements  di- 
plomatiques les  plus  importants  du  règne  de  Louis  XIV; 
elle  a  fait  l'objet  de  plusieurs  études,  qui  ont  été  bien 
résumées  par  M.  Tony  Borel  dans  son  livre  intitulé  : 
Une  ambassade  suisse  à  Paris  en  i663,  ses  aventures  et 
ses  expériences*. 

Grâce  aux  rapports  et  aux  correspondances  des  ambas- 
sadeurs, grâce  aux  mémoires  et  aux  journaux,  M.  Borel 
a  pu  reconstituer,  jour  par  jour,  l'emploi  du  temps  de 
«  MM.  des  Cantons  »  depuis  le  23  octobre  i663,  date  de 
leur  entrée  sur  le  territoire  français,  jusqu'au  19  décembre, 
date  de  leur  retour  à  Bâle. 

Après  avoir  été  reçus  par  quelques-uns  des  personnages 
les  plus  considérables  de  la  cour  (M.  de  Lionne,  secré- 
taire d'État  aux  Affaires  étrangères;  le  maréchal  de  Tu- 
renne;  le  chancelier  Séguier),  ils  eurent  une  audience  du 
roi,  le  dimanche  11  novembre.  M.  Borel  a  donné  de  cette 
cérémonie  un  récit  très  vivant  et  très  exact^.  Accueillis 
au  pied  des  «  grands  degrés  »  [l'escalier  des  appartements 
du  roi,  appelé  maintenant  «  l'escalier  Henri  II  »]  par  le 
duc  d'Enghien  et  plusieurs  maréchaux  de  France,  ils 
montèrent  l'escalier,  sur  lequel  les  Gent-Suisses  faisaient 
la  haie.  Au  haut  des  «  grands  degrés  »  ils  trouvèrent  le 
marquis  de  Villequier,  capitaine-colonel  des  Gardes  du 
corps,  qui  leur  fit  traverser  la  salle  des  Gardes  [actuelle- 
ment salle  Lacaze],  l'antichambre  du  roi  [actuellement 
salle  des  peintures  de  l'école  de  David],  la  grande  chambre 
du  roi  [actuellement  salle  dite  des  Sept-Cheminées]  et  le 
grand  cabinet  du  roi  [actuellement  salle  des  bijoux  an- 
tiques]. 

1.  Paris,  Fontemoing,  1910,  in-S";  xvi-268  p.,  36  pi. 

2.  P.  141  à  145. 


—  3i  — 

Quand  les  ambassadeurs  des  Cantons  [ajoute  M.  Borel  i] 
arrivèrent  dans  la  salle  d'audience,  ils  eurent  beaucoup  de 
peine  «  à  traverser  une  foule  très  importune  »  où  il  se  trouvait 
«  beaucoup  de  ceux  appelés  coupeurs  de  bourse  ou  filous  »,  ce 
qui  s'explique  par  le  fait  que  l'accès  du  palais  et  l'abord  du 
Roi  étaient  des  plus  faciles  à  cette  époque.  Les  Suisses  par- 
vinrent enfin  à  pénétrer  avec  M.  le  Duc  dans  le  balustre, 
barrière  de  petits  piliers  à  hauteur  d'appui,  en  bois  sculpté  et 
décoré,  à  l'intérieur  duquel  le  Roi  attendait,  debout  sous  un 
dais. 

Louis  XIV  avait  à  sa  droite  Philippe,  duc  d'Anjou,  son 
frère,  appelé  Monsieur,  et  à  sa  gauche  le  prince  de  Condé, 
premier  prince  du  sang,  appelé  M.  le  Prince.  Derrière  eux  se 
tenaient  les  quatre  Premiers  gentilshommes  de  la  Chambre 
et  les  trois  Maîtres  de  la  garde-robe.  Le  'Roi  leva  son  chapeau 
et  se  recouvrit  aussitôt,  tous  les  assistants,  sans  exception,  res- 
tant tête  découverte.  Tour  à  tour,  les  envoyés  des  Cantons 
s'approchèrent  du  Roi  en  faisant  une  profonde  révérence,  et  il 
toucha  la  main  à  chacun  d'eux,  privilège  réservé  aux 
Suisses... 

Le  chef  de  l'ambassade  [Jean-Henri  Waser,  bourgmestre 
de  Zurich],  ayant  pris  la  parole,  prononça,  en  allemand,  une 
courte  allocution,  aussitôt  traduite  par  l'interprète...  Le  Roi 
répondit  en  quelques  mots,  d'une  voix  ferme,  disant  se  réjouir 
de  l'arrivée  des  envoyés,  de  la  conclusion  de  l'alliance  avec 
les  Cantons,  et  «  qu'on  verrait  par  sa  conduite  l'estime  dans 
laquelle  il  tenait  la  Suisse...  ».  Après  s'être  de  nouveau  incli- 
nés en  passant  devant  le  Roi,  qui  répondit  à  chaque  salutation 
en  levant  légèrement  son  chapeau,  les  ambassadeurs  sortirent 
dans  le  même  ordre  que  celui  où  ils  étaient  entrés. 

Quelle  était  donc  cette  pièce,  à  dais  et  à  balustre,  où 
Louis  XIV  reçut  les  ambassadeurs?  Deux  textes  du  temps, 
dont  l'un  a  été  relevé  par  M.  Babeau^  et  mentionné  après 
lui  par  M.  Borel^,  permettent  de  l'identifier  avec  certitude. 

Voici,  en  effet,  ce  qu'on  lit  dans  la  Galette  de  France, 
no  du  27  janvier  i663,  page  108  : 

«    Le   22,   l'Ambassadeur  de   Sa   Majesté   Danoise  eut 

1.  Oiivr:  cité,  p.  143-145. 

2.  A.  Babeau,  Le  Louvre  et  son  histoire,  Paris,  1895,  ip-8'', 
p.  i55-i56. 

3.  Ouvr.  cité,  p.  142-143. 


—    32    — 

Audiance  du  Roy,  dans  la  Balustrade  d'un  magnifique 
Salon,  sous  le  Dôme  proche  son  Appartement.  » 

Et  la  même  Galette  ^,  rendant  compte  de  la  réception 
des  ambassadeurs  suisses,  le  ii  novembre  suivant,  précise 
qu'ils  furent  admis  «  dans  le  Sallon  des  Audiances,  où  le 
Roy  les  attendait  au  dedans  du  Balustre  ». 

Or,  il  n'y  a,  dans  cette  partie  du  Louvre,  qu'une  seule 
pièce  qui  réponde  à  ces  descriptions  :  c'est  le  salon  ovale, 
voûté  en  dôme,  qu'on  appelle  aujourd'hui  le  vestibule  de 
la  galerie  d'Apollon.  Le  tableau  de  Van  der  Meulen  cor- 
respond parfaitement,  avec  son  balustre  et  son  dais,  aux 
textes  de  i663  ;  il  confirme  pleinement  l'hypothèse  de 
M.  Babeau  et  il  aurait  fourni  à  M.  Borel  une  illustration 
d'un  intérêt  capital  pour  son  Ambassade  suisse. 

Que  sait-on  de  cette  pièce,  dans  laquelle  ont  dû  se 
dérouler  maints  événements  notables?  On  peut  reconsti- 
tuer assez  facilement  son  histoire,  bien  que  M.  Babeau 
lui  ait  à  peine  consacré  quelques  lignes  dans  son  livre 
(d'ailleurs  très  utile)  sur  Le  Louvre  et  son  histoire^. 

Quand,  après  la  fin  des  guerres  civiles,  Louis  XIV  et  sa 
mère  purent  songer  à  embellir  leur  palais 3,  ils  résolurent 
notamment  d'aménager  une  salle  somptueuse  à  l'entrée 
de  la  Galerie  des  rois.  Sous  la  direction  de  Levau^, 
Charles  Errard  (qui  avait  toute  la  confiance  de  la  Reine- 
Mère)  fut  chargé,  en  1659,  de  décorer  cette  pièce  avec 
Charles  Lebrun.  Mais  ce  projet  de  collaboration  ne  put 

1.  N"  du  17  novembre  i663,  p.  11 18. 

2.  Voir  p.  i55.  —  Il  est  vraiment  regrettable  que  les 
recherches  de  Berty  n'aient  pas  été  continuées  et  que  nous 
n'ayons  pas  encore  une  histoire  détaillée  et  scientifique  du 
palais  du  Louvre. 

3.  Dès  i653,  Anne  d'Autriche  avait  commencé  à  remettre  à 
neuf  l'appartement  des  reines-mères.  En  i655,  elle  entreprit  de 
transformer  en  salles  luxueuses  le  rez-de-chaussée  de  la 
Petite-Galerie;  Michel  Anguier  et  le  stucateur  Pietro  Sasso  y 
prodiguèrent  les  sculptures,  que  Francesco  Romanelli  vint 
compléter  par  ses  peintures  en  i65g.  En  même  temps  on  com- 
mença à  agrandir  et  à  embellir  l'appartement  du  roi. 

4.  Il  avait  succédé  à  Jacques  Lcmercier  (mort  en  1654) 
comme  architecte  du  Louvre. 


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-  33  — 

aboutir;  Lebrun  jugea  qu'une  pareille  combinaison  était 
au-dessous  de  son  mérite  ;  il  refusa  de  se  plier  au  pro- 
gramme qu'on  lui  proposait,  d'après  lequel  il  aurait  seu- 
lement peint  à  la  voûte  des  tableaux  qui  auraient  été 
encadrés  dans  des  compartiments  et  des  sculptures  ima- 
ginés par  son  rival.  Dépité,  il  alla  jusqu'à  rendre  à  M.  de 
Ratabon  (intendant  des  Bâtiments  du  Roi)  les  sceaux  de 
l'Académie  royale  de  peinture  et  de  sculpture,  dont  il 
était  le  chancelier  ^ 

Cette  querelle,  où  le  caractère  dominateur  du  futur 
Premier-peintre  se  manifesta  si  violemment,  eut  pour 
résultat  d'empêcher,  comme  l'a  bien  exposé  Piganiol  de 
la  Force  2,  «  l'achèvement  de  cet  ouvrage,  qui  est  demeuré 
imparfait  jusqu'à  présent  ». 

La  décoration  sculpturale  seule  fut  exécutée,  sans  doute 
telle  qu'Errard  l'avait  prévue  3;  elle  le  fut  par  les  soins 
d'un  praticien  italien,  Francesco  Caccia,  dont  la  veuve 
toucha,  en  1667,  le  solde  «  de  la  somme  de  3,52o  livres,  à 
quoy  montent  les  ouvrages  de  stuc  faits  dans  la  voûte  du 
Salon  du  Louvre,  pendant  l'année  1659'*  ». 

1.  Toute  cette  querelle  a  été  bien  résumée  par  Piganiol  de 
la  Force  dans  la  notice  sur  l'Académie  qu'il  a  insérée  dans  le 
premier  volume  de  sa  Description  historique  de  la  ville  de 
Paris  (édit.  de  1765),  p.  242-244.  —  H.  Jouin,  Charles  Le  Brun 
et  les  arts  sous  Louis  XIV,  Paris,  1889,  in-4'',  p.  145. 

2.  Ouvr.  cité,  vol.  I,  p.  248.  —  Ph.  de  Chennevières  a  repris 
ces  textes  dans  sa  Notice  historique  et  descriptive  sur  la  Gale- 
rie d'Apollon  (Paris,  i85i,  in-12,  p.  24);  mais  il  n'a  pas  su 
déterminer  s'ils  s'appliquaient  au  «  Salon  des  audiences  »  ou 
au  «  Salon  carré  »  actuel. 

3.  Il  semble,  en  effet,  avoir  donné  alors  tous  les  modèles 
des  ouvrages  de  sculpture,  de  menuiserie,  etc.,  exécutés  pour 
le  roi.  Voir  sa  Vie,  dans  les  Mémoires  inédits  sur  la  vie  et  les 
ouvrages   des  membres   de    l'Académie  royale,  vol.    I    (1854), 

P-  79- 

4.  Ph.  de  Chennevières,  ouvr.  cité,  p.  24.  —  Comptes  des 
Bâtiments  du  roi,  publiés  par  J.  Guiffrey,  vol.  I  (1881),  col.  126 
et  70.  En  1668,  Errard  toucha  le  solde  des  grands  travaux  de 
peinture  qu'il  avait  faits  au  Louvre  en  1659  et  1660;  l'impor- 
tance de  la  somme  prouve  qu'il  s'agit  de  tout  l'ensemble  des 
décorations  exécutées  alors  au  Louvre. 

1922  3 


-34- 

Ces  stucs  eurent  d'ailleurs  un  très  vif  succès,  comme  le 
prouve  la  description  de  ce  salon  donnée  par  Saugrain, 
dans  son  Dictionnaire  universel  de  la  France^,  publié  en 
1726  : 

Du  grand  cabinet  du  Roy,  on  entre  dans  un  salon  ovale, 
dont  la  coupe  ou  [sic]  forme  de  dôme  est  ornée  de  quantité  de 
figures  de  stuc  d'un  goût  merveilleux;  les  endroits  de  cette 
coupe  qui  devroient  être  peints,  sont  encore  vuides...  Ce  salon 
sert  d'entrée  à  la  magnifique  Galerie  d'Apollon. 

On  pourrait  croire  que  la  transformation 2  subie  par 

1.  Vol.  II,  col.  1042.  C'est  une  des  descriptions  les  plus 
anciennes  et  aussi  la  plus  exacte. 

2.  Il  serait  trop  long  d'étudier  ici  en  détail  les  affectations 
que  le  «  Salon  des  audiences  »  a  reçues  successivement, 
depuis  son  aménagement  jusqu'à  nos  jours.  Mais  on  me 
reprocherait  de  ne  pas  les  indiquer  brièvement.  Quand  la 
Cour  commença  à  faire  de  longs  séjours  à  Versailles  (à  partir 
de  1675),  les  appartements  royaux  devinrent  «  le  cabinet  des 
tableaux  de  Sa  Majesté  »;  Villot  a  reproduit  dans  sa  Notice 
des  tableaux  (première  partie,  édition  de  1864,  p.  xxviii  à 
xxxi)  un  curieux  récit  du  Mercure  galant  du  mois  de  décembre 
1681,  qui  montre  Louis  XIV  venant  examiner  dans  son  ancien 
appartement  ses  plus  précieuses  peintures. 

Quelques  années  plus  tard,  quand  le  Cabinet  du  Roi  eut  été 
transféré  à  Versailles,  l'Académie  royale  de  peinture  et  de 
sculpture  fut  autorisée  à  s'installer  (1692)  dans  les  salles  de 
l'appartement  du  roi.  L'ancien  Salon  des  audiences  fut  pro- 
gressivement rempli  par  les  tableaux  et  les  sculptures  qui  for- 
maient les  collections  de  l'Académie.  Un  état  détaillé  des 
richesses  de  cette  salle  a  été  donné  par  Thiéry  [Guide  des 
amateurs  et  des  étrangers  voyageurs  à  Paiis,  1787,  vol.  I, 
p.  370-371).  L'inventaire  des  tableaux  et  sculptures  qui  s'y 
trouvaient  en  l'an  II  a  été  publié  par  A,  Fontaine  {Les  collec- 
tions de  l'Académie  royale  de  peinture  et  de  sculpture,  Paris, 
1910,  in-S",  p.  171  et  suiv.). 

Lors  de  la  création  du  Musée  du  Louvre,  ce  salon  devint  le 
«  Vestibule  de  la  Galerie  d'Apollon  ».  En  1807,  Napoléon  y  fit 
exposer  les  œuvres  d'art  conquises  par  la  Grande  Armée 
durant  les  campagnes  de  1806  et  1807.  Sa  décoration  actuelle 
date  du  règne  de  Louis  XVIII;  cf.  comte  de  Clarac,  Descrip- 


—  35  — 

cette  salle,  sous  le  règne  de  Louis  XVIII,  a  fait  dispa- 
raître toute  trace  de  la  décoration  primitive.  Et  en  effet, 
lorsque  vers  1820  on  disposa  dans  les  voûtes  les  peintures 
de  Blondel,  de  Couder,  de  Mauzaisse,  quand  on  plaça  à 
l'entrée  de  la  Galerie  d'Apollon  une  des  fameuses  grilles 
du  château  de  Maisons,  Fontaine  traita  sans  grands  égards 
l'œuvre  de  ses  prédécesseurs.  Mais  quand  on  regarde  la 
voûte,  on  constate  qu'il  y  subsiste  des  restes  importants 
de  l'ornementation  imaginée  par  Errard.  Les  peintures 
de  la  Restauration  sont  marouflées  dans  des  encadre- 
ments sculptés  ^,  ornés  de  feuillages  et  surmontés  de 
quatre  beaux  mascarons  dont  les  têtes  représentent  Mer- 
cure, Bacchus,  Jupiter  (?)  et  Mars,  et  leur  qualité  fait 
regretter  très  vivement  la  destruction  du  reste  de  cette 
décoration,  qui  devait  être  fort  belle. 

Du  moins  pouvons-nous  encore  avoir  quelque  idée  de 
son  état  primitif,  grâce  à  un  dessin  de  Benjamin  Zix,  qui 
a  été  déjà  publié  plusieurs  fois^.  Il  représente  l'exposition 

tion  historique  et  graphique  du  Louvre  et  des  Tuileries  (publiée 
par  Alfred  Maury),  Paris,  i853,  in-8%  p.  577  et  667. 

On  y  a  disposé,  il  y  a  une  vingtaine  d'années,  de  grandes 
plaques  de  marbre,  sur  lesquelles  sont  gravés  les  noms  des 
principaux  donateurs  du  Musée. 

1.  On  a  laissé  subsister  la  corniche,  les  cadres  et  l'ovale 
du  haut. 

2.  Une  gravure  au  trait  par  G.  Normand,  d'après  ce  dessin, 
a  été  insérée  par  Landon  dans  les  Annales  du  Musée,  vol.  III 
(i835),  p.  io3-io4,  pl*  69.  —  Une  épreuve  de  cette  gravure, 
complétée  à  la  plume  et  aquarellée  (Denon  et  les  person- 
nages qui  l'accompagnent  y  ont  été  ajoutés),  figure  parmi  les 
dessins  de  Zix,  au  Musée  du  Louvre  (Invent.,  n°  33408);  elle  a 
été  reproduite  par  M.  Jean  Guiffrey,  Le  Musée  du  Louvre,  les 
peintures,  les  dessins,  la  chalcographie,  Paris,  1909,  in-8°, 
fig.  17,  p.  36.  Elle  a  été  citée  par  M.  Gaston  Brière,  Vues  de  la 
grande  galerie  du  Musée  Napoléon  par  Benjamin  Zix,  Bull, 
de  la  Soc.  de  l'Histoire  de  l'Art  français,  année  1920,  p.  258-259. 

Cette  gravure  aquarellée  fut  acquise  parle  Musée  du  Louvre 
(avec  d'autres  dessins)  à  la  vente  du  baron  Brunet-Denon, 
n"  359  du  Catalogue  de  la  vente,  Paris,  février  1846.  Ne  pour- 
rait-on pas  supposer  qu'elle  aurait  été  complétée  par  V.  Denon 
lui-même,  ou  à  sa  demande  .•' 


-  36  — 

dans  la  rotonde  d'Apollon,  en  1807,  des  trophées  de  la 
Grande  Armée  ^,  et  il  donne  à  sa  partie  supérieure  une 
vue  de  la  corniche  du  côté  de  la  Galerie  d'Apollon.  On 
constate  ainsi  que  la  description  de  Saugrain,  en  1726, 
est  parfaitement  exacte  :  la  voûte  ovale  de  la  salle  était 
décorée  d'un  compartiment  central,  de  quatre  grands 
cadres  et  de  quatre  médaillons,  destinés  à  recevoir  des 
peintures  et  demeurés  vides  ;  les  espaces  entre  ces  cadres 
étaient  couverts  de  figures  en  ronde  bosse  (femmes  assises 
tenant  des  guirlandes;  génies  ailés,  etc.)  mêlées  à  des  tro- 
phées. L'ensemble  devait  produire  le  même  effet  de 
somptuosité  que  la  corniche  de  la  Galerie  d'Apollon,  par 
exemple.  L'image  incomplète  que  nous  avons  de  ces  dé- 
corations montre  combien  leur  destruction  doit  être 
regrettée  2. 

Il  est  fâcheux  que  l'esquisse  de  Van  der  Meulen  ne 
montre  pas  la  partie  supérieure  du  «  Salon  des  Au- 
diences ».  Du  moins  elle  prouve  qu'en  i663  les  murs  de 
cette  pièce  d'apparat  étaient  garnis  de  tentures,  sur  les- 
quelles des  tableaux^  étaient  accrochés  et  devant  les- 
quelles se  dressaient  des  statues.  Ces  tentures  devaient 
fermer  complètement  la  salle  du  côté  de  la  Galerie 
d'Apollon,  et  il  n'y  a  pas  lieu  de  s'en  étonner,  car,  en 
i663,  cette  Galerie,  très  abîmée  par  l'incendie  de  1661, 
était  en  reconstruction  :  Lebrun,  Girardon  et  leurs  colla- 
borateurs devaient  y  travailler  jusque  vers  1677. 

1.  Voir  la  Notice  spéciale  :  Statues,  bustes,  bas-reliefs, 
bronzes  et  autres  antiquités,  peintures,  dessijis  et  objets 
curieux,  conquis  par  la  Grande  Armée  dans  les  anyiées  1806 
et  iSoy...  Paris,  1807,  in-12  (710  numéros). 

2.  Les  anciens  appartements  du  roi  ont  d'ailleurs  particuliè- 
rement souffert  de  la  transformation  du  palais  en  musée. 
Pour  créer  la  grande  salle  dite  «  des  Sept  Cheminées  »,  Percier 
et  Fontaine  détruisirent  la  chambre  et  le  cabinet  du  roi,  dont 
les  boiseries  furent  remontées  ensuite  à  la  Colonnade,  sous  le 
règne  de  Charles  X. 

3.  Il  aurait  été  intéressant  d'identifier  celui  que  Van  der 
Meulen  a  pris  soin  de  reproduire;  mais  j'ai  vainement  essayé 
de  le  retrouver,  soit  dans  les  collections  nationales,  soit  dans 
VInventaire  des  tableaux  du  Cabinet  du  Roy,  dressé  par  Lebrun 
en  i683  (Arch.  nat.,  O^  1695). 


-37- 

Ces  détails  prouvent  combien  le  tableau  de  Van  der 
Meulen  est  intéressant  pour  l'histoire  du  Louvre;  on 
doit  se  réjouir  du  hasard  qui  l'a  fait  conserver,  car  sa 
destruction  n'aurait  rien  eu  de  surprenant. 

Il  semble  bien,  en  effet,  que  cette  petite  toile  soit  Tune 
des  esquisses  peintes  par  Van  der  Meulen  pour  la  célèbre 
tenture  de  VHistoire  du  Roi,  exécutée  aux  Gobelins  à 
partir  de  1662.  Lebrun  et  ses  collaborateurs  avaient  songé 
à  divers  sujets,  en  plus  de  ceux  qui  finalement  furent 
approuvés  et  exécutés  ^  Van  der  Meulen  paraît  avoir 
peint  deux  fois  VEntrevue  des  Suisses,  mais  aucun  de  ses 
deux  projets  ne  fut  traduit  en  tapisserie  2.  On  pourrait 
s'en  étonner,  étant  donné  l'importance  de  l'événement; 
mais  certaines  indications  données  par  M.  Borel  per- 
mettent d'en  deviner  la  cause. 

Le  roi  dut  trouver  que  la  scène,  peinte  par  Van  der 
Meulen  avec  une  exactitude^  scrupuleuse^,  manquait  de 
noblesse  et  d'élégance.  Comme  les  Parisiens  (on  le  voit 
par  certains  passages  du  livre  de  M.  Borel S)  avaient  un 
peu  raillé  l'aspect  fruste  des  ambassadeurs,  l'austérité  de 
leur  mise,  Louis  XIV  et  Golbert  durent  juger  inutile  de 

1.  La  tenture  comprit  quatorze  pièces.  Pour  tous  ces  détails, 
voir  M.  Fenaille,  État  général  des  tapisseries  de  la  manufac- 
ture des  Gobelins,  vol.  I,  igo3,  p.  99  et  suiv. 

2.  Fenaille,  ouvr.  cité,  p.  102,  note  2. 

3.  L'envoyé  qui  s'incline  devant  Louis  XIV  doit  être  J.-H. 
Waser,  bourgmestre  de  Zurich  et  chef  de  l'ambassade  (son 
portrait  a  été  publié  par  M.  Borel,  ouvr.  cité,  fig.  6,  p.  53); 
celui  qui  le  suit  serait  Antoine  de  Graffenried,  envoyé  de  la 
ville  de  Berne  {Ibid.,  fig.  8,  p.  57). 

4.  Il  semble  pourtant  que,  sur  un  point.  Van  der  Meulen  ait 
été  inexact.  Il  nous  montre  le  roi  et  les  deux  princes  vêtus  de 
chausses  et  de  justaucorps  en  étoffe  brochée  d'or.  Or,  d'après 
les  récits  des  témoins  oculaires,  recueillis  par  M.  Borel  {ouvr. 
cité,  p.  143-144),  Louis  XIV  portait  ce  jour-là  un  vêtement  de 
velours  noir,  avec  un  chapeau  noir  garni  de  plumes  rouges; 
et  les  principaux  personnages  de  sa  suite  étaient  également 
vêtus  de  noir.  La  liberté  prise  par  le  peintre  n'aurait-elle  pas 
eu  pour  objet  de  donner  plus  d'importance  aux  princes  et  de 
les  distinguer  plus  nettement  des  ambassadeurs .'' 

5.  Voir  p.  109. 


—  38  — 

perpétuer  le  souvenir  d'une  cérémonie  qui  n'avait  pas  été 
aussi  brillante  qu'ils  l'au^-aient  souhaité,  et  oîi  la  simpli- 
cité helvétique  avait  contrasté  avec  le  luxe  de  la  cour  de 
France.  Les  artistes  des  Gobelins  ne  furent  autorisés  à 
reproduire  qu'un  autre  épisode,  le  Serment  à  Notre-Dame, 
où  la  disposition  de  la  scène,  la  pompe  de  la  cérémonie 
religieuse,  permirent  de  reléguer  plus  facilement  au 
second  plan  «  MM.  des  Cantons  »  et  de  réserver  la  place 
d'honneur  aux  élégants  personnages  de  la  cour  et  du 
clergé. 

Mise  de  côté  comme  trop  exacte,  la  charmante  esquisse 
de  Van  der  Meulen  semblait  vouée  à  la  destruction.  Un 
heureux  hasard  permit  qu'elle  fût  conservée  aux  Gobe- 
lins,  d'où  le  roi  Louis-Philippe  la  fit  transporter  en  i835 
au  Musée  de  Versailles. 


La  manufacture  de  tapisseries  de  Maincy. 
(Communication  de  M.  Jean  Cordey.) 

Le  château  de  Vaux-le-Vicomte  n'était  pas  encore 
achevé  que  déjà  le  surintendant  Fouquet  se  préoccupait 
des  tapisseries  qui  devaient  le  décorer  un  jour.  Assuré- 
ment, il  pouvait  en  acheter,  et,  certes,  il  ne  s'en  fit  point 
faute.  Il  pouvait  aussi  en  commander  aux  ateliers  déjà 
existants  qui  lui  en  auraient  fourni  au  goût  du  jour.  Mais 
il  aurait  dû  attendre  longtemps,  car  ces  ateliers  suffisaient 
à  peine  à  la  besogne  et  à  satisfaire  les  fort  nombreuses 
demandes  des  amateurs. 

Or,  Fouquet,  en  tout  ce  qui  concerne  Vaux-le-Vicomte, 
a  fait  montre  d'une  hâte  presque  fébrile  d'aboutir  vite, 
d'achever  les  constructions,  les  jardins,  les  décorations 
de  tout  genre  pour  jouir  au  plus  tôt  de  la  merveille  qui 
se  préparait  et  en  faire  les  honneurs  à  ses  invités  au  cours 
de  fêtes  splendides.  Fouquet,  pour  qui  tous  les  corps 
de  métier  travaillaient  simultanément,  était  pressé.  Il 
résolut  donc  de  tourner  la  difficulté  en  installant  auprès 
de  lui  un  atelier  de  tapisseries  qui  serait  entièrement  à  sa 
disposition.  Dès  i658,  vers  le  début  de  l'automne,  en  sep- 


-39- 

tembre,  semble-t-il,  il  fit  installer  des  tapissiers  haute-lis- 
siers dans  le  village  de  Maincy^,  à  deux  kilomètres  de 
Vaux -le -Vicomte,  et  où  se  trouvaient  déjà  beaucoup 
d'ouvriers  qui  travaillaient  à  la  construction  du  château. 
Le  village  de  Maincy  est  traversé  par  un  petit  ruisseau  ; 
comme  la  Bièvre,  aux  Gobelins,  il  devait  servir  à  la  tein- 
ture des  laines. 

L'existence  de  la  manufacture  de  Maincy  a  été  signalée 
pour  la  première  fois  par  Lacordaire,  ancien  directeur 
des  Gobelins,  dans  la  troisième  édition  (i855)  de  sa  Notice 
historique  sur  la  manufacture  de  tapisseries  des  Gobelins, 
p.  65,  au  cours  d'une  citation. 

Cette  mention  donna  l'idée  à  M.  Eugène  Grésy  de  con- 
sulter les  registres  paroissiaux  de  Maincy  pour  les  années 
qui  intéressent  la  manufacture.  Il  put  ainsi  relever  le 
nom  de  quelques  artistes  et  tapissiers  qu'il  énuméra  dans 
les  Archives  de  l'Art  français,  t.  XI  (i858),  dans  un  travail 
intitulé  :  Documents  sur  les  artistes...  qui  ont  travaillé  au 
château  de  Vaux-le-Vicomte^. 

Après  lui,  M.  Edmond  Bonnaffé,  en  1882,  publia  un 
volume  :  Les  amateurs  de  l'ancienne  France,  le  surinten- 
dant Fouquet^,  où  l'on  trouve  l'inventaire  détaillé  du  châ- 
teau de  Vaux,  fait  en  1661,  après  l'arrestation  du  surin- 
tendant. On  y  relève  la  mention  de  toutes  les  tapisseries 
qui  décoraient  la  maison,  et  notamment  l'indication  de 
plusieurs  pièces  fabriquées  à  Maincy. 

En  i885,  M.  Th.  Lhuillier  fit  paraître  une  brochure  qui 
contient  beaucoup  de  renseignements  précis  et  fort  inté- 
ressants :  La  tapisserie  dans  la  Brie  et  le  Gâtinais'*. 

Enfin,  M.  Jules  Guiffrey  {Les  manufactures  parisiennes 
de  tapisseries  au  XVII^  siècle,  Paris,  1892),  et,  après  lui, 

1.  Seine-et-Marne,  arr.  et  cant.  de  Melun. 

2.  Publié  avec  des  notes  de  A.  de  Montaiglon.  Réimprimé 
par  l'auteur,  avec  quelques  additions,  à  Melun  en  1861. 

3.  Paris,  J.  Rouam,  1882,  in-4%  io3  p.  (Bibliothèque  inter- 
nationale des  arts.) 

4.  Paris,  Pion,  i885,  in-S",  3i  p.  (Mémoire  lu  à  la  réunion  des 
Sociétés  savantes  et  des  beaux-arts  des  départements  à  la  Sor- 
bonne,  le  8  avril  i883.)  • 


—  40  — 

M.  Fenaille,  dans  le  premier  volume  de  son  magnifique 
ouvrage  :  L'état  général  des  tapisseries  de  la  manufacture 
des  Gobelins^  donnent  la  nomenclature  et  la  description 
des  tapisseries  commencées  ou  exécutées  dans  les  ateliers 
du  surintendant  Fouquet. 

Telle  est  la  courte  bibliographie  de  la  manufacture  de 
Maincy,  dont  on  sait  d'ailleurs  que  l'existence  fut  très 
brève.  En  automne  i658,  les  tapissiers  commençaient  à 
travailler;  en  septembre  1661,  Fouquet  était  arrêté,  et 
moins  d'un  an  plus  tard  les  teinturiers  et  les  artistes  (qui 
n'avaient  pas  interrompu  leur  travail  à  la  suite  de  cet 
événement)  se  transportaient,  sur  l'ordre  de  Colbert,  avec 
tout  leur  matériel  et  leurs  œuvres  commencées  dans  les 
boutiques  des  Gobelins. 

L'inspirateur,  le  directeur  de  l'atelier  de  Maincy,  on  le 
sait,  n'était  autre  que  Le  Brun,  qui  vint  s'installer  à 
Maincy  avec  sa  femme,  Suzanne  Butay,  vers  le  mois  de 
septembre  i658,  au  moment  où  commençait  le  travail.  Le 
conducteur  en  chef  était  un  Français,  Louis  Blamars,  qui 
mourut  le  i3  août  1660  et  fut  enterré  dans  la  nef  de 
l'église  de  Maincy,  près  du  chœur.  Jean  Bontemps  le 
remplaça;  il  mourut  en  avril  1661. 

Quant  au  personnel  subalterne,  Grésy  estime,  par  un 
calcul  un  peu  théorique,  que,  de  i658  à  1662,  290  ouvriers 
travaillèrent  à  Maincy,  mais  il  ne  relève  que  dix-neuf 
noms  de  tapissiers  dans  les  Registres  paroissiaux,  les  uns 
flamands,  les  autres  français.  D'où  venaient-ils?  Les  uns 
directement  des  Flandres,  mais  d'autres  d'ateliers  déjà  en 
activité  en  France,  et  en  particulier  de  Paris,  où  ils 
avaient  été  débauchés  par  Fouquet.  On  se  disputait,  en 
effet,  à  cette  époque  les  bons  ouvriers,  et  dans  les  noms 
cités  par  Grésy  nous  trouvons  Jean  et  Claude  Lefebvre, 
probablement  fils  et  neveu  de  Pierre  Lefebvre,  haute-lis- 
sier rappelé  de  Florence  par  le  roi,  en  1648,  et  installé 
sous  la  grande  galerie  du  Louvre  dès  i656,  en  attendant 
de  se  transporter  aux  Gobelins  en  1662. 

On  trouve  aussi  le  nom  de  Lourdet.  Or,  Simon  Lour- 
det,  en  1627,  avait  été,  avec  Pierre  Dupont,  fondateur  de 
la  Savonnerie,  «  pour  la  fabrication  de  tapis  et  ameuble- 
ments et  ouvrages  de  Levant  ».  Sans  doute  cet  artiste 
est-il  son  parent  et  vient-il  de  la  Savonnerie. 


—  41  — 

Quant  a  l'installation,  au  matériel  même,  divers  docu- 
ments encore  inédits  des  archives  du  château  de  Vaux 
nous  font  voir  les  ouvriers  occupés  au  château  un  moment 
détournés  de  leurs  occupations  pour  aménager  à  Maincy 
des  locaux  pour  les  ateliers,  dans  une  grande  maison 
acquise  par  Fouquet,  le  14  août  i658,  des  Carmes  de 
Melun^.  L'entrepreneur  Antoine  Bergeron  dirigea  les 
travaux  de  maçonnerie;  le  menuisier  Jacques  Prou,  qui  fit 
toutes  les  boiseries  du  château,  déclare  avoir  «  plancheyé 
les  deux  bouticques  des  tapisseries  de  Mincy,  sçavoir  une 
contenant  dix-huit  pieds  de  large  sur  soixante  et  unze  pieds 
six  poulces  de  long,  et  l'autre  de  vingt-quatre  pieds  de 
large,  de  la  mesme  longueur  que  celle  cy-dessus,  les  deux 
ensembles  se  montant  à  la  quantité  de  quatre-vingt-deux 
thoises...  »  Ce  qui  nous  apprend  que  les  tapissiers  de 
Maincy  travaillaient  dans  deux  ateliers  longs  chacun  de 
vingt-trois  mètres  environ  et  larges  l'un  de  six,  l'autre  de 
huit  mètres  environ. 

Jacques  Prou  fit  encore  pour  Maincy  un  métier  de 
haute  lisse  de  huit  pieds  de  hauteur  sur  six  de  large  (soit 
2«i6o  sur  i"^95),  avec  des  rouleaux  de  cinq  à  six  pouces 
d'épaisseur,  c'est-à-dire  de  quinze  centimètres  de  dia- 
mètre. Il  fournit  également  des  tringles  de  bois  pour  les 
autres  métiers,  cinq  tables  de  sapin,  tandis  qu'il  aména- 
geait dans  la  basse-cour  du  château  un  local  spécial  pour 
l'entretien,  le  nettoyage  et  la  réparation  des  tapisseries  de 
Vaux-le-Vicomte. 

On  se  souvient  que  Jacques  Prou,  après  avoir  travaillé 
pour  Fouquet,  passa  au  service  du  roi  et,  dès  1661,  tra- 

I.  Cf.  E.  Grésy,  dans  Arch.  de  VArt  français,  t.  XI  (i858), 
p.  404.  —  Cette  maison,  acquise  par  Fouquet  moyennant 
23  livres  de  rente  et  25  arpents  de  terre,  était  alors  en  fort 
mauvais  état.  Elle  existe  encore.  C'est  un  long  corps  de  bâti- 
ment assez  étroit,  en  bordure  du  chemin  qui  descend  de 
Maincy  au  ruisseau  de  l'Almont.  Divisé  aujourd'hui  en  trois 
habitations,  on  y  voit  encore  un  ancien  escalier,  une  arcature 
aveuglée  du  côté  du  jardin  et,  à  l'une  des  entrées,  une  grande 
porte  charretière  avec  ses  anciennes  ferrures.  Les  titres  de 
propriété  sont  entre  les  mains  d'un  des  propriétaires  actuels, 
M.  Evrard. 


—  42  — 

vailla  aux  nouvelles  boiseries    de    la   petite    galerie  du 
Louvre,  qui  venait  d'être  détruite  par  un  incendie. 


Rappelons,  en  nous  aidant  du  livre  de  M.  Fenaille, 
quelles  tapisseries  sortirent  des  ateliers  de  Maincy,  exé- 
cutées d'après  les  dessins  de  Le  Brun,  et  les  modèles 
peints,  la  plupart,  par  Yvart  le  père. 

Tout  d'abord  la  portière  des  Renommées,  aux  armes  de 
Fouquet^  dont  onze  pièces  étaient  achevées  en  1662,  et 
l'une  d'elles  déjà  employée  au  château,  puis  les  portières 
de  Mars  et  du  Char  de  triomphe  (on  ignore  combien  de 
pièces  furent  faites  à  Maincy). 

Il  faut  citer  encore  une  petite  tenture  de  huit  pièces 
servant  de  soubassements  de  fenêtres,  dont  six  pièces 
furent  exécutées  à  Maincy.  Elles  portaient  le  chiffre  du 
roi  sur  un  écu  à  l'antique  entre  des  trophées  d'armes  et 
d'instruments. 

Puis  une  tenture  de  Verdure  avec  des  animaux,  dont 
cinq  pièces  étaient  achevées  avant  1662. 

Mais  citons  surtout  V Histoire  de  Constantin,  xentuTe  de 
cinq  pièces  d'après  Raphaël  et  Le  Brun,  et  pour  laquelle 
on  fit  plus  tard  aux  Gobelins  des  couronnes  royales,  des 
soleils  et  les  armoiries  du  roi  pour  remplacer  l'emblème 
et  le  chiffre  du  surintendant  déchu.  Enfin  la  tenture  de 
y  Histoire  de  Méléagre,  de  huit  pièces  en  basse  lisse,  au 
moins  commencée.  D'autres  modèles  peints  d'après  les 
dessins  de  Le  Brun,  par  Lefebvre,  Valdor,  Gourant,  Bau- 
dren  Yvart^,  étaient  prêts  à  être  exécutés,  mais  paraissent 

1.  Le  dessin  de  Le  Brun  pour  cette  portière,  passé  dans  la 
collection  Beurdeley,  est  reproduit  dans  le  volume  cité  plus 
haut  de  Bonnaffé. 

2.  La  présence  d'Yvart  à  Maincy  est  attestée  non  seulement 
par  les  registres  des  Gobelins,  mais  aussi  par  une  note  con- 
servée dans  les  archives  du  château  de  Vaux-le-Vicomte  : 
«  Je,  soubsigné,  confesse  avoir  receu  de  Monsieur  Le  Brun, 
par  les  mains  de  Monsieur  Yvart,  la  somme  de  deux  cens 
livres  en  déduction  de  l'ouvrage  que  j'ay  faict  au  chasteau  de 
Vaux-le-Vicomte.  De  laquelle  somme  de  deux  cens  livres  je 
prometz  tenir  compte.  Faict  à  Vaux,  le  cinq  juillet  1660. 
Signé  :  de  la  Chaize.  » 


-43  - 

n'avoir  pas  été  entrepris  lorsque  l'atelier  de  Maincy  par- 
tit pour  les  Gobelins.  C'étaient  les  cartons  de  V Histoire 
de  Moïse,  des  Muses  et  de  la  portière  de  la  Licorne. 


Aux  quelques  renseignements  nouveaux  donnés  plus 
haut  sur  l'installation  des  deux  ateliers  de  Maincy  par 
Jacques  Prou  vient  s'ajouter  un  autre  beaucoup  plus  im- 
portant, d'une  importance  même  capitale  pour  l'histoire 
de  la  tapisserie  de  Maincy.  Il  s'agit  d'un  acte  inédit 
et  jamais  signalé  jusqu'ici,  qui  n'est  autre  que  la  lettre 
patente  par  laquelle  Louis  XIV,  en  mai  1660,  à  Saint- 
Jean-de-Luz,  érigea  en  manufacture  de  tapisseries  de 
haute  lisse  privilégiée  l'atelier  de  Maincy. 

Cet  acte,  sur  parchemin  de  fort  grandes  dimensions, 
est  signé,  contresigné  et  porte  encore  le  grand  sceau  de 
cire  verte  avec  lacs  de  soie  verte  et  rouge.  Il  se  trouve 
dans  les  archives  du  château  de  Vaux-le-Vicomte,  où 
M.  Sommier  nous  a  permis  d'en  prendre  copie.  En  voici 
l'analyse  : 

Louis  XIV  considère  d'abord  l'utilité  des  manufac- 
tures pour  son  royaume  et,  en  particulier,  l'utilité  des 
manufactures  de  tapisseries  de  haute  et  basse  lisse;  il 
constate  que  cette  fabrication  se  fait  maintenant  en  France 
avec  plus  de  perfection  «  qu'en  aucune  part  de  l'Europe  », 
grâce  à  quoi  on  recherche  moins  les  tapisseries  étrangères 
et  d'où  il  s'ensuit  que  les  deniers  de  ses  sujets  restent  en 
France  au  lieu  de  partir  pour  l'étranger,  où  jadis  les  tapis- 
series s'achetaient. 

Le  roi  constate  ensuite  que  le  débit  desdites  tapisseries 
est  si  grand  que  «  plusieurs  particuliers  sont  réduits  pour 
avoir  desdites  tapisseries  de  dresser  des  mestiers  dans 
leurs  maisons  où  ilz  attirent  des  compagnons  tapissiers 
qu'ilz  débauchent  à  force  d'argent  des  anciens  haste- 
liers...  ». 

Puis  Louis  XIV  se  dit  informé  que  dans  le  village  de 
Maincy,  près  Melun,  passe  un  ruisseau  u  dont  l'eaue  est 
sy  propre  pour  la  teinture  des  laynes  et  la  situation  du 
lieu  si  advantageuse  pour  toutes  les  autres  choses  qui 
sont  à  souhaitter  pour  une  fabrique,  que  quelques  par- 


—  44  — 

ticulicrs  curieux  et  intelligents  au  tait  des  tapisseries  »  s'y 
sont  installés  depuis  deux  ans  avec  plusieurs  compagnons 
tapissiers  venus  des  Flandres  avec  leurs  familles.  Ces 
artistes  ont  fait  de  très  beaux  ouvrages  sous  la  direction 
du  surintendant  Fouquet.  Ces  considérations,  jointes  à 
celle  des  services  que  Fouquet  rend  journellement  «  avec 
une  affection  et  fidélité  inviolables  »  (notons  ces  expres- 
sions) dans  la  fonction  des  grandes  charges  et  emplois 
dont  il  est  honoré,  déterminent  Louis  XIV  à  trouver 
agréable  la  proposition  qui  lui  est  faite  d'établir  une 
manufacture  de  tapisseries  de  haute  lisse,  à  la  marche, 
de  soie,  laine  et  or,  à  Maincy. 

Pour  favoriser  cet  établissement,  le  roi  accorde  aux 
ouvriers  et  à  leurs  conducteurs  tous  les  privilèges, 
exemptions  et  indemnités  dont  jouissent  «  les  autres 
directeurs  et  ouvriers  de  nos  tapisseries  ».  Maincy  étant 
éloigné  de  Paris,  il  confie  la  direction  de  la  manufacture 
à  Fouquet,  par  les  soins  duquel  elle  a  été  commencée. 
Le  surintendant  choisira,  lui  et  plus  tard  ses  descendants, 
des  directeurs  capables,  lesquels  seront  anoblis,  eux  et 
leur  postérité  légitime,  par  le  seul  fait  qu'ils  auront  été 
choisis  pour  diriger  la  manufacture  de  Maincy  et  l'auront 
dirigée  pendant  au  moins  dix-huit  ans.  Il  ne  devra  y  avoir 
qu'un  seul  directeur  à  la  fois. 

Le  roi  permet  aux  directeurs  de  marquer  les  œuvres 
produites  d'une  marque  de  plomb,  qui  ne  devra  être  con- 
trefaite par  personne.  Ils  pourront  aussi,  pour  «  la  com- 
modité des  ouvriers,  établir  un  lieu  où  l'on  pourra  vendre 
vin  et  toutes  les  autres  choses  nécessaires  auxdits  ouvriers, 
même  y  construire  une  brasserie  à  bière,  si  bon  leur 
semble  ».  N'oublions  pas  que  beaucoup  d'ouvriers  étaient 
flamands  et  buvaient  de  la  bière  plus  volontiers  encore 
que  du  vin^. 

En  face  de  ces  privilèges,  voici  une  charge  :  les  con- 
ducteurs seront  tenus  de  prendre  et  nourrir  vingt  appren- 
tis, moyennant  soixante-quinze  livres  seulement  par  an. 

I.  La  même  année,  Fouquet  fonda  à  Maincy  un  hôpital,  la 
Charité,  pour  les  ouvriers  qui  travaillaient  au  château,  au 
parc  de  Vaux  et  à  la  manufacture  de  Maincy. 


-4;-- 

Ces  apprentis,  après  un  séjour  de  six  ans,  et  devenus 
bons  ouvriers,  pourront,  «  sur  les  certificats  des  conduc- 
teurs attachés  aux  contrats  de  leur  apprentissage  et  à  l'ex- 
trait du  registre  de  leur  entrée  et  sortie <  »,  s'installer, 
sans  avoir  d'examen  à  subir  ni  de  chef-d'œuvre  à  fournir, 
où  ils  voudront  dans  le  royaume,  à  l'exception  des  villes 
«  où  il  y  a  Parlement  »,  et  encore  dans  ces  villes  leur 
apprentissage  de  Maincy  aura  autant  de  valeur  que  s'il 
avait  été  fait  dans  ces  dites  villes. 

Le  roi  accorde  d'office  des  lettres  de  naturalité  aux 
directeurs,  ouvriers  et  apprentis  étrangers  qui  travaille- 
ront à  Maincy.  Il  exempte  aussi  d'impôt  les  étoffes  et 
ouvrages  fabriqués  à  Maincy,  mais  pour  lesquels  ne  pour- 
ront être  utilisés  que  la  teinture  faite  à  Maincy  et  l'or  et 
l'argent  préparés  à  Paris. 

Le  surintendant  des  bâtiments,  tapisseries  et  manufac- 
tures royales  aura  l'œil  sur  la  manufacture  de  Maincy 
avec  autant  de  diligence  que  sur  les  autres  manufactures. 

Enfin,  «  pour  la  commodité  publique  »,  Louis  XIV 
fonde  à  Maincy  un  marché  chaque  mardi  et  deux  foires 
chaque  année. 


A  quelques  variantes  près,  nous  retrouvons  dans  cet 
acte  beaucoup  de  clauses  qui  figurent  déjà  sur  les  lettres 
patentes  de  janvier  1607  accordées  par  Henri  IV  aux  ma- 
nufactures de  Comans  et  La  Planche 2.  Même  interdiction 
d'imiter  les  productions  de  la  manufacture.  Même  obli- 
gation d'entretenir  et  d'instruire  vingt  apprentis,  qui, 
après  six  ans  d'études,  pourront  ouvrir  des  boutiques  sans 
faire  de  chef-d'œuvre.  Même  autorisation  de  fonder  des 
brasseries  et  de  vendre  de  la  bière.  D'ailleurs,  dans  l'acte 
de  Maincy,  les  lettres  patentes  de  Henri  IV  sont  évoquées 
pour  déclarer  que  les  directeurs,  ouvriers  et  apprentis  de 
Maincy   doivent  jouir  des  mêmes  exemptions  et  privi- 

1.  On  voit  par  là  de  quelles  pièces  se  composait  leur  petit 
dossier  d'ouvriers. 

2.  Elles  sont  analysées  dans  V Histoire  de  la  tapisserie  depuis 
le  moyen  âge,  de  J.  Guiffrey,  p.  294. 


-  46- 

lèges  que  ceux  qui  travaillent  dans  «  nos  manufactures 
de  tapisseries  de  Paris,  suivant  l'édit  d'établissement 
d'icelles  ». 

Ne  manquons  pas  de  remarquer  à  quel  moment  ces 
lettres  patentes  en  faveur  de  Maincy  ont  été  obtenues  par 
Fouquet  et  dans  quels  termes  elles  lui  ont  été  octroyées. 
Nous  sommes  en  mai  1660,  à  Saint-Jean-de-Luz,  au 
moment  des  fiançailles  de  Louis  XIV  avec  l'infante  espa- 
gnole. Mazarin  est  avec  la  cour  au  pied  des  Pyrénées, 
mais  Fouquet  est  à  Paris.  Le  surintendant  est  au  comble 
de  la  faveur;  il  est  le  protecteur  des  lettres  et  des  arts; 
dans  peu  de  semaines,  au  mois  de  juillet,  il  aura  l'insigne 
honneur  de  recevoir  à  Vaux,  en  grande  partie  terminé, 
le  roi,  et  avec  lui  la  jeune  reine,  qu'il  ramène,  nouvelle 
mariée,  dans  sa  capitale,  la  reine-mère  et  toute  la  cour. 
Dans  les  lettres  patentes  pour  Maincy,  le  roi  rend  hom- 
mage aux  services  que  Fouquet  rend  journellement  avec 
une  affection  et  fidélité  inviolables  dans  la  fonction  des 
grandes  charges  et  emplois  dont  il  est  honoré. 

Mais  tout  ceci  n'est  qu'apparence  brillante  et  trompe 
l'œil.  Fouquet  le  sait  bien.  Il  se  sent  menacé;  en  matières 
financières,  il  n'a  plus  de  crédit;  or,  il  n'existe,  ne  vit, 
n'a  de  raison  d'être  que  par  son  crédit.  Celui-ci  disparu, 
il  n'a  plus  qu'à  disparaître  lui-même.  Il  a  des  ennemis,  et 
quels  ennemis!  Golbert  travaille  à  le  ruiner  dans  l'esprit 
du  roi  et  du  cardinal,  contrecarre  son  action  financière 
et  parlementaire;  Mazarin  joue  au  plus  fin  avec  lui,  et  le 
roi  dissimule.  Il  parle  de  son  affection,  de  sa  fidélité 
inviolable,  de  ses  services,  alors  qu'il  n'ignore  rien  du 
gâchis  financier  du  royaume  et  de  la  façon  dont  le  surin- 
tendant a  su  en  profiter. 

Quel  bénéfice  la  manufacture  de  Maincy  retira-t-elle 
des  lettres  patentes  qui  lui  étaient  accordées?  Dans  quelles 
proportions  le  nombre  de  ses  ouvriers  fut-il  augmenté, 
les  conditions  du  travail  améliorées,  l'activité  accrue.'' Les 
documents,  qui  nous  renseigneraient  avec  précision,  font 
malheureusement  défaut.  Nous  savons  seulement  que  les 
œuvres  de  la  manufacture  se  multipliaient  et  qu'aussitôt 
achevées  elles  allaient  décorer  les  murs  du  château  de 
Vaux.  Le  surintendant  en  avait  le  plus  grand  soin  d'ail- 


—  M  — 
leurs.  Des  rideaux  d'étoflfe  verte  étaient  suspendus  à  des 
tringles  devant  chaque  tapisserie  pour  les  protéger  de  la 
lumière.  Nous  savons  aussi  qu'à  la  manufacture  le  travail 
était  intense.  Le  lo  janvier  1661,  le  tapissier  Jean  Bon- 
temps  écrivait  :  «  Nous  sommes  bien  logés  et  traittés, 
mais  surmenés,  et  quoiqu'on  embauche  toujours,  nous 
avons  bien  ouvrage  taillé  pour  dix  ans^  » 

Mais  la  manufacture  de  Fouquet,  si  prospère,  n'avait 
plus  qu'un  an  et  demi  d'existence  tout  au  plus  devant 
elle.  Si,  après  l'arrestation  de  son  fondateur,  elle  continua 
à  tisser,  tandis  qu'à  Vaux  même  toute  entreprise  était 
suspendue,  c'est  assurément  parce  que  Colbert,  avec 
beaucoup  de  bon  sens,  jugea  qu'arrêter  en  plein  essor 
une  industrie  si  remarquable  serait  une  perte  pour  le  pays 
tout  entier.  Il  songeait  sans  doute  déjà  à  l'utiliser  à  Paris 
pour  le  roi.  Un  an,  en  effet,  ne  s'était  pas  écoulé  depuis 
le  fatal  jour  de  septembre  1661  que  les  artistes  de  Maincy, 
sous  la  direction  de  Le  Brun,  s'installaient  aux  Gobelins 
et  reprenaient  place  devant  leurs  métiers,  cette  fois  pour 
décorer  les  châteaux  royaux  et  célébrer,  à  l'aide  des 
laines  de  couleur,  des  fils  d'or  et  d'argent,  la  gloire  de 
Louis  XIV. 


Voici,  in  extenso,  le  texte  des  lettres  patentes  que  nous 
venons  d'analyser  : 

Lettres  patentes  accordées  par  le  roi  au  surintendant  Fouquet 
établissant  une  manufacture  de  tapisseries  de  haute  et  basse 
lisse  dans  le  village  de  Maincy.  (Saint-Jean  de  Lu:(,  mai  1 660.) 

Louis,  par  la  grâce  de  Dieu,  roy  de  France  et  de  Navarre, 
à  tous  présents  et  à  venir,  salut.  Desirans  à  l'imitation  du  feu 
roy,  nostre  très  honoré  seigneur  et  père,  et  de  Henry  le 
Grand,  nostre  ayeul,  rechercher  tous  les  moyens  possibles 
pour  donner  à  cest  Estât  toutes  les  commoditez  et  ornemens 
nécessaires  et  considerans  la  grande  utiHté  que  les  establisse- 
mens  des  manufactures  y  ont  apportée,  particulièrement  ceux 

I.  Cité  par  Lhuillier,  op.  cit.,  p.  21,  mais  sans  indication  de 
source. 


-48- 

des  tapisseries  de  haute  lisse  et  à  la  marche  de  layne,  soye  et 
or,  dont  la  fabrique  se  fait  maintenant  en  France  avec  plus  de 
perfection  qu'en  aucune  part  de  l'Europe,  ce  qui,  outre 
l'avantage  que  nos  sujetz  en  reçoivent,  y  retient  tous  les 
deniers  qui  auparavant  se  transportoyent  au  dehors  pour  en 
faire  venir  les  tapisseries  dont  ilz  avoyent  besoin,  et  d'autant 
qu'il  nous  a  esté  représenté  que  le  débit  des  dites  tapisseries 
est  si  grand,  non  seulement  pour  la  fourniture  et  provisions 
de  nos  dits  sujetz,  mais  mesme  par  le  transport  et  commerce 
qui  s'en  fait  dans  les  pays  estrangers,  qu'outre  les  hasteliers 
de  notre  grande  gallerie  du  Louvre  et  jardin  des  Thuilleries, 
ceux  de  la  Planche,  au  faubourg  St  Germain,  et  de  Comans, 
aux  Gobelins,  lesquelz  travaillent  incessamment  avec  grand 
nombre  d'ouvriers,  plusieurs  particuliers  sont  réduits,  pour 
avoir  des  dites  tapisseries,  de  dresser  des  mestiers  dans  leurs 
maisons,  où  ilz  attirent  des  compagnons  tapissiers,  qu'ilz  des- 
bauchent  à  force  d'argent  des  anciens  hasteliers  et  font  tra- 
vailler aux  dites  manufactures  des  dites  tapisseries  parla  con- 
duite de  gens  qui  n'ont  aucun  privilège  ny  capacité,  sans  que 
personne  d'autorité  y  ayt  l'œil,  aussi  ne  produisent-ilz  le  plus 
souvent  que  des  ouvrages  deffectueux  et  imparfaitz,  ce  qui,  à 
la  longue,  aporteroit  un  grand  dommage  et  diminucion  à 
l'excellence  où  est  parvenue  la  dite  manufacture; 

Ces  consideracions  et  l'inclination  naturelle  que  nous  avons 
pour  tout  ce  qui  regarde  les  beaux  artz  et  manufactures  nous 
oblige  à  pourveoir  à  la  nécessité  de  nos  sujetz,  en  faisant  de  nou- 
veaux establissemens  pour  la  fabrication  des  dites  tapisseries,  et 
estant  informés  que  dans  le  vilage  de  Maincy,  près  nostre  ville 
de  Melun,  il  passe  un  ruisseau  dont  l'eaue  est  si  propre  pour 
la  tainture  des  laynes  et  la  situation  du  lieu  et  advantageuse 
pour  toutes  les  autres  choses  qui  sont  à  souhaitter  pour  une 
fabrique,  que  quelques  particuliers  curieux  et  intelligens  au 
fait  desdites  tapisseries  s'i  estans  establis  depuis  deux  ans  avec 
plusieurs  compagnons  tapissiers  pour  en  faire  l'espreuve  à  la 
manière  de  Flandres,  d'où  ilz  ont  fait  venir  exprès  des  familles 
entières  des  plus  sçavans  ouvriers,  y  ont  fait  de  très  beaux 
ouvrages,  soubz  la  faveur  et  autorité  de  nostre  amé  et  féal 
chevalier,  le  sieur  Fouquet,  vicomte  de  Vaux  et  de  Melun, 
ministre  d'Estat,  surintendant  de  nos  finances  et  nostre  pro- 
cureur gênerai,  à  qui  le  dit  lieu  appartient,  ce  qui  joint  à  la 
singulière  recommandacion  de  sa  personne  et  ses  soings  et 
services  qu'il  nous  rend  journellement  avec  une  affection  et 
fidélité  inviolable  dans  la  fonction  des  grandes  charges  et 
employs  dont  nous  l'avons  honoré,  Nous   avons  agréable  la 


—  49  — 

proposition  qui  nous  a  esté  faicte  de  faire  un  establissemen 
de  manufacture  de  tapisserie  de  haute  lisse,  à  la  marche  de 
soye,  layne  et  or  au  dit  lieu  de  Maincy,  et  gratifier  ceux  qui 
seront  choisis  pour  la  conduitte  des  dites  manufactures  et  les 
ouvriers  qui  y  travaillent  des  mesmes  privilèges,  exemptions 
et  indemnitez  dont  jouissent  les  autres  directeurs  et  ouvriers 
de  noz  tapisseries. 

Et  voulans  favoriser  un  establissement  si  utille  et  avan- 
tageux au  public  et  faire  expédier  les  lettres  pour  ce  néces- 
saires. Savoir  faisons  que  pour  ces  causes  et  autres  bonnes 
consideracions  à  ce  nous  mouvans,  de  l'advis  de  nostre  con- 
seil et  de  nostre  certaine  science,  pleine  puissance  et  auto- 
rité royalle,  Avons  dit  et  déclaré,  disons  et  déclarons  par  ces 
présentes,  signées  de  nostre  main,  voulons  et  nous  plaît 
que  l'establissement  des  dites  manufactures  de  tapisseries 
de  haulte  lice,  à  marche  de  soye,  layne  et  or,  commencé  au 
dit  lieu  et  bourg  de  Maincy,  y  soit  parachevé  et  entretenu, 
ayans  à  cette  fin  iceluy  autorisé  et  confirmé,  autorisons  et 
confirmons  par  ces  dites  présentes;  et  afin  que  le  dit  esta- 
blissement, qui  est  esloigné  de  nostre  ville  de  Paris,  soit 
dirigé  convenablement,  nous  avons  estimé  n'en  pouvoir  con- 
fier et  donner  la  direction  plus  utillement  à  personne  qu'au 
dit  sieur  Fouquet  par  les  soings  duquel  il  a  esté  commencé, 
pour  en  estre  la  conduite  par  luy  commise  et  délaissée  à  telle 
personne  capable  qu'il  avisera,  estre  icelle  exercée  sous  ses 
ordres  et  autorité  et  à  ses  successeurs,  seigneurs  du  dit  Vaux 
et  de  Maincy,  auxquels  nous  voulons  le  susdit  droit  estre 
dévolu  et  appartenir  après  luy  comme  inceré  et  attaché  au 
corps  de  la  dite  seigneurie  de  Vaux  et  de  Maincy. 

Et,  pour  exciter  davantage  les  personnes  expérimentées  au  fait 
de  la  dite  fabrique  d'en  prendre  le  soing  par  la  concession  des 
privilèges ,  franchises  et  immunitez  accordées  par  les  roys, 
nos  prédécesseurs,  en  de  semblables  occasions  à  des  personnes 
capables  de  cette  conduitte.  Nous  avons  de  nos  mesmes  grâce 
et  autorité  que  dessus  déclaré  et  déclarons  par  ces  dites  pré- 
sentes ceux  qui  seront  ainsi  choisis  et  nommez  par  le  dit  sieur 
Fouquet  et  ses  successeurs,  seigneurs  et  vicomtes  de  Vaux  et 
Maincy,  pour  la  dite  conduitte  et  leur  postérité  naye  et  à 
naistre  en  loyal  mariage,  nobles  et  iceux  décorez  du  titre  et 
qualité  de  noblesse  pour  en  jouir  aux  mesmes  droictz,  privi- 
lèges, immunitez  dont  jouissent  les  autres  nobles  de  nostre 
royaume,  sans  qu'on  leur  puisse  imputer  ny  à  leur  dite  posté- 
rité le  trafficq  qu'ilz  font  ou  feront  des  marchandises  prove- 
nans  de  la  dite  manufacture  pour  acte  desrogeant  de  noblesse. 
1922  4 


—  5o  — 

Dont  en  tant  que  besoin  est  ou  seroit  nous  les  avons  dès  à 
présent  relevez  et  dispencés,  relevons  et  dispensons,  à  la 
charge  neantmoins  qu'ilz  seront  tenus  faire  et  tenir  la  dite 
fabrique  pendant  dix  huit  ans  entiers  au  moins,  à  compter  du 
jour  de  leur  commission,  que  le  dit  sieur  Fouquet  et  ses  suc- 
cesseurs n'en  pourront  establir  qu'un  à  la  fois,  qui  puisse 
avoir,  ny  jouir  du  dit  privilège. 

Voulons  aussi  que  devant  le  temps  de  vingt  années  pro- 
chaines nul  autre  que  les  dits  directeurs  et  ouvriers  puisse 
entreprendre  ny  imiter  les  dites  manufactures  en  aucun  lieu 
de  ce  royaume  autres  que  ceux  où  elles  ont  esté  establies  et 
sont  actuellement  exercées.  Permettons  aux  dits  directeurs  de 
faire  marquer,  distinguer  les  dits  ouvrages  d'une  marque  de 
plomb,  telle  qu'ilz  adviseront.  Faisant  deffences  à  toutes  sortes 
de  personnes  de  contrefaire  la  dite  marque  à  peine  de  confis- 
cacion  et  de  trois  cens  livres  parisis  d'amende;  leur  permet- 
tant en  outre,  pour  la  commodité  de  leurs  ouvriers,  d'establir 
un  lieu  où  l'on  pourra  vendre  vin  et  toutes  les  autres  choses 
nécessaires  pour  les  dits  ouvriers,  mesme  d'y  construire  une 
brasserie  à  bière,  si  bon  leur  semble,  le  tout  exempt  de  toutes 
sortes  de  droitz  d'ayde  et  impositions. 

Et  pour  inciter  la  jeunesse  à  aprendre  le  dit  art  et  mestier, 
les  dits  conducteurs  seront  tenus  de  prendre  et  nourrir  jusques 
au  nombre  de  vingt  apprentifs,  moyennant  soixante  quinze 
livres  par  chacun  an  seullement;  lesquels  apprentifs  ayant 
demeuré  six  années,  s'estans  rendus  capables  de  la  dite  pro- 
fession, pourront,  sur  les  certifficats  des  dits  conducteurs  atta- 
chez aux  contracts  de  leur  aprentissage  et  à  l'extrait  du 
registre  de  leur  entrée  et  sortie,  choisir  telle  demeure  ne 
nostre  royaume  qu'ilz  voudront,  à  l'exception  des  villes  où  il 
y  a  Parlement,  s'y  establir  et  exercer  la  dite  manufacture 
sans  qu'il  leur  soit  besoin  d'autre  chef-d'œuvre,  examen, 
ny  faire  aucuns  frais  de  réception,  et  pour  leur  establis- 
sement  aux  dites  villes  où  il  y  a  Parlement  vaudra  leur 
aprentissage  au  dit  Maincy  autant  que  s'ilz  l'avoient  fait  aus 
dites  villes.  Et  pour  empêcher  que  les  dits  directeurs  ne 
soyent  divertis  de  l'assiduyté  requise  à  leur  employ,  nous  les 
avons  exemptez  et  exemptons  par  les  dites  présentes  de  touttes 
tutelles  et  aultres  charges  privées  et  publiques,  lesquelles  ilz 
ne  pourront  estre  contraincts  d'accepter,  si  ce  n'est  de  leur 
consentement; 

Pour  jouyr  de  touttes  les  susdites  grâces,  privilèges  et  exemp- 
tions par  les  dits  directeurs,  ouvriers  et  aprentifs,  mesmes  du 
droit  de  naturalité  aux  mesmes  droitz  que  nos  regnicolles  et 
naturels  François,  sans  qu'ilz  y  puissent  estre   troublez   ny 


—  5i  — 

empêchez  par  nos  officiers  ny  autres,  soubz  prétexte  du  droit 
d'aubeyne  ou  déshérence  en  quelque  façon  que  ce  soit,  ny 
qu'ilz  soient  abstraints  de  prendre  d'autres  lettres  particulières 
de  Nous  que  ces  présentes,  dont  nous  les  avons  deschargez  et 
deschargeons  en  rapport  au  certifficat  vallable  en  la  forme 
que  dessus. 

Voulons  aussy  qu'ilz  jouissent  de  touttes  exemptions  et 
impositions  faictes  ou  à  faire  sur  les  estoftes  de  la  dite  manu- 
facture et  ouvrages  qui  en  seront  faicts,  tout  ainsy  qu'en 
jouyssent  ou  doivent  jouir  les  directeurs,  ouvriers  et  appren- 
tifs  de  nos  manufactures  de  tapisserie  de  Paris,  suyvant  l'Edit 
de  l'establisseman  d'icelles,  enregistré  en  nostre  Cour  de  Par- 
lement en  l'année  mil  six  cens  sept. 

Faisons  aussi  deftences  aus  ditz  directeurs  d'employer  autres 
estoffes  que  de  la  tainture  du  dit  bourg  de  Maincy,  ny  autre 
or  ny  argent  que  celuy  qui  sera  tiré  en  nostre  ville  de  Paris. 

Voulons  en  outre  que  le  surintendant  de  nos  bastimens, 
tapisseries  et  manufactures  ayt  l'œil  sur  le  présent  establisse- 
ment  et  fabricacion  de  tapisserie  et  apporte  le  mesme  soing  et 
diligence  pour  la  perfection  et  manutention  d'icelles  qu'il  fait 
en  nos  manufactures,  en  sorte  qu'elles  soyent  toujours  façon- 
nées avec  toute  l'exactitude  possible. 

Et  afin  de  convyer  un  chacun  de  venir  habiter  et  fréquen- 
ter le  dit  lieu  de  Maincy  pour  le  fait  des  dites  manufactures  et 
qu'il  s'y  fasse  débit  et  commerce  avec  plus  de  liberté  et  don- 
ner aussi  plus  de  seureté  au  travail.  Nous  avons,  de  la  mesme 
grâce  et  autorité  que  dessus,  accordé  et  octroyé,  accordons  et 
octroyons  par  ces  présentes  au  dit  bourg  de  Maincy  l'exemp- 
tion et  descharge  de  tous  logemens  de  gens  de  guerre,  et  celuy 
bourg  et  parroisse  abonné  et  abonnons  à  la  somme  de  trois 
mil  trois  cens  livres,  à  laquelle  il  a  esté  compris  au  départe- 
ment des  tailles  et  autres  impositions  de  la  présente  année,  à 
quoy  nous  l'avons  fixé,  sans  qu'à  l'advenir  il  puisse  y  estre  rien 
imposé  au  delà  pour  quelque  cause  et  occasion  que  ce  soit, 
quelque  augmentation  qu'il  y  eust  aux  charges  de  nostre 
royaume  ou  de  la  généralité  de  Paris,  mais  seuUement  jusques 
à  ladite  somme  ou  au  dessous,  à  proportion  des  descharges 
qui  seront  accordées  par  nous  ou  nos  successeurs  roys  à  tout 
le  royaume  ou  à  la  dite  généralité. 

Et  pour  donner  plus  d'occasion  aux  habitans  et  ouvriers  du 
dit  bourg  de  Maincy  d'y  augmenter  leur  commerce  pour  la 
commodité  publique,  Nous  avons  aussi  de  la  mesme  grâce, 
puissance  et  autorité  que  dessus,  créé,  érigé,  ordonné  et  esta- 
bly,  créons,  érigeons,  ordonnons  et  establissons  au  dit  bourg 
de  Maincy  un  marché,  le  mardy  de  chacune  sepmaine,  et  deux 


—  5i  — 

foires  l'année,  scavoir  l'une  le  lendemain  du  jour  saints 
Jacques  et  Christophle  '  et  la  seconde  le  lendemain  du  jour  saint 
Mathieu  2,  ausquelz  jours  permettons  à  tous  marchans  et  autres 
frequentans  les  foires  et  marchez  de  se  treuver  au  dit  bourg 
de  Maincy  pour  y  trafiquer,  vendre  et  eschanger  touttes  sortes 
de  marchandises  licittes  et  jouir  des  mesmes  droitz,  franchises, 
libertez  et  immunitez  qu'ilz  ont  accoutumé  aux  autres  foires 
de  nostre  royaume  et  du  dit  pays,  et  aux  habitans  ou  seigneurs 
du  dit  Maincy  d'y  construire  et  ediffier  des  halles,  bancs  et 
estaux  et  autres  bastimens  nécessaires,  tant  pour  la  commo- 
dité des  marchans  que  pour  la  seureté  des  marchandises,  à  la 
charge  touttesfois  qu'il  n'y  ayt  aus  dits  jours  à  quatre  lieues  à 
la  ronde  dudit  lieu  autres  foires  ou  marchés,  et  que  si  les  dites 
foires  ou  marchez  escheent  aux  festes  solennelles,  elles  seront 
remises  au  lendemain. 

Si  donnons  en  mandement  à  noz  amez  et  féaux  conseillers 
les  gens  tenans  nostre  Cour  de  Parlement,  Chambre  des 
comptes,  Cour  des  Aydes  de  Paris,  presidens  et  trésoriers  de 
France  au  dit  lieu,  bailly  de  ...3,  et  à  tous  autres  nos  justiciers 
et  officiers  qu'il  appartiendra  que  ces  présentes  ilz  fassent 
lettres  publics,  registrées  et  du  contenu  en  icelles  jouyr  et  uzer 
les  dits  directeurs,  ouvriers  et  habitans  dudit  lieu  et  parroisse 
de  Maincy,  cessans  et  faisans  cesser  tous  troubles  et  empes- 
chemens  à  ce  contraires,  nonobstant  touttes  ordonnances,  des- 
claracions,  arrests  et  reglemens  aussi  à  ce  contraires,  auxquels 
et  à  leur  desrogatoires  nous  avons  desrogé  et  desrogeons  pour 
ce  regard  seullement  sans  tirer  conséquence.  Car  tel  est  nostre 
plaisir. 

Et  afin  que  ce  soit  chose  ferme  et  stable  à  tousjours,  nous 
avons  faict  mettre  nostre  seel  à  ces  dites  présentes,  sauf  en 
aucune  chose  nostre  droit  et  l'autruy  en  touttes. 

Donné  à  Saint  Jean  de  Luz,  au  mois  de  may,  l'an  de  grâce 
mil  six  cens  soixante  et  de  nostre  reigne  le  XVII*. 

LOUIS. 

Sur  le  replis  :  Par  le  roy,  de  Lomenie. 

Visa  :  Seguier.  Pour  saux  aux  lettres  d'establissement 
de  manufacture  de  tapisserie  en  la  terre  et  seigneu- 
rie de  Maincy  aux  clauses  et  conditions  y  contenues. 
(Grand  sceau  de  cire  verte,  sur  lacs  de  soie  verte  et  rouge.) 

1.  La  Saint-Jacques  est  fêtée  le  2  mai. 

2.  C'est-à-dire  le  22  septembre. 

3.  En  blanc  dans  le  texte. 


—  53  — 

Les  petits  portraits  dans  le  goût  pompéien 
DE  Jean-Urbain  Guérin. 

(Communication  de  M.  Carlo  Jeannerat.) 

M.  Carlo  Jeannerat  a  reconstitué  Pœuvre  d'un  peintre 
de  petits  portraits  dans  le  goût  pompéien,  Jean- Urbain 
Guérin.  Cet  artiste  naquit  à  Strasbourg  le  ler  avril  1769. 
Distingué  par  le  maréchal  de  Contades,  gouverneur  de  la 
province,  il  fut  envoyé  à  Paris.  Il  devait  entrer  comme 
élève  à  l'Académie  de  peinture,  mais  il  préféra  la  société 
des  miniaturistes.  Il  étudia  avec  ferveur  les  reproductions 
de  peintures  trouvées  à  Herculanum  et  à  Pompéi.  De 
nombreux  artistes  contemporains  partageaient  son  goût 
et  pastichaient  les  œuvres  antiques.  Mais  Guérin  fut  le 
premier  à  exécuter  des  portraits  en  miniature  dans  le 
genre  camée.  Les  recherches  de  M.  Jeannerat,  aidées  par 
les  indications  d'un  journal  manuscrit  tenu  par  l'artiste 
entre  les  années  1788  et  1792,  lui  ont  permis  d'identifier 
dix  œuvres  de  Guérin. 


SÉANCE    DU    3    MARS    1922. 


COMITE  DIRECTEUR. 

La  séance  est  présidée  par  M.  G.  Brière,  président. 

Présents  :  MM.  Charlier,  Cordey,  Fontaine,  le  comte 
d'Harcourt,  Lemoisne,  Marquet  de  Vasselot,  H.  Martin, 
Ramet,  Réau,  Rouchès,  Saunier,  Vitry. 

Excusés  :  MM.  Alfassa  et  Ratouis  de  Limay. 

—  Le  Président  annonce  que  le  ministère  des  Beaux- 
Arts  a  souscrit  à  quarante  exemplaires  du  tome  XI  des 
Archives  (tome  I  du  Catalogue  de  la  série  Y  du  Cabinet 
des  Estampes). 

—  M.  Marquet  de  Vasselot  informe  le  Comité  que 
Mme  (ie    Sainte-Claire,   faisant  sienne    la   promesse    de 


-  54- 

M.  Furcy-Raynaud,  son  frère,  prendra  totalement  à  sa 
charge  les  frais  d'impression  et  d'illustration  de  Vlnven- 
taire  des  sculptures  commandées  par  les  Bâtiments  du  Roi 
au  XVIII^  siècle.  M.  Marquet  de  Vasselot  est  chargé 
d'exprimer  à  Mme  de  Sainte-Claire  la  profonde  gratitude 
de  la  Société.  M.  Brière  accepte  d'achever  la  mise  au 
point  de  ce  travail  et  d'en  surveiller  l'impression. 

—  M.  Rouchès  fait  connaître  que  l'inventaire  des  publi- 
cations de  la  Société  déposées  à  la  librairie  Armand 
Colin  comprend  près  de  8,000  volumes. 

—  Sont  admis  membres  de  la  Société  :  M^e  Gaveau, 
présentée  par  le  comte  AUard  du  Chollet  et  M.  Ratouis 
de  Limay;  M^e  Thayer,  présentée  par  le  marquis  de 
Sayve  et  la  comtesse  de  Sayve;  le  commandant  E.  Mar- 
tin, présenté  par  M.  Lefuel  et  le  comte  AUard  du  Chol- 
let; MM.  Gaston  et  Raymond  Richebé,  présentés  par 
M.  Lefuel  et  le  comte  Allard  du  Chollet;  M.  Morris 
Gray,  président  of  the  Muséum  of  fine  Arts,  à  Boston, 
présenté  par  MM.  Ratouis  de  Limay  et  Ramet. 


REUNION  DE  LA  SOCIETE. 

Présents  :  MM.  le  comte  Allard  du  Chollet,  Aubert, 
Babelon;  MUe  Ballot;  MM.  Brière,  le  comte  de  Camondo, 
le  comte  de  Castries;  Ml'e  Charageat;  MM.  Charlier, 
Dimier,  Dubois- Corneau;  M^e  Duportal;  MM.  Fage,  le 
baron  de  Fleury,  Girod  de  l'Ain;  Mme  Grenier;  MM.  le 
comte  d'Harcourt,  Jeannerat,  le  comte  A.  de  Laborde; 
Mlle  de  Largentaye;  MM.  Lavallée,  Lemoisne,  Lotte, 
Marquet  de  Vasselot,  Migeon,  Perdreau,  Perrault-Dabot, 
Picard;  Mme  Potrel;  MM.  Prisset,  Ramet,  Réau,  Rou- 
chès, Salles,  Saunier,  le  marquis  de  Sayve,  Vallery- 
Radot,  Verrier,  Vitry,  Wildenstein. 

Excusés  :  Mme  la  baronne  Seillière;  M.  Lefuel. 


—  55  — 

Une  pièce  de  l'  «  Histoire  de  Henry  Troisième  » 
(i632-i637). 

(Communication  de  M.  Marcel  Aubert.) 

Le  Musée  du  Louvre  vient  d'acquérir,  avec  l'aide  d'un 
généreux  donateur,  la  seule  pièce  complète  aujourd'hui 
connue  de  la  tenture  de  VHistoire  de  Henry  Troisième^ 
exécutée  au  château  de  Cadillac,  pour  le  duc  d'Épernon, 
par  le  tapissier  de  la  manufacture  du  faubourg  Saint- 
Marcel,  à  Paris,  Claude  de  La  Pierre. 

Cette  tenture,  en  vingt-sept  pièces,  fit  autrefois  partie 
du  Mobilier  de  la  Couronne  {Inventaire,  no  3  des  pièces 
sans  or).  On  en  trouve  encore  mention  en  lygo;  elle  dis- 
paraît pendant  la  Révolution. 

Ch.  Braquehaye,  de  Bordeaux,  a  donné,  dans  une  subs- 
tantielle notice,  tous  les  détails  sur  les  artistes  du  duc 
d'Épernon  au  château  de  Cadillac  et  en  particulier  sur  les 
tapissiers  qui,  sous  la  conduite  de  Claude  de  La  Pierre, 
chef  d'atelier  de  la  manufacture  de  François  de  La 
Planche  à  Paris,  tissèrent,  de  i632  à  i63j,  la  tenture  de 
VHistoire  de  Henry  Troisième^. 

La  pièce  qui  vient  d'entrer  au  Musée  du  Louvre  repré- 
sente la  Bataille  de  Jarnac.  Elle  provient  des  collections 
Pichon,  puis  Reiset.  C'est  une  grande  pièce  mesurant 
3  mètres  de  haut  sur  ô^So  de  large,  de  tons  simples,  en 
camaïeu  bleu  et  jaune,  d'une  belle  composition,  d'une 
excellente  exécution,  une  des  rares  tapisseries  subsistant 
de  cette  époque.  L'auteur  des  cartons  n'est  pas  connu; 
peut-être  est-ce  quelqu'un  des  peintres  attitrés  du  duc, 
Christophe  Crafft  ou  Girard  Pageot. 

La  bataille  se  déroule  autour  de  Téglise  de  «  Jarnac  » 
en  flammes.  «  M.  de  Lavalette  »,  père  du  duc  d'Éper- 
non, défie  en  combat  singulier  «  M.  le  prince  de  Condé  ». 
A  côté,  La  Valette,  à  terre,  est  sauvé  par  son  fils,  qui  réus- 

I.  Les  artistes  du  duc  d'Épernon.  Bordeaux,  Feret,  1897, 
in-S".  —  Claude  de  Lapierre,  maître  tapissier  du  duc  d'Éper- 
non, dans  Société  des  Beaux- Arts  des  départements,  1892, 
p.  462-483. 


—  56  — 

sit  à  le  faire  remonter  à  cheval.  Dans  le  fond,  les  carrés 
d'infanterie  avec,  au  centre,  les  piquiers  et  les  oriflammes 
et  les  charges  de  cavalerie,  dont  une  est  conduite  par 
«  M.  de  Ghatilhon  ».  Au  premier  plan,  «  M.  le  prince  de 
Condé  »,  qui,  malgré  ses  blessures  récentes,  avait  voulu 
rester  à  la  tête  de  ses  troupes,  est  renversé  sous  son  che- 
val, et  Montesquiou,  capitaine  des  gardes  suisses  du  duc 
d'Anjou,  le  vainqueur  de  Jarnac,  va  l'égorger,  —  la  tra- 
dition veut  qu'il  l'ait  tué  d'un  coup  de  pistolet. 

La  bordure  supérieure  manque.  Les  autres  bordures 
sont  enrichies  de  trophées  d'armes,  avec,  de  chaque  côté, 
les  armes  du  duc  de  La  Valette,  au  milieu  des  ordres  du 
roi.  Dans  la  bordure  inférieure,  des  écussons  soutenus 
par  des  génies  sont  chargés,  celui  du  centre  du  mono- 
gramme du  roi  Henri  III,  les  autres  des  monogrammes 
du  duc  de  La  Valette  et  de  Marguerite  de  Foix-Candale, 
sa  femme.  La  lisière  verticale  de  droite  porte  le  chiffre 
de  Claude  de  La  Pierre. 

Le  Musée  de  Cluny  possède  trois  pièces  d'une  tenture 
historique  de  la  même  époque,  représentant  les  scènes 
des  guerres  de  religion  d'après  les  gravures  de  Périssin 
et  Tortorel.  Sur  deux  d'entre  elles  figurent  deux  aspects 
de  la  bataille  de  Jarnac,  sur  la  troisième  la  bataille  de 
Saint-Denis.  Elles  sont  assez  grossières,  tissées  peut-être 
dans  un  atelier  de  Bordeaux  ou  de  Toulouse,  et  ne  rap- 
pellent ni  comme  style,  ni  même  comme  iconographie  la 
tapisserie  du  Louvre.  Elles  portent  les  armoiries  de  Paule 
d'Astarac  de  Fontrailles,  femme  de  Louis  Félix,  marquis 
de  La  Valette,  et,  malgré  leur  caractère  archaïque,  elles 
ne  doivent  guère  être  antérieures  à  1660. 


Un  portrait  par  Pierre  Brisset,  1848. 
(Communication  de  M.  Louis  Dimier.} 

Entre  les  peintres  du  xixe  siècle,  l'un  des  plus  oubliés 
est  Pierre  Brisset,  qui  fut  cependant  prix  de  Rome  en 
1840,  parut  à  l'Exposition  de  i855  avec  un  tableau  de 
Jésus  et  les  petits  enfants,  et  assista  Picot,  son  maître, 


-  57- 

dans  les  peintures  dont  est  décoré  le  cul-de-four  de 
Saint-Vincent-de-Paul.  Après  Couder,  une  seconde  fois  il 
avait  restauré  les  peintures  de  la  galerie  de  François  I^r 
à  Fontainebleau.  Il  est  mort  en  1890,  à  l'âge  de  quatre- 
vingts  ans. 

Je  présente  à  la  Société  un  petit  ouvrage  de  cet  artiste 
signé  :  Pre  Brisset  Roma  1 843,  d'une  excellente  exécu- 
tion, non  moins  agréable  par  le  costume,  l'attitude,  le 
caractère  anecdotique.  C'est  un  portrait.  Comme  il  paraît 
par  les  accessoires,  le  personnage  est  un  sculpteur.  Nul 
n'en  avait  retenu  le  nom. 

Je  me  suis  appliqué  à  le  découvrir  dans  les  artistes  de 
ce  genre  pensionnaires  de  Rome  à  l'époque  dite,  soit 
1843.  C'est  le  temps  où  Brisset  lui-même  était  à  la  villa 
Médicis.  Entre  les  divers  noms  offerts  ainsi,  j'aurais 
voulu  que  les  œuvres  de  sculpture  représentées  dans  le 
tableau  m'aidassent  à  choisir.  Mais  comment?  Il  n'y  en 
avait  qu'une,  et  c'était  le  Mars  Ludovisi,  une  antique, 
dont  on  ne  pouvait  regarder  l'artiste  représenté  comme 
l'auteur. 

Cependant  l'idée  me  vint  qu'il  n'était  pas  impossible 
que  cet  artiste  eût  copié  le  Mars  Ludovisi  et  que  cette 
copie  le  désignât.  Dans  le  Catalogue  de  l'École  des  beaux- 
arts  (par  Eug.  Muntz,  p.  244),  à  l'article  des  prix  de  Rome 
de  sculpture,  figure  à  côté  de  Diebolt,  concours  de  1841, 
le  nom  de  Godde,  même  concours,  comme  second  grand 
prix.  A  ce  titre,  comme  Diebolt,  il  alla  à  Rome,  et  c'est 
l'artiste  peint  par  Brisset.  En  effet,  dans  le  même  cata- 
logue, page  45,  nous  retrouvons  une  seconde  fois  le  nom 
de  Godde  comme  auteur  de  quoi?  D'une  copie  du  Mars 
Ludovisi  exécutée  à  Rome  en  1842.  Elle  est  placée  dans 
la  cour  de  l'École,  devant  le  portail  de  Gaillon;  on  peut 
l'apercevoir  de  la  rue  en  passant. 

Ainsi,  l'image  de  cette  antique,  que  je  croyais  devoir 
me  fermer  toute  recherche,  est  au  contraire  ce  qui  m'a 
mis  au  port.  L'identité  de  l'objet,  la  convenance  des 
dates,  1842,  1843,  ne  laissent  pas  de  doute.  Le  portrait  est 
celui  de  Godde,  que  les  dictionnaires  d'artistes  ne  men- 
tionnent pas,  qui  sans  doute  mourut  jeune  et  peut-être 


—  58  — 

était  fils  ou  parent  d'Hippolyte  Godde,  architecte,  mort 
en  1869,  à  l'âge  de  quatre-vingt-huit  ans. 

Quant  au  style  du  morceau,  l'influence  d'Ingres  y 
éclate.  D'autre  part,  il  fait  penser  à  Meissonier.  Malgré  la 
grande  distance  de  style,  j'ai  toujours  trouvé  dans  Meis- 
sonier quelques  sourdes  influences  d'Ingres.  De  tels  mor- 
ceaux peuvent  servir  à  les  rendre  sensibles.  C'est  une 
source  de  lumière  pour  l'histoire  des  arts. 


Supplément  au  mémoire  sur  Godard  d'Alençon. 
(Communication  de  M.  Louis  Dimier.) 

A  la  notice  lue  en  juillet  dernier  touchant  Godard 
d'Alençon,  graveur  sur  bois,  je  suis  en  mesure  d'ajouter 
quelques  notes,  grâce  à  un  texte  que  j'ignorais  et  qui  m'a 
été  révélé. 

Je  rappelle  que  cet  excellent  artiste  est  mort  en  i838, 
et  qu'un  fils  qu'il  eut  en  1797,  adonné  au  même  art,  s'y 
exerçait  dès  lors  avec  succès.  Une  lettre  de  Balzac,  que 
j'ai  donnée,  montre  Godard  fils  employé  par  celui-ci  et 
par  Urbain  Ganel,  agissant  comme  éditeurs,  en  même 
temps  que  par  Delongchamps,  autre  éditeur,  en  1825. 
Godard  fils  avait  vingt-huit  ans.  Il  signa  Go,  broché  d'un 
dard.  C'est  en  cette  sorte  qu'il  met  sa  marque  sur  plu- 
sieurs belles  figures  de  lui  qui  ornent  le  Gil  Blas  de 
Gigoux. 

Treize  ans  et  plus  avant  la  mort  de  Godard  père,  il  y 
avait  donc  deux  Godard  d'Alençon,  graveurs  sur  bois,  en 
exercice.  Cela  prête  à  la  confusion.  Je  ne  sais  si  l'on 
peut  être  certain  d'en  conjurer  tout  à  fait  les  eff'ets.  Je 
voudrais  l'essayer,  grâce  au  texte  que  j'ai  dit.  Attachons- 
nous  aux  faits  certains. 

En  1827,  dans  le  Journal  des  artistes,  année  1828,  t.  I, 
p.  59,  un  article  consacré  à  la  gravure  sur  bois,  référant 
aux  ouvrages  de  ce  genre  exposés  au  Salon  de  1827, 
mentionne  «  un  jeune  Alençonnais,  M.  Godard,  fils  et 
petit-fils  de  graveurs  sur  bois  ».  J'ai  dit  que  notre  Godard 
sortait  d'un  père  graveur.  Celui-ci  est  le  troisième  du 


-  59- 

nom,  fils  de  notre  Godard,  et  que  Balzac  employa.  Le 
Journal  des  artistes  lui  donne  formellement  «  le  cadre 
no  1253  de  l'exposition  »,  lequel  «  renferme  plusieurs 
vignettes  ».  J'ai  parlé  de  cette  exposition;  d'après  le 
catalogue,  j'ai  nommé  ces  vignettes,  qui  sont  les  armoi- 
ries de  France,  le  titre  du  Sacre  de  Charles  X,  les  en-têtes 
et  culs-de-lampe  pour  le  Musée  des  Antiques  de  Glarac. 
J'ai  attribué  ces  ouvrages  à  Godard  père.  Ils  sont  du  fils  : 
c'est  une  erreur  à  corriger,  erreur  à  l'honneur  de  Godard 
père,  en  ce  qui  regarde  le  titre  du  Sacre  de  Charles  X, 
qui  n'est  pas  beau. 

Autre  correction  qui  s'ensuit.  Les  expositions  portées 
au  nom  de  Godard,  des  Salons  de  1824,  i83i,  i833,  sans 
rien  qui  marque  que  ce  nom  couvre  un  autre  Godard, 
devront  être  rendues  à  Godard  fils;  les  domiciles  à  Paris, 
que  les  mentions  ajoutent  à  ce  nom,  de  même.  C'est 
autant  de  traits  qu'il  faut  distraire  de  la  biographie  de 
Godard  père  et  ranger  à  celle  de  son  fils.  Je  n'ai  jamais 
cru  que  Godard  ait  vécu  à  Paris.  Cette  conclusion  ôte 
jusqu'à  la  supposition  qu'il  y  ait  eu  un  pied-à-terre  :  ces 
adresses  ayant  été  le  domicile  de  son  fils. 

Il  faut  remarquer  que  les  ouvrages  ainsi  retirés  à 
Godard  sont  le  plus  important  de  son  œuvre  en  bois 
debout.  Il  n'en  reste  qu'un  en  ce  genre,  à  savoir  les 
en-têtes  du  Thésaurus  linguae  grecae  imprimé  par  Didot, 
que  ce  dernier  lui  attribue  formellement.  Voici  le  pas- 
sage : 

M.  Godard,  à  Alençon  alors  (en  1808),  se  fit  connaître  par  des 
figures  d'animaux  exécutées  pour  un  choix  de  BufFon  que 
publia  M.  Renouard,  et,  tout  d'abord,  se  plaça  au  premier  rang 
de  nos  artistes  en  ce  genre. 

Il  a  exécuté  pour  notre  édition  du  Thésaurus  linguae  grecae 
la  plupart  des  sujets  qui  sont  en  tête  de  chaque  volume. 

Les  figures  d'animaux  du  Buffon  sont  de  Godard  père. 
Tout  l'atteste  :  le  témoignage  cité  de  M.  de  la  Sicotière, 
le  style,  l'impossibilité  d'attribuer  cet  ouvrage  au  fils, 
alors  âgé  de  onze  ans.  C'est  donc  de  notre  Godard  que 
Didot  parle.  C'est  donc  à  notre  Godard,  selon  Didot, 
qu'il  faut  attribuer  le  Thésaurus. 


—  6o  — 

Cependant,  le  volume  IV  de  cet  ouvrage  est  de  1841. 
Notre  Godard  était  mort  alors,  et  l'en-tête  de  ce  volume 
est  signé  Thompson.  Le  nom  de  Godard  reparaît  ensuite, 
désignant  forcément  Godard  fils.  Restent  seulement  les 
trois  premiers  en -têtes  au  compte  du  père,  à  moins  que, 
Didot  ayant  fait  confusion,  le  fils  ne  soit  l'auteur  même 
de  ces  trois  premiers. 

En  ce  cas,  tout  ouvrage  d'importance  sur  bois  debout 
serait  réellement  enlevé  au  père.  De  plus,  en  revoyant  les 
épreuves  trouvées  dans  les  collections  de  la  Société 
archéologique  de  l'Orne,  où  se  lisent  ces  mentions  au 
crayon  :  «  Premier  essai  de  gravure  sur  bois  debout.  — 
Gravure  sur  bois  debout  d'après  Thompson  »,  je  ne  suis 
plus  aussi  sûr  d'y  lire  l'écriture  de  Godard  père,  car  celle 
de  Godard  fils,  établie  par  d'autres  exemples,  y  ressemble. 
En  ce  cas,  ces  essais  seraient  ceux  de  Godard  fils,  alors 
âgé  de  vingt-sept  ans. 

Ces  corrections  vont-elles  à  retirer  toute  participation 
de  notre  Godard  au  procédé  de  gravure  sur  bois  debout, 
à  prouver  qu'il  ne  s'y  est  jamais  essayé?  Non  pas.  Voici 
un  bois  de  sa  main,  attesté  tel  par  le  soin  qu'il  a  pris  d'en 
placer  une  épreuve  dans  le  recueil  de  ses  œuvres,  qui  est 
à  la  bibliothèque  d'Alençon.  Il  est  copié  d'après  un  bois 
d'Henri  Thompson ,  sur  dessin  d'Harvey  illustrant 
Hudibras.  C'est  un  bois  debout.  Godard  père  avait  donc 
tenté  ce  procédé.  Seulement,  c'était  à  la  fin  de  sa  car- 
rière, et  il  ne  fit  en  ce  genre  rien  de  considérable. 

Telle  est  la  correction  que  j'apporte  à  ma  dernière 
communication.  Je  crois  devoir  quelques  mots  de  plus 
sur  le  texte  qui  me  la  suggère.  La  mention  de  Godard  fils 
vient  ensuite  d'un  regard  jeté  sur  les  graveurs  anglais, 
en  cette  sorte  : 

Ce  ne  fut  qu'après  la  paix  générale  de  l'Europe  que  leurs 
ouvrages  furent  répandus  en  France,  et  c'est  à  cette  époque 
qu'un  jeune  graveur  alençonnais,  M.  Godard,  fils  et  petit-fils  de 
graveurs  sur  bois,  fit  des  essais  et  devina  les  nouveaux  procé- 
dés employés  par  nos  voisins. 

Nous  tenons  dans  les  mentions  relevées  sur  les 
épreuves  de  la  Société  archéologique  de  l'Orne,  le  démenti 


—  6i  — 

de  cette  assertion.  Soit  que  ces  épreuves  soient  de 
Godard  fils,  soit  qu'elles  soient  du  père,  elles  prouvent 
que  Godard  fils  n'eut  rien  à  deviner  en  fait  de  gravure 
sur  bois  anglaise,  puisqu'on  n'essaya  quelque  chose  chez 
lui  qu'en  1824,  d'après  Thompson,  sept  ans  après  que  ce 
dernier  se  fût  mis  à  pratiquer  son  art  à  Paris. 
Le  même  texte  contient  ce  qui  suit  : 

Quant  au  cadre  n"  i3oi,  nous  n'en  parlons  que  pour  témoi- 
gner le  déplaisir  de  voir  défigurer  les  productions  d'un  artiste 
doué  d'un  talent  remarquable.  On  est  loin  de  soupçonner 
M.  A.  Devéria  d'avoir  tracé  ces  croquis,  devenus  informes,  et 
dont  l'esprit  et  la  finesse  ont  disparu  sous  le  burin  de 
M.  Porret. 

On  ne  s'attend  pas  à  voir  traiter  ainsi  un  graveur  aussi 
excellent  que  Porret,  aussi  justement  célèbre.  Une  telle 
injustice  accuse  le  parti  pris,  un  dessein  de  rabaisser  les 
confrères  de  celui  dont  on  fait  l'éloge.  Il  n'est  pas  éton- 
nant que  l'auteur  ait  joint  à  celui  de  Godard  fils  le  mérite 
d'une  découverte  qu'il  n'a  pas  faite.  Qui  est  cet  auteur? 
Un  autre  article  de  lui,  même  année,  t.  II,  p.  4,  est  signé 
des  initiales  G.  V.  Elles  désignent  indubitablement  le 
dessinateur  Constant  Viguier,  auteur  des  figures  des 
Fables  de  La  Fontaine  gravées  par  Godard  fils  en  i83o  et 
imprimées  par  Grapelet.  On  voit  que  rien  ne  fut  jamais  si 
intéressé  que  ce  témoignage. 

Voici  un  exemplaire  du  Buffon  de  Godard,  que  j'ai  pu 
recouvrer  récemment.  C'est  la  seconde  édition,  de  1812. 
Une  première  est  de  1809.  Dans  celle-ci  trois  figures  ont 
été  remplacées,  pages  94,  268,  270,  le  chameau,  le  paon, 
la  poule  et  ses  poussins.  Elles  l'ont  été  par  des  bois 
anglais.  Ce  sont  les  seules  que  je  sache  de  façon  certaine 
avoir  passé  si  anciennement  le  détroit.  Je  n'aurais  pas  cru 
qu'il  y  en  eût  en  France  à  cette  époque. 

Je  vous  communique  la  photographie  du  charmant  por- 
trait de  Godard,  qui  est  au  Musée  d'Alençon.  Il  porte 
comme  nom  d'auteur  Lambert,  peintre  alsacien.  J'igno- 
rais le  nom  de  cet  artiste,  quand  je  le  rencontrai  par 
hasard  au  livre  de  M.  Meininger  sur  les  Artistes  mulhou- 
sienSy  article  40.  Il  était  de  Mulhouse,  avec  le  prénom 


—   62   — 

de  Jean-Henri,  né  en  1763,  mort  en  1834.  Il  vécut  à  Paris 
de  1787  à  1791,  ensuite  à  Mulhouse.  Son  portrait  de 
Godard  est  de  1809.  En  quelle  ville  se  fit  leur  rencontre, 
je  ne  sais.  Il  y  a  fallu,  de  la  part  de  l'un  ou  de  l'autre,  un 
voyage  que  les  biographes  n'ont  pas  rapporté. 


SÉANCE  DU  7  AVRIL  1922. 

I. 

COMITÉ  DIRECTEUR. 

La  séance  est  présidée  par  M.  Paul  Vitry,  vice-prési- 
dent. 

Présents  :  MM.  Gharlier,  Cordey,  Fontaine,  le  comte 
d'Harcourt,  Lemoisne,  Pierre  Marcel,  Henry  Martin, 
André  Michel,  Ramet,  Ratouis  de  Limay,  Réau,  Rouchès, 
Saunier. 

Excusés  :  MM.  Alfassa,  Brière,  Laran,  Marquet  de 
Vasselot. 

—  Le  Comité,  sur  la  demande  qui  lui  en  a  été  faite  par 
M.  Alazard,  vote  un  don  de  publications  de  la  Société  à 
l'Institut  d'histoire  de  l'Art  moderne  de  la  Faculté  des 
lettres  de  l'Université  d'Alger. 

—  M.  Ratouis  de  Limay  lit  une  lettre  de  M.  Roosval, 
qui  remercie  la  Société  du  don  important  de  publications 
qui  a  été  fait  à  l'Institut  Zorn  de  Stockholm. 

—  M.  André  Michel  veut  bien  se  charger  de  demander 
à  l'Académie  des  Beaux-Arts  de  majorer  la  subvention 
de  1,000  francs  accordée  depuis  quelques  années  à  la 
Société  sur  le  fonds  Debrousse  pour  chacun  des  volumes 
des  Procès-verbaux  de  l'Académie  d'architecture. 

—  Sont  reçus  membres  de  la  Société  :  Mlle  Blanche 
Chauveau,  secrétaire  générale  adjointe  de  l'Office  des 
pupilles  de  la  nation,  et  Mme  Rouveau,  artiste  peintre, 
présentées  par  MM.  Ramet  et  Ratouis  de  Limay; 
Mme  Gonse,  présentée  par  MM .  Brière  et  Vitry  ;  M.  Georges 


—  63  — 

Bernard,  présenté  par  MM.  Lefuel  et  Réau;  le  docteur 
Dagincourt,  présenté  par  MM.  Carie  Dreyfus  et  Escho- 
lier;  le  baron  Lionel  Pichon,  présenté  par  MM.  Ramet  et 
Vitry;  M.  Puvis  de  Ghavannes,  présenté  par  MM.  Vitry 
et  Brière;  l'Institut  français  de  Naples,  présenté  par 
MM.  Champion  et  Ramet;  M.  Marcel  Weber,  attaché  au 
musée  des  Arts  décoratifs,  présenté  par  MM.  Alfassa  et 
Metman. 


REUNION  DE  LA  SOCIETE. 

Présents  :  MM.  le  comte  Allard  du  Chollet,  Aubert, 
Babelon;  M^e  la  comtesse  de  Boisgelin;  M.  Brame; 
Mlle  Charageat;  M.  Charlier;  MUe  Chauveau;  M.  Cordey; 
Mlle  Duportal;  MM.  d'Espezel,  Page,  le  baron  de  Fleury, 
Gilles  de  la  Tourette,  Girod  de  l'Ain,  Godillot,  Gron- 
kowski,  le  comte  d'Harcourt,  Jeannerat;  Mlles  Lamy  et 
Laplagne;  MM.  Lebel,  Lefuel,  Lemoisne,  Marquet  de 
Vasselot,  le  commandant  Martin,  Masson,  André  Michel, 
Perdreau;  M^e  Potrel;  MM.  Prisset,  Prunières,  Ramet, 
Ratouis  de  Limay,  Réau,  G.  Richebé,  le  duc  de  La 
Roche-Guyon,  Rouchès,  A.  Roux,  Saunier,  le  marquis  de 
Sayve;  M"ie  la  baronne  Seillière;  MM.  Sommier,  Vallery- 
Radot;  M^e  la  vicomtesse  de  Vaulogé;  MM.  Verrier, 
Vitry,  Wildenstein. 


Les  rapports  de  Canova 
AVEC    LA    France    et    l'art    français. 

(Communication  de  M.  Gabriel  Rouchès.) 

L'automne  prochain,  le  centième  anniversaire  de  la 
mort  de  Canova  sera  commémoré  solennellement  en  Ita- 
lie. Cette  manifestation  ne  peut  nous  laisser  indifférents 
en  raison  du  rôle  que  Canova  a  joué  en  Europe  à  son 
époque.  Aussi  y  a-t-il  intérêt  à  préciser  les  rapports  que 

I.  Canova^  191 1,  p.  16. 


-64- 

cet  artiste  a  eus  avec  la  France  et  l'influence  qu'il  a  exer- 
cée sur  l'art  de  notre  pays. 

Ganova  prit  contact  pour  la  première  fois  avec  nos 
compatriotes  à  Rome  où  il  vint  en  1779,  en  compagnie 
d'un  certain  Fontaine,  non  l'architecte  français,  comme 
le  croit  M.  Malamani,  mais  un  peintre  flamand  homo- 
nyme. A  l'ambassade  de  Venise,  où  le  ministre  Zulian 
tint  à  le  conserver  près  de  lui,  Ganova  apprit  le  français 
que  lui  enseigna  l'abbé  Foschi  et  qu'il  arriva  à  posséder 
parfaitement.  Grâce  à  Zulian  et  à  un  petit  groupe  d'ar- 
tistes, familiers  de  cet  ambassadeur,  dont  le  peintre  écos- 
sais Gavin  Hamilton  et  le  graveur  Volpato,  Ganova 
acquit  rapidement  de  la  notoriété,  notamment  dans  les 
cercles  français  de  Rome.  Les  correspondances  du  Mer- 
cure de  France  signalent  ses  ouvrages.  Dès  1781,  Lagrenée, 
directeur  de  notre  Académie,  vient,  incognito,  visiter  son 
atelij^r.  Il  admire  le  Dédale  et  Icare  fait  à  Venise,  un 
groupe  d'inspiration  purement  naturaliste,  sans  pastiche 
classique.  Il  recommande  à  l'auteur  de  ne  pas  changer  sa 
manière,  mais  il  se  méfie  et  ne  peut  pas  croire  qu'il  ait 
exécuté  un  tel  morceau  :  «  Si  vous  pouvez  me  prouver 
que  cette  œuvre  est  bien  de  vous,  je  vous  enverrai  à 
Paris  et  vous  ferez  fortune  à  la'  cour.  »  Puis,  il  souffie  en 
français  à  son  famulus  Nicolas  Duchesne  qui  l'accom- 
pagne, ce  jugement  que  Ganova  entend  fort  bien  :  «  Ne 
portez  pas  attention  à  ce  jeune  homme.  Son  groupe  est 
moulé  sur  le  modèle.  » 

Devenu  célèbre  avec  ses  tombeaux  des  papes  Glé- 
ment  XIV  aux  Saints-Apôtres  et  de  Glément  XIII  à 
Saint-Pierre,  Ganova  refuse  des  propositions  du  cardi- 
nal de  Bernis,  notre  ambassadeur,  pour  un  monument  à 
Bayard,  destiné  à  une  province  de  France.  Plus  tard,  en 
1788,  le  directeur  de  l'Académie,  Ménageot,  signale  à 
d'Angiviller  le  «  véritable  talent  «  de  Ganova. 

G'est  pendant  les  années  précédant  la  Révolution  que 
cet  artiste  connut  la  plupart  des  Français  avec  qui  il 
resta  en  relations  sa  vie  durant.  Rien  n'indique  qu'il  ait 
été  lié  avec  ses  confrères  sculpteurs  :  Le  Brun,  auteur 
d'une  Judith  médiocre  à  S.  Garlo  al  Gorso  et,  avant  lui, 
d'une  statue  de  Pie  VI,  et  Michallon,  dont  la  cippe  funé- 


-  65  — 

raire  de  Drouais  (S.  Maria  in  via  lata)  précéda  ces  stèles 
funéraires  renouvelées  de  l'antique,  où  il  devait  exceller. 
Ses  biographes  citent  un  autre  statuaire,  Suasy,  que  je 
n'ai  pu  identifier,  ennemi  de  Ganova  qu'il  accablait  de 
lazzi  et  qu'il  traitait,  avec  une  méchanceté  spirituelle,  de 
«  sculpteur  vénitien  traduit  en  grec  ». 

Parmi  les  peintres  alors  en  séjour  à  Rome,  Ganova 
connut  David  qui,  en  1785,  y  exposa  ses  Horaces,  et 
Gérard  qui  retourna  en  1790  à  Rome  où  il  était  né  d'une 
Italienne.  Gette  origine  ne  fut  peut-être  pas  étrangère  à  la 
prédilection  de  Ganova  pour  Gérard  qui  nous  a  laissé 
un  beau  portrait  de  son  ami  (Louvre).  Dans  une  lettre  de 
1819  au  comte  Gicognara,  Ganova  juge  Gérard  «  bon, 
plein  de  tact,  aimable,  doué  de  manières  gracieuses  et 
d'habitudes  vraiment  propres  à  lui  attacher  toute  âme 
bien  née^  »,  et,  comme  il  est  absent  de  chez  lui  à  ce 
moment,  il  demande  à  ses  amis  d'accueillir  le  peintre 
français  avec  enthousiasme.  Quatremère  de  Quincy  et, 
après  lui,  Voiart,  les  Concourt,  Glément,  MM.  Bricon  et 
Gauthiez  parlent  d'une  liaison  étroite  entre  Prud'hon  et 
Ganova,  génies  d'une  même  famille.  Mais  ces  écrivains 
ne  nous  donnent  pas  de  preuves.  La  source  unique  est 
un  témoignage  de  Quatremère  qui  ne  parle  pas  de  Pru- 
d'hon dans  sa  biographie  de  Ganova,  mais  se  rattrape 
dans  sa  Notice  sur  Prud'hon'^  :  «  Il  ne  dépendit  pas  au 
reste  de  Ganova  que  Prud'hon  ne  se  fixât  à  Rome.  Il  lui 
offrit  sa  maison,  ses  ateliers,  ses  connaissances,  sa  pro- 
tection ou,  pour  mieux  dire,  la  protection  de  son  nom 
auprès  des  étrangers.  »  Or,  ce  témoignage  est  suspect  par 
son  exagération.  A  cette  époque,  Ganova,  qui  habitait 
un  petit  appartement,  ne  possédait  pas  de  maison;  il 
avait  un  unique  atelier;  il  vivait  sinon  solitaire,  du  moins 
parmi  des  familiers  et  sans  relations  mondaines;  il 
n'avait  pas  encore  acquis  une  réputation  lui  permettant 
de  jouer  le  rôle  de  protecteur.  J'ai  retrouvé  une  seule 
preuve  de  relations   assez  superficielles  entre  ces  deux 

1.  V.  Malamani,  Un'  amicipa  di  Canova,  Gittà  di  Castello, 
1890,  p.  i63. 

2.  Paris,  1834,  P-  283. 

1922  5 


—  66  — 

hommes  :  Canova  écrit  en  juin  i8i3  à  Gicognara  : 
«  Saluez  de  ma  part  David,  Prud'hon  et  tous  ceux  qui 
s'informent  de  moi^  »  Nous  ne  savons  si,  dès  ce 
moment,  Canova  prit  contact  avec  Girodet  qui,  plus 
tard,  fixa  ses  traits  dans  un  dessin  (Louvre),  mais  c'est 
au  cours  de  l'émigration  qu'il  connut  la  marquise  de 
Grollier,  plus  tard  célèbre  comme  peintre  de  fleurs,  à  qui 
il  donna  des  conseils. 

A  peine  arrivé  à  Rome,  le  sculpteur  avait  connu  Séret 
d'Agincourt  qui  n'eut  pas  d'influence  sur  lui.  Que  ne 
peut-on  en  dire  autant  de  Quatremère  de  Quincy  avec 
qui  il  se  lia  en  1783  d'une  amitié  que,  seule,  la  mort 
termina!  Ce  pédagogue  dominateur  et  ambitieux,  aussi 
habile  à  exploiter  autrui  qu'il  était  dénué  de  personna- 
lité, formait  un  contraste  parfait  avec  Ganova  que  tous 
ses  contemporains,  français  comme  étrangers,  repré- 
sentent doux,  modeste,  quelque  peu  sauvage  et  très 
généreux.  Get  artiste  subit  une  tyrannie  morale  aussi 
lourde  que  néfaste  avec  une  passivité  vraiment  incompré- 
hensible. 

Il  avait  hérité  de  sa  terre  vénitienne  l'amour  de  la 
nature  et  de  la  vie.  Il  adorait  les  peintres  de  Venise  et  les 
possédait  au  point  de  pouvoir,  un  jour,  avec  ses  souve- 
nirs, fabriquer  un  fac-similé  de  Giorgione;  peindre  était 
d'ailleurs  son  délassement  favori.  Il  cherchait,  comme 
les  maîtres  du  xvie  siècle,  à  rendre  la  chair  magnifique- 
ment épanouie.  Mais  le  sinistre  mentor  veillait.  Conti- 
nuant la  prédication  de  Gavin  Hamilton,  il  répétait  sans 
trêve  à  son  disciple  qu'il  devait  uniquement  imiter  les 
Anciens  et  rivaliser  avec  eux. 

Heureusement,  son  instinct  sauva  Canova  qui  ne 
suivit  pas  toujours  à  la  lettre  ces  conseils.  Il  s'est  ins- 
piré de  la  nature  autant  que  des  antiques  et  peut-être 
plus  souvent.  Les  événements  qui  se  succédèrent  de 
1792  à  1812,  marquèrent  fort  peu  l'œuvre  de  Canova.  Ces 
événements  avaient  pourtant  une  importance  considé- 
rable pour  son  pays.  Il  convient,  à  ce  propos,  de  préci- 
ser ses  sentiments  à  l'égard  de  la  France  :  il  ne  Ta  pas 
détestée,  incapable  de  la  haine  d'un  Alfieri,  mais,  s'il  a  eu 

I.  Malamani,  Un'  amici:{ia  di  Canova,  ouvr.  cité,  p.  24. 


-67- 

de  l'affection  pour  certains  Français  et  surtout  pour 
Quatremère,  il  ne  l'a  pas  aimée.  Avant  de  s'en  froisser,  il 
faut  comprendre  les  motifs  de  sa  réserve  :  la  chute  de  la 
République,  puis  le  départ  en  exil  du  Quadrige  et  du 
L.ion  tutélaires  l'avaient  profondément  atteint  dans  son 
amour  pour  sa  patrie.  Par  la  suite,  l'enlèvement  des 
antiques  et  des  œuvres  d'art  réquisitionnées  à  Rome  et 
dans  toute  l'Italie  avait  révolté  son  sentiment  d'artiste. 
Enfin,  les  épreuves  infligées  aux  papes  Pie  VI  et  Pie  VII, 
ses  protecteurs  bienveillants ,  l'avaient  blessé  dans  sa 
croyance  en  même  temps  que  dans  son  loyalisme  recon- 
naissant. 

Autrement,  il  n'eut  qu'à  se  louer  des  Français.  Au 
début,  ils  rétablirent  la  pension  que  lui  faisait  le  Sénat 
de  Venise;  ils  protégèrent  son  atelier  aux  jours  agités  de 
la  république  Tibérine.  Plus  tard,  le  bon  gouverneur  de 
Rome,  le  général  Sextus  Miollis,  lui  témoigna  plus  que 
des  égards.  Napoléon,  enfin,  fit  preuve  à  son  égard  d'une 
grande  bienveillance,  sans  s'irriter  des  refus  que  Ganova 
opposait  à  ses  avances  ni  de  son  franc-parler,  car  cet 
artiste  se  montra  plus  indépendant  vis-à-vis  de  l'Empe- 
reur qu'il  ne  l'était  dans  ses  rapports  avec  Quatremère  de 
Quincy. 

En  1802,  le  premier  consul,  enthousiasmé  par  les  deux 
groupes  de  VAmour  et  Psyché^  qu'il  avait  vus  chez 
Murât,  réussit  avec  peine  à  faire  venir  Ganova  à  Paris 
pour  exécuter  son  buste  et  sa  statue.  Encore  Ganova 
céda-t-il  non  pas  aux  instances  de  notre  ambassadeur 
Gacault,  mais  aux  supplications  du  pape  Pie  VII  et  du 
cardinal  Gonsalvi,  ministre  d'État,  épouvantés  des  consé- 
quences de  son  refus.  Il  arriva  en  septembre  à  Paris  où 
il  passa  deux  mois,  admirablement  traité  par  Bonaparte 
qu'il  voyait  pour  la  première  fois,  et  fêté  par  les  artistes 
français  qu'il  avait  connus  à  Rome  :  Percier,  Fontaine, 
David,  Gérard.  L'épisode  le  plus  intéressant  à  signaler, 
durant  son  séjour  à  Paris,  en  dehors  de  sa  réception  à 
l'Institut,  fut  sa  visite  à  l'atelier  de  Houdon.  Gette  visite, 
il  la  rappellera  plus  tard,  en  1817,  dans  une  lettre  à  Gico- 
gnara^,   où  il  dit  sa  grande  admiration  pour   Houdon 

I.  Malamani,  Un'  anticipa  di  Canova,  ouvr.  cité,  p.  86. 


—  68  — 

dont,  à  son  sens,  les  deux  chefs-d'œuvre  sont  le  Saint 
Bruno  de  Rome  et  l'écorché  au  bras  étendu  que  possède 
aujourd'hui  l'École  des  Beaux-Arts. 

Mais  rien  ne  put  le  retenir  à  Paris  après  qu'il  eut 
modelé  le  buste  de  Bonaparte.  Il  repartit  pour  Rome. 

Le  cardinal  Fesch  à  Lyon,  Murât  à  Milan  l'héber- 
gèrent en  route.  La  famille  Bonaparte  partageait  l'engoû- 
ment  de  son  chef  pour  Canova.  Joséphine  et  Pauline, 
dont  nous  reparlerons,  et  Caroline  Bacciochi  furent  par- 
ticulièrement enthousiastes.  Notre  confrère  M.  Marmot- 
tan,  dans  son  livre  si  parfaitement  documenté  sur  les 
Arts  en  Toscane  sous  Napoléon,  nous  montre  le  rôle  actif 
de  cette  princesse  quand  elle  fut  grande -duchesse  de 
Toscane. 

C'est  à  la  cour  de  Florence  que  Canova  connut  le 
peintre  Fabre,  sigisbée  de  la  comtesse  d'Albany.  Elle 
voulait  élever  un  tombeau  au  poète  Alfieri,  son  précédent 
amant,  et  immortaliser  son  propre  souvenir  par  la  même 
occasion.  Ce  tombeau,  que  l'on  voit  à  Santa  Croce,  valut 
de  grands  ennuis  à  son  auteur  persécuté  par  la  comtesse 
qui  en  voulait  pour  son  argent,  et  par  Fabre,  donneur  de 
conseils.  Nous  ne  savons  pas  si  Canova  fut  en  relations 
avec  Ingres,  qui  a  porté  sur  son  talent  un  jugement 
sévère,  alors  que  le  même  Ingres  admire  sans  réserve, 
j'allais  dire  sans  discernement,  Bartolini. 

En  août  1810,  Canova  dut,  après  avoir  résisté,  revenir 
de  nouveau  en  France  pour  préparer  un  buste  et  une  sta- 
tue de  l'impératrice  Marie-Louise.  Le  11  octobre,  il 
arriva  à  Fontainebleau.  Il  a  laissé  sur  son  séjour  un  dia- 
rio  intéressant,  dont  l'original  se  trouve  à  la  bibliothèque 
de  Bassano.  Le  texte  authentique,  qu'avaient  adultéré  les 
premiers  éditeurs,  nous  a  été  rendu  par  M.  Malamani 
dans  son  Canova. 

On  voit  Napoléon  dans  l'intimité,  auprès  de  Marie- 
Louise  puérile  et  capricieuse,  un  Napoléon  bonhomme, 
parfois  même  prudhommesque.  Les  conversations  à 
bâtons  rompus  quittent  le  terrain  neutre  de  l'archéologie 
et  de  l'histoire  romaine  pour  des  sujets  d'actualité,  plus 
brûlants,  auxquels  revient  l'audacieux  Canova  :  l'état  de 
l'Italie,  la  misère  de  Venise  et  de  Rome,  l'exil  du  pape, 


-69- 

la  confiscation  des  œuvres  d'art.  Il  rappelle  à  l'Empe- 
reur, avec  une  nuance  de  reproche,  son  origine  italienne. 
Et  Napoléon  ne  se  fâche  pas.  Bien  mieux,  l'obstiné 
artiste  obtient  l'argent  qu'il  demande  pour  des  fondations 
ou  des  subventions  artistiques.  L'Empereur  l'autorise  à 
repartir  :  «  Allez-vous-en  comme  vous  le  désirez  »,  telle 
est  sa  parole  d'adieu. 

Le  troisième  et  dernier  voyage  de  Ganova  à  Paris  eut 
lieu  en  i8i5,  dans  les  circonstances  que  notre  confrère 
M.  Charles  Saunier  a  complètement  exposées  dans  son 
beau  livre  sur  les  Conquêtes  artistiques  de  la  Révolution 
et  de  l'Empire. 

Commissaire  du  Saint-Siège,  Canova  vint  reconnaître 
et  récupérer  les  statues  et  les  objets  d'art  appartenant 
aux  États  pontificaux.  Il  accepta  cette  mission,  d'abord 
avec  hésitation,  mais  finalement  avec  joie.  Moins  clair- 
voyant que  son  ami  Cicognara  d'ailleurs  plus  attaché 
que  lui  à  Napoléon  et  à  la  France,  Canova  ne  prévoyait 
pas  les  conséquences  de  notre  défaite  pour  l'Italie  et 
notamment  pour  la  Vénétie.  Les  artistes  n'ont  pas  tou- 
jours un  grand  sens  politique.  Pour  Ganova  un  résultat 
était  certain,  dont  il  se  contentait  :  le  lion  de  Saint-Marc, 
dont  on  avait  fait  un  ridicule  dessus  de  fontaine  sur  l'es- 
planade des  Invalides,  allait  revenir  sur  sa  colonne  de  la 
Piazzetta;  les  chevaux  de  bronze  reprendraient  leur  place 
à  la  Basilique;  les  marbres  précieux  repeupleraient  le 
musée  du  Vatican. 

Son  rôle  fut  difficile.  Il  se  heurta  à  l'indifférence  des 
alliés,  sauf  des  Anglais  et  de  Wellington  qui  le  firent 
aboutir.  Il  avait  à  lutter  contre  des  adversaires  redou- 
tables :  le  malicieux  Louis  XVI II  à  qui  il  présenta  une 
lettre  du  pape;  le  rusé  Talleyrand,  oublieux  du  moulage 
de  la  Vénus  à  lui  jadis  offert;  les  conservateurs  du  Musée 
et  les  bibliothécaires,  à  l'obstruction  habile,  surtout 
Denon  qui,  malgré  les  recommandations  d'une  amie 
commune,  la  comtesse  Teotochi,  avait  toujours  fait  un 
cas  médiocre  du  sculpteur. 

Après  son  retour  en  Italie,  les  relations  de  Ganova  avec 
les  Français  se  bornent  surtout  à  sa  correspondance  avec 
Quatremère.   Durant   les  sept    années  qui  précèdent  sa 


—  70  — 
mort  (1822),  un  seul  nouveau  nom  se  présente,  celui  de 
Stendhal. 

Il  s'enthousiasma  pour  Canova,  qui  avait  su  exprimer 
la  «  douce  volupté  ».  Stendhal  n'admire  pas  à  demi  : 
seul,  Michel-Ange  est  digne  d'être  comparé  à  Canova 
qui  même  le  dépasse  :  «  Canova  a  eu  le  courage  de  ne 
pas  copier  les  Grecs  et  d'inventer  une  beauté  comme 
avaient  fait  les  Grecs.  Quel  chagrin  pour  les  pédants! 
Aussi  l'insulteront-ils  encore  cinquante  ans  après  sa 
mort  et  sa  gloire  n'en  croîtra  pas  plus  vite.  Ce  grand 
homme  qui,  à  vingt  ans,  ne  savait  pas  l'orthographe,  a 
fait  cent  statues,  dont  trente  sont  des  chefs-d'œuvre. 
Michel-Ange  n'a  qu'une  seule  statue  égale  à  son  génie,  le 
Moïse  à  Rome'.  » 

Stendhal,  pourtant,  ne  souscrivit  pas  au  monument, 
que  les  amis  de  Canova  élevèrent  à  sa  mémoire  dans 
l'église  des  Frari  à  Venise.  On  retrouve  sur  la  liste  des 
donateurs,  en  dehors  de  divers  membres  de  la  famille 
Bonaparte,  les  quelques  artistes  français  restés  fidèles  à 
Canova,  après  et  malgré  les  événements  de  181 5  :  Quatre- 
mère  naturellement,  Percier,  P'ontaine,  Gérard  et  un 
peintre,  Giraud,  que  je  n'ai  pas  réussi  à  identifier. 


Sauf  ses  tombeaux,  les  Parisiens  connurent  presque 
toutes  les  œuvres  de  Canova,  soit  les  originaux,  soit  des 
copies  ou  des  moulages.  Canova  fut  lancé  par  Murât  qui 
avait  acheté,  en  1796,  son  Amour  et  Psyché  couchée  et 
commandé  VAmotir  et  Psyché  debout.  Les  Bonaparte 
virent  ces  statues  dans  le  parc  du  château  que  Murât 
possédait  à  Villiers.  Napoléon  voulut,  sans  y  parvenir,  se 
les  faire  céder. 

Mais  la  plus  enthousiaste  fut  Joséphine.  Elle  prit  plai- 
sir à  réunir  et  à  mettre  en  bonne  place  à  la  Malmaison 
les  œuvres  de  Canova  qu'elle  possédait  :  une  réplique  de 
V Amour  et  Psyché  debout^  VHébé,  le  Paris,  la  Danseuse 
aux  mains  sur  les  hanches.  Elle  possédait  aussi  le  buste 

I.  Rome,  Naples  et  Florence,  éd.  Paris,  1887,  p.  52. 


—  71  — 

de  l'artiste.  Ces  statues  furent  les  compagnes  de  sa  soli- 
tude après  son  divorce.  Gicognara'  nous  a  laissé  le  récit 
émouvant  de  la  visite  qu'il  fit  en  i8i3  à  la  délaissée.  Elle 
lui  parla  principalement  de  Ganova  avec  qui  elle  corres- 
pondait, et  du  groupe  des  Trois  Grâces,  qu'elle  avait 
commandé  et  qu'elle  attendait  avec  impatience.  Mais  la 
mort  ne  devait  pas  lui  permettre  de  voir  cet  ouvrage. 

Son  beau -frère  Lucien  Bonaparte  possédait  une 
réplique  de  la  Vénus  de  Florence.  Un  spéculateur  acquit 
une  réplique  de  VHébé.  Le  comte  Sommariva  ouvrait  son 
hôtel  de  Paris  aux  admirateurs  de  la  Madeleine,  demi- 
nue,  si  peu  chrétienne  d'inspiration.  Eugène  de  Beauhar- 
nais  goûtait  tellement  cette  statue  qu'il  s'en  fit  faire  une 
copie.  Aux  Salons  de  1808  et  de  1812  furent  groupés 
plusieurs  ouvrages  de  Ganova  qui,  après  1812,  acquit  en 
France  une  souveraineté  jusqu'alors  discutée. 

Les  commandes  de  Napoléon  et  de  sa  famille  avaient 
contribué  à  fortifier  sa  réputation.  Par  malheur,  plusieurs 
de  ces  effigies  sont  traduites  avec  inexactitude.  Nous  sai- 
sissons les  méfaits  du  classicisme  et  de  son  grand  prêtre 
Quatremère. 

Il  est  indéniable  que  Ganova  possédait  un  génie  réa- 
liste dont  il  a  fait  preuve  chaque  fois  qu'il  a  consenti  à 
laisser  les  antiques  de  côté.  On  peut  remarquer  que 
parmi  ses  bustes  des  Bonaparte,  de  leurs  alliés  ou  de 
leurs  familiers  (Napoléon,  Marie-Louise,  Pauline,  Élisa, 
Murât  et  Garoline,  le  cardinal  P'esch,  la  princesse  de 
Ganino,  les  Daru),  les  mieux  venus  et  les  plus  vivants  sont 
ceux  de  personnages  secondaires  qu'il  n'a  pas  travestis  en 
héros. 

De  même,  parmi  ses  statues,  la  moins  intéressante  est 
celle  de  Napoléon  en  Mars,  complètement  nu.  L'Empe- 
reur en  sentit  l'inconvenance  et  le  ridicule.  Le  diario 
rapporte  une  amusante  conversation  entre  Napoléon  et 
le  sculpteur  récitant  le  credo  que  lui  a  seriné  Quatre- 
mère :  le  nu  sublime  convient  seul  à  Sa  Majesté  qui  ne 
peut  être  idéalisée  autrement,  mais  sa  statue  équestre 

I.  Malamani,  Memorie  del  conte  Leopoldo  Cicognara  tratte 
dai  documenti  originali,  Venise,  1888,  t.  II,  p.  75  et  suiv. 


—  72  — 

la  montrera  sous  le  costume  héroïque  propre  au  géné- 
ral dans  l'action  du  commandement.  Le  Mars  colossal 
fut,  à  son  arrivée  à  Paris,  relégué  au  Louvre  derrière 
une  tenture.  Par  la  suite,  les  alliés  en  firent  présent  à 
Wellington,  et  ce  trophée  orne  aujourd'hui  encore 
Aspley-house,  l'hôtel  du  Duc  de  fer,  à  Londres.  Quant  au 
monument  équestre,  la  monture  seule  fut  achevée  et  ser- 
vit plus  tard  à  un  Charles  III  sur  une  place  de  Naples. 

La  statue  de  Madame-Mère  fournit  à  Ganova  une 
occasion  unique  d'accorder  ses  prétentions  classiques  et 
son  réalisme  naturel.  Laetitia  Bonaparte  épouse  vraisem- 
blablement les  traits  d'une  matrone  romaine  dont  elle 
avait  le  type  physique  aussi  bien  que  l'énergie  et  l'austé- 
rité. On  peut  en  juger  d'après  une  bonne  copie  qui  est  au 
château  de  Compiègne,  l'original  ayant  malheureusement, 
lui  aussi,  émigré  en  Angleterre  au  château  de  Ghats- 
worth. 

On  remarque  avec  étonnement  que  Ganova  n'a  pas 
laissé  de  statue  ou  de  buste  représentant  sa  protectrice 
Joséphine.  Il  n'a  donné  d'effigie  que  de  la  seule  Marie- 
Louise  dont  la  statue  assise  en  Concorde  se  trouve 
aujourd'hui  au  musée  de  Parme.  A  l'origine,  Élisa  Bac- 
ciochi  était  titulaire  de  cette  allégorie  ;  elle  dut  la  céder  à 
sa  belle-sœur  dont  la  tête  remplaça  la  sienne  sur  les 
épaules  de  la  Concorde.  Élisa  fut  réduite  à  figurer  une 
Polymjiie. 

Pauline  Borghèse,  plus  heureuse  que  sa  sœur,  conserva 
sa  place  dans  l'Olympe.  Sa  statue  en  Vénus  victorieuse,  à 
la  galerie  Borghèse,  est  une  des  plus  connues  de  Ganova. 
Les  curieux  discuteront  longtemps  encore  sur  le  point  de 
savoir  si  Pauline  a  posé  ou  non  l'ensemble  devant 
Ganova.  G'est,  en  tout  cas,  un  des  chefs-d'œuvre  de  ce 
sculpteur.  Il  s'est  bien  efi'orcé  de  se  souvenir  des  clas- 
siques dans  la  disposition  de  la  coiffure  et  de  la  draperie  ; 
il  a  donné  à  la  princesse  des  traits  plus  réguliers  que  ceux 
dont  elle  était  dotée;  mais,  en  même  temps,  il  a  été  hanté 
par  ses  chers  Vénitiens;  il  a  placé  Pauline  sur  son  lit  de 
repos  comme  les  Vénus  et  les  Danaé;  ce  beau  corps  fré- 
niit  de  la  même  vie  que  les  déesses  de  Titien  ou  de  Tin- 
toret. 


-73- 


Les  liens  qui  rattachent  Canova  à  la  France,  n'inté- 
ressent pas  son  esthétique  purement  italienne  ou  influen- 
cée par  l'antique.  Mais,  s'il  n'a  rien  emprunté  à  notre  art, 
son  action  sur  les  sculpteurs  français  contemporains 
n'est  pas  douteuse,  quoique  limitée  comme  durée  et 
comme  effet.  Pour  la  préciser  avec  exactitude,  il  faut 
dégager  de  l'influence  de  Canova  l'influence  de  l'anti- 
quité. Il  serait  faux  de  voir  l'imitation  de  Canova  dans 
toutes  ces  effigies  de  généraux  en  déshabillé,  qui  abon- 
dèrent entre  1800  et  1825,  telles  que  le  Desaix  de  Dejoux, 
le  Leclerc  de  Dupaty,  le  Hoche  de  Milhomme  ou  le 
Général  Foy  de  David  d'Angers.  L'ardent  champion  du 
nu  héroïque  a  seulement  contribué  à  propager  cette  con- 
ception. On  a  surtout  imité  chez  Canova  ce  que  ses  con- 
temporains admiraient  le  plus  dans  ses  œuvres  :  des 
formes  délicates,  des  gestes  gracieux  et  parfois  maniérés. 

Son  ascendant  sur  les  artistes  de  sa  génération  <  se 
manifeste  par  intermittences,  surtout  chez  Bosio,  avec 
V Amour  séduisant  l'Innocence  (Salon  de  1810),  pastiche  de 
V Amour  et  Psyché  debout,  avec  V Hyacinthe  (Salon  de 
1817),  enfin  avec  la  Nymphe  Salmacis  (Salon  de  1819; 
Louvre);  —  chez  Chaudet,  avec  son  Amour  (Salon 
de  1802;  Louvre),  qui  a  emprunté  au  Cupidon  et  à  la 
Psyché  de  Canova  leur  papillon;  —  enfin,  chez  Delaistre 
qui,  dans  son  groupe  de  Y  Amour  et  Psyché  (Salon  de 
1814;  Louvre),  copie  son  Amour  sur  le  génie  funèbre  du 
monument  à  Clément  XIII  Ganganelli. 

Parmi  les  sculpteurs  appartenant  à  la  génération  qui  a 
suivi  la  sienne,  David  d'Angers,  à  ses  débuts,  l'a  imité  dans 
son  mausolée  de  la  duchesse  de  Brissac  (1818;  Brissac, 
Maine-et-Loire),  où  l'on  retrouve  un  génie  funèbre  inspiré 
du  tombeau  Ganganelli  et  du  tombeau  des  Stuarts;  son 
monument  au  comte  de  Bourke  (Père-La  Chaise;  mou- 
lage au  Trocadéro)  est  calqué  sur  les  stèles  de  Volpato,  de 

I.  Voy.  les  Salons  de  Landon  de  1808  à  1824. 


—  74  — 

Falier  ou  du  comte  de  Souza.  Pradier  était,  par  sa  nature, 
plus  apte  que  David  à  refléter  la  manière  du  maître  italien 
dans  celles  de  ses  oeuvres  qui  sont  uniquement  gra- 
cieuses, et  ceci  à  toutes  les  époques  de  sa  carrière,  aussi 
bien  au  début  dans  la  Bacchante  (1819;  moulage  au  musée 
de  Rouen),  dont  les  membres  inférieurs  sont  copiés  sur 
ceux  de  la  Psyché  couchée,  et  dans  la  Psyché  (1824; 
Louvre)  que  dans  VAtalante  (i85o;  Louvre),  exécutée  à  la 
fin  de  sa  vie. 


Un  portrait  de  Hobrecht  et  de  Verdelot 

PAR    SeBASTIANO    DEL    PlOMBO. 

(Communication  de  M.  Henry  Prunières.j 

La  première  profession  de  Sebastiano  del  Piombo, 
selon  Vasari,  ne  fut  pas  la  peinture,  dans  laquelle  il 
devait  s'illustrer,  mais  la  musique.  Il  chantait  fort  bien, 
jouait  de  divers  instruments  et  excellait  à  toucher  du 
luth.  A  peine  adolescent,  il  servit  même,  en  qualité  de 
virtuose,  des  gentilshommes  de  Venise  qui  l'honorèrent 
de  leurs  bonnes  grâces.  C'est  alors  que  l'envie  lui  prit 
d'étudier  l'art  de  peindre.  Il  entra  dans  l'atelier  du  vieux 
Giovanni  Bellini,  où  il  fit  son  apprentissage.  Il  ne  tarda 
pas  à  le  quitter  pour  travailler  avec  Giorgione,  qui  venait 
de  mettre  à  la  mode  un  style  nouveau,  se  plaisant  à  des 
tons  plus  chauds,  à  une  pâte  plus  fondue  et  plus  lumi- 
neuse. Sebastiano  ne  tarda  pas  à  attraper  le  secret  du 
procédé  de  son  maître.  «  C'est  alors,  dit  Vasari,  qu'il  fit 
à  Venise  quelques  portraits  fort  ressemblants  et  entre 
autres  celui  du  Français  Verdelot,  excellent  musicien  qui 
était  alors  maître  de  chapelle  à  Saint-Marc,  et  sur  le 
même  tableau  celui  du  chanteur  Hobrecht  (Ubretto),  son 
compagnon  ^.  Verdelot  emporta  ce  tableau  avec  lui  à  Flo- 

I.  Que  Ubretto,  dans  le  texte  de  Vasari,  désigne  Hobrecht, 
cela  ne  me  semble  pas  douteux.  Non  seulement  c'est  le  nom 
qui  lui  est  donné  sur  la  plupart  des  documents  italiens  de  ce 
temps  avec  de  légères  variantes  (Ubretto,  Hobretto,  Hebretto, 


rence  lorsqu'il  fut  nommé  maître  de  chapelle  à  San  Gio- 
vanni et  aujourd'hui  il  se  trouve  dans  la  maison  du 
sculpteur  Francesco  Sangallo^.  » 

Qu'est  devenu  ce  tableau,  œuvre  de  jeunesse  de  Sebas- 
tiano  del  Piombo,  représentant  deux  des  plus  illustres 
musiciens  de  l'école  franco-flamande?  Cherchons  tout 
d'abord  à  nous  représenter  quel  pouvait  être  l'aspect  des 
deux  personnages  qui  y  étaient  peints.  Nous  ne  possé- 
dons malheureusement  aucun  portrait  de  Hobrecht  ni  de 
Verdelot,  non  plus  qu'aucune  description  de  leur  phy- 
sique. Nous  n'avons  pour  nous  guider  que  des  indica- 
tions d'âge.  Hobrecht  était  né  à  Utrecht  vers  1460;  il  vint 
en  Italie  une  première  fois  vers  1474,  date  à  laquelle  il 
figure  en  qualité  de  chanteur  sur  les  états  de  la  cour  de 
Ferrare.  Il  revint  ensuite  dans  son  pays  natal;  on  le 
trouve  de  1488  à  1485  à  la  cathédrale  de  Cambrai,  de 
1489  à  1491  à  Bruges,  enfin  de  1492  à  i5o4  nous  le 
voyons  fixé  à  Anvers,  maître  de  chapelle  de  la  cathé- 
drale,  ce  qui  ne   l'empêche  pas    de    s'occuper  aussi,   à 

Hubretto),  mais  on  ne  voit  pas  à  quel  autre  nom  il  pourrait 
correspondre.  Si  l'on  tient  compte  de  la  coïncidence  de  la  venue 
à  Venise  de  Hobrecht  précisément  à  l'époque  où,  d'après 
Vasari,  Sebastiano,  adolescent,  fit  le  portrait  des  deux  musi- 
ciens étrangers,  cette  identification  paraîtra  certaine.  La  déno- 
mination de  cantore  accolée  au  nom  de  Hobrecht  ne  doit  pas 
surprendre.  Josquin,  Brumel  et  d'autres  grands  artistes  de  ce 
temps  sont  ainsi  qualifiés  sur  les  chartes. 

I.  Non  fu,  seconde  che  molti  affermano,  la  prima  profes- 
sione  di  Sebastiano  la  pittura  ma  la  musica;  perché  oltre  al 
cantare  si  dilettô  molto  di  sonar  varie  sorti  di  suoni,  ma  sopra 
tutto  il  liuto,  per  sonarsi  in  su  quello  stromento  tutte  le  parti 
senz'  altra  compagnia*  :  il  quale  esercizio  fece  costui  essere 
un  tempo  gratissimo  a  gentilhuomini  di  Vinezia,  con  i  quali, 
corne  virtuoso  praticô  sempre  dimesticamente.  Venutagli  poi 
voglia  essendo  anco  giovane  d'attendere  alla  pittura,  apparô  i 

*  Ces  réductions  d'œuvres  polyphoniques  pour  le  luth  étaient 
fort  à  la  mode  au  xvr  siècle  et  exigeaient  de  l'exécutant  non 
seulement  une  réelle  virtuosité,  mais  aussi  une  sérieuse  con- 
naissance du  contrepoint.  Vasari  donne  ce  détail  pour  prouver 
que  Sebastiano  ne  jouait  pas  du  luh  en  amateur,  mais  en  pro- 
fessionnel. 


-76- 

diverses  reprises,  de  la  chapelle  Saint-Donat  à  Bruges. 
En  i5o4,  il  se  décide  à  faire  un  voyage  en  Italie.  Il  part 
après  s'être  fait  suppléer  dans  sa  double  charge  de  maître 
de  chapelle  du  chœur  de  la  cathédrale  et  de  maître  de 
chant  de  la  chapelle  de  la  Vierge.  Il  ne  devait  jamais 
revoir  les  Flandres.  En  i5o7,  le  chapitre  de  la  cathédrale, 
averti  de  son  décès,  lui  donna  pour  successeur  maître 
Jean  Raes.  Eitner  a  supposé  qu'il  avait  péri  à  Ferrare  de 
la  peste,  en  i5o5,  mais  les  raisons  qu'il  fait  valoir  sont 
très  peu  probantes.  Il  est  évident  que  Hobrecht,  qui 
occupait  une  haute  situation  à  Anvers,  n'avait  pas  quitté 
les  Flandres  sans  idée  de  retour  et  qu'il  n'avait  pas  l'in- 
tention de  se  fixer  à  la  cour  de  Ferrare.  Le  fait  que  le 
duc  Alphonse  1er  ait  appelé  à  son  service  Brumel  à  la  fin 
de  juillet  i5o5  ne  prouve  aucunement  que  ce  fut  à  l'effet 
de  remplacer  le  grand  maître  décédé.  Quoi  qu'il  en  soit, 
c'est  entre  i5o4  ^^  1^07  qu'il  nous  faut  situer  l'épisode  de 
la  vie  de  Sebastiano  del  Piombo  conté  parVasari.  Sebas- 
tiano,  né  vers  i585,  avait  une  vingtaine  d'années  lorsque 
Hobrecht  passa  par  Venise,  ce  qui  s'accorde  parfaitem.ent 
avec  le  témoignage  de  Vasari,  puisqu'il  nous  dit  que  ce 
portrait  fut  la  première  oeuvre  importante  du  jeune 
peintre  avant  son  départ  pour  Rome. 

En  ce  qui  concerne  Verdelot,  nous  ne  possédons  que 
des  données  extrêmement  vagues  sur  sa  vie.  Il  commença 

primi  principi  da  Giovan  Bellino  allora  vecchio.  E  doppo  lui, 
avendo  Giorgione  da  Castel  Franco  messi  in  quellà  città  i 
modi  délia  maniera  moderna  plu  uniti,  en  con  certo  fiammeg- 
giare  di  colori,  Sebastiano  si  parti  da  Giovanni  e  si  acconciô 
con  Giorgione;  col  quale  stette  tanto  che  prese  in  gran  parte 
quella  maniera  :  onde  fece  alcuni  ritratti  in  Vinegia  di  natu- 
rale  molto  simili  e  fra  gli  altri  quelle  di  Verdolotto  franzese 
musico  eccellentissimo  che  era  allora  maestro  di  cappella  in 
San  Marco*  e  nel  medesimo  quadro  quelle  di  Ubretto  sue  com- 
pagne cantore.  Il  quai  quadro  recè  a  Fiorenza  Verdelette, 
quande  venue  Maestro  di  cappella  in  San  Giovanni  ed  eggi 
l'ha  nelle  sue  case  Francesce  Sangalle  sculptere. 

*  Verdelet  ne  fut  jamais  maître  de  chapelle  à  Saint-Marc, 
mais  simple  chanteur.  On  voit  que  Vasari  est  assez  inexacte- 
ment informé  à  son  sujet. 


—  77  — 
à  se  faire  connaître  en  Italie  par  ses  compositions  vers 
i525  et  fut  maître  de  chapelle  à  San  Giovanni  de  Florence 
vers  i53o-i540.  On  place  ordinairement  sa  mort  aux 
environs  de  i56o.  S'il  se  trouva  à  Venise  vers  i5o5  ou 
i5o6  en  compagnie  de  Hobrecht,  il  devait  être  fort  jeune, 
dans  sa  vingtième  année  tout  au  plus. 

Dans  ces  conditions,  le  tableau  que  nous  cherchons  à 
identifier  devrait  représenter  deux  personnages,  l'un  âgé 
de  cinquante  à  soixante  ans,  l'autre  adolescent.  Nous 
savons,  en  outre,  par  le  témoignage  de  Vasari,  que  cette 
œuvre  était  peinte  dans  la  manière  de  Giorgione. 

Un  tableau  célèbre,  conservé  à  la  galerie  du  palais 
Pitti,  à  Florence,  nous  paraît  répondre  très  exactement 
à  ces  desiderata ^  Il  s'intitule  «  les  Trois  âges  de  l'homme  » 
{le  Tre  età  delV  iiomo)  et  représente  un  vieillard,  un  jeune 
homme  et  un  garçon  d'une  douzaine  d'années  examinant 
avec  attention  une  page  de  musique.  L'enfant  est  ce 
qu'on  nommait  alors  en  France  un  «  page  de  musique  » 
et,  en  Italie,  un  «  putto  cantore  ».  Il  s'apprête  à  chanter 
et  reçoit  du  plus  jeune  des  musiciens,  son  maître  appa- 
remment, des  indications  et  des  conseils,  tandis  que  le 
vieillard  (l'auteur  peut-être  de  l'œuvre  qu'on  étudie)  se 
détourne  légèrement  et  semble  attendre  la  fin  des  expli- 
cations. Ce  tableau  porte  le  nom  de  Lorenzo  Lotto,  mais 
en  fait  aucune  signature,  aucune  preuve  sérieuse  n'auto- 
rise cette  attribution.  Depuis  quelques  années,  on  veut 
qu'il  ait  été  peint  par  un  artiste  d'Udine,  Pellegrino  da 
San  Daniele,  que  la  critique  contemporaine  cherche  à 
faire  sortir  de  l'ombre.  Certains  croient  y  reconnaître  la 
main  de  ce  peintre  mystérieux  connu  sous  le  nom  de 
Morto  da  Feltre.  En  somme,  on  cherche  sans  avoir  rien 
trouvé  de  décisif.  Une  chose  seule  est  certaine;  ce  tableau 
appartient  à  l'école  de  Giorgione.  L'éminent  historien  de 
l'art,  le  professeur  Corrado  Ricci  nous  écrit  à  ce  sujet  : 
«  Il  passe  sur  ce  tableau,  malheureusement  endommagé 
par  des  retouches,  un  souffle  giorgionesque.  La  tête  de 

1.  Il  a  été  reproduit  en  hors  texte  dans  le  numéro  de  juin 
1922  de  la  Revue  musicale. 


-78- 

l'enfant,  dans  les  parties  les  mieux  conservées,  rappelle 
singulièrement  la  manière  du  maître*.  » 

On  peut  s'étonner,  dans  ces  conditions,  que  personne 
n'ait  encore  songé  à  attribuer  ce  tableau  à  l'un  des 
grands  peintres  de  ce  temps  qui,  au  témoignage  de  tous 
les  contemporains,  commença  sa  carrière  en  imitant  la 
manière  de  son  maître  Giorgione  :  Sebastiano  del 
Piombo. 

Au  point  de  vue  pictural,  rien  ne  nous  paraît  s'opposer 
à  l'attribution  du  tableau  de  la  galerie  Pitti  à  Sebastiano 
del  Piombo.  Cette  pâte  lumineuse,  ces  tons  chauds  et 
fondus  appartiennent  bien  à  cette  nouvelle  manière  dont 
Giorgione  passa  pour  l'inventeur.  Lanzi  insiste  lui  aussi 
sur  l'imitation  que  fit  d'abord  Sebastiano  des  procédés  de 
son  maître.  Mieux  que  tout  autre,  écrit-il,  il  sut  l'imiter 
«  ne'  tuoni  de'  colori  e  nella  sfumatezza  »,  et  il  cite  son 
Saint  Jean  Chrysostome,  qui  passa  longtemps  pour  être 
de  la  main  de  Giorgione. 

Au  témoignage  de  Vasari,  ce  portrait  se  trouvait  à  Flo- 
rence, dans  l'atelier  du  sculpteur  San  Gallo,  vers  le  milieu 
du  xvie  siècle;  dès  lors,  son  passage  dans  les  collections 
du  grand-duc  de  Toscane  s'explique  fort  naturellement. 
Nous  savons,  d'autre  part,  que  ce  tableau  appartient  à  la 
galerie  du  palais  Pitti  depuis  fort  longtemps,  puisqu'il  est 
mentionné  sur  les  anciens  inventaires  du  xviiie  siècle. 

Si  notre  hypothèse  était  définitivement  confirmée,  nous 
serions  donc  en  présence  des  portraits  de  Jacques 
Hobrecht,  l'un  des  maîtres  les  plus  puissants  et  les  plus 
originaux  de  l'école  polyphonique  du  xv^  siècle,  et  de 
Philippe  Verdelot,  l'une  des  gloires  de  l'école  madriga- 
lesque.  Quant  au  page,  il  n'est  là  que  pour  des  raisons 
de  composition  picturale. 

Remarquons,  d'autre  part,  combien  les  têtes  des  deux 
principaux  personnages  du  tableau  sont  peu  italiennes. 
Le  vieillard  avec  son   crâne    chauve,   sa    barbe  carrée, 

I.  Nous  adressons  ici  nos  bien  vifs  remerciements  à  M.  le 
professeur  Corrado  Ricci,  dont  les  précieux  renseignements 
sur  l'état  de  la  question  sont  venus  nous  affermir  dans  notre 
conviction. 


—  79  — 
semble  un  homme  du  Nord,  Hollandais  ou  Allemand. 
On  reconnaît  en  lui  un  de  ces  types  germaniques  tels 
qu'en  peignirent  Holbein,  Granach  et  Memling.  Le  jeune 
homme  avec  sa  fine  barbe  blonde  présente  le  type  achevé 
du  Français  contemporain  de  François  1er.  On  trouve  des 
têtes  semblables  sur  les  tableaux  de  nos  primitifs,  sur 
ceux  de  l'école  de  Clouet  en  particulier. 

Dans  l'ensemble,  ce  groupe  forme  le  contraste  le  plus 
parfait  avec  l'admirable  tableau  qui  lui  fait  vis-à-vis  au 
palais  Pitti  et  qui  est  connu  sous  le  nom  du  Concert  du 
Giorgione,  bien  que  cette  attribution  ne  soit  pas  cer- 
taine. Sur  ce  tableau,  popularisé  par  l'image^,  un  «  putto  » 
se  prépare  à  chanter  le  dessus  d'une  frottola  ou  d'un 
madrigal,  accompagné  sur  une  épinette  et  sur  une  basse 
de  viole  par  deux  musiciens.  Les  têtes  glabres  de  ces 
artistes,  leur  teint  bronzé,  leurs  yeux  sombres  et  brillants 
attestent  leur  nationalité.  On  n'en  saurait  douter  un  ins- 
tant, ce  sont  des  Italiens,  et  ceux  qui  leur  font  pendant 
sont  des  étrangers  venus  du  Nord. 

Nous  ne  prétendons  pas  avoir  établi  d'une  manière 
irréfutable  que  «  les  Trois  âges  de  l'homme  »  sont  l'œuvre 
de  Sébastian©  del  Piombo  et  représentent  le  vieil 
Hobrecht  et  le  jeune  Verdelot,  mais  nous  croyons  avoir 
réuni  un  nombre  suffisant  de  présomptions  en  faveur  de 
notre  hypothèse  pour  qu'elle  mérite  d'être  sérieusement 
prise  en  considération  par  les  historiens  de  l'art.  Nous 
avons  vu  que  les  âges  des  personnages  représentés  coïn- 
cident assez  exactement  avec  l'âge  que  devaient  avoir, 
vers  i5o5,  Hobrecht  et  Verdelot.  Des  recherches  dans  les 
archives  de  la  chapelle  de  Saint-Marc  pourraient  nous 
faire  savoir  si  en  i5o5  ou  i5o6  Verdelot  était  déjà  cantore 
à  cette  maîtrise.  Gaffi  dit  avoir  trouvé  son  nom  sur  les 
listes,  mais  n'indique  pas  de  date.  Que  Hobrecht  soit 
passé  par  Venise,  cela  ne  semble  pas  douteux;  c'est  à 
Venise,  en  effet,  qu'avait  paru,  en  i5o3,  chez  Petrucci,  un 
recueil  de  cinq  messes  de  sa  composition.  Il  serait  fort 

I.  Cf.,  sur  ce  tableau,  les  observations  de  M.  André  Pirro 
dans  son  étude  sur  les  Frottole  {Revue  de  musicologie,  mai 
1922). 


—  8o  — 

intéressant  de  savoir  si,  par  hasard,  il  n'aurait  pas  amené 
avec  lui  le  jeune  Verdelot.  On  peut  être  surpris  que 
Vasari  donne  dans  ce  tableau  l'importance  principale  à 
Verdelot;  mais  il  est  vraisemblable  qu'il  l'avait  connu 
personnellement  à  Florence  entre  i53o  et  1540.  Lorsque, 
plus  tard,  il  rédigea  la  Vie  des  peintres,  il  a  pu  se  rappe- 
ler avec  quelque  inexactitude  ce  que  lui  avait  dit  de  ce 
tableau  Verdelot  ou  le  sculpteur  Sangallo,  son  ami.  Le 
style  de  Hobrecht  était  alors  tout  à  fait  démodé  et  il  est 
fort  possible  que  son  nom  même  fût  presque  ignoré  d'un 
peintre  comme  Vasari.  Rien  d'étonnant  dans  ces  condi- 
tions à  ce  qu'il  ait  considéré  le  gracieux  adolescent 
comme  le  personnage  principal  et  le  vieillard  comme  un 
artiste  d'intérêt  secondaire. 

Souhaitons  que  des  documents  nouveaux  permettent 
bientôt  de  restituer  à  Sebastiano  del  Piombo  le  tableau 
de  la  galerie  Pitti. 

Il  importerait  beaucoup  de  posséder  un  portrait  authen- 
tique du  grand  maître  néerlandais  Jacques  Hobrecht,  qui 
fut  peut-être  de  tous  les  contrapontistes  du  xve  siècle  le 
plus  habile  et  le  plus  fécond  et  dont  la  gloire  égala 
presque,  ^en  son  temps,  celle  de  Josquin  Després.  Il  ne 
serait  pas  indifférent  non  plus  de  connaître  les  traits  de 
Philippe  Verdelot,  ce  Français  fixé  en  Italie  dès  sa  jeu- 
nesse, qui  fut  avec  Adrian  Willaert  l'un  des  premiers 
champions  de  ce  genre  essentiellement  Italien  :  le 
Madrigal*.  Il  demeura  toujours  fidèle  aux  leçons  de  ses 
maîtres,  les  grands  polyphonistes  du  Nord.  On  remarque 
dans  la  conduite  des  voix  des  duretés  et  une  conception 
de  la  polyphonie  beaucoup  moins  italienne  que  flamande. 
Peut-être  découvrira-t-on  un  jour  qu'il  avait  été  l'élève 
de  Hobrecht.  Peut-être  était-il  venu  avec  lui  en  Italie  et 

I.  Le  nom  de  Verdelot  est  généralement  associé  à  celui 
d'Adrian  Willaert.  Cf.  Zarlino,  4*  partie  des  Institutions  har- 
moniques, ch.  XXX.  On  sait  que  Willaert  a  transcrit  en  tabla- 
ture de  luth  plusieurs  compositions  polyphoniques  de  Verde- 
lot. Sur  Verdelot,  voir  aussi  le  Fronimo  de  Vincenzo  Galilei  et 
Gosimo  Bartoli,  Ragionamenti  academici  sopra  alcuni  luoghi 
difficili  di  Dante  (livre  III,  36). 


—  8i  — 

avait-il  tenu  à  figurer  en  compagnie  de  son  vieux  maître 
sur  le  portrait  que  voulait  faire  de  lui  le  jeune  Sébastian© 
del  Piombo,  ami  de  tous  les  musiciens,  et  désireux  de 
fixer  les  traits  délicats  du  bel  adolescent  à  la  barbe  nais- 
sante. 

Deux  mois  après  avoir  fait  à  la  Société  de  l'Art  fran- 
çais la  présente  communication,  j'appris  que  M.  Emilio 
Ravaglia  proposait  d'identifier  le  tableau  décrit  par 
Vasari  avec  une  œuvre  de  Sebastiano  del  Piombo  qu'il 
venait  de  découvrir  et  qui  est  en  ce  moment  exposée  au 
palais  Gorsini  à  Rome.  Autant  que  j'en  puis  juger  par  la 
très  mauvaise  reproduction  que  j'ai  pu  me  procurer,  ce 
tableau  représente  un  homme  d'une  trentaine  d'années, 
vu  de  face.  Il  est  coiffé  d'une  toque  et  porte  un  léger 
collier  de  barbe.  Il  appuie  son  menton  sur  sa  main  avec 
une  expression  de  mélancolie  rêveuse.  Devant  lui,  sur 
une  table,  on  voit  une  feuille  de  papier  à  musique.  Au 
second  plan,  dans  l'angle  droit  du  tableau,  se  tient  un 
jeune  homme  à  la  face  glabre,  au  regard  aigu. 

Chose  curieuse,  le  principal  personnage  ressemble 
vaguement  au  bel  adolescent  des  «  Trois  âges  de  l'homme  », 
bien  que  sensiblement  plus  âgé,  Sebastiano  del  Piombo, 
après  avoir  en  sa  jeunesse  exécuté  le  portrait  d'Hobrecht 
et  de  Verdelot,  aurait-il  retrouvé  à  Rome  une  dizaine 
d'années  plus  tard  le  musicien  français  et  l'aurait-il  peint 
de  nouveau  en  compagnie  cette  fois  d'un  élève?  La 
reproduction  que  j'ai  sous  les  yeux  est  trop  défectueuse 
pour  que  je  puisse  avancer  une  opinion  sur  la  facture  du 
tableau  de  la  galerie  Gorsini,  mais  je  serais  tenté  de  le 
croire  sensiblement  postérieur  aux  Tre  Età  delV  Uomo. 
Il  est  vraiment  peint  dans  la  manière  habituelle  de  Sebas- 
tiano et  non  dans  celle  de  Giorgione.  Il  y  aurait  lieu  de 
rechercher  par  comparaison  avec  d'autres  œuvres  de 
Sebastiano  s'il  ne  devrait  pas  être  daté  des  années  iSiS- 
i53o,  ce  qui  viendrait  à  l'appui  de  notre  hypothèse. 


1922 


—   82   — 

SÉANCE  DU  12  MAI  1922. 

I. 

COMITÉ  DIRECTEUR. 

La  séance  est  présidée  par  M.  Brière,  président. 

Présents  :  MM.  Charlier,  Cordey,  Guiffrey,  le  comte 
d'Harcourt,  Lemonnier,  Marquet  de  Vasselot,  Henry 
Martin,  Ramet,  Ratouis  de  Limay,  Réau,  Rouchès,  Sau- 
nier, Vitry. 

Excusés  :  MM.  Laran,  Lemoisne,  Pierre  Marcel,  André 
Michel. 

—  Le  Secrétaire  informe  le  Comité  que  la  distribution 
du  Bulletin  de  l'année  1921  est  commencée  depuis 
quelques  jours  et  que  le  bon  à  tirer  est  donné  pour  les 
trois  premières  feuilles  du  tome  XII  des  Archives. 

—  M.  Henri  Lemonnier  fait  connaître  que  le  tome  VII 
des  Procès-verbaux  de  l'Académie  d'architecture  est 
achevé;  il  estime  qu'il  y  aurait  lieu  de  se  préoccuper, 
dans  un  avenir  prochain,  de  la  table  générale  de  ces 
Procès-verbaux. 

—  Le  Président  lit  une  lettre  de  M.  René  Page 
demandant  s'il  ne  pourrait  être  délivré  aux  membres  de 
la  Société  une  carte  qui  leur  donnerait  quelques  avan- 
tages et  des  facilités  pour  entrer  notamment  dans  les 
musées  de  province.  Le  Secrétaire  rappelle  que  la  ques- 
tion a  déjà  été  étudiée  ;  elle  sera  de  nouveau  envisagée  au 
moment  où  l'entrée  dans  les  Musées  nationaux  devien- 
dra payante. 

—  Sont  admis  membres  de  la  Société  :  Mlle  Marie- 
Louise  Chabaud,  licenciée  d'histoire,  présentée  par 
MM.  Ratouis  de  Limay  et  Brière;  M.  Robert  Burnand, 
archiviste-paléographe,  présenté  par  MM.  Henry  Martin 
et  Amédée  Boinet;  M.  Paul  Lesourd,  archiviste-paléo- 
graphe, présenté  par  MM.  Ratouis  de  Limay  et  Henry 
Martin;  M.  William  Francklyn  Paris,  présenté  par 
MM.  Henry  Martin  et  Brière. 


/ 


—  SS- 
II. 
ASSEMBLÉE    GÉNÉRALE. 

La  séance  est  ouverte  sous  la  présidence  de  M.  Gaston 
Brière,  président. 

Présents  :  MM.  le  comte  Allard  du  Chollet,  Aubert, 
Babelon;  MUe  Ballot;  MM.  Bernard,  Boinet,  le  capitaine 
Buttin;  Mlle  Gharageat;  MM.  Charlier,  Ghévrier,  Cor- 
dey,  Dacier,  Daupeley,  Deshairs,  Dezarrois,  Dimier, 
Dubois-Corneau,  Fage,  Gilles  de  la  Tourette,  Girod  de 
l'Ain,  Gronkowski,  Guerlin,  Guiffrey,  Jeannerat,  Jolis; 
Mlle  Laplagne;  M.  Lemonnier;  Mlle  Maillard;  MM.  Mar- 
mottan,  Marquet  de  Vasselot,  Henry  Martin,  Mazerolle, 
Pelletier,  Perdreau,  Picard;  M^e  Potrel;  MM.  Puvis  de 
Chavannes,  le  comte  de  Puymaigre,  Ramet,  Ratouis  de 
Limay,  Réau,  G.  et  R.  Richebé,  le  duc  de  La  Roche- 
Guyon,  Rouchès ,  A.  Roux,  Saunier,  le  marquis  de 
Sayve,  Vallery-Radot,  Verrier,  Vitry,  Wildenstein. 

Excusé  :  M.  G.  Roger-Sandoz. 

—  Il  est  procédé  à  l'élection  de  quatre  membres  du 
Comité  directeur,  en  remplacement  de  MM.  Jean  Laran, 
Henry  Martin,  André  Ramet,  Louis  Réau,  membres  sor- 
tants. 

—  Sont  élus  à  l'unanimité,  par  52  voix  : 
MM.  Jean  Cordey, 

Emile  Dacier, 

Raymond  Kœchlin, 

J.  J.  Marquet  de  Vasselot. 


Discours  de  M.  Gaston  Brière, 

PRÉSIDENT    DE    LA    SoCIÉTÉ. 

Mesdames,  Messieurs, 
Toute  société  poursuivant  une  œuvre  scientifique  défi- 
nie doit   fidèlement  garder  la  mémoire  de  ceux  qui  la 
composèrent,  en  déterminèrent  l'esprit  et  l'action.  Le  pre- 


-84- 

mier  devoir  de  votre  président,  à  l'assemblée  générale  qui 
marque  le  terme  de  sa  dignité,  est  de  saluer  les  morts  de 
l'année  écoulée,  rappelant  ce  qu'ils  furent  et  ce  qu'ils 
accomplirent.  Ma  tâche  est  particulièrement  lourde,  nom- 
breuses ont  été  nos  pertes,  et  cruelles.  Germain  Bapst, 
Auguste  Boppe,  Albert  Didier,  Marc  Furcy-Raynaud, 
Louis  Gonse,  Henry  Havard,  tels  sont  nos  collègues  dis- 
parus, connus  d'entre  nous  presque  tous  familièrement, 
par  leur  présence  ou  par  leurs  travaux. 

Henry  Havard  s'est  éteint  plein  de  jours  après  une  longue 
carrière,  le  3i  octobre  1921;  il  avait  quatre-vingt-quatre 
ans.  Il  était  né  à  Charolles  en  i838.  Son  père,  d'abord 
notaire  en  cette  capitale  du  Charolais,  s'était  occupé  de 
l'industrie  de  la  papeterie,  zélé  propagateur  de  projets 
d'union  syndicale  entre  les  mêmes  métiers  et  ardent  répu- 
blicain. Henry  Havard  embrassa  les  opinions  et  les 
tâches  paternelles,  débuta  comme  journaliste,  bataillant 
contre  l'Empire,  se  jetant  dans  la  mêlée  avec  fougue*. 
Commandant  dans  la  garde  nationale,  il  partagea  les 
illusions  et  les  fièvres  des  patriotes  exaltés  par  les 
désastres  de  l'année  terrible,  les  tristesses  du  siège;  aussi 
fut-il  prudent  pour  lui  de  s'expatrier  au  lendemain  de  la 
victoire  du  gouvernement  de  Thiers.  Alors,  il  mena  une 
vie  errante  et  voyagea  dans  les  pays  du  Nord.  Ce  fut  là 
l'origine  de  sa  sympathie  et  de  ses  études  sur  les  Pays- 
Bas  qu'il  parcourut  longuement,  pénétrant  Tart  hollan- 
dais comme  l'histoire,  comme  la  langue.  Il  envoya  à  de 
nombreux  journaux  des  chroniques,  publia  ses  souve- 
nirs de  voyage,  écrits  d'une  plume  alerte,  en  de  nombreux 
volumes,  dont  deux  aimablement  illustrés  de  fusains  par 
Maxime  Lalannep.  Puis,  reprenant  la  tradition  de  Thoré- 

1.  D'après  la  notice  de  la  Grande  Encyclopédie,  t.  XIX,  1894. 

2.  La  Hollande  pittoresque.  Voyage  aux  villes  mortes  du 
Zuyder^ée ;  Les  frontières  menacées;  Le  cœur  du  pays,  3  vol. 
in-i6.  Paris,  Pion,  1874-1878.  —  Amsterdam  et  Venise.  Paris, 
Pion,  1876,  in-4°.  —  La  terre  des  Gueux.  Voyage  dans  la 
Flandre  flamingante.  Paris,  Pion,  1879,  in-8°.  —  La  Hollande 
à  vol  d'oiseau.  La  Flandre  à  vol  d'oiseau.  Paris,  Decaux,  1881, 
i883,  gr.  in-8"  (pi.  par  M.  Lalanne). 


—  85  — 

Burger,  Havard  fut  en  France,  avant  Emile  Michel,  le 
plus  averti  des  historiens  de  ces  peintres  au  métier  impec- 
cable, d'une  si  persuasive  séduction  par  leur  savoureuse 
et  franche  bonhomie.  Il  fit  des  découvertes  sur  les  maîtres 
qu'il  étudia  dans  le  recueil,  paru  chez  Quantin,  de  1879  à 
1881,  sous  le  titre  :  L'art  et  les  artistes  hollandais  (Miere- 
velt,  Flinck,  P.  de  Hooch,  Ver  Meer  de  Delft,  etc.).  Il  déve- 
loppa ultérieurement  plusieurs  de  ces  chapitres  en  des  mo- 
nographies de  la  collection  des  «  Artistes  célèbres  »  :  Ver 
Meer  (1888),  Mierevelt;  enfin,  il  écrivit  pour  l'excellente 
«  Bibliothèque  de  l'enseignement  des  Beaux-Arts  »  un 
précis  clair  et  nourri  sur  la  Peinture  hollandaise  (1882). 
La  grande  réputation  vint  surtout  à  Havard  par  ses  tra- 
vaux sur  les  arts  décoratifs  :  VHistoire  de  la  faïence  <fe 
Delft  (1878),  VHistoire  de  l'orfèvrerie  française  (1896),  les 
Boulle  (1898),  l'œuvre  du  peintre  Galland  iiSgb),  plusieurs 
volumes  illustrés  sur  les  styles  '  et  surtout  par  son  grand 
Dictionnaire  de  l'ameublement  et  de  la  décoration,  publié 
en  quatre  gros  tomes  in-40,  de  1887  à  1890,  dont  il  ras- 
sembla les  éléments  à  partir  de  1878.  Cette  grande  com- 
pilation, puisée  aux  meilleures  sources,  enrichie  de 
preuves,  d'images,  rassemblant  une  masse  de  faits  épar- 
pillés, est  devenue  un  ouvrage  indispensable  de  consulta- 
tion. Ce  n'est  pas  une  œuvre  d'érudition  philologique  et 
critique  comme  le  Glossaire  de  Victor  Gay,  —  qui  va  bien- 
tôt, si  heureusement,  être  terminé  par  les  soins  de  plusieurs 
de  nos  confrères,  —  ni  un  essai  de  reconstitution  des  pro- 
cédés techniques  et  un  effort  d'interprétation  explicative 
à  la  manière  de  Viollet-le-Duc,  mais  une  large  synthèse 
des  résultats  acquis.  Havard  devait  rendre  plus  acces- 
sible aux  artisans  la  connaissance  des  métiers  en  com- 
posant les  jolis  petits  volumes  des  Arts  de  l'ameublement 
(11  vol.,  chez  Delagrave,  de  1891  à  1897),  comme  il  vul- 
garisa les  plus  célèbres  édifices  français  en  dirigeant  la 
France  artistique  et  monumentale  (1892-1895),  recueil  où 
collaborèrent  les  plus  éminents  archéologues  du  moment. 

I.  L'art  à  travers  les  mœurs,  1882;  Uart  dans  la  maison, 
1884;  Histoire  et  philosophie  des  styles,  2  vol.,  1899-1900;  L'art 
et  le  confort  dans  la  vie  moderne,  1904.  —  La  céramique  hol- 
landaise, 2  vol.  in-4''.  Amsterdam,  1909. 


—  86  — 

Critique  d'art  au  Siècle  pendant  une  quinzaine  d'an- 
nées, Henry  Havard  était  devenu  inspecteur  général  des 
Beaux- Arts  en  1888;  il  resta  dans  l'administration  trente 
ans,  jusqu'en  1918.  Notre  confrère  s'était  intéressé  à  nos 
publications.  Il  avait  inséré  au  volume  de  1886  un  pré- 
cieux document  sur  la  tombe  de  l'abbé  P'oulon,  gisant  de 
bronze  modelé  par  Germain  Pilon,  dans  lequel  le  grand 
maître  de  notre  Renaissance  avait  peut-être  rivalisé  avec 
un  Italien  du  Quattrocento. 

Louis  Gonse  comptait  parmi  les  fondateurs  de  notre 
Société;  il  figure  dans  la  liste  des  adhérents  de  1872,  il  était 
le  dernier.  Né  à  Paris,  le  16  novembre  1846,  il  fit  son 
droit  tout  en  écoutant  à  l'École  des  chartes  les  leçons  de 
Quicherat;  il  devait  recevoir  les  conseils  d'un  des  maîtres 
de  nos  études  :  l'impeccable  Montaiglon.  Très  jeune, 
Gonse  écrit  dans  des  journaux  :  au  Moniteur  universel  de 
Dalloz,  au  Nouvelliste  de  Rouen.  Il  explore  notre  sol  et, 
de  ses  carnets,  il  extrait  sa  première  publication  :  Voyage 
dans  le  Midi  de  la  France,  lettres  écrites  en  août,  septembre 
et  octobre  i86j  (Rouen,  1868).  En  1872,  il  porte  son  pre- 
mier article  à  la  Galette  des  Beaux-Arts,  c'est  une  étude 
sur  le  Musée  de  Lille.  Ainsi  se  marque,  dès  le  début,  le 
sens  des  travaux  auxquels  il  voua  particulièrement  sa 
vie  :  la  glorification  de  l'art  français  et  des  trésors  de 
l'art  en  France.  A  cette  tâche,  il  s'employa  par  la  plume, 
la  parole,  l'action. 

Louis  Gonse  devint  directeur  de  la  Galette  des  Beaux- 
Arts  en  1874  ;  il  dirigea  notre  grand  périodique  d'art,  —  au 
début  le  seul,  —  pendant  vingt  ans  (jusqu'en  1893).  Veiller 
attentivement  à  la  bonne  tenue  des  livraisons  mensuelles, 
recruter  des  collaborateurs,  les  conseiller,  les  inspirer, 
insinuer  quelques  réserves  ou  glisser  des  retouches,  déter- 
miner les  appréciations  à  propager  sur  tel  maître  discuté, 
vivant  ou  mort  de  la  veille,  sentir  les  remous  de  l'opi- 
nion, endormir  les  susceptibilités,  prendre  parti  dans  des 
luttes  vives  sans  blesser  trop  profondément,  Gonse  sut 
avec  un  tact  infini  et  une  souriante  aisance  jouer  ce  rôle 
multiple  du  directeur  heureux.  Après  les  temps  héroïques 
de  Charles  Blanc,  la  direction  de  Gonse  fut  une  magnifique 
période  pour  la  Galette.  Que  de  beaux  articles  et  que  de 


-87- 

belles  planches  !  Et  aussi  quelle  riche  matière  :  deux  expo- 
sitions universelles  (1878  et  1889)  ^vec  leur  amoncellement 
d'œuvres  d'art  souvent  ignorées,  les  expositions  rétros- 
pectives de  l'Union  centrale  des  arts  décoratifs,  le  qua- 
trième centenaire  de  Michel -Ange,  et  les  rédacteurs 
furent  :  Paul  Mantz,  Darcel,  Rayet,  Ghesneau,  Montai- 
glon,  Gourajod,  Davillier,  Bonnaffé,  Fillon,  Yriarte, 
Palustre,  Eugène  Mûntz,  Lafenestre,  André  Michel, 
Emile  Molinier...;  parmi  les  graveurs  :  Gaillard,  Gaujean, 
et  tant  d'autres  dignes  de  mémoire  !  En  sa  tâche  accomplie 
allègrement,  Gonse  apprit  cette  diplomatie  aimable, 
cette  persévérance  douce  qui  fit  de  lui  un  conseiller 
écouté  et  influent  dans  les  multiples  assemblées  délibé- 
rantes où  sa  réputation  devait  le  faire  entrer  et  où  il  joua 
un  rôle  de  plus  en  plus  important.  Là  s'atténuent  les 
divergences,  s'adoucissent  les  heurts,  en  des  compromis- 
sions nécessitées  par  les  relations  et  les  préoccupations 
administratives;  alors,  dans  les  combinaisons  à  trouver, 
dans  les  sanctions  à  voter,  triomphent  les  habiles  conci- 
liateurs et  les  opiniâtres  patients.  Gonse  appartint  à  la 
Commission  des  Monuments  historiques  dès  1889,  vice- 
président  en  191 3;  au  Gonseil  des  Musées  depuis  sa  créa- 
tion en  1896,  il  en  devint  vice-président  en  1917;  tou- 
jours présent  en  ces  assemblées,  attentif  aux  débats, 
soucieux  de  garder  et  d'accroître  nos  richesses.  Sa 
dernière  joie  fut  l'achat  du  célèbre  «  portrait  de  famille  » 
de  Degas.  G'est  que  Louis  Gonse  apportait  en  ces  tra- 
vaux l'enthousiasme  et  la  passion  de  l'amateur.  Il  fut  un 
gourmet  d'art.  En  véritable  raffiné,  il  goûtait  l'art  sous 
toutes  ses  formes,  en  toutes  ses  manifestations;  il  a  tout 
aimé  de  ce  qui  charme  les  yeux  et  l'oreille.  Il  fut  un  col- 
lectionneur diligent  et  son  cabinet  japonais,  —  dont  il 
ne  faisait  nulle  parade  et  qui  ne  s'ouvrait  pas  au  vulgaire, 
—  restera  célèbre  auprès  des  initiés.  De  la  ferveur  pour 
l'art  d'Extrême-Orient,  il  était  passé,  comme  d'autres  de 
ses  émules,  à  l'enthousiasme  pour  notre  gothique,  mais 
sans  partialité,  sachant  célébrer  devant  toutes  les  œuvres 
encore  vivantes  d'émotion  le  même  culte.  Cette  ardente 
sympathie  fait  le  prix  des  beaux  livres  dont  Gonse  enri- 
chit la  librairie  française.  Après  les  monographies  sur 


—  88  — 

Jules  Jacquemart  et  Eugène  Fromentin  ^  l'ouvrage,  alors 
original  et  hardi,  sur  Uart  japonais  (i883,  2  vol.  in-fol.), 
Louis  Gonse  écrivit  L'art  gothique  (1890,  in-fol.),  La 
sculpture  française  depuis  le  XIV^  siècle  (iSgS,  in-40), 
enfin,  reprenant  et  complétant  les  recherches  anciennes 
de  Clément  de  Ris,  Les  chefs-d'œuvre  des  Musées  de 
France  (province)  (1900-1904,  2  vol.  in-40).  A  l'heure  où 
beaucoup  d'entre  nous  commençaient  à  observer  des 
œuvres  d'art,  les  grandes  publications  de  Gonse  sur  notre 
architecture  et  notre  statuaire  nationales  servirent  d'initia- 
tions fécondes.  Notre  confrère  fut  ce  qu'il  souhaita  d'être  : 
un  bon  serviteur  de  la  cause  de  l'art,  et  de  l'art  français  2. 

Germain  Bapst  avait  adhéré  tardivement  à  notre  Société, 
mais  il  était  devenu,  tout  de  suite,  un  de  nos  membres 
les  plus  actifs  et  des  plus  appréciés  par  ses  charmantes  et 
brillantes  causeries.  Vous  l'aviez  entendu  à  notre  séance 
de  novembre,  conter,  avec  cette  prodigieuse  mémoire  qui 
rendait  si  captivantes  ses  conversations,  l'histoire  des 
mausolées  des  Condé;  le  10  décembre,  une  attaque  d'apo- 
plexie le  terrassait  sur  le  boulevard  parisien;  il  dispa- 
raissait en  pleine  activité  intellectuelle  :  il  avait  soixante- 
huit  ans  3. 

Il  y  a  deux  catégories  bien  tranchées  dans  les  travaux 
de  l'érudit  :  les  livres  sur  les  arts  industriels  et  ceux  rela- 
tifs à  l'histoire  militaire  de  la  France,  particulièrement  au 
xixe  siècle.  Descendant  d'une  famille  d'orfèvres  célèbres, 
devenus,  au  début  du  xixe  siècle,  joailliers  de  la  cou- 
ronne de  France,  Germain  Bapst  fut  incliné  vers  l'étude 
des  artisans  au  métier  raffiné  qui  modèlent  les  métaux, 
taillent  ou  sertissent  les  matières  précieuses.  Après  son 
Étude  sur  Vétain  dans  l'antiquité  et  au  moyen  âge  (1884, 
in-80),  parurent  ses  recherches  sur  :  Les  Germain  (1887, 

1.  L'œuvre  de  Jules  Jacquemart.  Paris,  1876-1881,  gr.  in-8°. 
—  Eugène  Fromentin^  peintre  et  écrivain.  Paris,  Quantin,  1881, 
in-4». 

2.  Pour  compléter  cette  courte  esquisse,  lire  la  notice  écrite 
sur  Louis  Gonse,  par  André  Michel,  dans  la  Galette  des  Beaux- 
Arts,  février  1922. 

3.  Germain  Bapst  était  né  à  Paris  le  20  décembre  i853. 


-89- 

in-8o),  moneTgraphie  d'illustres  orfèvres,  à  laquelle  il 
faut  joindre  la  plaquette  sur  U orfèvrerie  française  à  la 
cour  du  Portugal  (1892,  in-40),  enfin  VHistoire  des  joyaux 
de  la  couronne  de  France  (1889,  gr.  in-80).  A  ces  impor- 
tants volumes  s'ajoutèrent  nombre  d'articles,  de  notes, 
dans  lesquels  l'érudit  élucidait  des  détails  (ainsi  sur  le 
fameux  bureau  de  Louis  XV  dont  il  nomma  exactement, 
le  premier,  les  auteurs)  ou  des  éditions  de  documents  iné- 
dits, comme  V Inventaire  de  Marie-Josèphe  de  Saxe  (i883). 
Car  Germain  Bapst  était  un  chercheur  minutieux,  un  pas- 
sionné du  texte  sûr.  Il  devint  un  habitué  des  salles  d'ar- 
chives publiques,  des  bibliothèques,  poursuivant  le  docu- 
ment rebelle  partout  où  il  pouvait  se  terrer. 

Historiographe  du  maréchal  Ganrobert,  narrateur  des 
souvenirs  du  héros  de  Rezonville  et  Saint-Privat,  Bapst 
s'était  si  bien  identifié  avec  ses  personnages,  avait  fouillé 
si  avant  en  leurs  vies,  qu'il  était  devenu  comme  leur  con- 
temporain. A  l'interroger  sur  les  campagnes  d'Afrique,  de 
Grimée,  d'Italie,  sur  la  guerre  de  1 870-1871,  on  croyait 
écouter  un  survivant  des  batailles;  n'avait-il  pas  veillé 
dans  la  tranchée  à  Sébastopol,  assisté  aux  charges  déses- 
pérées tourbillonnant  sur  les  pentes  de  Floing,  subi  les 
angoisses  de  la  capitulation  à  Metz,  entendu  Trochu  déve- 
lopper son  plan  à  l'Hôtel  de  ville?  Dans  ses  travaux  d'his- 
toire militaire,  les  recherches  archéologiques  ne  furent  pas 
absentes.  Bapst  avait  été  l'un  des  fondateurs  de  la  Sabre- 
tache,  l'un  des  initiateurs  du  Musée  de  l'armée  qui  a 
rassemblé  quantité  de  dessins  et  esquisses  de  nos  peintres 
militaires,  il  avait  été  l'organisateur  actif  des  belles  expo- 
sitions rétrospectives  des  armées  de  terre  et  de  mer  en 
1889  et  en  1900,  dans  lesquelles  l'on  vit  tant  de  précieuses 
effigies  guerrières  retracées  par  des  maîtres  et  dont  le  sou- 
venir est  gardé  par  les  catalogues  de  notre  confrère  '.  A  ces 
travaux  occasionnés  par  les  expositions  se  rattachent 
VEssai  sur  l'histoire  des  panoramas  et  des  dioramas  (1891) 
et  VHistoire  du  théâtre,  de  la  mise  en  scène,  du  décor  (1893). 

I.  Ajouter  les  catalogues  de  V Exposition  de  Marie-Antoinette 
et  son  temps,  1894,  et  de  VExposition  historique  de  la  Révolu- 
tion et  de  VEmpire,  1895. 


—  90  — 

Bibliophile,  amateur,  Germain  Bapst  avait  réuni  de 
jolis  objets  du  xviiie  siècle  dont  il  gardait  de  gracieux 
restes,  il  en  a  légué  à  nos  musées;  en  même  temps,  la 
masse  précieuse  de  ses  dépouillements  aux  archives  de  la 
Guerre,  où  il  était  un  familier,  iront  enrichir  le  départe- 
ment des  manuscrits  à  la  Bibliothèque  nationale.  L'homme 
fut  d'accueil  charmant,  plein  de  cordialité,  de  bonne 
grâce.  Sa  conversation  était  fourmillante  d'anecdotes  et 
de  renseignements  imprévus.  Sur  les  militaires  des  deux 
derniers  siècles,  leurs  carrières,  leurs  alliances,  il  était,  à 
feuilleter,  comme  un  «  Annuaire  »  vivant  et  amusant. 
Ceux  qui  eurent  recours  à  son  érudition  et  qui  furent  ses 
obligés  garderont  de  Germain  Bapst  un  souvenir  recon- 
naissant. 

Nous  avons  eu  la  grande  tristesse  de  voir  partir  avant 
l'heure  l'un  de  nos  plus  dévoués  collaborateurs,  l'un  des 
plus  zélés  amis  de  notre  œuvre  :  Marc  Furcy-Raynaud, 
mort  brutalement  le  3o  janvier.  J'avais  rencontré  Furcy- 
Raynaud,  pour  la  première  fois,  il  y  a  de  longues  années, 
en  quelques  séances  de  la  Société  des  Études  historiques; 
je  le  revis,  de  loin  en  loin,  à  la  bibliothèque  de  l'Arse- 
nal, en  allant  travailler  en  la  salle  paisible  où  les  heures 
coulaient  silencieuses,  marquées  par  le  timbre  clair  de 
l'horloge,  alors  que  je  consultais  des  livres  d'histoire  en 
si  bel  état  de  conservation  ;  mais  nos  relations  ne  devinrent 
fréquentes  qu'à  Versailles,  quand  je  fus  attaché  au  Musée. 
Alors,  Furcy-Raynaud  vint  maintes  fois  m'interroger, 
incitant  et  dirigeant  mes  recherches  dans  les  dépôts  de 
sculptures  que  j'explorais;  j'appris  à  le  connaître  et  à 
l'estimer. 

Marc  Furcy-Raynaud  était  né,  par  hasard,  à  Septfon- 
taines,  dans  le  Grand-Duché  de  Luxembourg,  le  25  avril 
1872.  La  famille  Raynaud  était  originaire  de  l'Albigeois, 
alliée  aux  Guérin  du  Gayla.  Le  grand-père  de  notre  ami, 
professeur  au  collège  Bourbon,  avait  collaboré  avec  Tré- 
butien  à  la  publication  des  œuvres  de  Maurice  de  Guérin 
et  du  journal  de  sa  sœur  Eugénie.  Son  père,  né  à  Paris, 
sorti  de  Saint-Cyr,  fit  la  campagne  d'Italie;  il  fut  blessé 
à  Solferino,  devint  instructeur  à  l'École  militaire;  il  était 
à  Metz  en  1870.  La  paix  signée,  marié,  il  quitta  l'armée 


—  91  — 

pour  s'occuper  des  intérêts  des  siens  qui  possédaient  des 
fabriques  en  Lorraine  annexée,  en  Belgique  et  en  Luxem- 
bourg. Il  avait  su  garder  une  part  de  son  activité  aux  tra- 
vaux intellectuels,  sa  traduction  de  la  grande  Histoire  des 
Papes  de  Pastor  l'atteste. 

Marc  Furcy-Raynaud  suivit  les  cours  des  Chartes  en 
auditeur,  entra,  comme  attaché,  à  l'Arsenal,  obtint  le 
diplôme  de  bibliothécaire,  passa  à  la  Mazarine,  puis 
abandonna  la  carrière  des  bibliothèques  pour  se  consa- 
crer à  ses  travaux  personnels.  Il  se  fit  d'abord  connaître 
par  quelques  plaquettes  élégantes  {Chardin  et  M.  d'Angi- 
viller^  1900,  VEngagement  de  Tocqué  en  Russie,  1908, 
et  de  nombreuses  notules  sur  des  artistes  du  xviiie  siècle 
dans  la  Chronique  des  Arts;  il  entreprenait  dès  lors  les 
recherches  qui  devaient  l'occuper  constamment  :  une  explo- 
ration des  documents  artistiques  encore  inédits  des  archives 
de  la  Maison  du  Roi.  Il  découvrit  qu'une  suite  de  pièces 
avait  été  encore  négligée  :  les  lettres  échangées  entre  les 
Directeurs  des  bâtiments  et  les  «  premiers  peintres  »  qui 
étaient  leurs  conseillers  et  leurs  agents  d'exécution.  Il  fit 
copier  ces  pièces,  les  classa,  les  commenta,  —  un  peu 
sobrement,  —  et,  le  paquet  lié,  le  porta  à  M.  Jules  Guif- 
frey  pour  les  Nouvelles  Archives.  C'est  à  cet  endroit  que 
le  rôle  de  notre  confrère  devient  important  dans  l'his- 
toire de  notre  Société.  D'abord,  il  apportait  de  la  copie  à 
un  moment  de  lassitude  des  éditeurs  raréfiés;  il  permit  la 
publication  des  quatre  volumes  des  années  1908  à  1906, 
comprenant  la  correspondance  entre  Orry ,  Marigny, 
d'Angiviller  et  Ch.-A.  Coypel,  Cochin  et  Pierre  {lySi  à 
1791),  précieux  documents  pour  connaître  l'influence  de 
l'administration  royale  sur  notre  art,  à  une  époque  déci- 
sive de  son  évolution.  Puis,  Furcy-Raynaud  vint  parler 
à  nombre  d'entre  nous  de  la  Société,  nous  incitant  à  faire 
partie  de  ce  groupement  d'érudits,  proposant  des  réformes 
pour  accroître  son  activité  :  la  réorganisation  accomplie 
en  1906,  s'inspira  pour  beaucoup  de  ces  conversations. 
Dès  lors,  notre  ami  fut  assidu  à  nos  séances,  puis  aux 
délibérations  du  Comité  directeur,  apportant  de  mul- 
tiples matériaux  pour  alimenter  les  réunions  ou  le  Bulle- 
tin, s'ingéniant  à  recruter  des  adhérents;  nul  ne  nous 


—  92  — 

aura  servi  avec  plus  d'ardeur.  En  1909,  Furcy-Raynaud 
avait  publié,  en  une  brochure,  un  Inventaire  des  sculp- 
tures commandées  et  acquises  par  la  direction  des  Bâti- 
ments du  roi  au  XVII h  siècle;  depuis,  il  n'avait  cessé  d'ac- 
cumuler les  notes  et  copies  de  pièces  autour  de  ce  premier 
essai;  son  travail  était  devenu  considérable,  le  pendant 
de  V Inventaire  publié  par  F.  Engerandpour  les  peintures. 
L'auteur  se  proposait  d'imprimer  le.  manuscrit,  presque 
achevé,  sous  nos  auspices.  Grâce  aux  généreuses  déci- 
sions de  la  sœur  de  notre  ami,  Mme  de  Sainte-Glaire, 
l'œuvre  paraîtra  dans  notre  collection  à' Archives.  Ge 
grand  labeur  ne  sera  pas  perdu.  Grâce  aussi  aux  soins  de 
notre  ami  commun  Marquet  de  Vasselot,  quantité  de 
dépouillements,  de  fiches,  intéressant  particulièrement 
les  saisies  d'objets  d'art  chez  les  émigrés,  ne  seront  pas 
anéantis  ;  ces  papiers  classés  sont  déposés  au  Musée  du 
Louvre,  accessibles  à  la  consultation  des  érudits.  Déjà, 
ces  recherches  ont  servi  aux  rédacteurs  des  nouveaux 
catalogues  du  Louvre,  des  peintures  comme  des  sculp- 
tures modernes.  Au  Louvre  et  à  Versailles,  bien  des  rec- 
tifications d'attributions,  de  provenances,  sont  dues  aux 
recherches  de  Furcy-Raynaud. 

Parti  se  reposer  dans  un  coin  de  Lorraine  qu'il  aimait, 
l'été  dernier,  après  les  fatigues  endurées  pendant  la  guerre 
où  il  servit  vaillamment,  sur  le  front,  comme  officier 
interprète;  triste  de  deuils  cruels  accumulés  autour  de  lui, 
notre  ami  devait  revenir  très  malade  ;  une  opération  grave 
lui  fut  fatale.  Nous  ne  pouvons  croire  que  nous  ne  rever- 
rons plus  le  collègue  excellent,  d'un  commerce  sûr,  d'une 
loyauté  qui  se  révélait  par  une  franchise  de  parole  par- 
fois un  peu  brusque,  ne  cherchant  à  dissimuler  ni  ses 
affections,  ni  ses  dégoûts.  L'ouvrage  que  nous  éditerons 
gardera  son  souvenir,  sans  atténuer  l'amertume  que  laisse 
la  pensée  d'une  existence  inachevée. 

Je  dois  enfin  quelques  mots  d'adieu  aux  deux  membres 
que  leur  éloignement  écartait  de  nos  réunions. 

Albert  Didier,  d'une  vieille  famille  orléanaise,  sculpteur, 
élève  de  Vital-Dubray,  fut  directeur  de  l'École  munici- 
pale des  Beaux-Arts  d'Orléans  et  conservateur  du  beau 
musée  de  peinture  depuis   1895.  Il  garda  avec  un  soin 


-93- 

jaloux  les  trésors  qui  étaient  sous  sa  garde,  devenus  si 
misérablement  protégés  en  ce  vieux  local,  qui  serait  char- 
mant réparé.  Il  aménagea  à  la  fin  de  sa  carrière  les  col- 
lections données  à  la  ville  par  M.  Fourché.  La  guerre  lui 
avait  enlevé  son  fils,  mort  dans  un  hôpital  de  Metz  lors 
de  la  ruée  de  1918;  le  père  fut  blessé  au  cœur;  il  traîna 
son  existence  pesamment  et  la  délivrance  vint  le  23  février 
dernier;  il  avait  quatre-vingts  ans. 

Jules-Auguste  Boppe,  né  le  26  juin  1862,  attaché  aux 
Affaires  étrangères  à  partir  de  1888,  servit  la  France,  par- 
ticulièrement en  Orient;  secrétaire  d'ambassade  à  Gons- 
tantinople,  Belgrade,  consul  général  à  Jérusalem  (1902- 
1905),  premier  secrétaire  à  Constantinople  (1905  à  1912), 
ministre  plénipotentiaire  en  Serbie  pendant  la  guerre 
(1912  à  1917).  Il  était  devenu  le  représentant  de  la  France 
en  Chine  en  septembre  1917;  il  mourut  brusquement  à 
son  poste,  à  Pékin,  le  14  mai  192 1.  Attaché  aux  archives 
du  ministère  (1899  ^  1902),  Boppe  s'était  occupé  de  travaux 
d'histoire  diplomatique,  avait  composé  avec  M.  Delavaud 
un  livre  sur  les  Introducteurs  des  ambassadeurs  ;  puis  ses 
séjours  en  Orient  l'avaient  conduit  à  des  études  artis- 
tiques. Il  avait  recherché  avec  méthode  et  persévérance, 
collectionné  même,  les  œuvres  de  peintres  européens 
venus  en  Turquie  aux  xviie  et  xviiie  siècles,  un  Garrey, 
un  Van  Mour,  ou  ceux  qui  suivirent  nos  ambassadeurs, 
comme  M.  de  Nointel.  11  avait  raconté  la  mode  des  por- 
traits de  personnages  du  beau  monde  travestis  à  la  turque, 
lors  de  l'engouement  pour  l'exotisme,  tels  qu'en  tracèrent 
Aved  ou  Delatour.  De  là  des  articles  dans  nos  périodiques 
d'art,  réunis  dans  le  joli  volume  qui  durera  sur  les  Peintres 
du  Bosphore  au  XVIII^  siècle,  paru  chez  Hachette  en 
191 1.  Si  la  destinée  l'eût  permis,  Boppe  avait  une  belle 
étude  à  entreprendre  sur  la  Ghine  vue  par  nos  artistes  du 
xviiie  siècle,  cette  autre  «  province  du  rococo  ». 


Nous  pourrons  cette  année,  Mesdames  et  Messieurs, 
fêter  notre  cinquantenaire.  Un  demi-siècle  s'est  écoulé 
depuis  la  fondation   de  la  Société  de  l'histoire  de  l'Art 


-94  - 
français;  le  premier  volume  des  Nouvelles  Archives  de 
l'Art  français ^  recueil  de  documents  inédits,  porte  la  date 
de  1872.  Quelle  avait  été  la  pensée  directrice  de  nos  fon- 
dateurs, reprenant,  par  une  association,  l'entreprise  indi- 
viduelle du  marquis  de  Chennevières  et  d'Anatole  de 
Montaiglon?  Instruits  des  méthodes  précises  de  l'érudi- 
tion, ils  avaient  compris  que  les  documents  permettant 
de  retracer  l'histoire  des  arts  étaient,  abondants,  mais  dis- 
persés, qu'ils  étaient  trop  négligés,  et  ils  voulurent  réunir 
en  faisceau  ces  textes  épars,  ouvrir  un  recueil  où  vien- 
draient s'inscrire,  au  fur  et  à  mesure  des  apports  et  au 
hasard  des  découvertes,  ces  matériaux  indispensables  sur 
lesquels  s'édifieraient  plus  tard  les  biographies  et  les  syn- 
thèses. Habiles  fouilleurs,  patients  copistes,  probes  com- 
mentateurs, ils  rassemblèrent  petit  à  petit  une  telle  variété 
de  documents  qu'il  est  peu  d'artistes,  de  la  Renaissance 
au  xixe  siècle,  sur  lesquels  la  collection  des  Nouvelles 
Archives  n'apporte  quelque  preuve  importante  et  souvent 
essentielle.  Par  les  fonctions  occupées  par  les  principaux 
pourvoyeurs  des  volumes,  l'enquête  la  plus  approfondie 
fut  poursuivie  dans  la  série,  qui  semble  presque  encore 
inépuisable,  des  papiers  de  l'ancienne  Maison  du  Roi, 
dont  les  renseignements  sont  restreints  aux  artistes  em- 
ployés par  la  royauté  et  à  leurs  productions  officielles. 

Les  chercheurs  se  lasseraient-ils  de  feuilleter  des  liasses 
d'archives,  délaisseraient-ils  ces  investigations  monotones, 
bien  que  parfois  captivantes?  Il  semble  qu'il  y  ait  un 
temps  d'arrêt,  un  ralentissement  dans  les  recherches; 
tout  au  moins  à  en  juger  par  les  offres  de  publication 
qui  se  raréfient.  Je  souhaiterais  que  de  nouveaux  tra- 
vailleurs fussent  incités  à  reprendre  les  fouilles  toujours 
ouvertes  et  nous  apportassent  leur  butin.  Archives  dépar- 
tementales, communales,  archives  notariales,  collections 
d'autographes,  renferment  indubitablement  une  masse  de 
renseignements  qui  rectifieraient  et  agrandiraient  nos 
connaissances. 

Les  curieux  d'écriture  ancienne,  par  leur  goût,  voire 
même  par  leur  manie,  sont  des  sauveteurs  du  passé.  Les 
«  amateurs  d'autographes  »  ont  jadis  ouvert  libéralement 
leurs  cartons  aux  directeurs  des  Archives,  qui  y  puisèrent 


-95- 

maints  feuillets  précieux  pour  nos  études.  C'est  pour  gar- 
der trace  de  pièces  de  ce  genre  que  nous  avons  entamé, 
dans  le  Bulletin  de  1921,  un  relevé  des  autographes  rela- 
tifs aux  artistes,  passant  dans  le  commerce.  Ce  n'est  qu'un 
essai  que  l'on  perfectionnera.  En  parcourant  ces  premières 
listes,  vous  constaterez  qu'à  côté  de  textes  déjà  souvent 
allégués,  publiés  en  nos  volumes,  il  en  est  d'autres  qui 
seraient  également  dignes  d'y  figurer,  qui  devraient  s'y 
insérer  même.  Nous  voulons  espérer  que  les  collection- 
neurs qui  n'ont  pas  la  superstition  de  l'inédit  nous  laisse- 
ront prendre  copie  de  papiers  fragiles,  brefs  et  révéla- 
teurs. L'intérêt  du  document  écrit  n'est  pas  en  proportion 
de  sa  dimension  ;  l'extrait  de  compte  qui  atteste  que 
Bourdichon  enlumina  les  «  Heures  d'Anne  de  Bretagne  » 
tient  vingt-cinq  lignes  d'impression  *  ;  il  n'en  faudrait  pas 
plus  pour  savoir  si  l'auteur  des  miniatures  du  livre 
d'Etienne  Chevalier  a  vraiment  pour  nom  Jehan  Fouc- 
quet,  tourangeau. 

Les  trésors  de  vérité  les  plus  rares  sont  enfouis  dans 
les  archives  notariales.  L'exploration  de  ces  fonds  privés 
a  été  entamée;  elle  n'est  qu'à  ses  débuts;  les  exemples 
sont  déjà  riches  d'espérance.  Parles  chartriers  du  Comtat 
méthodiquement  scrutés,  l'abbé  Requin  a  véritablement 
ressuscité  toute  une  école  de  peinture  en  Avignonnais  au 
xve  siècle,  quand  il  ne  subsistait  que  des  spécimens  rares, 
bien  qu'éclatants;  notre  confrère  M.Maurice  Roy  a  mon- 
tré tout  ce  que  les  grimoires  du  Sénonais  et  de  Paris, 
patiemment  déchiffrés,  renfermaient  de  clarté  pour  dé- 
brouiller les  vies  mystérieuses  d'artistes  delà  Renaissance, 
français  ou  italiens;  M.  le  Dr  V.  Leblond  a  publié,  l'an 
dernier 2,  tout  un  volume  de  documents  tirés  de  minutes 
de  notaires  de  Beauvais,  dans  lequel  il  apporte  quantité 
de  précisions  et  de  nouveautés  sur  des  œuvres  d'art  de  la 
région  et  spécialement  sur  des  œuvres  de  peintres-ver- 

1.  Nouvelles  Archives  de  V Art  français,  1880-1881,  p.  3-4. 

2.  L'art  et  les  artistes  en  Ile-de-France  au  XVI"  siècle  (Beau- 
vais et  Beauvaisis),  d'après  les  minutes  notariales.  Publ.  col- 
lective de  la  Société  académique  de  l'Oise  et  de  la  Société  his- 
torique du  Vexin.  Paris  et  Beauvais,  1921,  in-S",  352  p. 


-96- 

riers,  honneur  des  églises  du  Beauvaisis.  Certes,  les 
notaires  ouvrent  maintenant  volontiers  leurs  chartriers 
aux  érudits  que  la  poursuite  de  la  vérité  seule  guide,  mais 
pour  la  sauvegarde  de  ces  liasses  guettées  par  la  destruc- 
tion et  l'usure,  entassées  le  plus  souvent  et  parfois  déclas- 
sées, mieux  vaudrait  des  dépôts  par  chaque  grande  ville 
ou  par  régions  dans  lesquels  les  minutiers  anciens  (tout 
au  moins  les  pièces  antérieures  au  xviiie  siècle)  fussent 
centralisés,  inventoriés  par  les  soins  d'archivistes,  sous  la 
surveillance  des  chambres  notariales'. 

Quant  aux  archives  départementales  et  communales,  si, 
en  certaines  provinces,  des  archéologues  ont  accompli  de 
sérieuses  investigations,  soit  pour  fournir  les  preuves  de 
monographies  urbaines,  soit  pour  composer  des  diction- 
naires d'artistes  provinciaux  (dont  les  modèles  ont  été 
offerts  par  les  publications,  —  hélas  !  interrompues,  —  de 
la  bibliothèque  Jacques  Doucet),  il  reste  encore  quantité 
de  papiers  poudreux  qui  attendent  le  lecteur  qui  les  réveil- 
lera de  leur  sommeil.  Il  n'y  a  souvent  pour  trouver  qu'à 
bien  connaître  la  destmée  normale  des  documents  écrits 
et  à  posséder  la  volonté  de  les  découvrir.  Cette  longue 
digression  n'est  faite  que  pour  aboutir  à  la  conclusion 
pratique  suivante  :  solliciter  les  détenteurs,  les  explora- 
teurs d'archives  de  faire  partie  de  notre  groupement,  afin 
qu'ils  alimentent  nos  publications.  Ainsi  notre  Société 
deviendra  véritablement  le  lieu  de  concentration  des 
sources  de  l'histoire  de  l'art  français.  Maintenant  que  les 
«  Réunions  des  sociétés  des  beaux-arts  des  départements  » 
ont  cessé  d'être  convoquées  (depuis  1914),  que  les  volumes 
de  comptes-rendus,  dans  lesquels  tant  de  solides  travaux 
ont  été  imprimés  à  côté  de  développements  inutiles,  ne 
paraissent  plus,  les  chercheurs  provinciaux  n'ont  plus  de 
recueil  général  affecté  à  leurs  découvertes.  Je  souhaiterais 
qu'il  y  eût  ici  une  série  de  dossiers  ouverts,  sous  des 

I.  Il  existe  des  dépôts  de  ce  genre  à  Toulouse,  Nantes,  Lille, 
Limoges.  Des  minutiers  et  des  versements  de  pièces  anciennes 
effectués,  de  plus  en  plus  nombreux,  sont  répartis  aux  archives 
départementales  dans  la  série  E  (voir  VEtat  général  par  fonds 
des  archives  départementales  publié  en  i9o3). 


-  97  — 

rubriques  variées,  où  vinssent  se  ranger  d'abondantes 
copies  transmises  de  tous  côtés.  Quand  un  ensemble 
serait  constitué,  des  gerbes  liées,  sous  la  surveillance  d'un 
érudit,  l'impression  serait  entamée,  les  textes  munis  des 
indispensables  commentaires  destinés  à  en  sonder  l'exac- 
titude et  à  en  marquer  la  valeur.  Alors,  tantôt  nous  for- 
merions un  volume  à^Archives,  tantôt  le  Bulletin  élargi 
s'enrichirait  des  découvertes  plus  restreintes  ou  de  l'ana- 
lyse des  publications  faites  par  des  sociétés  provinciales. 
Ainsi,  il  y  aurait  une  sorte  d'enregistrement  méthodique 
des  trouvailles  accomplies  dans  le  domaine  dont  nous 
cherchons  à  accroître  l'étendue.  Car  ce  n'est  pas  assez  de 
découvrir,  il  faut  faire  connaître  les  découvertes.  Il  est 
pénible  de  constater  qu'une  masse  de  faits  exacts,  divul- 
gués par  des  érudits,  demeurent  oubliés  de  ceux  qui  tra- 
vaillent sur  les  mêmes  matières.  On  se  meut  dans  un 
cercle  étroit,  négligeant  les  ressources  abondantes  où  l'on 
pourrait  puiser  pour  diminuer  son  ignorance.  C'est  là  qu'ap- 
paraît le  rôle  bienfaisant  des  indexeurs  et  bibliographes. 
Dans  une  «  Salente  archéologique  »,  il  y  aurait  des  réper- 
toires toujours  au  courant,  des  tables  imprimées  sans 
coquilles  et  sans  lacunes ^.  Notre  collection,  qui  contient 
tant  de  petits  faits  utilisables  éparpillés,  est  devenue  de 
consultation  malaisée.  Aussi  avions -nous  décidé  l'éta- 
blissement d'une  table  analytique  générale.  Ce  grand  et 
minutieux  travail  a  été  accompli  avec  soin  et  sagacité  par 
notre  collègue  Marcel  Roux.  Mais,  devant  la  masse  des 
fiches  maintenant  classées,  nous  sommes  pris  de  crainte. 
Nos  ressources  ne  permettent  pas  l'impression  de  plu- 
sieurs volumes...  Qui  viendra  à  notre  aide  pour  cette  pu- 
blication si  fructueuse? 

S'il  nous  est  interdit  d'entamer  une  aussi  lourde  charge, 
j'estime  que  nous  pouvons  songer  à  l'augmentation  des 
pages  de  notre  Bulletin  pour  recueillir  plus  de  matières. 

I.  Je  voulais  parler  à  cet  endroit  du  Répertoire  d'art  et  d'ar- 
chéologie, dirigé  par  notre  collègue  Marcel  Aubert,  qui  va  faire 
paraître  le  volume  relatif  aux  publications  de  1921  et  annon- 
cer la  préparation  de  plusieurs  entreprises  bibliographiques 
importantes,  mais  je  devais  me  borner. 

1922  7 


-98- 
Notre  situation  est  bonne.  C'est  surtout  grâce  au  «  Con- 
grès international  d'histoire  de  l'art  »,  tenu  cet  automne 
à  Paris,  que  notre  Société  a  pu  ainsi  s'accroître  en 
nombre,  par  la  propagande  faite  autour  de  son  œuvre. 
Que  ceux  qui  ont  si  vaillamment  et  brillamment  organisé 
ces  réunions  soient  de  nouveau  remerciés  au  nom  de  la 
Société,  bénéficiaire  de  l'incontestable  succès  du  Congrès. 

Nos  séances,  auxquelles  nos  adhérents  viennent  de  plus 
en  plus  nombreux,  et  qui  se  tiennent  maintenant  dans  le 
glorieux  Musée  du  Louvre  après  les  longues  années  pas- 
sées dans  la  gracieuse  hospitalité  du  Musée  des  Arts 
décoratifs,  forment  la  partie  attrayante  de  nos  travaux, 
atténuant  l'austérité  des  volumes  destinés  à  la  consulta- 
tion plus  qu'à  la  lecture.  Ici,  ce  sont  surtout  des  œuvres 
d'art  qu'il  convient  de  commenter  et  ainsi  l'ont  compris 
nos  confrères.  Par  ces  réunions  cordiales,  la  Société  est 
devenue  un  groupement  vivant,  où  les  adhérents  se  con- 
naissent, peuvent  s'entr'aider;  les  vœux  des  réorganisa- 
teurs de  1906  sont  accomplis.  Oserai-je  dire  que  dans  la 
formation  de  l'ordre  du  jour  mensuel  nos  secrétaires 
éprouvent  souvent  certaines  difficultés?  Nombreux  sont 
ceux  ou  celles  d'entre  vous  qui  auraient  de  l'inédit  à  nous 
communiquer  et  qui  se  dérobent;  que  les  jeunes  ne 
craignent  pas  de  faire  leurs  débuts  en  nos  réunions;  votre 
bureau  ne  constitue  pas,  bien  que  siégeant  à  1'  «  École  du 
Louvre  )),un  jury  d'examen!  Puis,  pour  permettre  la  par- 
ticipation d'un  plus  grand  nombre  à  ces  réunions,  les 
animer,  pourquoi  ne  pas  établir,  de  temps  en  temps,  des 
discussions  sur  des  sujets  d'intérêt  général?  Notre  Société, 
en  certains  cas,  aurait  à  faire  entendre  sa  voix  et  quelque 
droit  d'être  écoutée. 

Il  me  reste  à  offrir  nos  remerciements  traditionnels,  — 
et  ce  ne  sont  pas  des  formules  oratoires  vaines,  —  à  ceux 
qui  assurent  la  continuité  de  notre  œuvre,  gèrent  notre 
fortune,  réclament  les  manuscrits  parfois  tardifs,  solli- 
citent les  communications  quelquefois  hésitantes,  sur- 
veillent nos  publications  avec  M.  Daupeley,  en  qui  les 
belles   traditions  des    maîtres    imprimeurs   revivent  :  à 


-  99  - 
Ratouis  de  Limay,  André  Ramet,  Gabriel  Rouchès,  nos 
collaborateurs  éprouvés,  à  Jean  Cordey,  qui  rivalise  déjà 
avec  ses  aînés.  Il  y  a  plaisir  à  voir  tant  d'activité  féconde 
dépensée  en  des  besognes  désintéressées. 

Quand,  il  y  a  plus  de  vingt-cinq  ans,  sous  la  direction 
de  notre  maître  M.  Henry  Lemonnier,  —  que  nous  avons 
la  joie  de  voir  si  vaillamment  tenir  sa  place  parmi  nous, 
—  je  travaillais  avec  mon  ami  Paul  Vitry  dans  la  modeste 
et  plaisante  petite  «  salle  d'art  moderne  »  de  la  Sorbonne 
et  que  nous  apprenions  à  consulter  les  volumes  des  Nou- 
velles Archives  de  l'Art  français^  dont  j'admirais  le  papier, 
la  clarté  de  présentation  et  la  substance,  je  ne  songeais 
guère  que  je  serais  associé  plus  tard  à  ce  groupe  d'érudits, 
ni  surtout  que  j'aurais  un  jour  l'honneur  de  les  représen- 
ter. On  a  estimé,  sans  doute,  non  quelques  recherches 
fragmentaires,  mais  la  collaboration  apportée  à  la  réorga- 
nisation d'un  grand  musée  qui  doit  contribuer  à  la  con- 
naissance de  l'art  français  et  la  propagande,  par  l'ensei- 
gnement, des  sûres  et  rigoureuses  méthodes  archéolo- 
giques qui  me  furent  transmises.  Succédant  à  un  ami  qui 
eut  pour  notre  Société  la  plus  attentive  et  la  plus  pru- 
dente sollicitude,  j'ai  essayé  de  suivre  ses  traditions,  et 
j'ose  espérer  que  les  intérêts  dont  j'avais  la  garde  n'ont 
pas  périclité  entre  mes  mains,  au  cours  de  cette  année 
de  présidence  qui  me  fut  douce.  Je  remets,  en  pleine 
confiance,  l'honneur  et  les  charges  au  camarade  d'ap- 
prentissage de  nos  communes  études,  —  charme  et  récon- 
fort de  nos  vies,  —  au  bon  compagnon  de  routç,  avec 
qui,  jadis,  les  yeux  pleins  du  naïf  et  passionné  émerveil- 
lement de  la  jeunesse,  nous  partions  à  la  découverte,  sen- 
tant grandir  en  notre  cœur,  à  chaque  étape,  l'insinuante 
beauté  des  pierres  de  France. 


—  loo  — 
Rapport  de  M.  Paul  Ratouis  de  Limay, 

SECRÉTAIRE, 
SUR      l'état      des      TRAVAUX      DE      LA      SOCIÉTÉ. 

Mesdames,  Messieurs, 

Il  y  a  cinquante  années,  un  petit  groupe  d'érudits  fon- 
dait la  Société  de  l'Histoire  de  l'Art  français.  Qu'il  me 
soit  permis  d'adresser  aujourd'hui  un  respectueux  et 
reconnaissant  hommage  à  la  mémoire  de  ces  collabora- 
teurs de  la  première  heure,  travailleurs  d'élite  et  explora- 
teurs infatigables  des  archives  et  des  chartriers,  qui  s'ap- 
pelaient Anatole  de  Montaiglon,  Benjamin  Fillon,  Eugène 
Mùntz,  Louis  Courajod,  Henry  Jouin,  Paul  Mantz,  Jules 
Guiffrey,  et  dont  le  souvenir  est  inséparable  de  l'histoire 
de  notre  Société. 

Leur  initiative,  d'inspiration  toute  patriotique,  répon- 
dait à  une  nécessité.  A  une  époque  où  plusieurs  pays 
étrangers,  l'Italie  et  l'Allemagne  entre  autres,  avaient 
déjà  récolté  une  ample  moisson  de  documents  en  Italie, 
la  France  se  désintéressait  encore  trop  de  l'histoire  de 
ses  peintres  et  de  ses  sculpteurs.  A  vrai  dire,  la  voie  avait 
été  préparée  par  le  marquis  de  Ghennevières  et  par  Ana- 
tole de  Montaiglon  lorsqu'ils  avaient  fondé,  un  peu  à 
l'aventure,  —  ils  l'avouaient  eux-mêmes,  —  les  Archives 
de  l'Art  français,  n'ayant  encore  en  mains  qu'une  faible 
poignée  de  documents. 

Ils  avaient  confiance  en  des  collaborateurs  inconnus, 
et  cette  confiance  a  été  justifiée.  Depuis  1872,  aucun  évé- 
nement, —  si  tragique  fût-il,  —  n'a  pu  entraver  le  cours 
régulier  des  Archives  de  l'Art  français.  La  Société 
n'a-t-elle  pas  le  droit  d'éprouver  quelque  fierté  en  regar- 
dant le  labeur  accompli? 

Quarante-cinq  volumes  d'Archives,  douze  années  de 
Bulletin,  nombre  de  livres  s'ajoutant  à  cette  œuvre 
monumentale  et  d'incomparable  intérêt  que  constitue  la 
publication  des  Comptes  des  Bâtiments  du  Roi,  des  Pro- 
cès-verbaux de  l'Académie  royale  de  peinture  et  de  sculp- 


—    lOI    — 

ture^  de  la  Correspondance  des  directeurs  de  l'Académie 
de  France  à  Rome  et  enfin  des  Procès-verbaux  de  l'Aca- 
démie royale  d'architecture ^  voilà,  n'est-il  pas  vrai,  un 
cortège  qui  peut  nous  faire  honneur  et  justifier  largement 
les  concours  que  nous  avons  rencontrés  et  les  encoura- 
gements que  nous  avons  reçus? 

Peu  de  Sociétés,  il  me  semble,  se  sont  aussi  bien 
entendues  à  faire  beaucoup  avec  de  faibles  ressources. 
Malgré  les  difficultés  pécuniaires  de  l'heure  présente, 
bien  que  le  prix  de  nos  volumes  ait  quadruplé,  nous 
avons  encore  inscrit  à  notre  programme  de  1921,  comme 
à  celui  de  1922,  la  publication  de  trois  volumes  d'impor- 
tance au  moins  égale,  et  comme  texte  et  comme  illustra- 
tion, à  ceux  de  1920.  Seule,  une  restriction  s'est  imposée  : 
au  papier  d'Arches  vraiment  trop  dispendieux  et  d'un 
luxe  incompatible  avec  l'état  de  nos  finances,  votre 
Comité  directeur  a  substitué,  pour  le  Bulletin  et  pour  les 
Archives  seulement,  un  papier  Voiron,  qui  ne  saurait, 
croyons-nous,  porter  un  très  grave  préjudice  à  la  bonne 
tenue  traditionnelle  de  nos  publications.  Vous  en  avez  pu 
juger  d'ailleurs  par  le  volume  du  Bulletin  de  l'année  1921, 
qui  vient  de  vous  être  distribué.  Vous  étiez  en  droit  de 
l'attendre  plus  tôt,  il  est  vrai,  mais  vous  voudrez  bien 
faire  crédit  de  quelque  indulgence  aux  secrétaires  de 
votre  Société  qui  ont  été  en  même  temps  les  secrétaires 
du  Congrès  d'histoire  de  TArt  et  qui,  de  ce  fait,  ont  eu  à 
faire  face  à  une  tâche  plus  lourde  depuis  un  an. 

Le  tome  XII  des  Archives  de  l'Art  français  ne  sortira 
pas  des  presses  de  notre  très  dévoué  et  distingué  impri- 
meur, M.  Daupeley,  avant  quelques  mois.  Des  négocia- 
tions assez  longues,  en  vue  d'obtenir  à  Bordeaux  des 
souscriptions  allégeant  pour  nous  la  charge  de  son 
impression  et  de  son  illustration,  en  ont  retardé  la  mise 
en  train.  Du  moins  avons-nous  la  certitude  que  ce  livre 
sur  la  Place  Royale  de  Bordeaux^  dû  aux  patientes  et 
méthodiques  recherches  de  M.  Paul  Courteault,  profes- 
seur à  la  Faculté  des  lettres  de  Bordeaux,  illustré  de 
nombreuses  planches,  comptera  parmi  les  plus  intéres- 
sants de  la  série  de  nos  Archives,  nouvelle  période;  il 


—    102   — 

apportera  une  contribution  tout  à  fait  précieuse  à  l'his- 
toire de  l'œuvre  des  Gabriel  en  province. 

Il  s'en  faut  de  quelques  jours  que  je  puisse  mettre  sous 
vos  yeux  le  tome  VII  des  Procès-verbaux  de  l'Académie 
royale  d'architecture  y  qui  comprend  les  années  1759  a 
1767.  Notre  dette  de  reconnaissance  vis-à-vis  de  notre 
ancien  président,  M.  Henry  Lemonnier,  s'accroît  encore, 
s'il  se  peut,  en  présence  de  ce  volume.  Vous  savez  avec 
quel  désintéressement  et  quelle  compétence  il  poursuit 
sans  arrêt  la  publication  et  l'annotation  de  ces  Procès- 
verbaux,  si  précieux  pour  l'histoire  de  l'architecture.  Il  a 
posé  la  première  pierre  de  ce  monument;  qu'il  me  per- 
mette de  lui  dire  que  tous  nous  comptons  sur  lui  pour 
couronner  l'édifice. 

L'Institut  a  bien  voulu  nous  continuer  pour  cette 
publication  la  souscription  de  1,000  francs  qu'il  nous 
accorde  sur  le  fonds  Debrousse  et  que  nous  lui  avons 
demandé  de  bien  vouloir  augmenter  pour  les  deux  der- 
niers volumes  qui  restent  à  paraître. 

Le  ministère  de  l'Instruction  publique  et  des  Beaux- 
Arts  nous  a  également  témoigné  pour  le  tome  XI  des 
Archives  (tome  1er  du  Catalogue  de  la  série  Y  du  Cabinet 
des  Estampes)  le  même  intérêt  que  pour  le  tome  X,  en 
nous  accordant  une  subvention  de  1,200  francs.  Enfin, 
grâce  aux  démarches  de  M.  Pierre  Marcel,  le  service  des 
œuvres  françaises  du  ministère  des  Affaires  étrangères  a 
souscrit  à  i5o  exemplaires  de  notre  Bulletin  de  l'année 
192 1,  destinés  aux  bibliothèques  étrangères  désignées  par 
lui;  nous  avons,  dès  maintenant,  l'assurance  que  cette 
souscription  sera  renouvelée  en  1922  et  que  cette  diffu- 
sion de  notre  Bulletin  dont  je  vous  signalais,  l'année 
dernière,  tout  l'intérêt,  sera  continuée. 

Sur  notre  situation  pécuniaire,  je  n'ai  rien  à  ajouter  au 
rapport  de  votre  trésorier;  les  chiffres  n'ont  pas  besoin 
d'être  commentés.  Qu'il  me  soit  seulement  permis  de 
vous  dire  que  notre  horizon  financier  est  un  peu  moins 
sombre.  Répondant  à  notre  appel,  vous  nous  avez  amené 
de  nouveaux  adhérents;  soyez-en  remerciés.  Le  Congrès 
a,  lui  aussi,  puissamment  contribué  à  élargir  nos  cadres. 


—  io3  — 

Notre  annuaire  ne  mentionnait,  il  y  a  un  an,  que 
320  noms  ;  nous  avons  eu,  tout  à  l'heure,  le  plaisir  d'ad- 
mettre le  400e  membre  de  la  Société.  Vous  ne  cesserez  de 
seconder  nos  efforts.  Mesdames  et  Messieurs,  pour  que 
cette  progression  se  poursuive  sans  arrêt.  Nous  comptons 
également  sur  la  collaboration  nouvelle  de  MM.  Max 
Leclerc  et  Bourrelier,  directeurs  de  la  librairie  Armand 
Colin,  auxquels  nous  avons  confié,  depuis  le  ler  janvier 
dernier,  nos  publications,  ils  feront,  n'en  doutons  pas, 
à  la  Société,  la  propagande  la  plus  large  et  la  mieux 
entendue.  Vous  avez  trouvé,  encartée  dans  le  Bulletin,  la 
liste  de  nos  anciennes  publications,  avec  l'indication  de 
leurs  prix  de  vente.  Des  réductions  vous  sont,  comme 
par  le  passé,  consenties  sur  la  plupart  de  ces  volumes; 
mais  je  tiens  à  vous  signaler  que,  pour  en  bénéficier, 
vous  devez  adresser  vos  demandes  au  secrétaire-adjoint 
de  la  Société,  M.  Rouchès,  et  en  verser  directement  le 
montant  à  notre  trésorier. 

Notre  programme  pour  l'année  1922  est  arrêté;  nous 
pouvons,  sans  appréhension,  envisager  sa  réalisation.  Le 
Bulletin  paraîtra  en  deux  fascicules  semestriels;  deux 
travaux  importants  y  trouveront  place  dans  les  Notes  et 
documents  :  l'un  est  le  Catalogue  illustré  de  l'œuvre  de 
Nicolas-Bernard  Lépicié,  rédigé  par  notre  regretté  confrère 
Philippe  Gaston-Dreyfus  et  mis  au  point  par  M^e  Florence 
Ingersoll-Smouse  et  M.Jean  Laran;  l'autre,  intitulé  Le 
pastelliste  Lundberg  et  les  artistes  suédois  en  France  au 
début  du  XVIII^  siècle,  forme  en  quelque  sorte  la  suite 
des  très  intéressantes  études  que  M.  Lespinasse  a  déjà 
publiées  avant  la  guerre  sur  les  artistes  danois. 

Votre  Président  vous  disait  tout  à  l'heure,  en  termes 
émus,  quel  vide  la  mort  de  Marc  Furcy-Raynaud  avait 
causé  dans  nos  rangs.  Nous  rendrons  hommage  à  la 
mémoire  de  ce  collègue  si  prématurément  disparu  en 
consacrant  notre  volume  d'Archives  de  1922  à  l'un  de  ses 
derniers  travaux  :  l'Inventaire  des  sculptures  commandées 
par  les  Bâtiments  du  Roi  au  XVIII^  siècle.  Prenant  à 
cœur  une  fois  de  plus  les  intérêts  de  la  Société,  il  s'était 
généreusement  offert,  peu  de  temps  avant   sa   mort,  à 


—  104  — 

prendre  à  sa  charge  tous  les  frais  de  ce  volume.  Cette 
promesse,  M^e  de  Sainte-Claire,  la  sœur  de  notre  regretté 
confrère,  a  tenu  à  la  faire  sienne;  nous  ne  saurions  assez 
lui  en  témoigner  notre  profonde  et  sincère  reconnais- 
sance. M.  Gaston  Brière  a  bien  voulu  se  charger  de 
revoir,  avec  la  sûreté  de  méthode  et  d'érudition  que  vous 
lui  connaissez,  le  manuscrit  de  cet  Inventaire  avant  de  le 
donner  à  l'impression,  et  de  choisir  les  planches  qui  l'illus- 
treront. 

En  1923,  nous  commémorerons  le  centième  anniversaire 
de  la  mort  de  Prud'hon  en  réservant  le  XIII^  volume  de 
nos  Archives  au  Catalogue  de  son  oeuvre  et  à  la  publica- 
tion de  sa  correspondance  inédite  ou  dispersée  dans 
nombre  de  recueils.  Ai-je  besoin  d'insister  sur  l'intérêt 
que  présentera  ce  volume,  si  conforme  au  cadre  et  à 
l'esprit  de  nos  publications,  et  pouvions-nous  souhaiter, 
pour  le  mener  à  bien,  collaborateur  plus  éclairé  et  plus 
compétent  que  M.  Jean  Guififrey? 

D'autres  projets  encore  attendent  d'être  précisés  et 
étudiés  avant  que  d'être  adoptés.  Je  m'en  voudrais  de 
prolonger  outre  mesure  ce  rapport  en  vous  les  exposant, 
puisque  leur  réalisation  ne  saurait  être  immédiate. 

L'œuvre  entreprise  par  la  Société  de  l'Histoire  de 
l'Art  français  est  loin  d'être  achevée  ;  le  travail  des  géné- 
rations qui  nous  ont  précédés,  si  important  soit-il,  ne  sau- 
rait nous  dispenser  de  chercher  de  nouveau  et  de  cher- 
cher toujours,  et  si  nous  contribuons  à  maintenir  la 
tradition  reçue  et  à  montrer  la  voie  à  ceux  qui  nous  sui- 
vront, notre  tâche  aura-t-elle  été  vaine  et  nos  efforts  sans 
lendemain? 


Rapport   de   M.   André   Ramet,   trésorier, 

SUR    l'état    des    finances    de    la    Société 

pour  l'exercice  1921. 

Messieurs, 
J'ii  l'honneur  de  soumettre   à  votre  approbation  les 
comptes  de  notre   Société  depuis   la  dernière  assemblée 
générale. 


—  io5  — 

Recettes. 

Cotisations 5,85o  fr.  »» 

Rachat  de  cotisations i,ooo        »» 

Souscriptions  de  : 

Bibliothèque  nationale 999        5o 

Ministère  de  l'Instruction  publique  .  5,898        »» 

Ministère  des  Affaires  étrangères.     .  2,997        »d 

Vente  de  volumes ij342        85 

Remboursement  de  frais  d'illustration.  5o        »)> 

Total     ....  17,837  fr.  35  c. 

Dépenses. 

Impression 9,802  fr.  35  c. 

Illustration 1,487        10 

Honoraires  pour  la  table  générale  des 
Archives 5oo        »» 

Conférence  à  la  Sorbonne 106        10 

Magasinage 35i        80 

Remises  à  M.  Champion 606        i5 

Souscription  à  une  action  de  la  Société 
des  Archives  photographiques  d'art  et 
d'histoire 5oo        »» 

Frais  divers I5I39        85 

Total    ....     14,493  fr.  35  c. 

Excédent  des  recettes  sur  les  dépenses.      3,344  ^r.  »» 

L'actif  de  la  Société  s'établit  comme  suit  : 

Capital  employé  conformément  à  l'article  9  des  statuts 
par  suite  du  rachat  de  onze  cotisations  : 

14  obligations  de  la  Ville  de  Paris, 
1892,  cours  233 3,262        »» 

I  action  de  la  Société  des  archives  pho- 
tographiques d'art  et  d'histoire  ....  5oô        »» 

3,762  fr.  »» 
Fonds  de  roulement  représentés  par  : 
Titre  :  38  francs  de  rente  3  0/0,  cours 

57  fr.  20 724        5o 

Espèces  :  En  dépôt  au  Crédit  industriel.     12,495        80 

Total     ....     1 3,220  fr.  3o  c. 
Nous  vous  demandons  de  vouloir  bien  approuver  les 
comptes  qui  viennent  de  vous  être  présentés. 


—  io6  — 

Quelques  notes  sur  Germain  Boffrand  (1667-1754), 

architecte,  ingénieur,  homme  de  lettres, 

inventeur,  etc. 

(Communication  de  M,  Henry  Lemonnier.) 

M.  Henry  Lemonnier  fait  revivre  la  physionomie  com- 
plexe de  Germain  Boffrand  (1667 -1754)  qui,  jusqu'au 
terme  même  d'une  existence  exceptionnellement  longue, 
fit  preuve  dans  des  domaines  divers  d'une  curiosité  et 
d'une  activité  inlassables.  Collaborateur  de  Jules  Har- 
douin-Mansart  à  Versailles  et  à  la  place  Vendôme  vers 
1688,  il  se  trouva,  en  1750,  à  la  veille  de  sa  mort,  le  con- 
current de  Gabriel,  lorsqu'il  fut  question  d'une  place  des- 
tinée à  recevoir  la  statue  de  Louis  XV,  place  pour  laquelle 
il  ne  fit  pas  moins  de  trois  projets.  Architecte,  s'il  ne  fut 
pas  employé  par  Louis  XIV  ni  par  Louis  XV,  il  servit 
des  particuliers  (la  décoration  de  l'hôtel  de  Soubise  est 
son  chef-d'œuvre)  ainsi  que  des  princes  étrangers  :  le  duc 
de  Lorraine,  l'électeur  palatin,  le  duc  de  Wurtemberg. 
Ingénieur,  il  exécuta  des  travaux  difficiles,  comme  le 
puits  de  l'hospice  de  Bicêtre  et  son  réservoir  aux  impo- 
santes proportions.  Il  a  écrit  des  pièces  de  théâtre  pour 
le  théâtre  italien,  des  éloges,  fait  de  nombreux  rapports 
sur  les  sujets  les  plus  variés  de  technique  pure  aussi  bien 
que  d'esthétique,  à  l'Académie  d'architecture,  dont  il  était 
membre  depuis  1708.  Il  a  composé  un  Livre  d'architec- 
ture, qu'il  écrivit  lui-même  en  latin  et  en  français.  Livre 
fort  curieux,  singulier  par  endroits,  lorsqu'il  imagine  de 
fonder  les  règles  de  l'architecture  sur  les  préceptes  de 
VArt  poétique  d'Horace.  Homme  d'affaires,  il  conçut  un 
projet  de  compagnie  d'assurances  contre  l'incendie,  où  il 
s'annonce  comme  un  précurseur.  Enfin,  passionné  de 
mécanique,  il  fut  le  premier  à  introduire  en  France,  à  la 
date  de  1726,  la  machine  à  vapeur  (à  élever  l'eau  par  le 
moyen  du  feu).  Une  des  machines  qu'il  présenta  à  l'Aca- 
démie des  sciences  était  imitée  des  machines  anglaises, 
l'autre  offrait  certaines  modifications  originales.  Comme 
tant  d'autres  architectes  français  modernes,  il  mériterait 


—  107  — 

une  biographie  qui  apporterait  en  même  temps  une  con- 
tribution précieuse  à  l'histoire  générale  du  xviiie  siècle. 


SÉANCE  DU  2  JUIN  1922. 


COMITE  DIRECTEUR. 

La  séance  est  ouverte  sous  la  présidence  de  M.  Brière, 
président. 

Présents  :  MM.  Charlier,  Gordey,  Dacier,  Guiffrey,  le 
comte  d'Harcourt,  Kœchlin,  Lemoisne,  Marquet  de  Vas- 
selot,  Henry  Martin,  Ramet,  Ratouis  de  Limay,  Rouchès, 
Saunier,  Vitry. 

Excusé  :  M.  L.  Réau. 

—  Le  Président  souhaite  la  bienvenue  aux  nouveaux 
membres  du  Gomité  directeur  et,  conformément  aux  sta- 
tuts, cède  la  présidence  à  M.  Paul  Vitry. 

—  A  l'unanimité,  M.  Jean  Guiffrey  est  nommé  vice-pré- 
sident, et  MM.  Paul  Ratouis  de  Limay,  secrétaire,  Gabriel 
Rouchès,  secrétaire  adjoint,  André  Ramet,  trésorier,  sont 
maintenus  dans  leurs  fonctions. 

—  M.  Jean  Gordey  est  élu  secrétaire  adjoint. 

—  Le  Gomité  des  publications  se  composera  de 
MM.  J.  J.  Marquet  de  Vasselot,  Henry  Martin,  Henri 
Stein;  le  Gomité  des  fonds,  de  MM.  J.  Laran,  P.- A. 
Lemoisne  et  L.  Réau. 

—  A  la  demande  de  M.  Léon  Deshairs,  le  Gomité  décide 
de  mettre  à  la  disposition  des  lecteurs  de  la  Bibliothèque 
de  l'Union  centrale  des  arts  décoratifs  les  volumes  appar- 
tenant à  la  Société;  ces  volumes  continueront  toutefois  à 
être  conservés  à  la  place  spéciale  qui  leur  a  été  réservée. 

—  Sont  admis  membres  de  la  Société  : 

Mme  Morand-Verei,  attachée  au  Musée  du  Louvre,  pré- 
sentée par  MM.  Vitry  et  Brière;  M.  Ernest  Goldschmidt, 


—  io8  — 

historien  d'art,  présenté  par  MM.  Ratouis  de  Limay 
et  Rouchès;  M.  Albert  Morancé,  éditeur,  présenté  par 
MM.  Ratouis  de  Limay  et  Vitry;  M.  Paul-J.  Sachs,  pré- 
senté par  MM.  Kœchlin  et  Marquet  de  Vasselot. 

II. 
RÉUNION  DE  LA  SOCIÉTÉ. 

Présents  :  MM.  le  comte  Allard  du  Ghôllet,  Aubert,  Boi- 
net,  Brière,  le  capitaine  Buttin;  M^e  Charageat;  MM.  Cor- 
dey,  Dacier;  Mlle  Duportal;  Mme  Fiaux;  MM.  le  baron 
de  Fleury,  le  comte  d'Harcourt,  Jeannerat,  Kœchlin, 
Lemoisne,  Marquet  de  Vasselot,  Henry  Martin,  Mayer- 
Bléneau,  Perrault-Dabot,  Puvis  de  Ghavannes,  le  comte 
de  Puymaigre,  Ramet,  Ratouis  de  Limay,  Rouchès,  Sau- 
nier, le  marquis  de  Sayve,  Tromp,  Vallery-Radot,  Verrier, 
Vitry. 

Excusé  :  M.  Raugel. 


L'Épée  de  Napoléon. 
(Communication  du  capitaine  Buttin  ^). 

L'épée  de  Napoléon,  c'est  l'épée  qu'il  portait  à  Auster- 
litz,  et  qui  est  aujourd'hui  pieusement  conservée  aux  Inva- 
lides dans  la  cella  de  son  tombeau. 

L'Empereur  a  possédé  des  armes  plus  somptueuses;  on 
peut  citer  en  particulier  l'épée  montée  avec  le  Régent  et 
les  principaux  diamants  de  la  Couronne,  formant  ensemble 
un  inventaire  de  quatorze  millions  deux  cent  mille  francs, 
selon  l'estimation  de  l'époque;  mais  l'épée  d'Austerlitz 
est  la  plus  précieuse  par  les  souvenirs  qu'elle  représente. 

Elle  est  du  type  des  épées  d'or  que  Napoléon  avait 
adopté  pour  sa  tenue  militaire  si  personnelle.  Il  en  fit 
exécuter  à  diverses  époques  plusieurs  autres  presque  sem- 
blables; mais  celle-ci,  qui  est  la  première  en  date,  est  la 

I.  Le  capitaine  Buttin  va  publier  une  monographie  complète 
de  l'épée  de  Napoléon.  Il  a  bien  voulu  réserver  à  la  Société  la 
priorité  de  ses  recherches. 


^^ù^ds^^à^ 


' —  109  — 

seule  sur  laquelle  il  fit  graver  un  nom  de  bataille^,  la  seule 
qu'il  ait  emportée  à  Sainte-Hélène. 

Il  la  légua  à  son  fils  comme  le  symbole  de  sa  gloire 
militaire  et  de  sa  puissance  terrestre. 

Metternich  s'étant  opposé  à  la  remise  de  ce  legs,  le  géné- 
ral Bertrand  voulut  rendre  à  l'Empereur  mort  le  dépôt 
que  lui  avait  confié  Napoléon  vivant,  et,  en  1840,  il  offrit 
cette  épée  à  la  France  «  pour  être  placée  sur  le  cercueil  ». 

Dès  lors,  selon  l'heureuse  expression  d'Ernest  La  Jeu- 
nesse, l'épée  de  Napoléon  «  monte  la  garde,  aux  Invalides, 
autour  de  son  repos  ». 

Après  avoir  résumé  brièvement  l'histoire  de  cette  épée, 
depuis  sa  sortie  de  l'atelier  du  Singe  violet  jusqu'au  cen- 
tenaire de  la  mort  de  Napoléon,  et  évoqué  l'inoubliable 
commémoration  du  5  mai  192 1,  où  M.  le  maréchal  Foch 
présenta  l'épée  d'Austerlitz  comme  le  guide  qui  avait 
conduit  les  alliés  dans  la  dernière  guerre  et  leur  avait 
tracé  la  direction  en  montrant  comment  réunir  et  mener 
les  forces  qui  font  la  victoire,  le  capitaine  Buttin  donne 
une  rapide  description  de  cette  arme  glorieuse. 

C'est  une  épée  à  clavier;  sa  simplicité  admirable  et  l'ex- 
trême pureté  de  ses  lignes  en  font  un  chef-d'œuvre  bien 
français. 

La  poignée  est  tout  entière  en  or  finement  ciselé. 

Du  côté  extérieur,  au  pommeau  dans  un  cercle  se  trouve 
un  casque.  Sur  la  fusée,  un  médaillon  entouré  d'arabesques 
renferme  une  tête  d'Hercule  coiffé  de  la  peau  du  lion  de 
Némée,  et  sur  la  coquille  on  remarque  une  effigie  laurée 
où  l'on  a  voulu  reconnaître  César,  mais  dans  laquelle 
l'artiste  a  reproduit  nettement  la  tête  du  Premier  Consul. 

De  l'autre  côté,  le  pommeau  porte  un  hibou  et  la  fusée 
porte  une  tête  de  Minerve  coiffée  d'un  casque  sur  lequel 
se  détache  Pégase'^. 

1.  Extrait  du  mémoire  de  Biennais  pour  1806  :  4  juillet.  — 
Remis  à  neuf  l'épée  en  or  de  S.  M.  —  Avoir  démonté  et  remonté 
toutes  les  pièces,  nétoyé  la  lame,  remis  à  neuf  le  damasquiné, 
fait  graver  et  incruster  dessus  la  lame  en  or  ses  mots  :  «  Epée 
que  portait  l'Empereur  à  la  bataille  d'Austerlit:(.  180 5.  » 
(Archives  nationales,  O^  32.) 

2.  Ces  motifs  sont  inspirés  des  monnaies  d'Athènes. 


—  no  — 

La  branche  de  garde,  avec  quatre  rosaces  ciselées,  se 
termine  par  un  quillon  en  tête  de  lion.  Au  revers,  on  lit 
en  toutes  lettres  :  Biennais,  orfèvre  du  Premier  Consul. 

La  lame  fine  à  trois  carrés  est  incrustée  d'ornements 
en  or  ciselé  où  l'on  relève  un  B  et  l'inscription  qu'y  fit 
placer  Napoléon  :  Épée  que  portait  l'Empereur  à  la  bataille 
d'Austerlit^.  i8o5. 

Le  capitaine  Buttin  attire  particulièrement  l'attention 
sur  les  erreurs  commises  dans  l'inventaire  descriptif  de 
cette  épée  qui  fut  dressé  en  1840  au  Trésor  de  la  Cou- 
ronne. 

Depuis  cette  époque,  ces  erreurs  ont  été  sans  cesse  repro- 
duites dans  les  publications  officielles  de  l'hôtel  des  Inva- 
lides et  M.  Frédéric  Masson,  en  les  répétant,  les  a  cou- 
vertes de  son  autorité  et  a  augmenté  leur  divulgation.  Au 
lieu  d'Hercule  et  Minerve,  on  a  cru  distinguer  Alexandre. 
Sur  le  casque  de  Minerve,  au  lieu  du  cheval  ailé  de  la 
fable,  on  a  noté  un  cavalier. 

Dans  le  B  incrusté  sur  la  lame,  d'aucuns  ont  voulu  lire 
la  signature  de  Biennais;  le  capitaine  Buttin  démontre 
que  ce  B  signifie  indiscutablement  Bonaparte. 

Il  étudie  ensuite  les  projets  d'épée  de  l'atelier  de  Bien- 
nais qui  sont  conservés  au  Musée  des  Arts  décoratifs  et 
qui  ont  été  dessinés  par  Percier,  comme  l'a  déjà  relevé 
M.  Henri  Vever.  Il  y  a  de  grandes  présomptions  pour 
que  l'un  d'eux  ait  servi  à  la  commande  de  l'épée  d'Aus- 
terlitz.  Il  serait  fort  intéressant  d'arriver  sur  ce  point 
à  une  certitude  absolue  qui  permettrait  de  connaître  la 
part  exacte  prise  par  le  Premier  Consul  dans  le  modèle 
définitif. 

Le  capitaine  Buttin  donne  enfin  lecture  du  rapport  de 
l'expertise  d'une  épée  d'or,  qui  eut  lieu  sur  l'ordre  envoyé 
de  Finkenstein  par  l'Empereur  à  la  veille  de  la  bataille  de 
Friedland. 

Ce  document  des  Archives  nationales  encore  inédit  ren- 
ferme une  foule  de  détails  intéressants  sur  les  méthodes 
de  travail  employées  dans  les  ateliers  de  Biennais.  Il 
montre  en  outre  la  probité  commerciale  de  l'orfèvre  et 


—  III  — 


les  mesures  prises  par  Napoléon  pour  éviter  d'être  exploité 
par  ses  fournisseurs  ^ 


Une  deuxième  et  une  troisième  peintures 
DE  l'hôtel  de  La  Ferté  retrouvées. 

(Communication  de  M.  Emile  Dacier.) 

Peut-être  n'a-t-on  pas  oublié  ces  peintures  de  l'hôtel  de 
La  Ferté,  qui  ont  fait  l'objet  d'une  communication  à  la 

I.  Copie    du    registre   de    Biennais    envoyée    à   l'Empereur 

(Archives  nationales,  O^  3i)  : 
Épée  d'or  : 

Modèles  et  dessins 426 

Ciselure  des  modèles  en  cuivre Sgo 

Ciselure  de  toutes  les  parties  d'or 85o 

Ciselure  des  bélières  et  garnitures  du  fourreau  .     .     .  3oo 

Reperçage  des  ornements i5 

Déchets  de  ciselure,  fonte,  poli,  graveurs,  chauleveurs.  200 

Bout  en  acier 8 

Mandrin  pour  bélières  en  cuivre  et  acier 160 

Lame  à  3  carrés  en  acier  fin 16 

Damasquinage  de  la  lame  et  poli 35o 

Fourreau  en  écaille  parsemé  d'abeilles  d'or    ....  600 

Main-d'œuvre  des  bijoutiers 225 

Poli  de  l'or 180 

Essai  de  l'or 18 

Contrôle 96 

Poids   de    l'or,  i   m.  4  o.    2   g.  64   (i   marc  4  onces 

2  grains  64  =  ^77  grammes) 1,168 

Faux  frais 100 

5,100 
Bénéfice  i5°/o 765 

5,865 

Prix  de  vente 5,700 

2"  fourreau 800 

Boîte  nécessaire 190 

6,690 


—    112    — 

séance  du  5  mars  1920,  et  cette  page  du  catalogue  de  la 
vente  Gaignat,  où  Gabriel  de  Saint-Aubin  nous  en  a  con- 
servé le  souvenir  <. 

Il  s'agissait  d'une  demi-douzaine  de  compositions  repré- 
sentant les  enfants  de  France  avec  leurs  gouvernantes, 
depuis  les  deux  fils  de  Louis  XIII  jusqu'aux  deux  fils  du  duc 
de  Bourgogne.  Ces  tableaux  décoraient  la  première  pièce  de 
l'hôtel  de  La  Ferté,  construit  au  xvii^  siècle  sur  l'emplace- 
ment actuel  du  no  12  de  la  rue  Richelieu  et  acheté  par  le 
collectionneur  et  bibliophile  Louis-Jean  Gaignat  au  plus 
tard  en  1748.  En  novembre  1768,  quelques  mois  après  la 
mort  de  ce  célèbre  amateur,  Saint-Aubin  visita  l'hôtel  et 
crayonna  dans  les  marges  de  son  exemplaire  du  catalogue 
de  la  vente  les  principales  œuvres  d'art  du  cabinet  Gai- 
gnat. Il  eut  aussi  la  bonne  idée  de  dessiner  les  peintures 
historiques  décorant  la  première  pièce  de  l'hôtel  et  d'an- 
noter ses  dessins;  et  c'est  grâce  à  ses  notes  et  à  ses  croquis, 
non  seulement  que  nous  pouvons  nous  faire  une  idée 
de  ce  qu'étaient  ces  tableaux,  mais  même  avoir  l'es- 
pérance de  les  retrouver  dans  les  musées  et  les  collec- 
tions. 

En  présentant  la  page  où  Saint-Aubin  les  a  dessinées, 
on  avait  pu  montrer  précisément  l'une  de  ces  peintures, 
aujourd'hui  conservée  au  Château  de  Versailles.  Une 
deuxième  a  passé  récemment  en  vente  à  Londres,  lors 
de  la  dispersion  de  la  collection  Burdett-Coutts,  le  4  mai 
dernier  (no  100  du  catalogue).  C'est  de  celle-ci  que  l'on 
voudrait  dire  ici  quelques  mots,  non  sans  rectifier  à  l'oc- 
casion une  ou  deux  inexactitudes  commises  à  son  sujet. 

Si  l'on  se  reporte  aux  croquis  de  Gabriel  de  Saint- 
Aubin,  aux  notes  dont  le  dessinateur  les  a  accompagnés 
et  à  un  passage  de  Saint-Simon  qui  éclaire  parfaitement 
l'origine  et  l'objet  des  peintures  de  l'hôtel  de  La  Ferté, 
voici  quels  étaient  les  sujets  de  ces  compositions.  En 
commençant  par  la  marge  de  droite,  —  car  Saint-Aubin  a 
respecté  l'ordre  chronologique  dans  lequel  elles  étaient 

I.  Voir  le  Bulletin  de  1920,  fasc.  I,  p.  40.  —  La  page  du  ca- 
talogue Gaignat  dont  il  est  ici  question  s'y  trouve  reproduite 
hors  texte. 


—  ii3  — 

disposées,  —  la  première  montrait  M™e  de  Lansac  avec  les 
deux  enfants  de  Louis  XIII  (c'est  celle  aujourd'hui  à  Ver- 
sailles <);  la  deuxième,  la  maréchale  de  La  Motte-Hou- 
dancourt  avec  les  six  enfants  légitimes  de  Louis  XIV, 
arbitrairement  réunis,  quoiqu'ils  ne  se  soient  pas  trouvés 
vivants  simultanément;  la  troisième,  encore  la  maréchale 
de  La  Motte  avec  les  trois  enfants  du  Grand  Dauphin  (le 
duc  de  Bourgogne,  le  duc  d'Anjou  et  le  duc  de  Berry). 
Viennent  ensuite  les  trois  croquis  du  bas  de  la  page,  pour 
lesquels  Saint-Aubin  a  noté  :  le  duc  de  Bretagne  mort  à 
5  ans;  —  le  duc  de  Bourgogne  que  l'on  croit  peint  par 
Antoine  Coipel;  —  Louis  XV  [sic  pour  le  Baptême  de 
Louis  XV],  par  Gobert.  Et  ici  première  rectification  :  dans 
la  communication  précédente,  je  n'avais  pas  pris  garde  à 
un  lapsus  de  Saint-Aubin  qui  a  été  la  cause  que  j'ai 
interverti  mal  à  propos  les  deux  premières  de  ces  notes 
et,  par  conséquent,  mal  appliqué  ces  titres  aux  tableaux 
qu'ils  concernent. 

Après  les  trois  enfants  du  Grand  Dauphin,  représentés 
dans  le  dernier  tableau  de  la  marge  de  droite,  l'ordre 
logique  appelle  le  premier  des  enfants  du  duc  de  Bour- 
gogne, le  deuxième  duc  de  Bretagne  2  :  c'est  donc  bien  ce 
petit  prince  que  Saint-Aubin  a  crayonné,  avec  sa  gouver- 
nante, dans  le  premier  croquis  à  gauche,  au  bas  de  la  page, 
en  indiquant  qu'il  est  mort  à  cinq  ans,  ce  qui  est  exact. 
Ensuite,  il  est  naturel  de  penser  que  le  cinquième  tableau 
montre  la  gouvernante  des  enfants  de  France  avec  les  deux 
fils  du  duc  de  Bourgogne  :  le  duc  de  Bretagne,  déjà  nommé, 
et  le  duc  d'Anjou,  le  futur  Louis  XV;  et  c'est  évidemment 
par  suite  d'un  lapsus  que  Saint-Aubin  a  intitulé  ce  tableau, 
où  l'on  distingue  bien,  en  effet,  deux  enfants  :  le  Duc  de 
Bourgogne  que  l'on  croit,  etc.,  au  lieu  de  :  les  Enfants  du 
duc  de  Bourgogne. 

1.  Catal.  Soulié,  n»  3278. 

2.  C'était,  en  réalité,  le  deuxième  des  enfants  de  ce  prince, 
mais  le  premier  duc  de  Bretagne,  né  en  juin  1704,  ne  vécut 
que  quelques  mois  et  mourut  en  avril  1705.  Il  n'aurait  donc 
pu  être  représenté  que  comme  un  enfant  au  maillot,  et  non 
pas  debout  sur  un  tabouret,  ainsi  qu'on  le  voit  sur  ce  croquis. 

1922  8 


-U4-, 

On  ne  reviendra  pas  sur  l'objet  de  ces  peintures.  Il 
paraît  démontré  qu'elles  étaient  destinées  à  perpétuer 
dans  l'hôtel  de  La  Ferté  le  souvenir  de  cette  charge  de 
gouvernante  des  enfants  de  France  qui  n'était  pas  sortie  de 
la  famille  depuis  plus  d'un  siècle  :  Mme  de  Lansac  (Anne 
de  Souvré),  gouvernante  des  deux  fils  de  Louis  XIII, 
était  en  effet  la  grand'mère  de  la  maréchale  de  La  Motte, 
gouvernante  des  enfants  de  Louis  XIV,  de  ses  petits-fils  et 
de  ses  arrière-petits-fils,  laquelle  avait  eu  en  survivance, 
pour  ces  derniers,  la  duchesse  de  Ventadour,  sa  fille. 
C'est  celle-ci  qui,  lors  du  baptême  impromptu  des  deux 
enfants  du  duc  de  Bourgogne  (6  mars  1712),  avait  choisi 
sa  sœur,  la  duchesse  de  La  Ferté,  pour  tenir  sur  les  fonts 
le  futur  Louis  XV,  —  autre  événement  mémorable  de 
la  famille,  représenté  dans  le  sixième  et  dernier  tableau 
dessiné  par  Saint-Aubin.  Et  tout  cela  explique  pourquoi 
ces  peintures,  considérées  comme  une  décoration  faisant 
partie  de  l'hôtel  de  La  Ferté  et  passées  avec  l'immeuble  à 
Gaignat,  ne  furent  point  comprises  dans  la  vente  après 
décès  de  ce  dernier.  C'est  ensuite  seulement,  à  une  date 
que  nous  ignorons,  qu'elles  furent  détachées  et  dispersées. 

L'une  d'elles,  on  l'a  dit,  est  à  Versailles  :  c'est  la  pre- 
mière de  la  série.  Une  deuxième  a  passé  dans  la  vente 
Burdett-Goutts  :  c'est  la  quatrième  (la  première  à  gauche 
dans  la  marge  inférieure),  celle  que  Saint-Aubin  désigne 
sous  ce  titre  :  le  duc  de  Bretagne  mort  à  5  ans.  Il  suffit 
d'examiner,  sur  le  minuscule  croquis,  d'abord  la  pose 
des  deux  personnages  représentés;  ensuite,  à  droite,  le 
fauteuil  et  le  tabouret  sur  lequel  se  tient  debout  l'enfant 
royal,  et  enfin,  au  premier  plan,  à  gauche,  le  petit  fusil 
posé  sur  un  coussin,  pour  retrouver  ces  détails  caracté- 
ristiques sur  le  tableau  Burdett-Coutts,  à  une  réserve 
près  :  les  architectures  du  fond  ont  été  sacrifiées  par 
Saint- Aubin;  mais  ceci  n'a  rien  de  surprenant,  étant 
donné  que  le  croquis  n'est  pas  plus  grand  qu'un  timbre- 
poste.  D'autre  part,  le  tableau  a  été  amputé  de  sa 
partie  supérieure  :  d'oblong  qu'il  était  à  l'origine,  il 
est  devenu  presque  carré;  il  ne  mesure  plus  que 
64  1/2  X  60  inches,  c'est-à-dire  i^63  X  i™6o.  La  toile  de 
Versailles  mesure  2m5oX  1^96.  Si,  comme  le  croquis  de 


-  ii5  - 

Saint-Aubin  permet  de  le  croire,  la  toile  Burdett-Couttà 
était  primitivement  de  la  même  hauteur  que  celle  de  Ver- 
sailles, la  différence  de  0^87  en  moins,  —  soit  un  peu 
moins  d'un  tiers,  —  est  tout  à  fait  normale  et  correspond 
à  la  suppression  de  la  partie  supérieure  du  tableau  où,  — 
Saint-Aubin  a  relevé  ce  détail,  —  on  voyait  des  petits 
génies  portant  un  cartouche  avec  une  inscription'*. 

Quant  à  la  largeur,  comme  aucune  suppression  ne 
semble  avoir  été  pratiquée,  on  ne  peut  guère  trouver 
qu'une  explication  à  la  différence  de  on^Sô  entre  les  deux 
peintures  :  à  savoir  que  celle  de  Versailles  était,  à  l'ori- 
gine, plus  large  que  celle  de  la  collection  Burdett-Goutts^. 

La  suppression  du  cartouche  à  inscription,  qui  agré- 
mentait la  partie  supérieure  du  tableau  Burdett-Goutts,  a 
eu  pour  premier  résultat  de  nous  priver  d'un  sûr  moyen 
d'identifier  les  personnages  représentés  dans  cette  compo- 
sition. Aussi  le  rédacteur  du  catalogue  de  la  vente  du 
4  mai  dernier  a-t-il  intitulé  le  tableau,  mis  sous  le  nom 
de  Largillière  :  le  Duc  d'Anjou  et  sa  gouvernante. 

Pour  ce  qui  est  de  l'enfant,  nous  avons  vu  qu'il  s'agit, 
non  du  duc  d'Anjou,  mais  du  deuxième  duc  de  Bretagne  : 
la  note  de  Saint- Aubin  et  l'ordre  chronologique  des  com- 
positions permettent  de  tenir  cette  identification  pour 
établie  sans  discussion  possible.  Mais  pour  ce  qui  est  de 
la  gouvernante,  le  problème  est  plus  complexe. 

La  maréchale  de  La  Motte-Houdancourt,  qui  avait  été 
la  gouvernante  des  enfants  de  Louis  XIV,  puis  de  ceux 
du  Grand  Dauphin,  le  fut  aussi  des  deux  premiers  enfants 
du  duc  de  Bourgogne  :  le  premier  et  le  deuxième  duc  de 
Bretagne,  l'un  né  en  1704  et  mort  en  1705,  l'autre  (le  Petit 

1.  Ce  cartouche  avec  inscription  supporté  par  des  petits 
génies  se  remarque  à  la  partie  supérieure  des  cinq  premières 
peintures  dessinées  par  Saint-Aubin.  Il  a  été  conservé  sur  le 
portrait  de  M"«  de  Lansac  du  Château  de  Versailles. 

2.  Il  y  a  toute  présomption  que  le  tableau  Burdett-Coutts 
est  bien  celui  de  l'hôtel  de  La  Ferté;  toutefois,  pour  l'affirmer 
avec  certitude,  il  faudrait  constater  sur  la  toile  les  traces  de 
la  suppression  dont  on  vient  de  parler,  —  ce  qu'il  n'a  pas 
encore  été  possible  de  faire. 


—  ii6  — 

Dauphin)  né  le  8  janvier  1707.  Elle  resta  en  fonctions  jus- 
qu'à ce  qu'elle  mourût,  le  6  janvier  1709;  elle  avait  alors 
quatre-vingt-cinq  ans,  et  le  jeune  prince  deux  ans.  Elle 
fut  remplacée  par  sa  fille,  la  duchesse  de  Ventadour, 
qui  lui  avait  été  adjointe  en  1704  avec  la  survivance  de 
la  charge  et  qui  avait  cinquante-huit  ans  lors  de  la  mort 
de  sa  mère.  Est-ce  la  mère  ou  la  fille  qui  accompagne 
ici  le  petit  prince?  Voilà  le  problème.  Il  a  d'autant 
plus  d'intérêt  qu'il  se  pose  exactement  dans  les  mêmes 
termes  à  propos  d'une  peinture  de  la  Galerie  Wallace, 
dont  j'avais  dit  quelques  mots  dans  le  Bulletin  à  la 
suite  de  ma  précédente  communication  sur  les  tableaux 
de  l'hôtel  de  La  Ferté,  et  dans  laquelle,  chose  curieuse, 
se  retrouvent  la  même  gouvernante  et  le  même  enfant  que 
l'on  voit  dans  le  tableau  Burdett-Goutts.  Gette  peinture, 
au  contraire  de  celle  de  l'hôtel  de  La  Ferté,  est  un  tableau 
de  chevalet  {1^2^  X  i™6o);  mais  elle  a,  de  toute  évidence, 
une  origine  analogue  et  un  semblable  objet  de  commé- 
moration. 

Dans  une  galerie  décorée  d'une  peinture  allégorique  et 
des  bustes  d'Henri  IV  et  de  Louis  XIII,  se  trouvent 
réunis  Louis  XIV,  le  Grand  Dauphin,  le  duc  de  Bour- 
gogne et  l'un  des  enfants  de  ce  dernier,  tenu  en  lisière 
par  une  gouvernante.  Que  celle-ci  soit  la  personne  repré- 
sentée dans  le  tableau  Burdett-Goutts,  il  suffit  de  rappro- 
cher les  deux  images  pour  s'en  convaincre.  Gomme  il  n'y 
a  ici,  —  et  sur  le  tableau  Burdett-Goutts,  —  qu'un  seul  des 
enfants  du  duc  de  Bourgogne,  on  peut  faire  deux  hypo- 
thèses : 

Ou  bien,  —  l'enfant  étant  le  deuxième  duc  de  Bretagne, 
né  le  8  janvier  1707,  —  la  gouvernante  est  la  maréchale 
de  La  Motte,  morte  le  6  janvier  1709  :  dans  ce  cas,  la  pein- 
ture ne  peut  dater,  au  plus  tôt,  que  du  milieu  de  1708, 
puisqu'on  y  voit  un  enfant  déjà  grandet  et  marchant  tout 
seul  ; 

Ou  bien  le  duc  de  Bretagne  est  accompagné  de  la 
duchesse  de  Ventadour  :  dans  ce  cas,  la  date  du  tableau 
ne  peut  être  comprise  qu'entre  le  7  janvier  1709  (entrée 
en  fonctions  de  M^c  de  Ventadour)  et  le  i5  février  17 10 
(naissance  du  troisième  fils  du  duc  de  Bourgogne,  le  duc 
d'Anjou). 


—  117  — 

La  période  milieu  de  1708-février  1710  est  donc  la 
seule  acceptable,  si  l'on  admet  que  la  peinture  a  été  exé- 
cutée du  vivant  de  tous  les  personnages  représentés  ^.  Mais 
cette  période  comprend  les  derniers  mois  de  la  vie  de 
Mme  de  La  Motte,  qui  mourut  en  fonctions,  —  deux  jours 
avant  de  mourir,  dit  Saint-Simon,  elle  couchait  encore  dans 
la  chambre  du  Petit  Dauphin,  —  et  la  première  année  pen- 
dant laquelle  Mme  de  Ventadour  fut  gouvernante  en  titre. 
De  telle  sorte  que  rien  dans  ces  dates  n'oblige  à  accep- 
ter l'une  plutôt  que  l'autre  des  deux  hypothèses  qu'on 
vient  de  dire,  hypothèses  qui  s'appliquent  aussi  bien  au 
tableau  Wallace  qu'au  tableau  Burdett-Goutts. 

D'après  une  lettre  qu'il  a  bien  voulu  m'écrire  à  la  suite 
de  ma  deuxième  communication  et  où  il  annonce  la 
publication  prochaine,  dans  le  Burlington  Magapne,  d'un 
article  sur  la  question^,  M.  W.  G.  Gonstable,  conservateur 
de  la  Galerie  Wallace,  se  range  à  la  première  opinion  et 
tient  pour  la  maréchale  de  La  Motte.  Il  établit  sa  démons- 
tration sur  un  rapprochement  possible  entre  la  femme 
représentée  dans  la  peinture  de  la  Galerie  Wallace  et  dans 
celle  de  la  collection  Burdett-Goutts  avec  un  portrait 
conservé  au  Château  de  Versailles  et  catalogué  par  Sou- 
lié  sous  le  nom  de  la  maréchale  de  La  Motte-Houdan- 
court.  Gomme  Soulié  ne  donne  aucune  référence  pour 
justifier  l'identification  qu'il  propose,  et  comme  la  seule 
estampe  représentant  Mme  de  La  Motte,  œuvre  de  F.  de 
Poilly,  ne  fournit  aucun  élément  de  preuve  en  ce  sens, 
on  ne  peut  sans  réserves  faire  état  de  la  peinture  de  Ver- 
sailles comme  document  de  comparaison-^. 

1.  Le  Grand  Dauphin  mourut  en  171 1,  le  duc  de  Bourgogne 
et  le  duc  de  Bretagne  en  1712. 

2.  Cet  article  a  été  publié  dans  le  n"  de  septembre  1922  du 
Burlington  Magasine,  qui  me  parvient  alors  que  cette  notice 
est  déjà  composée.  —  L'auteur,  considérant  l'identification  du 
portrait  de  Versailles  avec  M""»  de  La  Motte -Houdancourt 
comme  établie,  n'envisage  aucune  autre  hypothèse  et  ne  tient 
aucun  compte  de  la  date  d'entrée  en  fonctions  de  M°"  de  Ven- 
tadour après  la  mort  de  sa  mère. 

3.  Catal.  Soulié,  n"  4207.  T.;  i'°24  X  i"!?-  —  Des  recherches 
que  MM.  G.  Brière  et  L.  Demonts  ont  bien  voulu  faire  dans 
les  archives  des  Musées  nationaux,  il  résulte  que  cette  pein- 


—  ii8  — 

En  ce  qui  me  concerne,  j'avais  opté  pour  la  duchesse 
de  Ventadour  lors  de  ma  première  communication  et  je 
n'ai  point  changé  d'opinion. 

S'il  faut  dire  sur  quels  arguments  cette  opinion  est 
basée,  j'en  proposerai  trois  : 

10  Le  premier  est  celui  de  l'âge  des  personnages  repré- 
sentés. Il  est  manifeste  que  les  deux  peintures  nous 
montrent  une  femme  approchant  de  la  soixantaine  et  un 
enfant  de  deux  à  trois  ans,  bien  plutôt  qu'une  femme  de 
quatre-vingt-quatre  ans  avec  un  enfant  de  deux  ans  au 
plus.  A  quoi  l'on  peut  répondre  que  les  autres  person- 
nages du  tableau  Wallace  ne  donnent  pas  l'impression 
d'avoir,  dans  leurs  portraits,  l'âge  qu'ils  avaient  en  réa- 
lité en  1708  :  pour  le  Grand  Dauphin  (quarante-trois  ans), 
passe  encore;  mais  Louis  XIV  est  bien  rajeuni  pour  un 
roi  de  soixante-dix  ans,  et  le  duc  de  Bourgogne,  pour 
un  prince  de  vingt-six  ans,  a  les  allures  d'un  jeune  homme 
de  dix-sept  ans. 

11  est  à  cela  une  explication  très  plausible  :  c'est  que 
tous  les  membres  de  la  famille  royale,  portraiturés  ici  à 
la  demande  d'un  particulier,  n'ont  certainement  pas  été 
représentés  ad  vivum;  on  ne  voit  pas  bien  le  roi,  ou  le 
Grand  Dauphin,  ou  le  duc  de  Bourgogne  donnant  des 
séances  de  pose  dans  la  seule  intention  d'être  agréable  à 
la  gouvernante  des  enfants  de  France  ;  l'auteur  du  tableau 
s'est  donc  inspiré  de  portraits  exécutés  à  une  date  anté- 
rieure, et  peut-être  par  lui-même,  qu'il  a  groupés  adroi- 
tement dans  une  composition  destinée  à  mettre  en  vue  la 
personne  pour  qui  la  peinture  était  faite,  c'est-à-dire  la 
gouvernante.  Précisément,  celle-ci  est  sans  doute  la  seule 
de  tout  le  tableau  qui  ait  été  peinte  d'après  nature;  et 
comment  croire  alors,  si  grande  qu'on  fasse  la  part  de  la 
flatterie,  que  le  peintre  l'ait  rajeunie,  —  à  supposer  qu'on 
veuille  y  voir  l'octogénaire  M^e  de  La  Motte,  —  au  point 
de  lui  donner  l'aspect  qu'elle  a  sur  la  peinture  Wallace? 

ture  provient  vraisemblablement  d'une  saisie  d'émigré.  Le 
tableau  ne  porte  ni  armoiries  ni  inscription,  et  l'on  ne  sait 
sur  quoi  E.  Soulié  s'est  basé  pour  y  voir  un  portrait  de  la  maré- 
chale de  La  Motte. 


20  La  vanité  humaine  étant  incommensurable,  on  pour- 
rait admettre  à  la  rigueur  que  Mme  de  La  Motte  se  soit 
encore  fait  peindre  par  deux  fois,  à  quatre-vingt-quatre 
ans  passés.  Tout  de  même,  c'est  bien  peu  vraisemblable. 

Pour  aller  jusqu'au  bout  de  ma  pensée,  je  dirai  que  si,- 
comme  il  est  probable,  le  tableau  Burdett-Goutts  fit  par- 
tie de  la  série  de  compositions  historiques  de  l'hôtel  de 
La  Ferté,  toutes  établies  sur  une  donnée  uniforme*,  le 
tableau  Wallace  a  dû  être  peint  pour  Mme  de  Ventadour 
elle-même  :  ce  qui  explique  ses  dimensions  et  sa  mise  en 
scène  particulières.  Dans  le  premier,  en  effet,  on  a  seule- 
ment la  représentation  d'une  gouvernante  avec  un  enfant 
de  France,  alors  que  le  deuxième  semble  comme  un 
résumé  des  honorables  états  de  service  de  toute  une 
famille  auprès  de  la  Maison  de  France  :  la  présence  de 
Louis  XIV  en  personne,  celle  des  bustes  de  Louis  XIII 
et  de  Henri  IV  visibles  sur  des  piédouches  au  fond  de  la 
pièce,  ne  sont-elles  pas  destinées  à  rappeler  que,  depuis 
le  maréchal  de  Souvré,  gouverneur  de  Louis  XIII,  Mme  de 
Lansac,  sa  fille,  gouvernante  de  Louis  XIV,  Mme  de  La 
Motte-Houdancourt,  petite-fille  de  Mme  de  Lansac  et  gou- 
vernante des  fils,  petits-fils  et  des  deux  premiers  des  arrière- 
petits-fîls  de  Louis  XIV,  jusqu'à  Mme  de  Ventadour,  fille  et 
survivancière  de  la  maréchale  de  La  Motte,  quatre  géné- 
rations en  ligne  directe  de  gouverneurs  ou  gouvernantes 
des  enfants  de  France  s'étaient  succédé  dans  la  même 
famille? 

3o  Enfin,  il  faut  faire  état  de  la  tradition. 

Mon  confrère  et  ami  J.  Vallery-Radot  m'a  signalé  la 
présence,  au  Salon  de  la  Correspondance  de  1783,  d'un 

I.  Sauf,  bien  entendu,  le  Baptême  de  Louis  XV,  qui  est  dif- 
férent des  cinq  autres  par  le  format  (en  largeur)  et  par  le 
sujet.  —  A  supposer  que  le  tableau  Burdett-Coutts  ne  soit  pas 
celui  de  l'hôtel  de  La  Ferté,  il  en  serait  le  prototype,  et  dans 
ce  cas  il  serait  encore  logique  d'admettre  qu'il  représentait 
M"»  de  Ventadour  et  lui  appartenait.  Mais  il  est  bien  plus  vrai- 
semblable de  penser  que  c'est  le  tableau  Wallace,  non  compris 
dans  les  peintures  de  l'hôtel  de  La  Ferté,  qui  appartint  à  M""  de 
Ventadour. 


—    I20  — 

tableau  qui  paraît  bien  être  celui  de  la  Galerie  Wallace. 
Pahin  de  La  Blancherie  le  décrit  comme  suit  au  cata- 
logue qu'il  a  donné  de  ce  Salon  : 

«  Nicolas  de  Largilliere. 

«  46.  Louis  XIV  avec  le  Grand  Dauphin,  le  duc  de 
Bourgogne  et  le  duc  de  Bretagne  enfant,  amené  par  Mde 
la  Duchesse  de  Ventadour.  On  voit  les  bustes  d'Henri  IV 
et  de  Louis  XIII;  la  scène  est  dans  la  galerie  de  Ver- 
sailles. 

«  A  M.  de  Mirbeck,  avocat  au  Conseil^  « 

Ce  personnage  est  loin  d'être  un  inconnu.  Né  en  1732 
à  Neuville  (Lorraine),  François-Ignace  de  Mirbeck  vint 
de  bonne  heure  à  Paris  où  il  se  fit  recevoir  comme  avo- 
cat au  Parlement  en  1754;  en  1767,  il  devint  avocat  du 
Conseil  et  le  resta  jusqu'à  la  Révolution.  Il  mourut  en  1818. 
Le  bruit  fait  par  plusieurs  de  ses  requêtes  et  de  ses 
mémoires  a  retenu  plus  d'une  fois  le  rédacteur  des 
Mémoires  secrets^,  et  l'existence  de  ce  juriste  éminent, 
avocat  remarquable  par  la  force  de  sa  dialectique  et  par 
la  chaleur  de  son  éloquence,  envoyé  en  qualité  de  com- 
missaire du  roi  à  Saint-Domingue  en  1791,  nommé  direc- 
teur de  l'Opéra  en  1797  par  François  de  Neufchâteau 
qu'il  avait  courageusement  défendu  lors  de  son  arresta- 
tion en  1793,  fut  passablement  agitée  et  remplie. 

Malheureusement,  l'amateur  nous  est  beaucoup  moins 
bien  connu  que  le  juriste.  Nous  savons  qu'à  la  date  du 
23  avril  1782,  lors  de  la  formation  d'une  sorte  de  comité  de 
patronage  pour  son  entreprise,  alors  très  menacée,  du  Salon 

1.  Essai  d'un  tableau  historique  des  peintres  de  l'Ecole  fran- 
çoise,  etc.,  dans  Nouvelles  de  la  République  des  lettres  et  des 
arts,  t.  XXVII  (lySS),  p.  228. 

2.  Voir  en  particulier  aux  dates  des  14  novembre  1776  (requête 
au  Conseil  du  roi  pour  Linguet);  17  février  1777  (correspon- 
dance avec  Voltaire  sur  les  affaires  des  habitants  de  Mont- 
Jura);  i5,  19,  20,  23  août  1782  (il  est  interdit  pour  trois  mois  à 
la  suite  d'un  mémoire  où  la  marine  française  est  maltraitée, 
mais,  à  la  suite  d'une  lettre  explicative,  il  est  relevé  de  son 
interdiction),  etc.  —  Voir  aussi  la  Correspondance  de  Voltaire 
à  l'année  1777,  et,  pour  la  liste  des  ouvrages  de  Mirbeck,  la 
France  littéraire. 


—    121    — 

de  la  Correspondance,  Pahin  de  La  Blancherie  demanda  à 
M.  de  Mirbeck  de  faire  partie  de  ce  comité^.  Mais,  sauf 
un  tableau  de  Jeaurat,  représentant  des  Chartreux  médi- 
tant dans  une  caverne,  et  deux  paysages  animés  de  Bruan- 
det,  également  exposés  par  Mirbeck  au  Salon  de  la  Cor- 
respondance de  1783  (nos  log  et  191),  nous  n'avons  aucun 
renseignement  sur  les  autres  peintures  qu'il  pouvait  avoir 
à  cette  époque  dans  sa  maison  de  la  rue  d'Enfer,  près  du 
Luxembourg,  et  aucune  vente  de  sa  collection  ne  nous 
renseigne  sur  la  valeur  des  œuvres  d'art  qu'il  possédait. 

Il  n'en  faut  pas  moins  retenir  cette  indication  précieuse  : 
à  savoir  que  le  tableau  de  la  Galerie  Wallace  se  trouvait 
à  la  fin  du  xviiie  siècle  chez  un  homme  dont  nous  igno- 
rons s'il  fut  réellement  un  collectionneur  averti,  mais  qui 
était  certainement  un  savant  et  un  lettré,  et  que  cette 
peinture,  donnée  à  Largillière,  passait  pour  représenter 
la  famille  royale  avec  la  duchesse  de  Ventadour. 


En  même  temps  qu'il  me  signalait  le  passage,  dans  la 
vente  Burdett-Coutts,  de  la  peinture  ci-dessus  étudiée  et 
son  identification  possible  avec  une  des  compositions  his- 
toriques de  l'hôtel  de  La  Ferté,  M.  Gaston  Brière  m'indi- 
quait, à  toutes  fins  utiles,  un  autre  tableau  dont  il  avait 
relevé  le  titre  dans  le  catalogue  de  la  vente  de  la  princesse 
de  Faucigny-Lucinge,  faite  à  Paris  les  26  novembre  1917 
et  jours  suivants. 

Les  renseignements  fournis  par  ce  catalogue  se  bor- 
naient, en  effet,  à  un  titre,  suivi  des  dimensions  de  la 
toile  :  «  No  218.  École  de  Le  Brun.  Les  Enfants  de 
Louis  XIV  avec  leur  gouvernante,  la  Maréchale  de  La 
Motte- Houdancourt.  T.;  im4o  X  i'"20  ».  Ce  titre  était  bien 
vague,  ces  dimensions  ne  correspondaient  point  à  celles  de 
l'unique  peinture  de  l'hôtel  de  La  Ferté  que  nous  connais- 
sons dans  son  état  original  (le  Portrait  de  M^e  de  Lansac 
avec  les  deux  enfants  de  Louis  XIII,  du  Château  de  Ver- 
sailles; 2ai5o  X  1^96);  mais  la  présence  de  la  gouvernante 

I.  Mémoires  secrets. 


—    122    — 

des  enfants  de  France  dans  une  composition  dont  le  sujet 
rappelait  ceux  dessinés  par  G.  de  Saint-Aubin  suffisait  à 
piquer  la  curiosité  et  méritait  examen. 

Grâce  à  l'obligeance  de  M.  R.-C.  Catroux  et  de 
M.  A.  Prévôt,  peintre  décorateur,  il  me  fut  facile  de 
retrouver  le  tableau  :  acquis  par  le  comte  de  La  Motte- 
Montgoubert,  neveu  de  la  princesse  de  Faucigny'Lucinge, 
il  n'avait  pas  quitté  Paris,  et  son  nouveau  propriétaire  me 
donna  fort  aimablement  toute  liberté  de  l'étudier. 

Quand  je  pus  le  voir,  accroché  à  une  si  grande  hauteur 
qu'il  me  fallut  une  échelle  pour  l'examiner,  ce  fut  d'abord 
une  déception  :  cette  belle  dame  somptueusement  vêtue 
d'un  corsage  décolleté  en  rond,  d'une  robe  de  brocart  à 
grands  ramages  et  d'un  manteau  doublé  d'hermine,  assise 
dans  un  fauteuil  et  tenant  sur  ses  genoux  un  petit  enfant 
vêtu  d'une  chemise,  avec  le  cordon  bleu  en  sautoir;  ces 
deux  autres  enfants,  l'un,  étendu  sur  un  petit  lit,  à  droite 
de  la  gouvernante,  emmailloté  de  bleu-ciel  et  portant 
une  robe  plus  foncée  sur  laquelle  est  passé  un  scapulaire, 
et  l'autre  vu  à  mi-corps,  dans  l'angle  inférieur  droit  du 
tableau,  tenant  un  petit  chien  noir  dans  son  bras  gauche, 
—  la  réunion  de  ces  quatre  personnages  ne  me  semblait 
se  rapporter  à  aucune  des  peintures  dessinées  par  G,  de 
Saint-Aubin.  Et  pourtant,  l'identification  du  personnage 
principal  avec  la  maréchale  de  La  Motte-Houdancourt 
était  incontestable  :  les  traits  du  visage,  l'arrangement  de 
la  coiffure,  le  corsage  décolleté,  tout  me  rappelait  la 
jeune  et  charmante  femme  dont  le  portrait  en  buste  a  été 
gravé  par  François  de  Poilly... 

Par  acquit  de  conscience,  je  commençai  à  relever  une 
description  du  tableau  dans  l'intention  de  l'étudier  à  loi- 
sir, quand  un  détail  attira  mon  attention  :  la  gouvernante 
tenant  l'enfant  assis  sur  ses  genoux  était  ici  représentée 
exactement  dans  la  même  pose  que  dans  la  peinture 
de  l'hôtel  de  La  Ferté  où  l'on  voyait,  pour  employer  les 
termes  mêmes  de  Saint-Aubin,  «  la  maréchalle  de  La 
Motte  avec  les  enfans  de  Louis  XIV,  dont  5  morts  en 
bas  âge,  et  le  Grand  Dauphin  en  abit  de  l'ordre  du 
Saint-Esprit  ».  Ce  fut  un  trait  de  lumière  :  en  rappro- 
chant du  tableau  le  petit  croquis  marginal  de  Saint-Aubin, 


—    123    — 

si  précis  et  si  juste,  je  me  rendis  compte  que  la  peinture 
de  M.  de  La  Motte-Montgoubert  était  tout  simplement 
un  fragment  découpé  dans  celle  des  compositions  his- 
toriques de  l'hôtel  de  La  Ferté  que  je  viens  de  citer. 

Celle-ci  a  été  diminuée  sur  trois  côtés  :  en  haut,  à  droite 
et  en  bas.  La  suppression  d'une  large  bande  à  la  partie 
supérieure  a  fait  disparaître  les  petits  génies  supportant 
le  cartouche  à  inscription,  analogue  à  celui  de  la  pein- 
ture de  Versailles.  La  bande  enlevée  à  la  partie  droite  de 
la  toile  comprenait,  vers  le  haut,  un  petit  enfant  couché 
sur  un  lit  et,  plus  bas,  le  Grand  Dauphin  debout,  en  cos- 
tume de  Tordre  du  Saint-Esprit,  lequel  a  formé  sans  doute 
un  tableau  séparé.  Enfin,  la  bande  enlevée  à  la  partie  infé- 
rieure a  entraîné  la  disparition  de  l'enfant  assis  sur  un 
coussin,  au-dessous  de  celui  qu'on  voit  encore  tenant  un 
chien  dans  ses  bras  ;  le  bas  du  corps  de  ce  dernier  enfant, 
le  sol,  le  bas  du  corps  de  Mme  de  La  Motte  (coupé  au-des- 
sous des  genoux)  ont  disparu  avec  la  bande  inférieure. 

Il  n'est  donc  resté  que  la  gouvernante  avec  trois  enfants, 
soit  une  toile  presque  carrée,  mesurant  1^40  X  1^20.  Si 
l'on  estime,  —  et  le  dessin  de  G.  de  Saint-Aubin  rend 
cette  hypothèse  tout  à  fait  plausible,  —  que  cette  pein- 
ture avait  dans  son  état  original  les  mêmes  dimensions 
que  le  Portrait  de  M""^  de  Lansac,  soit  2m5o  X  1^96,  elle 
aurait  perdu  i^io  dans  le  sens  de  la  hauteur  sur  0^76  dans 
le  sens  de  la  largeur,  ce  qui  semble,  en  effet,  se  rap- 
porter exactement  à  la  proportion  des  parties  supprimées  ^. 

Encore  un  mot  à  propos  des  personnages  représentés 
dans  ce  tableau,  plus  intéressant  au  point  de  vue  histo- 
rique et  anecdotique  que  par  ses  qualités  d'exécution. 

On  a  dit  qu'il  s'agissait  d'une  peinture  de  souvenir,  et 
le  fait  qu'on  y  voit  réunis  les  six  enfants  légitimes  de 
Louis  XIV,  qui  ne  se  sont  pas  trouvés  vivants  simultané- 
ment, prouverait  déjà  qu'elle  est  postérieure  au  14  juin  1672, 
date  de  la  naissance  du  dernier  d'entre  eux.  Mais,  comme 
on  va  le  voir,  une  autre  indication  fournie  par  le  tableau 
permet  de  le  rajeunir  bien  davantage. 

I.  Le  tableau  ayant  été  rentoilé,  il  est  aujourd'hui  impos- 
sible de  relever  les  traces  matérielles  de  ces  suppressions. 


—    124  — 

Pour  Monseigneur,  l'aîné  de  ces  six  enfants  (1661-1711), 
il  n'est  pas  difficile  de  le  reconnaître,  debout,  à  droite  de 
la  composition,  sur  le  dessin  de  G.  de  Saint-Aubin,  de  qui 
la  note  manuscrite  précise  que  le  jeune  prince  est  «  en 
abit  de  l'ordre  du  S.  Esprit  ».  Or,  le  Mercure  galant  de 
janvier  1682  (p.  100)  contient  la  relation  détaillée  des  céré- 
monies au  cours  desquelles  le  Dauphin  fut  fait  chevalier 
de  l'ordre,  le  ler  janvier  de  cette  année.  D'où  il  suit  que 
la  peinture  est  évidemment  postérieure  à  cette  date*. 

Gomme  on  sait  que  le  cordon  bleu  était  remis  aux  fils 
de  France  aussitôt  après  leur  naissance,  il  faut  admettre 
que  les  deux  enfants  portant  cet  insigne  sont  les  deux 
autres  fils  du  roi  :  Philippe,  le  premier  duc  d'Anjou, 
mort  à  l'âge  de  trois  ans  (8  août  1668-10  juillet  1671),  était 
l'enfant  assis  sur  un  coussin  posé  à  terre;  il  n'existe  plus 
dans  le  tableau  actuel 2  ;  —  celui  que  la  Maréchale  tient  sur 
ses  genoux  est  le  dernier  de  la  lignée  :  Louis- Fran- 
çois, deuxième  duc  d'Anjou,  qui  vécut  quelques  mois  seu- 
lement (14  juin-4  novembre  1672)  3. 

Restent  les  trois  filles.  A  en  juger  par  la  pose  que  leur 
a  donnée  le  peintre,  les  deux  plus  petites,  —  représentées 
au  maillot,  mais  notablement  vieillies,  —  sur  des  petits 
lits,  à  droite  de  la  gouvernante  (l'une  d'elles  supprimée 
du  tableau  en  même  temps  que  le  Dauphin),  sont  celles 
qui  ne  vécurent  que  quelques  semaines  :  Anne-Élisabeth 
(18  novembre-3o  décembre  1662)  et  Marie-Anne  (16  no- 
vembre-26  décembre  1664).  La  troisième,  Marie-Thérèse, 
morte  à  cinq  ans  (2  janvier  1667- ler  mars  1672),  est  celle 

1.  Il  est  à  remarquer,  en  outre,  que,  sur  le  dessin  de  Saint- 
Aubin,  le  Dauphin  est  représenté  non  pas  en  «  novice  »  de 
l'ordre  du  Saint-Esprit,  comme  le  comte  de  Toulouse  dans  la 
peinture  de  Chantilly,  mais  avec  le  manteau  de  l'ordre,  c'est- 
à-dire  après  sa  réception.  Ce  détail  pourrait  aider  à  retrouver 
le  portrait  découpé  dans  la  peinture  de  l'hôtel  de  La  Ferté. 

2.  Le  cordon  bleu  est  parfaitement  visible  sur  le  dessin  de 
Saint-Aubin. 

3.  M.  Prévôt,  qui  a  vu  le  tableau  de  très  près,  veut  bien  me 
signaler  que,  sur  le  bas  de  la  chemise  de  cet  enfant,  on  lit 
l'inscription  :  Louis  de  France, 


—    125    — 

qui    se  trouve   dans   l'angle   inférieur   droit  de  la  toile 
actuelle. 

Enfin,  pour  ce  qui  est  de  la  maréchale  de  La  Motte-Hou- 
dancourt  (1624-1709),  le  fait  que  son  visage  frais  et  plein 
ressemble  beaucoup  au  portrait  d'elle  gravé  par  Fran- 
çois de  Poilly  suffirait  à  prouver,  s'il  en  était  encore 
besoin,  que  la  composition  dont  il  s'agit  est  bien  une 
peinture  commémorative,  faite  après  coup  et  sans  qu'on 
ait  tenu  un  compte  exact  de  l'âge  des  personnages  repré- 
sentés. Car,  en  mettant  les  choses  au  mieux,  c'est-à-dire 
en  supposant  que  le  tableau  fut  exécuté  dès  1682,  il  ne 
faut  pas  oublier  que  Mme  de  La  Motte  était  âgée  de  cin- 
quante-huit ans  à  cette  date. 

Comme  je  venais  d'achever  la  mise  au  point  de  cette 
note,  une  nouvelle  communication  de  M.  G.  Brière  est 
venue  m' apporter,  avec  un  renseignement  des  plus  inté- 
ressants concernant  l'histoire  du  tableau  de  M.  de  La 
Motte-Montgoubert,  une  précision  sur  le  seul  personnage 
qui  n'était  pas  identifié  avec  certitude  :  l'enfant  au  mail- 
lot, qui  pouvait  être  soit  la  petite  Anne-Élisabeth,  soit  la 
petite  Marie-Anne. 

M.  G.  Brière  a  retrouvé  la  peinture  dont  il  s'agit  ici 
dans  le  catalogue  de  la  collection  du  lieutenant  général 
comte  Despinoy,  dispersée  à  Versailles  les  14  janvier  i85o 
et  jours  suivants;  elle  est  placée  sous  le  nom  de  Mignard 
et  décrite  comme  suit  sous  le  no  649  (p.  279)  : 

«  Assise  sur  un  fauteuil  de  velours,  la  gouvernante  tient 
sur  ses  genoux  Louis  de  France,  posé  sur  un  coussin,  et 
elle  lui  prend  la  main.  Marie  de  France,  placée  sur  un 
petit  lit  de  repos,  est  encore  en  maillot  avec  une  petite 
robe  de  velours  bleu.  Elle  porte  sur  la  poitrine  une  petite 
image  de  la  Vierge.  Sur  le  bas  de  sa  robe  est  écrit  : 
Marie  de  France  K  Le  jeune  Philippe  d'Anjou  est  occupé 

I.  M.  Prévôt  a  vérifié  sur  la  peinture  la  présence  de  cette 
inscription,  en  même  temps  qu'il  a  relevé  celle  qu'on  a  men- 
tionnée plus  haut.  Il  est  intéressant  de  rappeler  à  ce  propos 
que,  sur  le  Portrait  de  Af°"  de  LansaCj  à  Versailles,  le  nom  de 


—    126    — 

à  jouer  avec  un  petit  chien  noir.  Fond  noir.  —  H.  140; 
1.  118.  Toile.  —  Presqu'en  pied.  » 

L'inscription  relevée  sur  le  bas  de  la  robe,  et  que  la 
grande  hauteur  à  laquelle  était  placé  le  tableau  m'avait 
empêché  de  découvrir,  établit  donc  l'identité  de  l'enfant 
au  maillot  et  permet  de  donner  à  la  peinture,  due  à  quelque 
élève  de  Mignard,  ce  titre  précis  :  la  Maréchale  de  La 
Motte-Houdancourt,  gouvernante  des  enfants  de  France, 
avec  trois  des  enfants  légitimes  de  Louis  XIV  :  Louis- 
François,  deuxième  duc  d'Anjou  (f  1672),  qu'elle  tient  sur 
ses  genoux;  Marie-Anne  (f  1664),  étendue  sur  un  petit  lit, 
et  Philippe,  premier  duc  d'Anjou  (f  1671),  portant  un  petit 
chien  dans  son  bras  gauche. 


L'identification  d'un  tableau 

ATTRIBUÉ      A      SwEBACH-DeSFONTAINES. 

Le  camp  de  Saint-Omer  en  1788. 

(Communication  de  M.  Jean  Vallery-Radot.) 

C'est  dans  le  catalogue  de  la  vente  Decloux  (1898)  que 
Ton  relève,  pour  la  première  fois,  mention  d'une  intéres- 
sante peinture  figurant  aujourd'hui  dans  la  collection 
Doistau,  et  dont  nous  proposons  une  identification  nou- 
velle. Cette  peinture  marouflée,  qui  mesure  o°i27  X  0^63, 
représente  un  camp  animé  d'une  quantité  prodigieuse  de 
personnages,  de  cavaliers,  de  soldats,  de  voitures  groupés 
sans  confusion,  malgré  leur  nombre,  sur  les  différents 
plans  de  la  composition.  La  coupe  des  uniformes,  les 
modes,  une  curieuse  voiture  à  la  caisse  haut  juchée  sur 
d'extravagants  ressorts,  semblable  à  celle  que  l'on  vit 
pour  la  première  fois  en  France  à  Longchamp  au  prin- 
temps de  1786,  indiquent  que  la  scène  se  passe  à  la  fin  du 
règne  de  Louis  XVL  Au  milieu  de  la  composition,  un 
personnage  d'un  rang  considérable,  si  l'on  en  juge  par 
l'escorte  qui  l'accompagne  et  par  les  égards  dont  il  semble 

Philippe  Dorléan  est  inscrit  de  la  même  façon  sur  le  bord  de 
la  chemise  du  petit  prince. 


—  127  — 

être  entouré,  s'apprête  à  descendre  de  cheval  pour  mon- 
ter dans  son  carrosse.  A  gauche,  des  bateleurs  débitent 
le  boniment  devant  une  foule  pressée  de  badauds;  à 
droite,  sur  une  éminence,  se  dressent  des  baraquements 
de  fortune,  des  guinguettes  abritées  sous  des  tentes  et 
jusqu'à  un  manège  de  chevaux  de  bois.  Le  fond  de  la 
composition  est  occupé  par  des  alignements  de  tentes  à 
rayures  bleues  et  blanches,  qui  escaladent  l'une  des  col- 
lines barrant  l'horizon.  Sur  le  front  des  tentes  un  grand 
mât  incliné. 

Cette  peinture  passe  jusqu'à  présent  pour  repré- 
senter la  plaine  des  Sablons.  On  verra  plus  loin  ce 
qu'il  faut  penser  de  cette  identification.  Si  l'on  étudie 
d'abord  la  peinture  elle-même,  on  s'apercevra  bien  vite 
que  son  intérêt  principal  réside  dans  son  caractère  vif  et 
enlevé,  dans  l'esprit  prime-sautier  qui  l'anime.  C'est  une 
spirituelle  pochade  qui  ne  manque  pas  de  virtuosité, 
disons  mieux  :  c'est  une  esquisse.  C'est  en  effet  l'esquisse 
d'un  tableau^  de  plus  grandes  dimensions  qu'un  hasard 
heureux  nous  a  fait  trouver  récemment.  Malgré  l'identité 
de  la  mise  en  place,  on  relève  quelques  variantes  entre 
l'esquisse  et  le  tableau  définitif,  on  découvre  quelques 
additions;  on  trouve  surtout  dans  le  tableau  un  fini  et  un 
souci  du  détail  que  l'esquisse  ne  pouvait  naturellement 
pas  comporter.  Ce  serait  un  long  travail  de  dénombrer 
exactement  tous  les  personnages  représentés,  et  cependant 
l'œil  n'est  pas  fatigué  de  leur  multitude,  tant  est  grande 
l'habileté  de  l'artiste  à  traiter  les  masses  et  à  mettre 
chaque  chose  à  son  véritable  plan;  l'attention  ne  cesse 
pas  en  effet  d'être  concentrée  sur  le  personnage  principal 
qui  se  détache  en  pleine  lumière,  monté  sur  un  cheval 
gris.  L'esquisse,  passée  à  la  vente  Decloux  sous  l'étiquette 
de  Swebach2,  est  attribuée  par  contre,  dans  le  catalogue 

1.  Aujourd'hui  la  propriété  d'un  antiquaire  parisien.  C'est 
le  tableau  dont  nous  donnons  la  reproduction  (larg.  i°3i  ; 
haut.  o'-ôS). 

2.  M.  Edouard  André,  dans  son  intéressant  article  sur  Swe- 
bach,  paru  dans  la  Galette  des  beaux-arts  (igoS),  n'étudie  pas 
cette  esquisse;  il  se  borne  à  en  donner  une  reproduction  et  il 
lui  conserve  son  titre  :  la  Plaine  des  Sablons. 


—    128   — 

de  la  vente  Doistau  (9  juin  1909),  à  Gabriel  de  Saint-Aubin, 
attribution  insoutenable  non  pas  seulement  à  cause  de 
l'accent  même  de  l'œuvre,  mais  aussi  pour  des  raisons 
purement  historiques.  Les  personnages,  on  l'a  déjà  dit  et 
on  le  prouvera  tout  à  l'heure,  sont  habillés  à  la  mode  de 
1787-1788,  alors  que  G.  de  Saint-Aubin  est  mort  en  1780. 

Par  contre,  il  n'y  a  aucune  raison  d'enlever  la  pater- 
nité de  cette  esquisse  à  Swebach,  l'un  des  futurs  collabo- 
rateurs des  Tableaux  historiques  de  la  Révolution  et  des 
Campagnes  des  Français  sous  le  Consulat  et  l'Empire,  chez 
qui  nous  retrouverons  un  art  identique  de  camper  à  l'aise 
des  foules  et  spécialement  des  soldats  dans  le  cadre  étroit 
d'une  composition  aux  dimensions  restreintes,  art  qui 
n'est  pas  sans  parenté,  remarquons-le  en  passant,  avec 
celui  d'un  Duplessi-Bertaux ,  ce  pseudo  -  Callot  du 
xixe  siècle. 

Mais  si  l'on  voulait  prouver,  mieux  que  par  l'allure  géné- 
rale et  par  de  lointains  rapprochements,  qu'il  s'agit  bien, 
dans  l'esquisse  et  dans  le  tableau,  d'œuvres  de  Swebach, 
l'on  ne  saurait  mieux  faire,  semble-t-il,  que  d'étudier  en 
détail  quelques  groupes  de  personnages,  à  eux  seuls  très 
caractéristiques.  Examinons  par  exemple,  dans  le  coin 
du  tableau,  à  droite,  un  couple  prêtant  à  rire  dont 
s'égayent  deux  jeunes  gens  :  nous  voyons  un  barbon  vêtu 
à  la  mode  du  règne  précédent  qui  donne  le  bras  à  une 
jeunesse. 

L'allure  grotesque  du  couple  procède  du  même  esprit 
bouffon  qui  avait  inspiré  un  très  curieux  dessin  colorié  et 
rehaussé  de  gouache,  représentant  le  boulevard  de  Paris 
en  1787,  signé  Swebach- Desfontaines  ^  Parmi  la  foule 
pittoresque  du  boulevard,  les  jeunes  élégants  vêtus  de 
a  cannelé  »,  une  opulente  commère  habillée  à  la  dernière 
mode,  une  bossue,  une  géante  à  côté  d'une  naine  com- 
posent une  frise  amusante  rappelant  tout  à  fait  les  person- 
nages, d'ailleurs  contemporains,  de  la  Promenade  de  la 
galerie  du  Palais-Royal  par  Debucourt. 

Si,  d'un  côté,  nous  retenons  l'attribution  à  Swebach 
pour  les  raisons  que  nous  venons  de  donner,  nous  ne 


I.  Ce  dessin  a  été  reproduit  en  couleurs  par  Piazza. 


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sommes  pas  disposé,  par  contre,  à  voir  dans  ce  tableau, 
comme  on  l'a  fait  jusqu'à  présent,  la  plaine  des  Sablons. 
La  nouvelle  identification  que  nous  proposons  fera 
l'objet  principal  de  ces  notes,  problème  d'un  intérêt  que 
certains,  sans  doute,  seraient  en  droit  de  trouver  un  peu 
mince.  Mais  l'histoire  de  l'art  ne  saurait-elle  avoir  l'équi- 
valent de  ces  minutieux  problèmes  d'histoire  littéraire, 
qui  était  bien  susceptibles  cependant  de  passionner  un 
Sainte-Beuve? 

Problèmes  fins,  procès  toujours  pendants 
Qu'à  grand  plaisir  je  retourne  et  travaille. 


Nous  empruntons  à  la  notice  de  la  vente  Decloux  la 
fantaisiste  description  qui  va  suivre  :  «  Elle  (la  plaine  des 
Sablons)  est  occupée  par  le  campement  des  troupes  de  la 
Maison  du  Roi.  Au  premier  plan,  des  carrosses  escortés 
par  des  cavaliers;  plus  loin,  des  baraquements  élevés  sur 
un  monticule...  Les  Parisiens  se  promènent  de  toutes 
parts...  Au  fond  et  au-dessus  des  tentes,  on  aperçoit  les 
collines  d'Orgemont  et  de  Sannois.  » 

On  pourra  s'égayer  plus  loin  de  cette  reconstitution 
topographique  lorsqu'on  aura  découvert  sa  fantaisie.  Il 
suffira  tout  d'abord  de  démontrer  que  le  camp  représenté 
sur  notre  tableau  n'a  pu  être  établi  dans  la  plaine  des 
Sablons,  car  il  n'y  eut  de  camp  à  cet  endroit  que  pendant 
la  Révolution,  de  juin  1794  à  la  fin  de  la  même  année. 

Le  seul  déploiement  militaire,  auquel  la  plaine  des 
Sablons  servait  de  cadre  sous  l'ancien  régime,  était  la 
revue  annuelle  de  la  Maison  du  Roi,  passée  par  le  roi 
lui-même  dans  les  premiers  jours  de  mai.  Un  charmant 
dessin  de  Moreau  le  jeune  ^  a  fixé  ce  souvenir  historique 
et  l'on  peut  s'assurer  facilement  en  l'examinant  qu'il  n'y 
a  point  de  tentes. 

Quel  est  donc  le  camp  que  nous  avons  ici  sous  les  yeux  ? 
Nous  eussions  pu  chercher  longtemps  parmi  les  nombreux 
camps  créés  par  ordre    du    bureau   de  la   Guerre  sous 

1.  Gravé  par  Malbeste,  Liénard  et  Née. 

1922  9 


—  i3o  — 

Louis  XVI,  si  un  infime  détail  ne  nous  avait  mis  sur  la 
voie.  Devant  l'une  des  pittoresques  guinguettes  établies 
sur  le  monticule  qui  forme  le  fond  du  tableau,  a  été 
planté,  en  guise  d'enseigne,  un  poteau  sur  lequel  on  a 
cloué  une  pancarte.  Et  sur  cette  pancarte  on  lit  cette  pré- 
cieuse inscription  :  Au  caffé  de  CondéK 

Dès  lors,  tout  s'éclaire,  car  l'on  sait  que  le  prince  de 
Gondé  commanda  en  chef  le  camp  de  Saint-Omer  aux 
mois  d'août  et  de  septembre  1788.  Et  c'est  bien  le  camp 
de  Saint-Omer  que  l'on  a  sous  les  yeux,  comme  va  le 
prouver  l'étude  topographique.  On  pourra  vérifier  ensuite 
la  rigoureuse  concordance  des  détails  fixés  par  l'artiste 
avec  les  renseignements  tirés  des  documents  contempo- 
rains. 

Il  existe,  aux  archives  historiques  du  ministère  de  la 
Guerre  2,  un  plan  bien  précieux  en  l'occurrence  :  c'est 
précisément  le  plan  du  camp  Saint-Omer  en  1788,  avec 
l'emplacement  et  la  désignation  des  troupes.  Il  est  signé 
de  deux  officiers  :  le  capitaine  d'infanterie  Berthier,  aide 
de  camp  du  marquis  de  Lambert,  et  le  lieutenant  d'infan- 
terie Léopold  Berthier  3.  Sur  ce  plan  on  voit  que  le 
camp  de  Saint-Omer  s'étendait  au  sud  de  cette  ville, 
entre  la  colline  qui  domine  Arques,  d'une  part,  et  le  vil- 
lage de  Wisques,  d'autre  part.  Il  était  donc  établi  presque 
entièrement  sur  le  plateau  traversé  à  l'est  par  la  chaussée 
d'Hesdin-*  et  remontait,  vers  l'ouest,  l'un  des  contreforts  de 
la  hauteur  sur  laquelle  est  bâti  le  village  de  Wisques.  Le 
plan  mentionne  également  à  l'ouest  de  la  chaussée  d'Hes- 
din,  sur  le  front  de  bandière,  la  perche  du  guai.  Or,  l'au- 
teur anonyme  5  d'un  Mémorial  de  la  formation  d'un  camp 

1.  Cette  inscription  n'est  lisible  que  sur  le  grand  tableau; 
elle  n'existe  point  sur  l'esquisse. 

2.  Pièces  relatives  à  différents  camps  (1733-1789),  n"  1807. 

3.  Ces  deux  officiers  topographes  avaient  été  à  bonne  école, 
ayant  aidé  jadis  leur  père,  J.-B.  Berthier,  directeur  du  dépôt 
de  la  Guerre  sous  Louis  XV,  à  lever  la  magnifique  carte  des 
chasses  du  roi,  gravée  par  Tardieu.  En  1788,  le  capitaine  Ber- 
thier n'était  encore  qu'au  début  de  la  brillante  carrière  qui 
devait  lui  conférer  plus  tard  le  bâton  de  maréchal  de  l'Empire. 

4.  Aujourd'hui  route  nationale  n"  28. 

5.  Qui  écrivait  de  souvenir,  aux  environs  de  l'an   1800,  un 


-  i3i  - 

d'observation  à  Saint-Omer  en  ij88  nous  informe  que  le 
camp  était  situé  sur  les  hauteurs  en  avant  de  Saint-Omer, 
à  l'endroit  dit  la  Perche,  et  plus  loin  nous  lisons  :  «  La 
perche  où  l'on  tirait  l'oiseau  était  à  peu  près  au  centre 
[du  camp].  »  Cette  perche  du  guai  n'est  autre  que  le 
«  mât  incliné  »  que  nous  avons  signalé  plus  haut  dans  la 
description  du  tableau.  Si  l'on  a  la  curiosité  de  reporter 
sur  une  carte  au  1/80,000  l'emplacement  du  camp  tel  qu'il 
est  indiqué  sur  le  plan  des  Berthier,  on  remarquera  que 
le  mouvement  de  terrain  très  nettement  indiqué  à  l'est  du 
village  de  Wisques  n'est  pas  autre  chose  que  l'une  des 
collines  qui,  dans  notre  tableau,  barre  le  fond  de  l'hori- 
zon. La  planimétrie  de  la  carte  et  la  topographie  du 
tableau  ne  sauraient  être  mieux  d'accord.  C'est  donc  bien 
la  ville  de  Saint-Omer,  que  l'on  aperçoit  tout  à  fait  à 
droite  du  tableau.  On  en  reconnaît  la  fine  silhouette  à  la 
grosse  tour  carrée  gui  s'estompe  dans  un  lointain  bru- 
meux et  qui  peut  être  soit  la  tour  de  Saint-Bertin,  soit 
celle  de  la  cathédrale. 

En  outre,  le  plan  des  Berthier  nous  renseigne  non  seu- 
lement sur  l'emplacement  du  camp,  mais  encore  sur 
Tordre  de  bataille  des  troupes  campées,  troupes  formées 
de  la  dix-neuvième  division  (Artois),  de  la  dix-huitième 
division  (Picardie)  et  de  la  première  (Flandre),  au  total, 
une  vingtaine  de  mille  hommes.  Cette  indication  nous 
permet  d'identifier  quelques  uniformes  :  c'est  ainsi  que 
nous  reconnaissons,  entre  autres,  un  cuirassier  dans  le 
groupe  de  soldats  au  premier  plan,  à  gauche,  et  les  habits 
rouges  des  Irlandais  (Dillon  ou  Berwick)  dans  la  compa- 
gnie qui  défile,  à  droite,  sac  au  dos  et  le  fusil  sur  l'épaule. 
Mais  hâtons-nous  d'arriver  au  personnage  principal  pour 
lequel  un  coureur  et  un  heiduque  ouvrent  la  portière  d'un 
carrosse  attelé  de  huit  chevaux.  Le  cocher,  le  postillon, 
le  piqueur  qui  s'apprête  à  monter  à  cheval,  portent  la 
livrée  charnois  avec  la  culotte  rouge  et  le  chapeau  noir 
galonné  d'argent  :  c'est  la  livrée  de  Condé,  dont  on  peut 
examiner  les  détails  à  loisir  dans  les  Desseins  de  l'habille- 
ment général  des  livrées  de   S.  A.  S.  Monseigneur  le 

compte-rendu  destiné  au  bureau  de  la  Guerre  (Archives  de  la 
Guerre  ;  pour  la  cote,  voy.  ci-dessus,  p.  i3o,  note  2). 


—    l32   — 

Prince  de  CondéK  Là,  on  verrait,  à  une  échelle  plus 
grande,  les  curieuses  particularités  de  la  livrée  du  cou- 
reur et  de  l'heiduque  et  notamment  la  haute  canne  à 
pommeau  du  premier,  la  sabretache,  le  sabre  et  le  bon- 
net à  flamme  du  second,  qui  font  prendre  à  première  vue 
ce  dernier  pour  un  hussard. 

Il  est  donc  hors  de  doute  que  le  personnage  montant 
un  cheval  gris  et  revêtu  de  l'habit  à  parements  et  revers 
cramoisis"-^  n'est  autre  que  le  prince  de  Condé  en  personne, 
probablement  suivi  de  son  fils,  le  duc  de  Bourbon,  et  le 
jeune  homme  confondu  avec  les  autres  cavaliers  est  peut- 
être  le  duc  d'Enghien,  alors  âgé  de  seize  ans,  car  Ton  sait 
que  les  trois  Condé  se  trouvaient  réunis  ensemble  au 
camp  de  Saint-Omer. 

Ce  camp,  établi  pour  parer  à  toute  éventualité  lors  de 
la  discussion  qui  s'éleva  entre  l'Autriche  et  la  Hollande, 
à  propos  de  l'ouverture  de  l'Escaut,  se  prolongea  du 
5  août  au  25  septembre.  Les  premiers  jours  furent  sans 
doute  employés,  comme  c'est  encore  l'habitude  aujour- 
d'hui, à  l'installation  et  à  l'inspection  des  troupes.  Le 
17  septembre  eut  lieu  une  grande  manœuvre,  commandée 
par  le  Prince  en  personne  et  qui  dura  toute  la  journée. 
Le  rédacteur  du  compte-rendu  et  de  la  critique  de  cette 
manœuvre 3  n'a  pas  manqué  de  consigner  le  «  groupe 
considérable  de  curieux  »  venus  pour  assister  à  la  petite 
guerre. 

Il  n'est  pas  impossible  de  supposer  que  le  tableau  dont 
nous  avons  entrepris  la  description  représente  le  prince 
de  Condé  quittant  le  camp  de  Saint-Omer,  à  l'issue  de  la 
manœuvre  du  17  septembre,  pour  se  rendre  à  son  quar- 
tier général,  établi  en  l'abbaye  de  Saint-Bertin. 

Nous  pourrions  parler  encore  des  modes  des  curieux  et 

1.  Ces  dessins,  qui  datent  de  1776,  existent  en  deux  exem- 
plaires, dont  l'un  est  conservé  à  Chantilly  et  l'autre  au  Cabinet 
des  Estampes  (Oa  137). 

2.  C'est  l'uniforme  du  régiment  Colonel-Général.  On  sait  que 
le  prince  de  Condé  occupa  la  charge  de  colonel  général  de 
l'infanterie  jusqu'en  mars  1788. 

3.  Archives  de  la  Guerre;  pour  la  cote,  voy.  plus  haut. 


—  i33  — 

notamment  du  chapeau  «  à  la  Tarare  »  porté  par  une  élé- 
gante de  l'un  des  groupes  situés  à  gauche,  chapeau  lancé 
en  1787  par  l'opéra  de  Beaumarchais'.  Nous  pourrions 
dire  un  mot  aussi  de  cette  dangereuse  voiture  au  coffre 
perché  sur  de  gigantesques  ressorts  à  la  hauteur  d'un  pre- 
mier étage,  voiture  d'importation  anglaise,  dénommée 
whisket  et  que  l'on  vit  pour  la  première  fois  à  Paris  en 
17862. 

Mais,  malgré  l'intérêt  que  peut  présenter  une  étroite 
correspondance  entre  les  mille  détails  de  ce  tableau  et 
les  renseignements  tirés  des  documents  contemporains,  il 
serait  peut-être  fatigant  de  continuer  à  scruter  ainsi  le 
passé  par  le  gros  bout  de  la  lorgnette. 

Nous  terminerons  donc  en  disant  que  cette  œuvre  bril- 
lante de  la  jeunesse  de  Swebach  n'offre  pas  seulement, 
dans  un  ton  extrêmement  chaud  et  coloré,  de  séduisantes 
qualités.  Son  intérêt  documentaire  nous  semble  en  outre 
incontestable 3.  Nous  voyons  là,  étincelant  encore  des 
derniers  rayons  de  sa  brillante  fortune,  Gondé,  â  la  veille 
de  l'émigration  dont  il  devait  donner  le  signal.  Nous 
voyons  aussi,  dans  la  pittoresque  bigarrure  des  régiments 
français  ou  étrangers,  l'une  des  dernières  représentations, 
avant  1789,  de  cette  pimpante  armée  de  l'ancien  régime 
dont  la  puissante  organisation  et  les  vertus  viriles  ne 
furent  pas  étrangères  aux  éclatants  succès  des  guerres  de 
la  Révolution  et  de  l'Empire. 

1.  Duhamel,  Cabinet  des  modes,  livraison  du  10  août  1787. 

2.  Ibid.,  livraison  du  10  septembre  1787. 

3.  Le  camp  de  Saint-Omer  inspira  d'autres  artistes,  notam- 
ment Louis  Watteau  de  Lille.  Un  tableau  intitulé  :  le  Camp 
de  Saint-Omer  (haut.  2'"3o;  larg.  i"63),  daté  (1788)  et  signé  de 
cet  artiste,  passa  en  1902  à  la  vente  Lenglart,  comme  nous  l'a 
aimablement  indiqué  notre  confrère  M.  Marmottan.  Nous  avons 
pu  nous  assurer  qu'il  fut  acquis  par  M.  Virnot,  chez  qui  il  est 
actuellement  conservé.  M.  Marmottan  voit  en  outre  dans  la 
Halte  de  soldats,  le  Départ  de  troupe  et  une  autre  Halte  du 
même  artiste  trois  scènes  inspirées  par  le  camp  de  Saint-Omer 
(cf.  Paul  Marmottan,  Notice  historique  et  critique  sur  les 
peintres  Louis  et  François  Watteau,  dits  Watteau  de  Lille. 
Lille,  Danel,  1889). 


NOTES   ET   DOCUMENTS 


CATALOGUE  RAISONNÉ 

DE    l'œuvre    de 

NICOLAS-BERNARD    LÉPICIÉ 


AVERTISSEMENT. 

Le  Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de  l'art  fran- 
çais (igio^  séance  du  j  janvieî^p.  25  à  32)  conserve 
le  souvenir  d'une  intéressante  communication  sur 
«  une  dernière  volonté  de  Nicolas-Bernard  Lépicié  ». 
Documentée  de  première  main^  ingénieusement  char- 
pentée et  joliment  présentée^  cette  petite  étude  attira 
d'autant  plus  l'attention  que  l'auteur  était  un  des  plus 
jeunes^  probablement  même  le  plus  jeune  de  nos 
confrères. 

Philippe  Gaston -Dreyfus  était  né.,  en  effets  le 
26  janvier  i8gi  ;  il  était  encore  élève  à  la  Faculté  des 
Lettres,  et  c'est  sur  l'encouragement  de  son  maître., 
M.  Henry  Lemonnier,  qu'il  avait  détaché  ce  curieux 
chapitre  d'un  mémoire  sur  le  peintre  Lépicié.,  qui 
devait  bientôt  lui  valoir  en  Sorbonne^  avec  de  vifs 
éloges.,  le  diplôme  d'études  supérieures  d'histoire. 

Ce  début  eût  pu  inaugurer  une  brillante  carrière 
d'érudit.  Mais  notre  jeune  confrère  joignait  à  un 
goût  très  marqué  pour  les  œuvres  d'art  et  pour  les 
recherches  de  l'historien  et  du  critique  un  besoin 
d'initiative  et  d'action  pratique  qui  eût  incomplète- 
ment trouvé  son  emploi  dans  cette  voie.  Libre  de 
s'orienter  à  sa  guise,  il  se  promettait  de  créer  un 
jour.,  dès  qu'il  se  sentirait  l'expérience  nécessaire., 
une  grande  maison  d'édition.  Grouper  autour  de  soi 


—  i35  — 

des  écrivains  de  talent^  ordonner  leur  travail^  deman- 
der à  l'art  et  à  l'industrie  toutes  les  ressources  qui 
concourent  à  la  confection  d'un  beau  livre^  assurer 
ensuite  sa  diffusion  et  répandre  au  loin  la  pensée 
française  lui  semblait^  avec  raison^  une  des  missions 
les  plus  dignes  de  tejiter  un  homme  actif  et  cultivé. 
Aussi,  sans  renoncer  à  poursuivre  ses  travaux  per- 
sonnels  d'historien^  les  avait-il  momentanément  inter- 
rompus pour  acquérir  les  connaissances  de  tous  ordres 
que  l'on  peut  attendre  d'un  véritable  éditeur. 

En  igi4^  Philippe  Gastoîi-Dreyfus^  que  les  suites 
d'un  accident  de  cheval  avaient  exempté  de  tout  service 
militaire^  n'hésita  pourtant  pas  à  s'engager  pour  la 
durée  des  hostilités.  Ses  intimes^  n'ignorant  pas  quHl 
cachait  sous  des  dehors  ardents  une  santé  fragile^ 
n  apprirent  pas  sans  inquiétude  cette  décision.  Il  avait 
trop  présumé  de  ses  forces,  en  effets  et  il  dut  bientôt 
être  réformé  pour  la  deuxième  fois.  Le  danger  l'at- 
tendait ailleurs.  La  guerre  n^ était  pas  terminée  qu'une 
maladie  soudaine  le  terrassait  loin  de  sa  famille  et 
de  ses  amis  et  l'enlevait  brutalement  à  leur  affection., 
le  24  octobre  igij. 


Une  pieuse  pensée  a  voulu  que  l'œuvre  inédite  de 
Philippe  Gaston-Dreyfus  ne  disparût  pas  avec  lui, 
mais  qu'elle  fût  mise,  comme  il  comptait  lui-même 
le  faire  un  jour,  à  la  disposition  des  amateurs  et  des 
érudits.  Le  Comité  de  V Histoire  de  l'art  français, 
pressenti,  fut  unanime  à  reconnaître  l'intérêt  de  ce 
travail  et  se  montra  disposé  de  prime  abord  à  le  com- 
prendre parmi  ses  publications.  Bien  des  obstacles 
retardent  en  ce  moment  les  impressions  scientifiques  ; 
mais  ils  furent  levés  un  à  un  avec  une  si  constante  et 
si  généreuse  application  que  le  permis  d'imprimer 
put  être  donné  sans  retard. 


—  i36  ~ 

//  nous  reste  à  faire  connaître  en  quelques  mots 
l'économie  de  la  présente  édition. 

Les  papiers  laissés  par  Philippe  Gaston-Dreyfus 
et  mis  à  notre  disposition  ne  comprenaient  pas  seule- 
ment le  texte  du  mémoire  soutenu  en  Sorbonne.  S'il 
s'était.,  en  effet.,  borné^  dans  ce  travail.,  à  commenter 
les  œuvres  importantes  et  cei^taines  de  Lépicié.,  il  avait 
rassemblé  par  ailleurs^  en  vue  d'une  monographie 
plus  étendue.,  un  vaste  fichier  sur  les  toiles  et  les 
dessins  dont  l'état  civil  restait  à  préciser^  parce 
qu'ils  ne  lui  étaient  encore  connus  que  par  des  men- 
tions fugitives  ou  incontrôlées. 

Il  eût  été  difficile  d'utiliser  ces  fiches  si  nous  n'avions 
eu  la  bonne  fortune  de  pouvoir  recourir  à  la  collabo- 
ration de  miss  Florence  Ingersoll-Smouse^  docteur 
de  V Université  de  Paris  et  membre  de  notre  Société., 
qui  avait  déjà  entrepris^  dans  la  Revue  de  l'Art 
ancien  et  moderne,  une  série  d'articles  très  documen- 
tés sur  Lépicié.  Miss  Smouse  a  bien  voulu.,  en  s'aidant 
de  ses  propres  recherches^  remettre  à  jour  la  partie 
du  catalogue  rédigée  par  Philippe  Gaston-Dreyfus 
en  igio,  compléter  ensuite.,  dans  la  mesure  du  pos- 
sible, les  notices  des  œuvres  non  datées  ou  attribuées 
à  notre  peintre  avec  plus  ou  moins  de  certitude,  et 
enfin,  pour  la  commodité  du  lecteur,  fondre  ensemble 
ces  deux  parties  inégalement  achevées. 

Ainsi  composé,  le  présent  catalogue  peut  être  pré- 
senté comme  un  très  précieux  instrument  de  recher- 
ches et  comme  une  image  aussi  complète  et  aussi 
fidèle  que  possible  de  l'œuvre  d'un  maître  trop  long- 
temps tombé  dans  l'oubli. 

Dans  le  dossier  qui  nous  a  été  confié,  le  catalogue 
proprement  dit  était  suivi  d^une  très  abondante  biblio- 
graphie. C'était  un  chapitre  indispensable  dans  tin 
travail  d'école,  puisqu'il  attestait  la  conscience  de 
l'auteur  et  l'étendue  de  sa  documentation;  mais  il 


-  i37- 

nous  a  semblé  que  les  travailleurs  à  qui  s'adresse  la 
présente  publication^  et  qui  sont  eux-mêmes  rompus  à 
ce  genre  d'études^  sauraient  se  contenter  des  nom- 
breuses références  indiquées  dans  le  texte  lui-même. 
Il  y  a  toutefois  une  partie  de  cette  bibliographie  qu'il 
serait  regrettable  de  laisser  inutilisée^  cest  celle  qui 
se  rapporte  aux  catalogues  de  ventes. 

Philippe  Gaston-Dreyfus  n'avait  cej'tes  pas  pré- 
tendu découvrir  le  large  parti  que  l'on  peut  tirer  des 
catalogues  de  ventes  pour  une  monographie  d'artiste^ 
mais  je  ne  sais  si  quelqu'un^  avant  lui^  les  avait  aussi 
systématiquement  interrogés.  C'est  ainsi  qu'avant  de 
recourir  à  ces  livrets  eux-mêmes  et  aux  archives 
des  commissaires-priseurs  (qui y  ajoutent  la  mention 
du  prix  et  de  l'adjudicataire}^  il  s'était  préoccupé  d'en 
réunir  la  liste  complète.  Aussi  avait-il  entrepris  un 
dépouillement  de  nos  principales  collections  publiques^ 
qui  lui  avait  donné  trois  mille  deux  cent  onze  titres 
non  compris  dans  les  listes  classiques  de  Duplessis  et 
de  Soullié. 

Si  nous  n'avons  pas  cru  devoir  faire  place  ici  à  ce 
précieux  chapitre  de  bibliographie,  ce  n'est  pas  que 
nous  en  ayons  méconnu  l'utilité,  mais  c'est  au  con- 
traire parce  que  son  intérêt  déborde  notre  sujet.  Le 
récent  Congrès  international  d'Histoire  de  l'art,  tenu 
à  Paris  en  ig2i ,  a  en  effet  émis  le  vœu  qu'une  biblio- 
graphie complète  des  catalogues  de  ventes  fût  dressée 
et  conservée  à  la  Bibliothèque  d'art  et  d'archéologie. 
Nous  souhaitons  donc  (et  nous  savons  que  ce  souhait 
sera  entendu)  que  la  liste  établie  par  Philippe  Gaston- 
Dreyfus  soit  accueillie  par  cette  Bibliothèque,  et  nous 
espérons  aussi  y  retrouver  prochainement  le  beau 
recueil  de  photographies  où  nous  avons  puisé  notre 
illustration. 

Notre  dossier  nous  offrait  enfin  une  étude  sur  la 
vie  et  l'art  de  Lépicié  que  nous  n'avons  eu  qu'à  repro- 


—  i38  — 

duire  pour  donner  une  introduction  au  présent  ou- 
vrage. On  nous  excusera  de  nous  arrêter  en  der- 
nier lieu  sur  ces  pages  que  notre  ami  avait  placées 
en  tête  de  son  travail.  Si  le  catalogue  lui-même  est 
un  évident  témoignage  de  sa  méthode^  de  sa  sagacité 
et  de  sa  ténacité  de  chercheur.,  il  nous  semble  retrou- 
ver plus  complètement  encore  sa  personnalité  dans 
cette  introduction,  si  sobre,  si  brève,  si  exempte  de 
«  littérature  »,  et  qui  pourtant  peint  avec  tant  de  tact 
et  de  sensibilité  un  caractère  et  un  talent  d'artiste. 

Lépicié  est  tin  peintre  difficile  à  analyser,  car  il 
vaut  surtout  par  des  nuances.  Asse:{  inégal,  parfois 
mièvre,  timide  et  appliqué.,  sa  technique  et  son  senti- 
ment sont,  au  contraire,  dans  ses  bons  jours,  d'une 
distinctiofi,  d'une  harmonie,  d'une  délicatesse  et  d'une 
tendresse  vraiment  raffinées.  Ce  n'est  pas  par  hasard 
que  Philippe  Gaston-Dreyfus  a  senti  et  exprimé  ces 
qualités  avec  un  rare  bonheur. 

Il  nous  reste  à  nous  excuser  auprès  de  tous  ceux, 
collectionneurs,  érudits,  conservateurs  de  musées  ou 
de  bibliothèques,  qui,  par  leur  obligeajice,  leurs  ren- 
seignements, leurs  documents.,  avaient  apporté  leur 
concours  à  ce  travail.  Notre  ami  aurait  eu  un  grand 
plaisir  à  leur  dire  sa  reconnaissance,  et  nous  regret- 
tons d'être  trop  incomplètement  en  mesure  de  leur 
rendre  l'hommage  qui  leur  serait  dû. 

Malgré  nos  soins,  ce  n'est  certainement  pas  la  seule 
lacune  ou  le  seul  oubli  dont  nous  devons  porter  la 
responsabilité.  Tous  ceux  qui  ont  eu  la  tâche  de 
publier  un  manuscrit  qu'ils  n'ont  pas  composé  savent 
combien  il  est  difficile  de  se  substituer  à  l'auteur  lui- 
même,  même  quand  on  est  attaché  à  sa  mémoire  par 
les  liens  de  vieilles  et  fidèles  amitiés. 

Jean  Laran. 


-  i39- 

INTRODUCTION. 

I.  —  La  vie  de  Lépicié. 

Nicolas-Bernard  Lépicié  était,  par  sa  naissance 
même,  porté  à  s'intéresser  à  l'art.  Il  est,  en  effet,  le 
fils  de  François-Bernard  Lépicié,  graveur  du  roi  et 
secrétaire  perpétuel  de  l'Académie.  Les  renseigne- 
ments que  nous  possédons  sur  les  Lépicié  nous  per- 
mettent de  suivre  à  travers  le  xviii^  siècle  la  vie  d'une 
famille  de  petits  bourgeois  dont  quelques  membres 
sont  des  artistes.  Le  graveur  François-Bernard  est 
né  en  1698  de  Robert  Lépicié,  maître  écrivain,  et  de 
Françoise-Gabrielle  Garot.  Un  avocat  et  M^^^  Le 
Maire  de  Verville  lui  servent  de  parrain  et  de  mar- 
raine ^ 

François -Bernard  Lépicié  fut  probablement  un 
élève  de  Jean  Audran^.  Membre  et  secrétaire  perpé- 
tuel de  l'Académie,  logé  au  Louvre  depuis  1748-^,  il 
tient  dans  le  monde  des  artistes  une  place  importante. 
«...  Bon  graveur,  il  a  de  l'esprit  et  des  lettres,  il  écrit 
assez  bien  en  prose  et  fait  d'assez  jolis  vers...  Il  faut 
le  voir.  Il  est  poly,  obligeant  et  communiquatif...^.  » 
Cet  homme  aimable  avait  su  gagner  les  faveurs  de 
Cochin  et  celles  de  Marigny  :  on  en  trouvera  maint 
témoignage  dans  la  correspondance  entretenue  par 
le  surintendant  des  Beaux-Arts  et  le  secrétaire  perpé- 
tuel de  l'Académie. 

1.  Renseignements  tirés  de  l'acte  de  baptême  de  François- 
Bernard  Lépicié  :  Herluison,  Actes  d'état  civil...,  p.  245. 

2.  Sur  la  vie  et  les  œuvres  de  François-Bernard  Lépicié,  voir 
Portalis  et  Beraldi,  Les  gravews  du  XVIII*  siècle...,  t.  IL 

3.  Nouvelles  Archives  de  VArt  français,  t.  II,  p.  91;  t.  VII, 
p.  173. 

•   4.  Texte  inédit.  Portefeuille   de  Bachaumont.   Beaux-arts. 
Correspondance,  Arsenal,  4041,  p.  337. 


—  140  — 

Le  talent  de  François-Bernard  ne  suffit  peut-être 
pas  à  expliquer  les  succès  de  sa  carrière  officielle,  mais 
c'est  cependant  un  graveur  très  estimé  et  très  esti- 
mable. Son  auteur  préféré,  c'est  Chardin,  dont  per- 
sonne, même  Le  Bas  et  Cochin,  n'a  plus  justement  et 
plus  sobrement  traduit  le  charme  intime.  En  outre,  il 
a  gravé  nombre  de  portraits;  les  plus  célèbres  sont 
ceux  du  peintre  Nicolas  Bertin,  exécuté  pour  sa  récep- 
tion à  l'Académie;  de  Philibert  Orry,  contrôleur  des 
finances,  et  celui  de  Pierre  Grassin,  auquel  il  devait 
arriver  une  fâcheuse  mésaventure,  souvent  racontée. 
Il  n'est  pas  indifférent  de  noter  que  le  père  de  Nico- 
las-Bernard était  un  admirateur  de  Chardin.  —  Ce 
fut  aussi  un  écrivain  et  nous  avons  de  lui  deux  livres 
fort  utiles  :  Vie  des  premiers  peintres  du  Roi  et  Cata- 
logue raisonné  des  tableaux  du  Roi. 

Par  une  rencontre  heureuse,  la  mère  de  Nicolas- 
Bernard  est,  elle  aussi,  une  artiste.  Elle  s'appelait 
Renée-Elisabeth  Marlié  et  avait  épousé,  en  1732,  à 
l'âge  de  dix-huit  ans,  François-Bernard.  Elle  fut  une 
collaboratrice  de  son  mari  et  nous  connaissons 
quelques  gravures  exécutées  par  elle  seule.  Par 
exemple  :  la  Cuisine  Flamande  d'après  Téniers  et 
plusieurs  estampes  d'après  Chardin. 

Le  secrétaire  de  l'Académie  avait  un  frère  qui  fut, 
semble-t-il,  graveur,  mais  graveur  en  médailles. 
Employé,  peut-être  d'un  rang  assez  élevé,  à  la  Mon- 
naie d'Amiens,  c'est  lui,  dit-on,  qui  fit  graver  par  son 
frère  le  portrait  de  Grassin  ^ 

I.  Sur  ce  frère  de  François-Bernard  Lépicié,  voir  Diction- 
naire de  l'abbé  de  Fontenoi.  Voir  aussi  Ga:^ette  numismatique 
française,  1905,  p.  277;  Études  sur  la  numismatique  du  Berry, 
par  A.-D.  Mater.  11  y  est  question  d'un  Lépicié  qui,  en  1719, 
exécute  la  taille  de  coins  pour  des  médailles.  Je  dois,  de  plus, 
les  renseignements  suivants  à  l'amabilité  de  M.  MazeroUe. 
Toutes  les  monnaies  d'Amiens  exécutées  entre  1718  et  1727 
portent  comme  différent,  au  droit,  sous  le  buste,  un  épi  cou- 


—  141  — 

François-Bernard  Lépicié  eut,  à  notre  connaissance, 
trois  enfants.  Deux  filles,  dont  l'une,  Marie-Elisabeth 
qui,  peut-être,  est  l'aînée,  et  qui  mourut  le  6  août 
1754^  ;  l'autre,  née  en  lySy,  s'appelait  Françoise-Elisa- 
beth 2.  Deux  ans  auparavant,  était  né  le  seul  fils  : 
Nicolas-Bernard  Lépicié,  le  16  juin  lySS.  Ses  parents 
habitaient  alors  rue  Saint-Louis.  C'est  ce  que  nous 
apprend  l'acte  de  baptême  tiré  des  registres  de  la 
paroisse  Saint- Barthélémy.  Son  parrain  fut  Nicolas 
Marlié,  ancien  syndic  des  écrivains  jurés.  Sa  marraine, 
Marie  Garot.  Cet  acte  officiel  nous  donne  avec  exac- 
titude les  prénoms  de  l'artiste.  Ce  point  est  important, 
car  on  a  souvent  confondu  François -Bernard  avec 
Nicolas-Bernard,  et  des  auteurs  comme  Jal  ont  sou- 
vent prêté  à  ce  dernier  des  prénoms  fantaisistes. 

Nous  ne  connaissons  rien  de  l'enfance  de  Nicolas- 
Bernard,  sauf  qu'il  habita  avec  ses  parents  en  1740 
au  coin  de  l'abreuvoir  du  quai  des  Orfèvres^,  jus- 
qu'au moment  où  la  famille  du  peintre  fut  logée  au 
Louvre,  en  1748.  Il  marcha  d'abord  sur  les  brisées  de 
son  père  et  se  livra  à  l'art  de  la  gravure,  mais  la  fai- 
blesse de  sa  vue  l'obligea  à  abandonner  rapidement 
cette  carrière*.  Lépicié  s'adonna,  alors,  «  entièrement 
à  la  peinture,  sous  les  yeux  de  M.  Carie  Vanloo  ». 

Pour  la  première  fois,  nous  voyons  apparaître  son 
nom  au  jugement  des  prix  du  Quartier,  à  l'Académie, 

ché  à  droite,  comme  coupé  par  une  faucille  que  l'on  peut  lire 
l'épi  scié.  Il  y  a  d'autres  exemples  à  Amiens  même  d'ana- 
grammes de  ce  genre  marqués  sur  les  monnaies.  D'autre  part, 
M.  Furcy-Raynaud  nous  apprend  qu'un  dessin  de  Lépicié, 
appartenant  à  M.  Delastre,  porte  la  même  marque. 

1.  Annonces,  affiches,  12  août  1754,  p.  489. 

2.  Herluison,  loc.  cit. 

3.  Les  adresses  des  Lépicié  se  trouvent  au  bas  des  estampes 
de  François-Bernard. 

4.  Ces  renseignements  sont  tirés  d'une  notice  nécrologique 
du  Journal  de  Paris,  7  octobre  1784,  n"  281,  p.  1186-1187. 


—  142  — 

le  25  septembre  lySi  :  il  obtint  la  troisième  médaille 
et  avait  alors  seize  ans^  L'année  d'après,  au  même 
concours,  le  23  juin  1753,  il  arriva  au  deuxième  prix 
de  peinture^.  Quelque  temps  après  ces  brillants  suc- 
cès, il  eut  la  douleur  de  perdre  son  père,  le  18  janvier 
1755.  Cette  mort  occasionna  dans  la  famille  Lépicié 
une  véritable  gêne  pécuniaire  et  M"^^  Lépicié,  profi- 
tant des  anciennes  relations  de  son  mari  avec  Mari- 
gny,  fit  appel  à  lui.  Sa  requête  aboutit,  car,  le 
28  avril  1755,  le  roi  accordait  une  pension  à  vie  de 
600  livres  à  la  veuve,  et  Marigny,  dans  sa  lettre,  ajou- 
tait :  c(  ...  J'aurais  bien  souhaité  que  l'état  actuel  des 
Bâtiments  m'eût  permis  de  vous  procurer  un  plus 
grand  secours,  mais  ils  sont  si  surchargés,  qu'il  n'a 
pas  été  possible  de  faire  mieux;  soyés  persuadée,  je 
vous  prie,  que  vous  me  trouvères  toujours  disposé 
à  vous  obliger  quand  les  occasions  s'en  présente- 
ront...3.  » 

Ces  subsides  ne  durent  pas  suffire  à  M^^^  Lépicié, 
qui  est  obligée  de  recourir  à  son  burin  en  1756^. 

Nicolas-Bernard,  avec  régularité,  continue  à  gravir 
les  échelons  des  honneurs  et  on  lui  décerne,  le  i^""  sep- 
tembre 1759,  le  deuxième  prix  au  concours  des 
«  Grands  Prix  »^.  Enfin,  il  est  agréé  par  l'Académie, 
sur  la  présentation  de  son  tableau  «  Guillaume  le 
Conquérant  »,  le  28  septembre  1764^. 

Lépicié,  qui,  jusqu'ici,  était  resté  un  élève,  expose 
pour  la  première  fois  au  Salon  de  1765  et  dès  lors 
prend  place  parmi  les  maîtres.  Il  avait  alors  trente 
ans.  L'historique  des  œuvres  que  Nicolas-Bernard 

1.  Procès-verbaux  de  l'Académie....,  t.  VI,  p.  286. 

2.  Ibid.,  t.  VI,  p.  324. 

3.  Texte  inédit.  Archives  nationales,  O^  1908. 

4.  Mercure  de  France,  novembre  1756,  p.  169-170. 

5.  Procès-verbaux...,  t.  VII,  p.  102. 

6.  Ibid. y  t.  VII,  p.  270. 


-  .43- 

exposa  au  Salon  n'a  point  à  être  fait  ici,  on  le  trou- 
vera plus  loin,  au  cours  de  notre  catalogue. 

Rapidement,  il  devint  académicien,  le  i^^"  juillet 
1769,  et  adjoint  à  professeur,  le  28  juillet  1770'.  On 
lui  confie  la  suppléance  de  Falconnet,  parti  en  voyage 
à  Saint-Pétersbourg.  Comme  couronnement  de  sa 
carrière,  il  est  nommé  professeur,  le  3o  décembre 
17772.  Entre  temps,  sa  mère  mourut,  en  1773,  et  il  se 
trouva  seul  au  monde  avec  sa  sœur.  Il  avait  alors  son 
atelier  du  côté  de  la  cour  du  vieux  Louvre  et  il  vivait, 
semble-t-il,  d'une  vie  calme  et  effacée.  Aucun  de  ses 
voisins  d'atelier  :  Joseph  Vernet,  Gounod,  Chardin, 
ne  parle  longuement  de  lui.  Il  s'éteignit  sans  bruit,  le 
i5  septembre  1784,  et  fut  enterré  à  Saint-Germain- 
l'Auxerrois  en  présence  de  ses  cousins,  l'un  profes- 
seur de  mathématique  et  l'autre  marchand  fourbisseur. 
Lépicié  avait  quarante-neuf  ans.  Il  laissait  une  sœur 
qui  continua  à  habiter  au  Louvre  ;  nous  ignorons  la 
date  de  sa  mort^. 

Si  l'on  se  fiait  au  témoignage  de  ses  propres  por- 
traits, Nicolas-Bernard  nous  apparaîtrait  comme  un 
homme  plein  de  vie  et  d'énergie  :  la  figure  grêlée  sous 
une  perruque  poudrée  à  cadenette,  les  yeux  vifs;  tout 
en  lui  concorde  à  donner  une  impression  de  jeunesse 
et  de  vigueur.  Mais  nous  savons  par  ailleurs  qu'il  pos- 
sédait une  très  mauvaise  santé  ;  doué  d'une  vue  faible, 
atteint  d'une  maladie  de  poitrine  dont  il  devait  mou- 
rir encore  jeune,  il  était  nerveux  et  impressionnable  à 
l'excès.  Le  peu  que  nous  connaissons  de  son  carac- 
tère nous  permet  de  supposer  qu'il  était  très  doux, 
très  timide  et  très  modeste.  Il  était  très  aimé  de  ses 
amis.  C'était  un  travailleur  infatigable  et  qui  ne  pro- 

1.  Procès-verbaux,  t.  VIII,  p.  81,  io3. 

2.  Ibid.,  p.  3ii,  3i2. 

3.  Herluison,  loc.  cit. 


—  144  — 

duisait  pas  seulement  dans  un  but  intéressé.  Quoique 
peu  fortuné,  il  consacrait  une  grande  partie  des  fruits 
de  son  labeur  à  soulager  les  misères  d'autrui^  Lépi- 
cié  était  assez  dévot  et  avait  contracté  l'habitude,  pré- 
tend-on, de  travailler  en  tobe  de  moine^.  Vers  la  fin 
de  sa  vie,  il  subit  une  crise  morale  que  l'accès  de  vertu 
du  xviii^  siècle  finissant  ne  suffit  pas  à  expliquer. 
Le  scrupule  est  l'expression  même  du  caractère  de 
Lépicié  et  il  prend  parfois  chez  lui  une  forme  presque 
maladive.  On  le  voit,  dans  son  testament,  se  mortifier 
pour  quelques  nus  très  inoffensifs  et  demander  hum- 
blement à  «  la  Divine  Bonté  »  le  pardon  de  ses 
fautes  3. 

Dans  son  logement  du  Louvre,  Lépicié  avait  un 
atelier  fréquenté  par  deux  catégories  d'élèves.  D'abord 
des  enfants,  comme  Carie  Vernet,  Métivier,  Gounod, 
Godefroy  et  Colmart.  Une  lettre  de  1769,  écrite  par 
le  jeune  Vernet  à  son  père,  nous  fait  assister  à  la  vie 
laborieuse  du  maître  et  des  élèves''.  Ensuite  viennent 
les  élèves  de  l'Académie.  Nous  connaissons  plusieurs 
d'entre  eux.  Le  premier  dont  le  nom  nous  soit  donné 
c'est  Jean-Baptiste  Regnault,  qui  remporte,  en  1775, 
le  second  prix  de  peinture  et,  en  1776,  le  premier  au 
concours  des  «  Grands  Prix  »,  en  qualité  d'élève  de 
Lépicié^.  Cet  élève  devait  devenir  célèbre  (c'est  le 
baron  Regnault);  mais  il  serait  difficile  de  discerner 
quelle  part  eut  Lépicié  dans  la  formation  de  son  talent. 
Peut-être,  au  concours  de  1775,  un  deuxième  second 
prix  de  peinture   fut-il  adjugé  à  un  autre  élève  de 

1.  Journal  de  Paris,  loc.  cit. 

2.  Charles  Blanc,  Histoire  des  peintres,  t.  II,  p.  8. 

3.  Pour  ce  qui  concerne  le  testament  de  Lépicié,  voir  Bulle- 
tin de  la  Société  de  l'histoire  de  l'Art  français,  1910,  i"  fasci- 
cule, et,  ci-dessous,  notre  Catalogue,  n°  175. 

4.  Voir  plus  loin  au  Catalogue. 

5.  Procès-verbaux,  t.  VIII,  p.  197,  233. 


-  145- 
Lépicié  :  Jean-Nicaise  Périn,  mais  le  fait  reste  dou- 
teux'. En  1778,  le  peintre  d'histoire  Antoine  Giroust, 
qui  avait  été  l'élève  de  Vien  de  1770  à  1775,  se  voit 
décerner  le  diplôme  de  grand  prix  comme  élève  de 
Lépicié^.  En  1779,  Carie  Vernet,  qui  était  devenu  élève 
de  Lépicié  à  l'Académie,  remporte  le  deuxième  prix 
de  peinture^.  La  même  récompense  échut  à  Gounod 
en  1783;  il  n'y  eut  d'ailleurs  pas  cette  année-là  de 
premier  prix''. 

Nous  connaissons  encore  le  nom  de  quelques  élèves 
de  Lépicié.  Par  exemple,  Taillasson,  qui  remporte  le 
troisième  prix  de  peinture  en  1769''';  de  même  l'Alsa- 
cien Schall;  enfin  Pierre-Henri  Danloux^. 

IL  —  L'art  de  Lépicié. 

Le  nombre  des  élèves  de  notre  peintre  et  leurs  suc- 
cès, la  rapide  carrière  de  Nicolas-Bernard,  facilitée, 
il  est  vrai,  par  le  renom  de  son  père  et  la  protection 
de  Cochin,  attestent  la  place  importante  occupée  par 
Lépicié  dans  la  vie  artistique  de  son  époque.  Les  cri- 
tiques lui  accordèrent  d'emblée  leur  attention.  Nous 
réservons  pour  le  catalogue  les  appréciations  dont 
furent  l'objet,  année  par  année,  les  œuvres  nouvelles 

1.  Procès-verbaux,  p.  198.  Une  correction  du  manuscrit  fait 
de  Périn  un  élève  de  Du  Rameau. 

2.  Ibid.,  t.  VIII,  p.  345.  —  Antoine  Giroust,  par  L.  S.,  petit- 
neveu  du  peintre.  Pontoise,  1888,  in-8%  p.  5. 

3.  Ibid.,  t.  VIII,  p.  395. 

4.  Ibid.,  t.  IX,  p.  i65.  Voir  Journal  de  Paris,  n"  244,  i"  sep- 
tembre 1783,  p.  1007. 

5.  Voir  Correspondance  des  directeurs  de  l'Académie  de 
France  à  Rome  (lettre  de  Joseph  Vernet  à  Montucla,  i"  avril 
1774)- 

6.  Renseignements  tirés  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque 
de  l'École  des  beaux-arts  intitulé  :  École  royale  des  élèves 
protégés. 

1921  10 


-  ,46  - 

de  Lépicîé.  Cela  sera,  croyons-nous,  la  meilleure 
manière  de  suivre  le^développement  de  son  talent  et 
de  ses  succès.  Nous  nous  bornerons  à  dégager  ici  de 
quelle  façon  Lépicié  fut,  en  général,  jugé  de  ses  con- 
temporains, puis  des  auteurs  modernes. 

Disons  tout  de  suite  que  les  critiques  du  xviii«  siècle 
semblent  avoir  été  en  général  assez  bien  inspirés. 
Nous  sommes  tout  prêts  à  souscrire  à  l'opinion  expri- 
mée par  la  plupart  d'entre  eux,  quand  ils  regrettent 
le  temps  passé  par  Lépicié  à  la  peinture  d'histoire. 
Quel  dommage  qu'il  ait  «  ...  comme  tant  d'autres  la 
manie  de  peindre  l'histoire  et  de  traiter  des  sujets 
trop  élevés  pour  son  pinceau...*  »  Bachaumont cons- 
tatait de  son  côté  que  Lépicié  «  se  fait  toujours 
goûter  quand  il  ne  veut  pas  s'élever  au  genre  de  l'his- 
toire^... »,  et,  dans  la  notice  nécrologique  que  con- 
sacre à  l'artiste  le  Journal  général  de  France^  ^  «... 
quelle  manie  inexplicable,  est-il  dit,  l'a  toujours 
déterminé  à  solliciter  de  grands  ouvrages,  des  sujets 
d'histoire?  »  Il  est  vrai  que  les  regrets  unanimes  des 
contemporains  à  ce  sujet  n'ont  pas  tout  à  fait  les 
mêmes  raisons  que  les  nôtres.  Leurs  reproches  ne 
vont  point  au  genre  historique  lui-même,  mais  bien 
plutôt  au  peintre  qui  n'a  point  le  style  nécessaire  pour 
y  réussir. 

Le  Véridique  au  Salon^  comparant  Lépicié  à  Vien 
et  à  Lagrenée,  s'exprime  ainsi  : 

«...  Tout  est  de  la  même  valeur  :  les  lumières  sont 
éparpillées,  de  manière  que  chacune  des  figures  prises 
à  part  pourrait  faire  un  tableau.  Leur  rapproche- 
ment ne  produit  point  d'effet''.  »  Ceci  est  bien  vu  et 
ce  que  nous  saverhs  des  procédés  de  travail  de  Lépi- 

1.  Mercure  de  France^  i"  oct.  1785,  p.  22,  25. 

2.  Bachaumont,  Mémoires  secrets^  t.  XXIV,  p.  3o. 

3.  Samedi  10  septembre  1785,  p.  439-440  (Bibl.  nat.,  in-4% 
Lc2  69). 

4.  Le  Véridique  au  Salon,  1783,  p.  7,  9. 


—  H7  — 
cié  confirme  cette  observation.  Ces  défauts  de  com- 
position lui  ont  été  bien  souvent  reprochés  et  aussi 
la  froideur,  le  manque  d'enthousiasme  et  de  vie  dans 
ses  peintures  historiques.  C'est  là  ce  qui  irritait  si 
fort  Diderot',  en  même  temps  que  certains  péchés 
contre  «  la  vérité  historique  ».  Ce  reproche,  exprimé 
à  propos  du  premier  tableau  de  Lépicié,  nous  le  retrou- 
vons à  toutes  les  époques  de  la  vie  du  peintre  et 
le  Véridique  au  Salon  désirait,  en  1783,  «  que  ses 
formes  générales  et  ses  têtes  sentissent  l'étude  de  l'an- 
tique... » 

Pourquoi  les  critiques  regrettent-ils  si  fort  de  voir 
Lépicié  s'employer  à  la  peinture  historique,  c'est  ce 
que  nous  apprend  en  termes  heureux  un  écrivain 
anonyme  du  Salon  de  1 781  ^  :  «...  M.  Lépicié  se  tour- 
mente comme  les  autres  pour  être  grand,  mais...  ses 
efforts...  le  font  paraître  plus  petit.  Qu'a  donc  vu  de 
si  beau  cet  artiste  dans  cette  neuvaine  que  va  faire 
au  Capitole  Fabius- Dorso?...  Oh!  pour  le  coup, 
M.  Lépicié,  peignez-nous  le  départ  d'un  braconnier, 
le  jeu  de  la  fossette  et  celui  des  cartes.  » 

Comme  peintre  de  genre  en  effet,  Lépicié,  s'il  fut 
un  peu  long  à  gagner  les  sympathies  de  Diderot,  fut 
généralement  très  apprécié  de  ses  contemporains. 
Bachaumont  lui  trouve  une  vérité,  «  une  naïveté  pré- 
cieuse, qui  rendent  ses  grotesques  aimables  sans  exci- 
ter le  rire  ».  Dès  1773,  le  critique  de  V Année  littéraire 
est  séduit  par  les  petits  tableaux  de  M.  Lépicié,  dont 
il  apprécie  les  sujets  «  simples  »,  tirés  de  «  la  vie  ordi- 
naire^ ». 

Dans  les  notices  qui  parurent  après  la  mort  de 
l'artiste,  ce  sont  toujours  les  mêmes  éloges,  tempérés 
par  les  mêmes  regrets  qu'il  ne  soit  pas  toujours  resté 

1.  Œuvres^  t.  X,  p.  387. 

2.  Lettres  d'Artriomphile  à  M'^"  Mérard  de  Saint-Just... 
Paris,  1782,  p.  13-14. 

3.  Lettre  V,  12  septembre  1773,  p.  ii3  (Bibl.  nat.,  Inv.  Z.  40643). 


—  148  — 

un  peintre  de  genre.  On  lui  reconnaît  deux  grandes 
qualités  :  «  C'était  le  peintre  de  la  nature,  écrivait-on 
en  1785,  et  tout  ce  qu'il  faisait  portait  le  caractère  de 
la  vérité  '...  »  —  «...  Ses  petits  tableaux,  dit  un  autre, 
sont  d'une  vérité  étonnante  ;  la  nature  était  son  maître, 
il  l'a  toujours  écoutée  avec  la  plus  grande  docilité  2...  » 
Avec  plus  de  précision,  le  Véridique  de  1783  note  «  la 
vérité  de  ses  têtes  qui  sont  bien  celles  du  bas  peuple  », 
et  la  notice  du  Journal  de  Paris  raconte  qu'une  par- 
tie de  campagne  qui  eut  lieu  «  ...  Tannée  dernière^ 
lui  inspira  le  goût  des  animaux,  dont  il  fit  sur-le- 
champ  une  quantité  d'études...  ».  Le  souci  de  la 
vérité,  les  critiques  le  retrouvèrent  dans  son  dessin 
exact,  «  sa  manière  nette,  son  coloris  vrai...  »,  et  dès 
1773  il  est  comparé  à  Téniers.  —  Ce  nom,  nous  le 
rencontrons  bien  souvent  dans  les  écrits  qui  parlent 
de  Lépicié  :  dès  ses  premiers  essais,  dit-on,  «  ...  il  a 
atteint  la  perfection  des  Flamands  les  plus  finis...  ». 
En  somme,  on  reconnaît  facilement  une  grande  habi- 
leté technique  à  Lépicié  «  ...  M.  Greuze,  dit  le  Véri- 
dique^ comme  homme  d'esprit  fait  de  meilleurs 
tableaux,  et  M.  Lépicié  a  l'avantage  dans  la  pratique 
de  l'art...  » 

En  ce  qui  concerne  la  couleur  de  Lépicié,  elle 
donne  lieu  a  quelques  jugements  sévères.  Ainsi,  en 
1769,  on  la  trouve  «  ...  un  peu  laqueuse  et  quelque 
fois  sèche  »  et  l'on  cite  «  une  tête  de  vieille  femme 
qui  est  couleur  de  brique  et  sans  couleur  de  ton^  ». 
Bachaumont  trouve  sa  couleur  trop  souvent  «  sèche  et 
éraillée^  ».  Mais  le  plus  souvent  on  en  parle  avec 

1.  Minos  au  Salon,  1785,  p.  7. 

2.  Le  peintre  anglais  au  Salon...,  1785,  p.  8. 

3.  C'est-à-dire  en  1783.  «  Le  Tableau  de  la  cour  de  ferme  »  a 
été  exposé  en  effet  au  Salon  de  1785. 

4.  Lettre  sur  l'exposition  des  ouvrages  de  peinture...,  1769, 
p.  36. 

5.  Bachaumont,  t.  XIII,  p.  104,  io5  (1771). 


—  149  — 
éloge.  Les  mêmes  mots  reviennent.  UAnnée  litté- 
raire, en  1773,  remarque  «  ...  ce  ton  argentin  et  de 
cette  touche  savante  ».  Un  autre  critique  parlant  de 
la  couleur  de  Lépicié  déclare  qu'il  n'a  jamais  pu  en 
trouver  de  semblable  et  il  ajoute  plaisamment  :  «  Si  je 
n'avais  pas  été  si  pressé,  j'aurais  fait  un  saut  chez  l'au- 
teur lui  en  demander  une  once,  car  sûrement  on 
n'en  trouvera  point  ailleurs'...  »  —  Mêmes  éloges 
l'année  suivante  dans  VAlmanach  des  architectes  et 
des  peintres^. 


Autant  Lépicié  fut  bien  compris  et  bien  jugé  par  ses 
contemporains,  autant  il  fut  méconnu  par  la  suite.  Sa 
peinture,  entre  1800  et  1860,  fut  très  dépréciée;  il  est 
vrai,  comme  tout  l'art  du  xviii^  siècle.  Certains  de  ses 
tableaux  et  de  ses  dessins  atteignirent  en  vente 
publique  des  prix  dérisoires.  Ainsi,  la  Politesse  inté- 
ressée^ se  vendit,  en  1844,  35  francs;  la.  Réponse  dési- 
rée^^  en  1818,  3oo  francs.  Des  études  pour  la  Halle^ 
comme  la  Marchande  de  choiix^,  atteignirent,  en  1860, 
2  francs;  même  en  1878,  la  ville  du  Havre  achetait 
dix  dessins  pour  3oo  francs^. 

En  fait,  le  nom  de  Lépicié  était  peu  à  peu  tombé 
dans  l'oubli  :  on  confondait  la  plupart  du  temps  ses 
tableaux  avec  ceux  de  Greuze  et  de  Chardin.  Quelques 
critiques,  cependant,  le  réhabilitèrent.  Quoique  ayant 
peu  d'éléments  pour  le  juger,  ils  le  comprirent  à  mer- 
veille. Charles  Blanc,  dans  son  Histoire  des  peintres 
de  toutes  les  écoles"^ ^  lui  consacre  un  excellent  article 

1.  La   lanterne  magique  aux  Champs-Elysées ,    1776,  p.  i3. 

2.  1776,  p.  91. 

3.  Voir  notre  Catalogue,  n°  i63. 

4.  Ibid.,  n»  179. 

5.  Ibid.,  Dessins,  n"  443. 

6.  Ibid.,  n*  440. 

7.  T.  II.  École  française,  p.  6  (notice  sur  Lépicié). 


—    IDO  — 

dont  aucun  mot  à  l'heure  actuelle  ne  serait  à  chan- 
ger. A  partir  de  1860,  divers  grands  collectionneurs, 
tels  que  Boitelle,  J.  Burat,  le  remettent  à  la  mode,  ainsi 
qu'une  quantité  d'expositions  sur  l'art  du  xviiie  siècle, 
où  des  critiques  comme  Henri  de  Chennevières*  et 
P.  Mantz^  remarquent  ses  tableaux  et  les  apprécient 
en  des  termes  fort  justes.  Puis,  graduellement,  la  pein- 
ture de  Lépicié  bénéficie  de  l'extraordinaire  engoue- 
ment de  notre  temps  pour  le  xvni^  siècle  et  ses  œuvres 
provoquent  en  vente  publique  des  enchères  sensa- 
tionnelles dont  on  trouvera  mention  dans  quelques- 
unes  de  nos  notices. 

Il  nous  reste  peu  à  dire,  après  les  critiques  du 
XVIII*  siècle,  sur  les  grandes  peintures  dans  lesquelles 
Lépicié  a  usé  beaucoup  de  ses  forces.  Parti  de  l'art 
aimable  et  facile  de  Vanloo  et  de  Boucher,  il  a  évo- 
lué avec  son  temps,  et  autant  que  son  tempérament 
le  lui  permettait,  vers  le  goût  classique  et  sévère  d'un 
Vien  ou  d'un  David.  Il  se  fait  reconnaître  parfois  à 
certains  morceaux  de  nu  réalisés  avec  tendresse,  à 
certaines  draperies  d'un  beau  style  et  d'un  modelé 
savoureux;  mais  il  faut  avouer  qu'il  est  le  plus  sou- 
vent impersonnel  et  qu'il  n'a  pas  su  montrer,  dans 
ses  œuvres  officielles,  plus  d'intelligence  historique, 
de  génie  dramatique  ou  de  sens  décoratif  que  la 
moyenne  de  ses  contemporains. 

Si  Lépicié  nous  semble  mériter  une  place  dans 
l'histoire  de  l'art  français,  c'est  par  ses  œuvres  de 
moindres  dimensions  et  de  moindres  ambitions.  Il  y 
a  dans  notre  xviii^  siècle,  surtout  dans  la  deuxième 
moitié,  un  petit  groupe  d'artistes  qui  ont  essayé  de 
remettre  en  honneur  la  peinture  de  genre,  telle  qu'elle 

1.  Ga![ette  des  beaux-arts,  2"  période,  t.  XXIX,  p.  172.  Expo- 
sition de  l'Art  du  xviii"  siècle  (1884). 

2.  Id.,  ibid.,  t.  XXXI,  p.  5o5.  Portraits  du  siècle  {i885).  Voir 
aussi  Préface  de  la  Vente  J.  Burat,  28,  29  avril  i885,  p.  xi. 


—  i5i  — 

s'était  développée  aux  Pays-Bas  un  siècle  auparavant. 
Nous  l'avons  vu  et  on  pourra  le  constater  encore  au 
cours  du  présent  catalogue,  le  public  et  les  critiques, 
loin  de  mépriser  ces  œuvres  d'inspiration  modeste, 
les  accueillirent  avec  une  sympathie  marquée; 
quelques  toiles  de  Lépicié  resteront  parmi  les  meil- 
leures que  l'on  ait  produites  alors  en  ce  genre. 

Les  sujets  préférés  du  peintre  sont  pris  dans  la  vie 
ordinaire  et  courante.  Volontiers,  il  fait  les  portraits 
de  ses  élèves,  Carie  Vernet  le  plus  souvent;  il  n'em- 
ploie jamais,  semble-t-il,  des  modèles  de  profession; 
il  se  sert  de  sa  famille,  de  ses  amis  et,  lorsqu'il  veut 
peindre,  se  contente  de  regarder  auprès  de  lui  «  ses 
élèves  déjeunant  dans  son  atelier  »  (lySS),  «  une  jeune 
mère  allaitant  son  enfant  »  (1774)  ou  «  faisant  lire  sa 
petite  fille  »  (1774). 

Son  dessin,  en  général,  est  correct  et  aimable, 
quelquefois,  peut-être,  un  peu  trop  égal  et  tranquille, 
mais  souvent  aussi  d'une  tendresse  exquise.  Quand 
Lépicié  s'oublie  un  peu  et  s'anime  au  contact  du 
modèle,  comme  dans  la  Femme  avec  son  enfant  ou  la 
Jeune  fille  relevant  son  tablier,  il  ajoute  à  sa  finesse 
et  à  sa  distinction  habituelles  l'autorité  d'un  véritable 
maître. 

Quant  à  sa  couleur,  on  lui  a  souvent  reproché,  et 
jusque  de  nos  jours  ^,  d'être  sèche,  froide  et  grise.  Elle 
nous  paraît,  au  contraire,  grasse  et  délicatement  nuan- 
cée. Que  l'on  regarde  ses  tableaux  d'histoire  (Vénus  et 
Adonis^  i']Ç)Qi)  ou  ses  tableaux  de  genre  (Un  tableau  de 
famille^  1767  ;  la  Bonne  Mère,  1774)  ;  il  en  est  toujours 
de  même  :  sa  pâte  est  savoureuse,  croustillante,  épaisse 
aux  bons  endroits.  Il  faut  le  juger  surtout  dans  les 
accessoires  de  ses  compositions  :  le  bois  d'une  table, 
bien  patiné  et  légèrement  ensoleillé,  un  carton  à  des- 
sin bourré  de  feuilles  à  la  fois  souples  et  épaisses, 

I.  Schéfer,  L'art  et  les  mœurs  en  France,  p.  112. 


—    l52    — 

une  jupe  de  satin  à  petites  rayures,  lui  fournissent 
prétexte  à  des  natures  mortes  qui  sont  un  véritable 
régal. 

Les  harmonies  de  tons  de  Lépicié  sont  toujours 
très  simples  et  très  fines.  Dans  ses  portraits,  ses  per- 
sonnages sont  habillés  en  gris,  le  fond  du  tableau  est 
gris,  et  un  foulard  blanc  ou  une  chemise  blanche 
arrêtent  la  lumière  et  l'œil.  Le  charme  de  sa  palette 
est  dans  le  ton  argenté  de  ces  gris. 

Il  a  certes  regardé  Téniers  et  Terburg,  mais  le 
peintre  de  Narcisse  et  d'Adonis  ne  peut  apporter  dans 
l'observation  la  même  qualité  de  réalisme  qu'un  Fla- 
mand ou  un  Hollandais.  Il  sait  être  intime  et  naturel, 
mais  de  son  passage  dans  la  peinture  d'histoire  il 
garde  une  note  de  noblesse  et  d'élégance  qui  est  bien 
de  son  temps  et  de  son  pays.  Dans  un  album  des 
chefs-d'œuvre  du  Musée  de  l'Ermitage,  un  jeune 
enfant  peint  par  Lépicié  figure  entre  un  Chardin  et 
un  Greuze.  Il  ne  saurait  être  mieux  à  sa  place  qu'entre 
ces  deux  peintres  de  la  bourgeoisie  distinguée,  à  qui 
il  fait  penser  tour  à  tour,  et  dont  il  s'est  constam- 
ment inspiré  sans  cependant  se  confondre  avec  eux. 

La  comparaison  n'est  pas  toujours  à  son  désavan- 
tage. Non  qu'il  atteigne  le  faire  magistral,  la  puis- 
sance concentrée  de  Chardin,  ou  même  le  brio  et  la 
chaleur  que  montre  Greuze  dans  ses  bons  jours,  mais 
il  a  une  discrétion  et  une  finesse  de  sentiments,  une 
vision  délicate  de  la  couleur,  un  dessin  distingué  et 
sensible  qui  font  de  quelques-unes  de  ses  toiles  de 
véritables  chefs-d'œuvre. 

Que  l'on  revoie  ou  que  l'on  évoque  par  la  pensée 
le  Petit  Dessinateur  au  milieu  de  la  salle  du  xviii^  siècle 
au  Louvre.  —  Quel  tableau,  de  quel  maître,  pourrions- 
nous  voir  sans  regret  prendre  la  place  de  cette  œuvre 
parfaitement  exquise  dans  sa  simplicité? 

Philippe  Gaston-Dreyfus. 


—  i53  - 
CATALOGUE    RAISONNÉ 

DE    l'œuvre    peint    ET    DESSINÉ 
DE 

NICOLAS-BERNARD    LÉPICIÉ 


TABLEAUX. 

I.  —  Histoire. 
a)    Œuvres    datées. 


.  La  descente   de  Guillaume  le  Conquérant  sur  les 
côtes  d'Angleterre. 

Guillaume,  duc  de  Normandie,  abordé  aux  côtes  de 
Sussex,  exhorte  son  armée  à  vaincre  ou  à  mourir,  et, 
pour  déterminer  ses  soldats,  par  le  coup  le  plus  hardi, 
il  fixe  leur  attention  sur  sa  flotte  en  jeu.  {Richesses 
d'art,  Province,  t.  V,  p.  72.) 

Toile,  forme  cintrée.  H.  4'"oo;  L.  8'"45. 

Voir  plus  loin  le  dessin  préparatoire  :  n"  270. 

Salon  de  1765,  n»  162. 

Envoyé  dans  le  réfectoire  de  l'abbaye  aux  Hommes  à  Caen, 
pour  lequel  il  avait  été  commandé  par  les  Bénédictins  réfor- 
més de  la  congrégation  de  Saint-Maur.  Il  est  encore  à  son 
emplacement  primitif,  mais  les  bâtiments  de  l'abbaye  sont 
aujourd'hui  utilisés  par  le  lycée  Malherbe,  a  Caen.  Le 
tableau  occupe  le  fond  du  réfectoire. 

Lors  de  son  apparition  au  Salon  de  1765,  ce  tableau  fut 
fort  remarqué  du  public  et  des  critiques. 

Diderot  marque  son  enthousiasme  pour  le  sujet,  mais  non 
pour  l'œuvre  :  «  ...  Cela  est  mille  fois  plus  froid  et  plus 
maussade  que  le  passage  d'un  régiment  sous  les  murs  d'une 
ville  de  province  en  allant  à  sa  garnison...  Rien  ne  remplace, 
dans  le  tableau  de  Lépicié,  l'intérêt  qu'il  a  négligé.  Il  n'y  a 


-  .54  - 

ni  harmonie,  ni  noblesse.  Il  est  sec,  dur  et  cru.  )>  {Œuvres, 
édition  Assézat  et  Tourneux,  t.  X,  p.  SSy-SSg). 

Dans  le  Journal  encyclopédique  (novembre  lyôS,  t.  VIII, 
p.  82-83),  le  critique  est  du  même  avis  que  Diderot  :  «  ...  La 
pensée  n'y  est  pas  rendue  avec  assez  d'intérêt...  Il  est  de  la 
force  d'un  élève...  auquel  il  manque  la  connaissance  des 
grands  peintres  d'Italie,  tels  que  Piètre  de  Cortone,  Raphaël, 
Paul  Véronèse,  etc.,  dont  les  ouvrages  seuls  peuvent  don- 
ner aux  jeunes  peintres  les  moyens  de  développer  les  idées 
les  plus  grandes  et  fournir  les  plus  belles  ressources  à  celui 
qui  a  de  l'invention...  » 

Le  Mercure  de  France  (octobre  1766,  p.  188-189)  et  V Avant- 
Coureur  (9  septembre  1765,  p.  557)  sont  au  contraire  très 
élogieux. 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  Année  littéraire,  lettre  VII, 
1765,  p.  i58,  et  aussi  Lettres  à  Monsieur***  (par  Mathon  de 
la  Cour,  le  fils)  sur  les  peintures,  les  sculptures...  exposées 
au  Salon  du  Louvre  en  1765,  Paris,  octobre  1765,  in-12,  p.  68. 

2.  Jésus-Christ  baptisé  par  saint  Jean. 

Saint  Jean,  revêtu  d'une  peau  de  mouton,  étend  la 
main  droite  sur  la  tête  du  Christ,  agenouillé  et  incliné; 
il  est  couvert  d'une  draperie  blanche.  A  droite,  trois 
personnages,  vus  seulement  en  buste,  contemplent  la 
scène;  à  gauche,  une  colombe  et  trois  anges  voltigent 
dans  les  nuages,  d'où  sortent  trois  têtes  d'archanges  ». 
{Richesses  d'art,  Province,  t.  V,  p.  72.) 

Signé  :  Lépicié,  ij63. 

Toile,  forme  cintrée.  H.  2^50;  L.  2'"i7. 

Salon  de  1765,  n"  i63. 

Comme  le  précédent  (n»  i),  il  avait  été  commandé  pour 
l'abbaye  aux  Hommes  et  se  trouve  dans  le  réfectoire  du 
LYCÉE  Malherbe,  a  Caen. 

Ce  tableau  passa  inaperçu;  seul,  Diderot,  impitoyable,  prit 
longuement  l'artiste  à  partie.  {Œuvres,  t.  X,  p.  389-391.) 

3.  Saint  Grépin  et  saint  Crépinien  distribuant  leurs 
biens  aux  pauvres. 

Les  deux  jeunes  saints  sont  élevés  et  debout  sur 
une  espèce  d'estrade.  A  droite,  au  dessous  de  l'estrade, 
des  vieillards,  des  femmes,  des  enfants,  une  troupe  de 
pauvres,  les  bras  tendus  vers  eux  et  attendant  la  dis- 


—  i55  — 

tribution.  Sur  l'estrade,  derrière  les  saints,  à  gauche, 
deux  assistants  ou  compagnons. 

H.  7  pieds;  L.  5  pieds  (2'"28;  i'"62). 

Voir,  plus  bas,  la  réplique  réduite  de  ce  tableau  (n°  4). 

Salon  de  1765,  n"  164. 

«  Ce  tableau  fut  envoyé  à  une  des  églises  de  Châlons-sur- 
Marne  »,  dit  le  Livret  du  Salon. 

Cette  fois-ci,  Diderot  fait  des  compliments  à  Lépicié,  mais 
c'est  pour  l'accuser,  un  peu  plus  loin,  de  vil  plagiat  :  «  ...  Mon 
ami  tirez...  votre  chapeau,  faites  aussi  la  révérence  à  saint 
Crépin  et  à  saint  Crépinien  et  saluez  Le  Sueur...  »  (T.  X, 
p.  391-393.) 

Mathon  de  la  Cour  dit,  d'autre  part  :  «  ...  Le  tableau  de 
saint  Crépin  et  saint  Crépinien...  m'a  paru  composé  avec 
beaucoup  d'art.  Il  paraît  que  l'auteur  a  voulu  imiter  la  ma- 
nière de  Carie  Vanloo,  et  cet  essai  fait  concevoir  de  grandes 
espérances...  »  [Lettres  à  Monsieur  ***,  p.  69.) 

Les  autres  critiques  louent  «  la  composition  ingénieuse  et 
le  bon  goût  de  l'auteur  ».  Voir  :  Année  littéraire,  4  octobre 
1765,  p.  i58;  Mercure  de  France^  octobre  1765,  p.  189. 

4.  Saint  Crépin  et  saint  Crépinien  distribuant  des 
aumônes. 

«  Dix  figures  bien  grouppées  en  forment  la  composi- 
tion. Ce  sujet  a  été  exécuté  en  grand  pour  Châlons  en 
Bourgogne.  »  [Catalogue  de  la  vente  Lépicié.) 

Toile.  H.  12  pouces;  L.  9  pouces  (o'"32;  0^24)  ou  14  pouces 
sur  II  (o'"38;  o'"3o). 
Réduction  du  n°  précédent  (n'  3). 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  33. 
Vente,  28  décembre  1785,  n"  78. 

5.  Jésus-Christ  ordonne  à  ses  disciples  de  laisser 
approcher  les  enfants  qu'on  lui  présente. 

Assis  sous  un  palmier  et  vu  de  profil,  Jésus-Christ 
regarde  à  gauche  trois  petits  enfants  qui  tendent  les 
mains  vers  lui  et  que  lui  présentent  deux  femmes,  un 
vieillard  et  un  jeune  homme. 

Un  vieillard,  assis  à  droite,  contemple  les  enfants. 
Deux  têtes  apparaissent  au  second  plan,  à  droite.  Le 


—  i56  — 

Christ  est  vêtu  d'un  manteau  bleu  à  larges  ondulations, 
par-dessus  une  robe  rosée. 

Signé,  en  bas,  à  droite  :  Lépicié,  ijSy. 

Toile,  forme  cintrée.  H.  s^So;  L.  z^iy. 

Voir  la  réplique  réduite  (n"  6)  et  le  dessin  (n"  271). 

Salon  de  1767,  n»  i32. 

Comme  le  n°  2  et  le  n"  i,  il  avait  été  commandé  pour 
l'abbaye  aux  Hommes  et  se  trouve  dans  le  réfectoire  du 
LYCÉE  Malherbe,  a  Caen. 

Diderot  n'est  pas  plus  tendre  que  lors  du  Salon  précédent. 
Il  compare  ce  tableau  à  une  chapelle  portative  que  les 
pauvres  habitants  de  Sainte-Reine  promènent  sur  leurs 
épaules,  «  de  bourg  en  ville  ».  Si  Lépicié  veut  bien  «  placer 
ce  tableau  en  enseigne  à  sa  porte,  je  lui  garantis,  dit-il,  la 
pratique  de  tous  ces  gens  qui  chantent  dans  les  rues,  montés 
sur  des  escabeaux,  la  baguette  à  la  main,  à  côté  d'une  longue 
pancarte  attachée  à  un  grand  bâton...  ».  (T.  XI,  p.  289-291.) 

6.  Notre-Seigneur  bénissant  les  enfants. 

«  ...  Composé  de  douze  figures...,  le  sujet  a  été  exé- 
cuté en  grand  pour  l'église  des  Bénédictins  à  Caen.  » 

Toile,  sans  bordure.  H.  i3  pouces;  L.  12  pouces  (o"35;  o'"32). 
Vente  Lépicié,  10  février  1786  (n"  28).  Voir  le  n"  précédent 
(n»  5). 

7.  La  conversion  de  saint  Paul. 

«  ...  Il  (saint  Paul)  est  enveloppé  de  la  masse  des 
rayons  qui  le  frappent...  Le  casque  s'est  séparé  de  la 
tête,  et  il  est  à  terre  au-dessous.  Plus  à  droite...,  courbé 
en  devant  et  sortant  du  fond,  un  soldat  relève  Saùl... 
Sur  un  plan  plus  enfoncé,  vu  de  face,  un  soldat  sur  son 
cheval...;  derrière,  des  têtes  de  satellites  épouvantés...  » 
[Diderot,  t.  XI,  p.  291,  292.) 

H.  3  pieds,  3  pouces;  L.  2  pieds  1/2  (l'^oS;  o^Si). 

Salon  de  1767,  n"  i33. 

La  chapelle  du  lycée  de  Caen  [Inventaire  Richesses  d'art, 
...,  t.  V,  p.  72)  contient  un  grand  tableau  figurant  ce  sujet 
(H.  2°'8o;  L.  i°'7o),  qu'on  attribue  à  un  certain  Dom  Four- 
nier,  moine  bénédictin.  Nous  n'avons  pas  pu  l'examiner  nous- 
même.  Peut-être  est-il  de  Lépicié.  En  tout  cas,  il  est  assez 
probable  que  le  tableau  du  Salon  de  1767  a  servi  de  modèle 


—    137   — 

au  grand.  Détail  significatif  :  dans  tous  les  deux,  saint  Paul 
est  représenté  foudroyé  et  soutenu  par  un  soldat,  tandis  que 
son  casque  roule  par  terre. 

A  contre-cœur,  Diderot  daigne  enfin  distribuer  quelques 
compliments  :  «  ...  Cette  gloire  est  bien  lumineuse.  Le  saint, 
renversé  dans  cette  direction,  est  aussi  bien  renversé...  Le 
cheval  est  beau  et  sa  crinière  flotte  bien.  La  gloire  m'a  paru 
belle.  La  lumière  forte  et  vraie...;  le  tout  est  mieux  dessiné, 
mieux  coloré  qu'il  n'appartient  à  Lépicié...  Mais  est-ce  que 
Lépicié  voudrait  devenir  quelque  chose?  Faire  le  second 
tome  de  La  Grenée.»*  Je  n'en  crois  rien.  »  (T.  XI,  p.  291,  292.) 

.  Adonis  changé  en  anémone  par  Vénus. 

Adonis,  étendu,  contemple  Vénus  qui  lui  prend  la 
tête  dans  ses  bras.  A  côté  d'eux,  une  anémone,  deux 
chiens.  Dans  le  ciel,  un  amour  et  des  colombes. 

Signé  vers  la  droite  :  Lépicié^  1J82. 

Toile.  H.  0^75 ;  L.  i'"59  (légers  agrandissements  survies 
côtés). 

Voir,  plus  bas  (n**  23),  la  réplique  réduite  de  ce  tableau 
exposée  au  Salon  de  1771  et  le  pendant  (n°  21)  exposé  aussi 
au  Salon  de  1771. 

Salon  de  1769,  n»  i23. 

Il  avait  été  commandé  pour  le  roi  (voir,  plus  bas,  le  texte 
de  cette  commande,  n°  21)  :  «  ...  Destiné  à  décorer  le  nouveau 
pavillon  de  Trianon...  »,  dit  le  Livret  du  Salon.  Il  est  encore 
à  son  emplacement  primitif  et  décore  un  dessus  de  porte  du 
CABINET  FLEURISTE  DU  Petit-Trianon  (n"  193  de  la  Notice 
rédigée  en  1882). 

Si  notre  confrère,  M.  Gaston  Brière,  n'avait  eu  l'obligeance 
de  vérifier  pour  nous  la  date  (1782)  inscrite  sur  le  tableau, 
nous  aurions  pu  croire  à  une  erreur  de  la  notice,  car  l'œuvre 
actuelle  ne  paraît  pouvoir  être  que  celle  du  Salon  de  1769. 
On  peut  supposer  qu'elle  a  été  retouchée  et  datée  à  nouveau 
après  sa  mise  en  place. 

...  Diderot  avait  noté  en  marge  de  son  Livret  :  «  Vénus, 
mesquine,  singulièrement  contournée,  et  Adonis,  livide,  dont 
on  aurait  pu  dire  comme  de  Lazare  :  jam  fœtet.  »  (T.  XI, 
p.  434.)  Bachaumont,  au  contraire,  goûte  la  sensibilité  de  Lépi- 
cié; il  trouve  que  «  ...  la  figure  de  la  déesse  est  intéressante 
et  invite  le  spectateur  à  la  plaindre.  Il  y  a,  dit-il,  beaucoup  de 
souplesse,  de  délicatesse  dans  la  manière  dont  elle  soutient 
la  tête  défaillante  de  son  amant  et  cherche  à  la  faire  reposer 


—  i58  — 

mollement  sur  son  bras  ».  [Mémoires  secrets,  20  septembre 
1769,  t.  XIII,  p.  60-61.) 

Dans  le  Livret  du  Salon,  illustré  par  Saint-Aubin,  il  y  a 
une  esquisse  d'Adonis  changé  en  anémone,  «  ...  dont  Saint- 
Aubin  précise  la  date  d'entrée  au  Salon  par  ces  trois  notes 
successives  :  «  Non,  le  25  aoust,  8  sept.;  oui,  le  10  sept...  » 
{Les  catalogues  illustrés  par  Saint-Aubin,  t.  I-II,  par  E.  Da- 
cier,  p.  80.) 

9.  Achille  instruit  dans  la  musique  par  le  centaure 
Ghiron. 

Toile.  H.  i'"42;  L.  l'^gb. 

Morceau  de  réception  à  l'Académie. 

Salon  de  1769,  n»  124. 

Envoyé  au  château  de  Vincennes  pour  décorer  un  pla- 
fond, il  y  était  encore  en  1869  {Notice  des  dessins...  du  Louvre, 
1*  partie,  par  Fr.  Reiset,  p.  356).  Musée  de  Troyes,  depuis 
le  12  mai  1896  (n'  i32  du  Catalogue). 

Les  critiques  n'ont  que  louanges  et  encouragements  pour 
Lépicié,  excepté  M.  Raphaël,  «  rapeur  de  tabac  »,  et  Diderot, 
comme  bien  on  le  pense  :  «  Les  différents  ouvrages  que  nous 
voyons  de  lui  cette  année  donnent  la  plus  haute  idée  de  ses 
talents...  Son  Achille  est  exécuté  avec  art;  l'effet  en  est  bien 
entendu...  On  ne  saurait  trop  encourager  cet  artiste...  »  {Année 
littéraire,  lettre  XIII,  4  septembre  1769,  p.  3o8.) 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  Diderot,  t.  XI,  p.  434; 
Avant-Coureur,  18  septembre  1769,  p.  596;  Bachaumont, 
t.  XIII,  p.  60-61  ;  Lettre  de  M.  Raphaël  à  M.  Jérosme,  1769, 
p.  33,  et  Réponse  de  M.  Jérôme,  1769,  p.  27. 

10.  La  peinture. 

Représentée  sous  les  traits  d'une  femme  sur  une 
nuée,  assise  devant  un  chevalet.  Un  amour  lauré  der- 
rière elle  semble  l'inspirer.  Appuyés  contre  le  chevalet, 
un  carton  à  dessin  et  une  boîte  à  peindre. 

Bois.  H.  4  pieds  3  pouces;  L.  2  pieds  1/2  (i'"38;  o'"78). 

Fait  partie  de  la  série  de  quatre  tableaux  exécutés  par 
Lépicié  sur  les  dessins  de  C.-N.  Cochin  pour  ce  dernier  (voir 
les  n"  II,  24,  25). 

Salon  de  1769,  n"  I25. 

Vente  C.-N.  Cochin,  21  juin  1790,  n°  2. 

Vente  (La  Béraudière),  26  mai  1913,  n°  24. 


-  i59- 

11.  L'architecture. 

Une  jeune  femme,  assise  sur  des  fragments  antiques, 
tient  un  enfant  nu  qui  dessine  un  chapiteau  corinthien 
renversé  à  terre.  Une  règle  et  un  compas  sont  appuyés 
contre  un  entablement. 

Bois  parqueté.  H.  4  pieds  3  pouces;  L.  2  pieds  1/2  (i^SS; 
0-78). 

Fait  partie  de  la  même  série  que  le  n"  précédent  et  les 
n<"  24-25. 

Salon  de  1769,  n"  126. 

Vente  C.-N.  Cochin,  21  juin  1790,  n"  2  (où  ce  tableau  est 
désigné  par  erreur  comme  figurant  la  Gravure). 

Vente  (La  Béraudière),  26  mai  191 3,  n°  26. 

Voir  Diderot,  t.  XI,  p.  434. 

12.  Visitation. 

A  la  porte  de  sa  demeure,  sainte  Elisabeth  reçoit 
avec  respect  la  Vierge  qui  vient  la  visiter.  Un  peu  en 
arrière,  saint  Joseph  et  Zacharie  s'embrassent  avec  effu- 
sion. Au  premier  plan,  un  paysan  décharge  les  bagages 
des  voyageurs. 

Signé  sur  les  marches  de  l'escalier  et  daté  :  lyôg  (et  non 
pas  1763,  comme  l'indique  par  erreur  le  dernier  Catalogue). 

Toile.  H.  o^ôô;  L.  o'-35. 

Réplique  réduite  ou  esquisse  du  n°  suivant. 

Salon  de  1769,  n°  128. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  25. 

Vente,  28  décembre  1785,  n"  76. 

Vente  du  cabinet  Eugène  Tondu,  10- 1 5  avril  i865,  n»  147 
(avec  l'indication;  signé  :  1744). 

Vente  Boittelle,  24,  25  avril  1866,  n»  80  (vendu  520  francs). 

Vente  Masson,  T"'  février  1875,  n°  40  (vendu  53o  francs). 

Vente  Ferai,  22-24  ^^ril  1901,  n"  44  (vendu  780  francs  à 
Michel,  marchand). 

i3.  Visitation. 

Exécuté  en  grand  d'après  le  n°  précédent  dans  le  chœur 
de  la  cathédrale  de  Bayonne.  (Livret  du  Salon  de  1769.) 
Toile.  H.  12  pieds  2  pouces;  L.  6  pieds  6  pouces  (3'"9o; 

2""I0). 

Un  des  deux  tableaux  commandés  à  Lépicié  par  l'évêque 
d'Arche,  le  18  juillet  1768,  par  l'entremise  de  Joseph  Vernet. 


—  i6o  — 

Payés  400  livres  (voir  Joseph  Vernet,  par  L.  Lagrange,  p.  400). 

Pendant  au  n'  suivant. 

Cathédrale  de  Bayonne  (1769-1849)  (voir  Guide...  dans  une 
visite  de  la  cathédrale  de  Bayonne,  1894,  p.  87-88). 

Se  trouvait  encore  en  1894  dans  un  grenier  de  l'évêché.  A 
disparu  depuis  lors. 

14.  Mariage  de  la  Vierge. 

Toile.  H.  12  pieds  2  pouces;  L.  11  pieds  6  pouces  (3"9o; 
S-ôô). 

Un  des  deux  tableaux  commandés  au  peintre  par  l'évêque 
d'Arche,  le  18  juillet  1768  (payé  600  1.)  par  l'entremise  de 
Joseph  Vernet. 

Pendant  au  n»  précédent. 

Cathédrale  de  Bayonne  (1769-1849). 

Disparu. 

i5.  Mariage  de  la  Vierge. 

Toile.  H.  18  pouces;  L.  i5  pouces  (o"5o;  o"'4i). 
Réplique  réduite  ou  esquisse  du  n°  précédent. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  26. 

16.  Sainte  Elisabeth  et  saint  Jean. 

H.  8  pieds;  L.  4  pieds  6  pouces  (2'"59;  i"'45). 

Salon  de  1771,  n°  27. 

Actuellement  église  Saint-Martin  de  Castres  (Gironde). 

Voir  le  dessin,  n°  272. 

Diderot  a  été  probablement  convaincu  par  les  arguments 
du  «  rapeur  de  tabac  »  au  Salon  précédent,  car  il  reconnaît 
que  «  ...  l'auteur  mérite  sans  doute  de  l'encouragement.  Le 
Saint  Jean,  dit-il^  est  assez  bien  dessiné.  Un  peu  plus  de 
souvenir  des  ouvrages  du  Carrache  et  de  sa  chaleur  dans  le 
faire  ne  nuiraient  pas  à  M.  Lépicié,  que  l'on  voit  qui  étudie 
sérieusement...  ».  (T.  XI,  p.  479.) 

Voir  aussi  La  Muse  errante  au  Salon  en  vers  libres... 
Paris,  1771,  p.  14. 

17.  Le  martyre  de  saint  André. 

«  ...  Signé  et  daté  :  i/yi...  » 

H.  6  pieds  8  pouces;  L.  4  pieds  2  pouces  (2"i6;  i^SS). 

Voir,  plus  bas  (n°  18),  la  réplique  réduite  de  ce  tableau. 

Salon  de  1771,  n°  28. 

Actuellement  abbaye  de  Saint-Riquier  en  Picardie. 


-  i6i  - 

Par  une  fortune  rare,  quand  il  s'agit  d'un  tableau  de  Lépî- 
cié,  nous  possédons  une  critique  récente  sur  le  Martyre  de 
saint  André  :  «  ...  Ce  tableau,  dit  Ph.  de  Chennevières,  le 
plus  grand  que  nous  ayons  vu  de  la  main  de  ce  maître,  qui 
a  surtout  réussi  dans  les  scènes  familières...,  est  exécuté 
dans  une  manière  de  décoration  très  vigoureuse  et  rappelle 
à  la  fois  la  pâleur  et  la  verve  de  la  palette  de  Deshays.  Les 
soldats  vus  à  mi-corps  qui  occupent  le  premier  plan  à  droite 
sont  assez  remarquables  par  leur  solidité...  »  {Les  tableaux 
de  l'abbaye  de  S aint-Riquier...,  L'Artiste,  ':>"  série,  juin  i85o, 
janvier  i85i,  t.  V,  p.  ii3.) 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  Avant-Coureur,  i6  sep- 
tembre 1771,  p.  583;  Diderot,  t.  XI,  p.  479,  480;  La  Muse 
errante  au  Salon...,  1771,  p.  14-15. 

18.  Le  martyre  de  saint  André. 

«  ...  Composé  de  six  figures  et  de  plusieurs  anges.  » 

Toile,  sans  bordure.  H.  16  pouces;  L.  10  pouces  (o"'43;  o"»27). 

Voir  le  n°  précédent. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  32. 

Vente,  28  décembre  1785,  n"  77. 

19.  Le  martyre  de  saint  Denis. 

H.  5  pieds;  L.  3  pieds  6  pouces  (i"62;  i'»i3). 

Voir,  plus  bas,  la  réplique  réduite  de  ce  tableau  au  n' 
suivant. 

Salon  de  1771,  n"  29.  Il  avait  été  commandé  pour  le  roi  : 
«  ...  Mémoire  d'un  tableau  représentant  le  Martyre  de  saint 
Denis...  Il  est  destiné  pour  la  chapelle  de  la  Chancellerie  à 
Compiègne...  Au  sieur  Lépicié,  peintre,  800  livres  pour  son 
payement  d'un  tableau  représentant  saint  Denis,  qu'il  a  fait 
en  1771  (le  payement  est  en  date  du  23  avril  1776)...  »  (Enge- 
rand,  Inventaire  des  tableaux  commandés...  de  ijog  à  lygz, 
p.  286.) 

Diderot  reproche  précisément  à  Lépicié  ce  qui  fait  le 
charme  particulier  de  sa  palette  :  «...  Tout  est  gris,  dit-il; 
cela  ressemble  à  des  ébauches  fort  avancées...  »  {Diderot, 
t.  XI,  p.  480.) 

Voir  aussi  :  L'Avant-Coureur,   16  septembre  1771,  p.  583. 

20.  Saint  Denis  prêt  à  être  décapité. 

Toile,  sans  bordure.  H.  18  pouces;  L.  12  pouces  (o"'5o;o"=32). 

Voir  le  n"  précédent. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785  (n»  3i). 

1921  II 


—    102    — ^ 

21.  Narcisse  changé  en  la  fleur  qui  porte  son  nom. 

Narcisse  se  mire  danô  l'eau  d'une  fontaine;  l'Amour 
près  de  lui  l'éclairé  de  son  flambeau;  on  aperçoit  un 
chien  à  gauche;  à  droite,  un  arc  et  un  carquois. 

Signé  :  Lépicié,  177J. 
Toile.  H.  o»73;  L.  i°3i. 

Voir  le  pendant,  exposé  en  1769  (n"  8)  et  les  répliques, 
n"»  22  et  33. 

Salon  de  1771,  n°  3o.  Comme  «  Adonis  changé  en  ané- 
mone... »  (n"  8),  il  avait  été  commandé  pour  le  roi  : 
«  ...  Mémoire  de  deux  tableaux  faits  pour  le  service  du  roy 
sous  les  ordres  de  M.  le  marquis  de  Marigny...  Au  sieur 
Lépicié,  peintre,  1,600  livres  pour  son  payement  de  deux 
tableaux,  dessus  de  porte...,  qu'il  a  faits  en  1768  et  années 
suivantes...  (payement  en  date  du  14  mars  1781)...  »  (Enge- 
rand,  Inventaire...,  p.  286.)  Il  est  encore  à  son  emplacement 
primitif  et  décore  un  dessus  de  porte  du  cabinet  fleuriste 
DU  Petit-Trianon  (n»  194  de  la  Notice...). 

Gravé  par  J.-Ch.  Levasseur  en  1778;  l'estampe  se  vendait 
3  livres.  {Journal  de  Paris,  n»  181,  3o  juin  1778,  p.  723.) 

22.  Narcisse  changé  en  la  fleur  qui  porte  son  nom. 

H.  I  pied;  L.  17  pouces  (o'"32;  o'"46). 
Voir  les  n"  22  et  33  et  le  pendant  n"  23. 
Salon  de  1771,  n"  3i. 

23.  Adonis  changé  en  anémone. 

H.  I  pied;  L.  17  pouces  (o'"32;  o"46). 

Voir  le  pendant  au  n"  précédent  et  le  n°  8. 

Salon  de  1771,  n"  32. 

Vente  Gochin,  21  juin  1790  (n»  3). 

24.  La  sculpture. 

Une  femme,  dans  un  atelier,  contemple  un  buste 
d'Henri  IV  posé  sur  une  selle.  Un  enfant  nu,  debout, 
prend  les  proportions  avec  son  porte-crayon. 

Signé  et  daté,  en  bas,  à  droite  :  176  (le  dernier  chiffre 
incomplet,  probablement  9). 

Bois.  H.  4  pieds  3  pouces;  L.  2  pieds  6  pouces  (i^SS;  o"78). 

Voir  le  dessin,  n°  271  bis. 

Fait  partie  de  la  série  de  quatre  tableaux  exécutés  par 


îz:  Z 


-  i63  - 

Lépicié  sur  les  dessins  de  C.-N.  Cochin  pour  ce  dernier  (voir 
les  n"  10,  II,  25). 

Salon  de  1771,  n*  33. 

Vente  C.-N.  Cochin,  21  juin  1790,  n°  2. 

Vente  (La  Béraudière),  26  mai  191 3,  n"  25. 

25.  La  musique. 

Elle  est  représentée  sous  les  traits  d'une  jeune  femme 
assise  sur  une  nuée,  pinçant  de  la  harpe;  un  amour, 
jouant  du  violon,  lui  fait  face  et  l'accompagne.  A  leurs 
pieds,  des  instruments  et  des  attributs. 

Bois.  H.  4  pieds  3  pouces;  L.  2  pieds  6  pouces  (i°38;  o'"78). 

Fait  partie  de  la  même  série  que  les  n"  10,  11,  24. 

Peint  vers  1769-1771. 

Vente  C.-N.  Cochin,  21  juin  1790,  n"  2. 

Vente  (La  Béraudière),  26  mai  1913,  n"  27. 

Pour  toute  la  série,  voir  :  Mercure  de  France^  octobre  1771, 
p.  181-182;  Diderot,  t.  XI,  p.  481  ;  Avant-Coureur,  ^IT^^  P-  583- 
584;  La  Muse  errante  au  Salon,  p.  i5. 

26.  La  colère  de  Neptune  ou  le  «  Quos  Bgo  ». 

Neptune,  sur  son  char,  traîné  par  des  chevaux  marins; 
il  est  armé  de  son  trident  et  étend  son  bras  sur  la  mer; 
au  loin,  à  gauche,  un  navire  qui  sombre  ;  à  droite,  les 
vents  déchaînés,  naïades  et  monstres  marins. 

Toile.  H.  II  pouces;  L.  20  pouces  (o'"29;  o'"54). 

Voir  aux  dessins  n»  271  ter. 

Salon  de  1771,  n"  34. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  7. 

Vente  du  cabinet  de  M.  ***  (de  Vaudreuil),  26  novembre 
1787,  n"  81.  Vendu  100  livres  à  Galan. 

C'est  l'un  des  tableaux  que  Lépicié,  dans  son  testament 
(voir,  pour  le  testament  et  aussi  pour  la  critique  du  «  Quos 
Ego  »,  par  Diderot  :  Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de 
l'Art  français,  1910,  i"  fascicule),  regrettait  tant  d'avoir  faits 
et  laissé  graver. 

U Avant- Coureur ,  toujours  louangeur  pour  Lépicié, 
«  ...  applaudit  au...  petit  tableau  de  la  colère  de  Neptune..., 
composé,  dit-il,  avec  tout  le  feu  de  la  poésie.  L'artiste  a 
peint  les  chevaux  qui  tirent  le  char  de  Neptune  d'un  ton  de 
couleur  verdâtre,  licence  d'autant  plus  heureuse  qu'elle  pro- 
duit un  très  bon  effet  et  sert  à  désigner  plus  particulière- 


—  164  — 

tnent  les  chevaux  du  dieu  des  mers...  ».  (16  septembre  1771, 
p.  583.) 

Voir  aussi  :  La  Muse  errante  au  Salon...,  1771,  p.  i5. 

Gravé  par  J.-Ch.  Levasseur  en  1778;  l'estampe  se  vendait 
12  livres.  {Journal  de  Paris,  n"  21,  21  janvier  1778,  p.  83.) 

27.  Saint  Louis  rendant  la  justice  sous  un  chêne  & 
Vincennes. 

H.  9  pieds;  L.  6  pieds  6  pouces  (a^gi;  2'"io). 
Voir  la  réplique  réduite  n"  28. 

Salon  de  1773,  n»  27. 

Envoyé  à  la  chapelle  de  l'Ecole  royale  militaire,  il  y  était 
encore  en  1778  (Dezallier  d'Argen ville,  Voyage  pittoresque 
de  Paris  en  1778,  chapelle  de  l'École  militaire)  et  fut  trans- 
porté en  l'an  III  au  Musée  provisoire  de  la  rue  des  Petits- 
Augustins  {Richesses  d'art,  Archives  du  Musée  des  Monu- 
ments français,  t.  II,  p.  296,  n"  i566).  Il  est  signalé  par 
Lenoir  dans  le  Catalogue  historique  et  chronologique  des 
peintures...  réunies  au  dépôt  national  des  Monuments  fran- 
çais, 2  vendémiaire  an  III  (n°  707  :  «  De  l'École  militaire. 
Louis  IX  donnant  audience  dans  le  bois  de  Vincennes.  ») 
(Revue  universelle  des  Arts,  i865,  t.  XXI,  p.  i52.) 

Les  tableaux  d'histoire  de  Lépicié  n'ont  décidément  pas 
de  succès  auprès  des  critiques  :  «  ...  Le  monarque  (saint 
Louis)  n'a  pas  l'air  plus  auguste  qu'un  bailli  de  village,  dit 
Bachaumont.  A  ses  pieds  rampe  un  malheureux,  dont  la 
tête  semble  rentrer  dans  le  ventre...  Un  groupe  de  specta- 
teurs... assis  à  la  droite  du  Roi,  sans  relever  la  simplicité 
de  la  scène,  la  rend  plus  mesquine  et  la  dégrade...  »  {Mé- 
moires  secrets,  t.  XIII,  p.  134). 

Voir,  pour  les  autres  critiques  :  Avant-Coureur,  6  sep- 
tembre 1773,  p.  56i;  Année  littéraire,  t.  V,  p.  108;  Le  dévi- 
doir du  Palais-Royal,  1773,  t.  II;  Vision  du  juif  Ben-Esron, 
fils  de  Sépher,  marchand  de  tableaux,  p.  i3. 

28.  Saint  Louis  rendant  la  justice. 

«  ...  Sujet  de  douze  figures  dans  un  fond  de  paysage; 
f  un  vieillard  à  ses  pieds  lui  baise  la  main  gauche.  On  en 
connaît  le  grand  tableau  à  l'École  militaire.  » 

H.  18  pouces;  L.  12  pouces  (o'"49;  o'"32). 

Réplique  du  n°  précédent. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  21. 


—  i65  — 

29.  L^ Assomption  de  la  Vierge. 

Sur  cuivre.  H.  i5  pouces  1/2;  L.  12  pouces  (o'"42;  o'»32). 
Réplique  réduite  du  n"  suivant. 

Salon  de  1773,  n*"  28. 

Probablement  le  même  que  le  tableau  du  même  sujet. 
«  Composition  de  six  figures  »  f toile.  H.  i5  pouces; 
L.  II  pouces).  Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  27. 

30.  Assomption  de  la  Vierge. 

Grand  tableau  destiné  à  l'église  de  Boulogne-sur-Mer 
(mentionné  dans  le  Catalogue  de  la  vente  Lépicié,  à  propos 
du  n"  précédent). 

3i.  L'éducation  de  la  sainte  Vierge. 

H.  4  pieds;  L.  6  pieds  (i°'29;  i'"94). 

Voir,  plus  bas,  le  n»  32,  qui  est  probablement  la  réplique 
réduite  ou  une  étude. 

Salon  de  1776,  n"  19. 

Enfin,  Lépicié  est  arrivé  à  satisfaire  la  critique;  même 
l'impitoyable  Diderot  ne  peut  que  le  louer  :  «  ...  Il  (Lépicié) 
est  harmonieux  et  coloriste^  ses  masses  ne  sont  ni  trop 
lumineuses  ni  trop  blanches...  Tout  est  d'accord  et  nous 
tient  dans  un  doux  repos  et...  personne  ne  sait  mieux  obser- 
ver les  nuances  particulières  qui  arrondissent  les  objets...  » 
(T.  XII,  p.  9,  10.) 

Un  critique  anonyme  trouve,  avec  beaucoup  d'à-propos, 
que  Lépicié  «  mérite  beaucoup  d'éloges...;  sa  touche  est 
légère  et  très  spirituelle;  on  peut  même  la  comparer  à  celle 
si  estimée  de  Téniers.  Il  a  encore  un  autre  rapport  avec  ce 
maître...  C'est  le  goût  qui  le  porte  à  une  couleur  argentine 
que  quelques  personnes  accoutumées  au  ton  roux  regardent 
comme  grise...,  mais  qui...  est  la  vraie  couleur  de  la  nature, 
dont  Téniers  nous  a  donné  de  si  beaux  exemples...  ».  {Obser- 
vations sur  les  ouvrages  exposés  au  Salon  ou  Lettre  à  M.  le 
comte  de  ***,  1776,  p.  14-17.) 

32.  L'éducation  de  la  Vierge. 

«...  Composée  de  trois  figures.  » 

Toile.  H.  16  pouces;  L.  12  pouces  (o"43;  o'"32). 

Voir  le  n°  précédent. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  3o. 


—  i66  — 

33.  Narcisse. 

Réplique  des  n"  21-22. 
Signé  :  Lépicié,  ijjS. 
H.  i-ii;  L.  i»43. 

Palais  de  Justice  de  Saint-Quentin. 

Voir  Das  Muséum  au  Pauvre  Diable  \u  Maubeuge^  Von 
D.  Fr.  Hadeln,  Stuttgart,  1917,  p.  87,  n"  106. 

34.  Courage  de  Porcia,  fille  de  Gaton,  femme  de  Brutus. 

«  ...  Porcia,  assise,  à  demi  couchée  sur  un  lit,  montre 
à  Brutus  la  blessure  qu'elle  vient  de  se  faire  ;  autour  du 
lit,  ses  femmes,  dont  l'une  étanche  le  sang  qui  sort  de 
la  plaie...  » 

Signé  et  daté  :  1777. 

Toile.  H.  2°'58;  L.  3-22. 

Voir,  plus  bas,  n-  35,  une  étude  pour  ce  tableau  et, 
n»  273,  le  dessin  préparatoire. 

Salon  de  1777,  n»  11.  Commandé  pour  le  roi.  Il  fut  payé 
à  Lépicié,  le  3o  septembre  1778,  4,000  livres  (Engerand,  In- 
ventaire des  tableaux...,  1709-1792,  p.  287).  Ce  tableau  passa 
aux  Gobelins  et  fut  rejeté  par  le  jury  de  classement  des 
modèles  en  1794. 

Musée  de  Lille,  envoi  de  l'État  en  1872  (n"  474  du  Cata- 
logue). 

La  faveur  de  Lépicié  s'accentue.  On  lui  distribue  compli- 
ments sur  compliments.  Le  Mercure  de  France  loue  «  ...  l'art 
avec  lequel  l'artiste  a  rendu  cette  scène.  La  tête  de  Brutus 
est  belle  et  paraît  étudiée  d'après  l'antique...  Le  coloris  en 
est  décidé  et  vigoureux  et  ce  tableau  est  un  de  ceux  qui  font 
le  plus  d'honneur  à  M.  Lépicié  »  (octobre  1777,  p.  166-167). 
Bachaumont  est  surpris  de  la  virtuosité  du  peintre  :  «  ...  Ce 
fond,  chargé  d'ombres,  repousse  merveilleusement  les  cou- 
leurs et  frappe  les  passants  les  plus  distraits.  On  est  d'autant 
plus  surpris  quand  on  lit  le  nom  de  l'auteur  qu'on  ne  l'au- 
rait pas  cru  capable  d'une  production  de  ce  genre...  »  [Mé- 
moires secrets,  9  septembre  1777,  p.  19-21.) 

Un  autre  admire  «  ...  le  ton  de  couleur  plus  fort  et  plus 
vigoureux  que  beaucoup  d'autres.  Ce  n'est  pas  ce  coloris 
vague  et  terne  qui  affaiblit  trop  souvent  nos  peintures  fran- 
çaises... ».  {Lettres  pittoresques  à  l'occasion  des  tableaux 
exposés  au  Salon  de  1777,  IV"  lettre,  p.  7.) 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  La  prêtresse  ou  nouvelle 
manière  de  prédire  ce  qui  est  arrivé,  1777,  p.  i2-i3;  Année 


—  lôy  — 

littéraire,   fj'j'j,  p.   320-322  ;  Jugement  d'une  demoiselle  de 
quator:(e  ans  sur  le  Salon  de  1777,  p.  9-10. 

35.  Tête  de  Porcia. 

De  grandeur  naturelle;  étude  pour  son  grand  tableau. 

H.  21  pouces;  L.  16  pouces  (o'^ôô;  o"43). 

Voir  le  n"  précédent. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785  (n*  20). 

36.  Régulas  sort  de  Rome  pour  se  rendre  à  Garthage. 

Le  héros  s'écarte  de  sa  famille  qui  veut  s'opposer  à 
son  départ. 

H.  3'°2o;  L.  4'°20. 

Voir,  plus  bas,  la  réplique  réduite. 

Salon  de  1779,  n"  26.  Il  avait  été  commandé  pour  le  roi  et 
fut  payé  6,000  livres,  le  4  février  1780.  Ce  tableau  fut  envoyé 
aux  Gobelins,  d'où  le  jury  de  classement  des  modèles  le 
rejetait  en  1794,  tout  en  proclamant  le  «  sujet  très  intéres- 
sant, le  dévouement  vraiment  républicain  ».  (Engerand..., 
p.  286.) 

Musée  de  Carcassonne,  envoi  de  l'Etat  en  1872,  (n*  117  du 
Catalogue  de  1894). 

Ce  tableau  d'histoire  n'eut  aucun  succès.  Tous  les  critiques 
reprochent  à  Lépicié  de  ne  pas  s'être  attaché  à  rendre  la 
couleur  locale  et  ils  constatent,  avec  regret,  que  sa  palette 
manque  totalement  de  vigueur  et  d'intensité. 

«  ...  Ce  peintre,  assurément,  n'est  pas  Romain...  )>,  dit 
l'un  de  nos  censeurs.  {Ah!  Ah!  Encore  une  critique  du 
Salon...,  p.  9.)  Un  autre  ajoute  complaisamment  :  <t  ...  Cha- 
cun se  doute  assez  que  cette  toile  ne  représente  ni...  Regu- 
lus...  ni  le  vaisseau  qui  l'y  porta;  il  aurait  fait  naufrage  en 
route...  »  {Coup  de  patte  sur  le  Salon,  p.  24.) 

Le  Journal  de  Paris  trouve  «...  que  le  costume  n'est  pas 
assez  distinct  pour  désigner  au  premier  abord  un  sujet 
romain.  Il  est  aisé  de  s'y  méprendre...  »  (n"  255,  12  septembre 
1779,  p.  io38-io39). 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  Annonces,  affiches,  avis 
divers  ou  les  Petites  AfficJies,  l'j'jg,  juillet,  p.  2 124-21 25;  Le 
miracle  de  nos  jours,  conversation  écrite  et  recueillie  par  un 
sourd  et  muet...,  s.  d.,  p.  38;  Encore  un  rêve;  suite  de  la 
Prêtresse,  1779,  p.  6-9;  Le  visionnaire  ou  Lettres  sur  les 
ouvrages  exposés  au  Salon...,  1779,  p.  3o-32. 


—  i68  — 

37.  Regfulus  sortant  de  Rome  pour  se  rendre  à  Car- 
thag^e. 

Toile.  H.  2  pieds;  L.  3  pieds  (o°64;  o'"97). 
Voir,  n"  précédent,  la  réplique. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785  (n»  22). 

38.  Jésus-Christ  descendu  de  la  croix. 

H.  6  pieds  3  pouces;  L.  4  pieds  (2"'o2;  i°'29). 
Voir  le  dessin  préparatoire  n°  3oo. 

Salon  de  1779,  n"  27.  «  Destiné  pour  un  autel  latéral  de  la 
cathédrale  de  Chalon-sur-Saône...  »,  dit  le  Livret  du  Salon. 

39.  Piété  de  Fabius  Dorso. 

«  ...  Fabius  Dorso,  pendant  le  siège  du  Capitole  par 
les  Gaulois,  sort  pour  aller  au  Quirinal  offrir  des  sacri- 
fices, portant  une  Minerve  en  bronze,  et  traverse  les 
ennemis  escorté  des  prêtres.  » 

Signé  et  daté  :  ij8i. 

Toile.  H.  3»22;  L.  3-22. 

Voir,  plus  bas,  la  réplique  réduite. 

Salon  de  1781,  n»  20.  Il  avait  été  commandé  pour  le  roi  et 
fut  payé  4,000  livres  à  Lépicié.  Il  alla  aux  Gobelins,  d'où,  en 
1794,  le  jury  de  classement  des  modèles  le  rejetait,  «  comme 
retraçant  des  idées  superstitieuses  ».  (Engerand...,  p.  289.) 

Musée  de  Chartres,  envoi  de  l'État  en  1872  (n»  74  du  Cata- 
logue de  1895.) 

Lépicié  n'a  décidément  pas  de  chance  avec  les  tableaux 
d'histoire.  Celui-ci  fut  déchiqueté  par  la  critique.  On  reproche 
au  peintre  d'avoir  choisi  un  sujet  qui  ne  pouvait  pas  être 
traité  en  peinture  et  de  ne  pas  avoir  essayé  de  faire  vivre  ses 
personnages.  On  est  unanime  à  proclamer  que  la  couleur  du 
tableau  est  jaune,  sale  et  terreuse.  En  dernier  lieu,  on  con- 
seille à  Lépicié  d'abandonner  totalement  le  genre  historique 
pour  ne  peindre  que  des  sujets  familiers. 

Diderot,  en  parlant  de  la  figure  principale  (Fabius),  ne  sait 
«  si  c'est  un  homme  ou  une  femme  :  c'est  un  long  manche 
à  balai...;  elle  porte  ses  dieux  comme  si  elle  les  portait  d'un 
appartement  dans  un  autre...;  les  soldats  voient  sortir  ou 
rentrer  Fabius...,  comme  s'ils  n'étaient  pour  rien  dans  cette 
affaire  ».  [Diderot,  t.  XII,  p.  34-35.) 

<  ...  Vous  aimez  peut-être  le  pain  d'épice.''  dit  un  autre; 
...  vous  aurez  de  quoi  en  manger  dans  toutes  ces  figures...  » 
[Raffle  de  Sept  ou  Réponse  aux  critiques  du  Salon,  p.  5.) 


-  i69- 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  Mercure  de  France,  oc- 
tobre 1781,  p.  22,  23;  Journal  de  Paris,  n°  265,  22  septembre 
1781,  p.  1068-1069;  Bachaumont,  Mémoires  secrets,  25  août 
1781,  t.  XIX,  p.  36i  ;  Journal  encyclopédique,  novembre  1781, 
p.  5oi-5o2;  Annonces,  affiches,  avis  divers,  1781,  t.  II,  p.  2120; 
La  Vérité,  critique  des  tableaux  exposés  au  Salon...,  1781, 
p.  9-10;  Panard  au  Salon,  1781,  p.  8;  Réflexions  joyeuses 
d'un  garçon  de  bonne  humeur,  1781,  p.  i3;  Réponse  aux 
réflexions  du  garçon  joyeux,  1781,  p.  6. 

40.  Piété  de  Fabius  Dorso. 

«  Toile.  i5  pouces  quarrés  »  (o°'4o;  o""4o). 
Voir,  n»  précédent,  la  réplique. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785  (n"  24). 

41.  Résurrection. 

Tableau  cintré.  H.  i3  pieds;  L.  8  pieds  10  pouces  (4"'2i; 
2-86). 

Salon  de  1781,  n"  21.  «  Doit  être  placé  dans  le  fond  du 
chœur  de  la  cathédrale  de  Chalon-sur-Saône  »,  dit  le  Livret 
du  Salon. 

Voir  :  Diderot,  t.  XII,  p.  35;  Panard  au  Salon,  p.  8-9. 

42.  Zèle  de  Mathatias  tuant  un  juif  qui  sacrifiait  aux 
idoles. 

Mathatias  vient  de  tuer  deux  juifs  qui  sacrifiaient.  Ils 
gisent  à  ses  pieds.  Autour  de  lui,  une  foule  agitée.  Au 
premier  plan,  deux  enfants  contemplent  le  spectacle. 

Signé  et  daté  :  Jj83. 
H.  3'"24;  L.  2'"6i.  (Engerand...,  p.  289.) 
Voir  la  réplique  réduite,  n"  suivant,  et  le  dessin  prépara- 
toire, n°  3oi. 

Salon  de  1783,  n'  5. 

Il  avait  été  commandé  pour  le  roi  et  fut  payé  aux  héritiers 
de  Lépicié  3,ooo  1.  le  21  janvier  1785.  Il  alla  aux  Gobelins, 
d'où  le  jury  de  classement  des  modèles  le  rejetait  en   1794 
«  comme  fanatique  ».  Envoyé  par  l'État,  en  1806,  au  Musée 
DE  Tours  (Engerand...,  p.  289),  où  il  est  actuellement. 
La  critique  chansonna  ainsi  le  tableau  de  Lépicié  : 
«  ...  Têtes,  pieds,  bras  et  cuisses, 
Encor  tous  n'en  ont  pas, 
Couleur  de  pain  d'épices 


—  170  — 

Du  haut  jusques  en  bas, 
C'est  un  Mathatias  (bis), 
C'est  un  galimatias  (bis). 

» 

(Cité  dans  l'Artiste,  n"  21,  3o  juillet  1882,  p.  161.) 

Ce  tableau,  comme  le  «  Régulus  »  du  Salon  de  1779,  n'eut 
aucun  succès  et  l'on  fit  au  peintre  les  mêmes  reproches. 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  Mercure  de  France,  sep- 
tembre 1783,  p.  125;  Correspondance  de  Grimm  et  Diderot 
(éd.  Tourneux),  t.  XIII,  p.  378;  Journal  de  Paris,  n"  260, 
7  septembre  1783,  p.  1073-1074;  Affiches,  annonces  et  avis 
divers,  1783,  p.  167;  Année  littéraire,  lettre  XIII,  1783,  p.  246- 
247;  Entretiens  sur  les  tableaux  exposés  au  Salon...,  1783, 
p.  21;  Messieurs,  ami  de  tout  le  monde...,  1783,  p.  8-9;  Sans 
quartier  au  Salon,  1783,  p.  20-21;  Les  peintres  volants..., 
1783,  p.  19-20;  Réponse  à  toutes  les  critiques  sur  les  tableaux 
du  Salon,  1783,  p.  34-35. 

43.  Mathatias  tuant  un  juif  qui  sacrifiait  aux  dieux. 

'Toile.  H.  18  pouces;  L.  24  pouces  (o°48;  ©""ôS). 
Réplique  du  n°  précédent. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  23. 

b)  Œuvres  non  datées. 

44.  Quatre  ou  cinq  tableaux  représentant  chacun  une 
figure  allégorique. 

De  l'École  militaire. 

Musée  des  Monuments  français,  1794  et  1798. 

Peut-être  les  mêmes  que  ceux  de  la  vente  Cochin  de  1790, 
n"  10,  II,  24,  25.  Voir  Richesses  d'art  de  la  France,  Archives 
du  Musée  des  Monuments  français,  t.  II,  p.  i5o;  Revue  uni- 
verselle des  arts,  i865,  t.  XXI,  n»  708. 

45.  Ascension. 

«  Exécuté  en  grand  »  (cité  dans  le  Catalogue  de  la  vente 
Lépicié,  10  février  1785,  sous  le  n°  36). 
Voir  les  n"  29-30. 

46.  Ascension. 

Esquisse  avancée  du  tableau  précédent. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  36. 


{ 


—  171  — 
47>  Diane  et  Actéon. 

H.  i5  pouces;  L.  14  pouces  (o'"4o;  o"38). 
Vente,  11  mars  1776,  n"  66. 

48.  Hercule  sur  un  nnsige. 

«  Exécuté  en  grand  »  (cité  dans  le  Catalogue  de  la  vente 
Lépicié,  10  février  1785,  sous  le  n"  36). 

49.  Hercule. 

Esquisse  avancée  du  tableau  précédent. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  36. 

50.  Homme  nu. 

Couché  et  vu  de  face. 

«  Supérieurement  bien  dessiné,  savamment  peint  et  très 
terminé  sur  un  fond  brun.  » 
Toile.  H.  2  pieds;  L.  3  pieds  (o'"64;  o'»96). 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  35. 

5i.  Prière  au  jardin  des  Olives. 

«  Exécuté  en  grand  »  (cité  dans  le  Catalogue  de  la  vente 
Lépicié,  sous  le  n"  36). 

52.  Prière  au  jardin  des  Olives. 

Esquisse  avancée  du  tableau  précédent. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  36. 

53.  Prométhée. 

«  Belle  étude.  » 

Toile.  H.  2  pieds;  L.  3  pieds  (o°'64;  o"'96). 

Pendant  au  n"  49. 

Vente  Lépicié,  10  février  1786,  n°  35*. 

54.  Renaud  et  Armide. 

H.  i3  pouces;  L.  17  pouces  (0^35;  o'"45). 
Vente  Barry,  1777,  n°  61. 

55.  La  sainte  Cécile  de  Raphaël. 

Copie. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  41. 

Il  est  difficile  de  comprendre  comment  Lépicié,  n'ayant 
jamais  été  en  Italie,  autant  qu'on  sache,  a  pu  faire  cette 
copie,  aussi  bien  que  le  n"  60. 


—    172    — 

36.  Saint  Jean  tenant  son  mouton. 

Vu  jusqu'aux  genoux. 

«  De  grandeur  naturelle.  » 

Vente  Lépicié,  lo  février  1785,  n"  19. 

57.  Saint  Sébastien. 

Autrefois  dans  l'église  de  l'hôpital  du  Saint-Esprit  (1789), 
Paris,  actuellement  Saint-Gervais(cité  dans  VÉtat  actuel  de 
Paris  on  le  provincial  à  Paris,  4  vol.  in-24,  Paris,  1789,  t.  I, 
p.  100). 

58.  Saint  Sébastien. 

Esquisse  avancée  du  n*  précédent. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  36. 

59.  Saint  Vincent,  martyr. 

On  le  voit  dans  un  nuage  et  un  ange  au-dessus  de  sa 
tête,  tenant  une  palme  de  la  main  droite  et  de  l'autre 
une  couronne. 

H.  12  pouces;  L.  9  pouces  (o'"32;  o'»25). 

Vente  Lépicié,  10  février  1786,  n"  34. 

Voir  plus  bas  le  dessin. 

60.  Transfiguration  de  Raphaël. 

Copie. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  40. 

Voir  la  note  au  n"  53. 

61.  Scène  de  la  tragédie  de  Mahomet. 

Toile.  H.  28  pouces;  L.  21  pouces  (o"'75;  o^Sô). 
Vente  M.  W.  ***,  28-29  pluviôse  1802,  n°  45. 
Voir  n"  262  :  «  Scène  de  sérail.  » 


II.  —  Portraits. 
a)    Œuvres    datées. 

62.  Un  tableau  de  famille,  dit  «  La  Famille  Leroy  ». 

Un  chanoine,  assis  près  d'une  table,  semble  expliquer 
un  passage  de  l'Écriture  sainte;  trois  hommes  et  une 
femme    tenant  un    enfant  sur   ses  genoux    sont   assis 


-,73- 

autour  de  la  même  table.  Au  premier  plan,  un  enfant 
joue  avec  un  chat. 

Signé,  en  bas,  à  droite  :  Lépicié,  1766. 

Toile.  H.  4  pieds  3  pouces;  L.  4  pieds  6  pouces  (i^Sô; 
i»47). 

Salon  de  1767,  n'  134. 

Vente  de  la  collection  Victor  Gay,  23  avril  190g,  n"  3g. 
(Vendu  10,200  fr.) 

Exposition  de  Bagatelle  1910  (reproduit  dans  les  Arts, 
p.  22,  juin  1910). 

Collection  Georges  Wildenstein. 

Vendu  en  Russie  avant  1914. 

Ce  tableau,  appelé  dans  le  livret  du  Salon  de  1767  :  «  Un 
tableau  de  famille  »,  est  dénommé  en  1909  :  «  La  Famille 
Leroy.  »  On  ignore  les  raisons  de  cette  dénomination. 

La  critique,  sauf  Diderot  (t.  XI,  p.  292-294),  est  unanime  à 
proclamer  les  mérites  de  ce  tableau.  VA  vaut- Coureur  en 
trouve  «  la  composition  ingénieuse,  naturelle,  et  néanmoins 
frappante  »  (14  septembre  1767,  p.  587). 

Le  Mercure  de  France  admire  la  «  douceur  du  coloris  » 
(octobre  1767,  p.  172)  et  VAnnée  littéraire,  tout  en  louant 
«  ...  la  marche  du  clair-obscur...  »,  note  avec  plaisir  que 
«  ...  le  public  paraît  voir  avec  satisfaction  les  progrès  de 
cet  artiste  »  (lettre  IV,  24  septembre  1767,  p.  93,  94). 

63.  Portrait  d'homme. 

En  buste,  la  tête  de  trois  quarts  à  gauche,  les  che- 
veux poudrés;  vêtement  gris  avec  jabot  de  dentelle. 

Signé  et  daté  :  i/6g. 

Toile.  H.  o"46  ;  L.  o-38. 

Vente  de  la  collection  ***,  8  mai  1897,  ^°  29.  (Vendu  100  fr. 
à  de  Coninck.) 

64,  65,  66.  Étude  d'une  tête  de  jeune  fille,  une  tête  de 
paysanne  et  plusieurs  têtes  de  vieillards,  sous  le 
même  numéro. 

Salon  de  1769,  n°  129. 

Voir  Diderot,  t.  XI,  p.  435. 

Dans  le  livret  du  Salon,  illustré  par  Saint-Aubin,  il  y  a 
l'esquisse  de  deux  têtes  de  vieillards.  L'un  chauve,  vu  en 
buste,  lit  dans  un  livre  posé  sur  une  table.  Il  a  une  grande 
barbe  blanche. 


—  174  — 

Ce  dernier  semble  être  le  même  que  le  tableau  intitulé  : 
c  Un  apôtre.  »  Il  représente  un  vieillard  dans  la  même  pose 
que  dans  l'esquisse  de  Saint-Aubin  et  qui  écrit  dans  un  livre 
posé  sur  une  table. 

H.  o-^S;  L.  o"»53. 

Vente  A.  Jaffé  de  Hambourg,  i5  octobre  1912,  n»  5i  (repro- 
duit dans  le  Catalogue.) 

67.  Portrait  d'Emilie  Vernet,  fille  de  Joseph  Vernet,  à 
l'âge  de  neuf  ans. 

En  buste,  de  face.  Vêtue  de  blanc  et  portant  une 
coiffe  de  dentelles.  Elle  a  la  main  gauche  levée. 

Peint  en  1769. 

Toile.  H.  o'"4o;  L.  o-'Si. 

Collection  de  M""  Cabiré  (descendantes  de  la  fille  de 
Carie  Vernet),  Paris. 

Voir  Trois  portraits  des  eyifants  de  Joseph  Vernet  par 
Lépicié,  par  Florence  Ingersoll-Smouse  {Revue  de  l'Art  an- 
cien et  moderne^  décembre  192 1,  p.  323). 

Voir  les  n"  68  et  76. 

68.  Portrait  de  Carie  Vernet,  à  l'âge  de  onze  ans. 

En  buste,  coiffé  d'un  tricorne.  Vu  de  trois  quarts  à 
droite,  il  tient  sous  son  bras  un  carton  à  dessin. 

Peint  en  1769. 

Toile.  H.  o"'53;  L.  o°'44. 

Exposition  des  Alsaciens-Lorrains,  1874,  n»  3ii  (dit,  par 
erreur,  portrait  de  Joseph  Vernet). 

2*  exposition  des  portraits  du  xviir  siècle,  avril  i885,  n*  211 
(dit  portrait  de  Joseph  Vernet). 

Collection  de  M.  Philippe  Delaroche-Vernet.  (Cette  toile, 
comme  le  n°  67  et  le  portrait  de  Livio  Vernet,  n'  76,  n'a 
jamais  quitté  la  famille  Vernet.) 

Voir  les  n"*  67,  75. 

Voir  Trois  portraits  des  enfants  de  Joseph  Vernet  par  Lé- 
picié,  par  F.  Ingersoll-Smouse,  loc.  cit. 

C'est  le  premier  en  date  des  portraits  de  Carie  par  le 
peintre.  La  physionomie  de  son  élève  devait  lui  plaire  spé- 
cialement, car  il  fit  souvent  son  portrait  et  se  servit  aussi  de 
l'enfant  comme  modèle  pour  ses  tableaux  de  genre. 

6g.  Le  petit  dessinateur  an  noyan  de  cerise. 

Assis.  Vu  presque  de  face,  en  train  de  dessiner. 


-  175- 

Daterait  de  1769. 

Toile.  H.  i°i5;  L.  o°9o. 

Portrait  présumé  de  Carie  Vernet  vers  l'âge  de  onze  ans. 
Contemporain  du  n°  66. 

Collection  M""  Wallerstein. 

Exposition  de  Bagatelle,  1910  (reproduit  dans  les  Arts^ 
juillet  1910,  p.  23). 

Collection  David  Weill. 

70.  Le  jeune  dessinateur. 

Le  tricorne  sur  la  tête,  il  est  assis,  en  train  de  feuil- 
leter un  portefeuille  qu'il  tient  sur  ses  genoux.  Dans  sa 
main  gauche,  un  porte-crayon. 

Toile.  H.  1°;  L.  o'^'jg. 

Variante  du  sujet  Elève  curieux  (voir  au  n"  79). 

Portrait  présumé  de  Carie  Vernet  vers  le  même  âge  que 
dans  le  tableau  précédent,  à  qui  il  servait  probablement  de 
pendant,  malgré  une  légère  différence  de  dimensions. 

Collection  de  Sir  Charles  Bagot,  baronnet. 

Vente  du  marquis  de  la  Rochebousseau,  5-8  mai  1878, 
n»  i3i.  (Vendu  10,000  fr.) 

71.  Portrait  de  François  Gounod,  peintre  (né  en  ijSg), 
vers  l'âge  de  dix  ans. 

Vu,  en  buste,  de  trois  quarts  à  gauche,  habillé  d'un 
veston  gris,  un  foulard  blanc  autour  du  cou. 

Peint  probablement  vers  1769. 

Toile.  H.  o'"4o;  L.  o^S?. 

A  comparer  avec  les  n»'  précédents. 

Ce  portrait  n'a  pas  quitté  la  famille  depuis  son  exécution. 

Actuellement  collection  A.  Gounod. 

François  Gounod,  le  peintre,  a  été  élève  de  Lépicié  et  a 
eu  le  2'  prix  de  peinture  en  1788.  C'est  le  père  du  célèbre 
musicien. 

72.  Portrait  de  femme,  dit  «  Portrait  de  M^e  de  Graf- 
figny  »,  auteur  des  «  Lettres  péruviennes  ». 

En  buste,  vue  presque  de  face,  le  corps  tourné  de 
trois  quarts  vers  la  droite,  elle  est  couverte  d'un  man- 
teau de  soie  noire  et  coiffée  d'un  bonnet  blanc,  retenu 
sur  la  tête  par  une  mentonnière. 

Signé  et  daté  :  1770. 


—  176  — 

Toile.  H.  o"47;  L.  o""38. 

Vente  G.  Mûhibacher,  i5-i8  mai  1899,  n»  40.  (Vendu  4,100  fr.) 
C'est  évidemment  le  même  qui  est  passé  à  la  vente  du  4  juin 
1900,  n°  29. 

Vendu  en  1899  sous  le  nom  :  «  Portrait  de  femme.  »  En  1900, 
pour  la  première  fois,  est  dénommé  :  «  Portrait  de  M"«  de 
Graffigny...  »  Il  y  a  peu  de  chances  que  cette  attribution  soit 
exacte.  En  effet,  M"*  de  Graffigny,  née  à  Nancy  en  1694,  est 
morte  à  Paris  en  1753.  Le  portrait  est  signé  et  daté  :  ijyo. 
Il  faudrait  donc  voir  en  cette  toile  un  portrait  exécuté  douze 
ans  après  la  mort  de  M"*  de  Graffigny,  ce  qui  paraît  bien 
improbable.  Une  ressemblance  toute  superficielle  a  seule 
pu  motiver  cette  appellation.  Voir  Restout,  Galerie  Fran- 
çoise, 1 771,  pi.  27. 

72  bis.  Réplique  du  portrait  précédent. 

H.  o'°42;  L.  o^SS. 

Musée  d'Amiens,  n"  170.  (Catalogue,  1899.  Don  Lavatard, 
1890.) 

73.  Portrait  de  Charles-Antoine  Jombert. 

Signé  et  daté  :  177 1. 

H.  0-45;  L.  o»38. 

Vraisemblablement  exposé  au  Salon  de  1771,  n"  37  :  «  Plu- 
sieurs portraits.  » 

Vente,  27  janvier  1909,  n"*  87.  (Vendu  1,900  fr.  à  L.  Del- 
teil.) 

Ch.-Antoine  Jombert,  littérateur  et  libraire  français,  est  né 
•A  Paris  en  1712  et  mort  en  1784.  Il  était  aussi  imprimeur  et 
s'intéressait  à  l'étude  de  l'architecture,  de  la  peinture  et  du 
dessin.  On  a  de  lui  :  Nouvelle  méthode  pour  apprendre  à 
dessiner  sans  maître,  Paris,  1740,  in-4'';  Catalogue  de  l'œuvre 
de  Charles  Cochin,  Paris,  1770,  in-8». 

Son  fils  épousa  la  fille  d'Ambroise  Didot  en  1772  et  céda 
sa  librairie  à  son  beau-frère  Firmin  Didot. 

74.  Portrait  de  Louis-Livio  Vernet,  fils  aîné  de  Joseph 
Vernet,  à  l'âge  de  vingt-quatre  ans. 

Vu,  en  buste,  presque  de  face.  Il  porte  une  canne  à 
la  main  droite. 
Signé  et  daté  :  Lépicié,  1771- 
Toile.  H.  o'"45;  L.  o'"37. 


—  177  — 

Collection  Paul  Ledieu,  Asnières  (l'arrière-petit-fils  du 
modèle). 

Voir  Trois  portraits  des  enfants  de  Joseph  Vernet,  etc., 
loc.  cit. 

Voir  les  n°*  67  et  68. 

75.  Portrait  allég^orique. 

Représentant    Henri   IV,  en   guerrier,   assis  sur  un 
nuage,  appuyé  sur  un  bouclier,  et  tenant  un  glaive. 
Signé,  à  gauche,  et  daté  :  1772. 
Toile.  H.  i-iS;  L.  0-89. 
Vente,  16  décembre  1905,  n"  9.  (Vendu  390  fr.  à  M.  de  Béarn.) 

76.  Tête   de  jeune  fille.  Étude  pour  le  Lever  de  la 
jeune  fille  (n»  169). 

Vue  en  buste,  de  trois  quarts  à  gauche,  les  yeux 
baissés;  les  cheveux  blonds  sont  relevés  et  serrés  par 
un  ruban.  Elle  porte  un  corsage  d'un  gris  rose,  sa  che- 
mise est  ouverte  sur  la  poitrine. 

Signé  et  daté  :  1772. 

Toile,  H.  o"*4o;  L.  ©""So. 

Vente  Lépicié,  10  février  1786,  n'  14  :  «  Vue  de  face,  coiffée 
en  cheveux.  »  Toile.  H.  i5  pouces;  L.  12  pouces  (o"'4o;  o"'32). 

C'est  plus  que  probablement  le  même  qui  passa  à  la  vente 
du  comte  de  Monbrun,  4-7  février  1861,  n"  24.  Toile.  H.  o°'4o; 
L.  o'°32.  (Vendu  600  fr.) 

Vente  Henneven,  i3-i6  avril  1874,  n"  281  :  «  Jeune  paysanne.  » 
(Vendu  480  fr.) 

Vente  Lecocq-Dumesnil,  2  mai  1894,  n°  6.  (Acheté  3,ooo  fr.) 

Collection  de  M""*  Noël  Bardac. 

77.  «   Le  petit  dessinateur  »    ou  Portrait  de  Carie 
Vernet,  à  l'âge  de  quatorze  ans. 

Signé  et  daté':  1772. 

Toile.  H.  o'"4ï  ;  L.  o"33.  {Catalogue  sommaire  des  pein- 
tures... du  Louvre,  1909,  549  A.) 

Voir  les  n"  68,  69. 

Pendant  du  n"  78. 

Salon  de  1773,  n°  33. 

Collections  d'Horace  Vernet  et  des  descendants  du  modèle. 

Exposition  de  l'Association  des  Artistes,  décembre  1846 
(sous  le  titre  de  «  Portrait  de  Joseph  Vernet  »). 

1922  12 


-  178- 

i*  exposition  des  portraits  du  xviii'  siècle,  avril  i885,  n°  211. 

Musée  du  Louvre,  n°  640  a.  (Don  de  M.  Horace-Paul  Dela- 
roche.) 

Voir  VlUustration^  Noël  1909;  V Artiste,  4^  série,  t.  VIII, 
p.  157;  le  Moniteur  des  Arts,  n°  49,  3  janvier  1847;  ^^vue 
de  l'Art  ancien  et  moderne,  décembre  1921. 

77  bis.  Le  petit  dessinateur. 

Assis  devant  une  table,  la  tête  appuyée  sur  sa  main 
gauche,  il  tient  un  porte-crayon  et  dessine. 

Esquisse  peinte  probablement  pour  le  n"  précédent. 
Bois.  H.  5  pouces;  L.  4  pouces  (o^io;  o"o8). 
Vente,  19  janvier  1778,  n»  108. 
Vente  Adolphe  Fould,  14-15  mai  1875,  n°  28. 

78.  a  L^élève  curieux  »   ou  Portrait  de  Carie  Vernet, 

à  l'âge  de  quatorze  ans. 

Il  est  assis  sur  une  chaise,  de  face.  Il  tient  un  porte- 
feuille, dont  il  tourne  les  feuillets.  Accrochés  au  mur 
du  fond,  deux  tableaux,  dont  une  marine  de  Joseph 
Vernet. 

Toile.  H.  i5  pouces;  L.  i  pied  (o'"4i;  o"'34). 

Pendant  du  n»  77. 

Salon  de  1778,  n»  34. 

Probablement  est-ce  le  même  qui  a  passé  à  la  vente  du 
4  juin  1891,  n°  32  :  «  Le  petit  dessinateur  assis  sur  une 
chaise;  il  tient  un  portefeuille  dont  il  tourne  les  feuillets.  » 

Vente  baron  Franchetti,  8-9  mars  1894,  n"  i65. 

Exposition  de  l'Enfance  en  1901,  n'  140. 

Collection  J.  Strauss. 

79.  Portrait  d'un  jeune  garçon. 

Vu,  en  buste,  de  face,  coiffé  d'un  feutre  beige,  rond, 
à  large  bord.  Vêtu  d'un  costume  gris;  foulard  blanc 
autour  du  cou.  Il  tient  dans  la  main  droite  un  porte- 
crayon  et  un  carton  à  dessin. 

Peint  probablement  vers  1772. 

Toile.  H.  o'"4o;  L.  o'»32. 

A  comparer  avec  les  n"  précédents  et  surtout  avec  le 
«  Portrait  d'un  élève  »,  n"  95. 

Vente  du  docteur  Cornac,  18-19  février  i85o,  n"  8.  (Acheté 


-  179  — 

38  tr.  par  Delestre.)  C'est  probablement  le  même  qui  passd 
à  la  vente  J.-B.  Delestre,  i3-i4  octobre  1871,  n"  62.  (Racheté 
1,060  fr.  par  Delestre.) 

Collection  David  Weill. 

Ce  jeune  garçon  paraît  avoir  exactement  le  même  âge  que 
les  modèles  des  portraits  précédents.  C'est  probablement  un 
autre  élève  de  Lépicié,  qui  travaillait  avec  Carie  et  Gounod 
chez  le  Maître;  c'est  peut-être  Métivier,  Godefroy  ou  Col- 
mart. 

80.  Monseigneur  le  duc  de  Valois  au  berceau. 

Dans  un  somptueux  appartement  décoré  à  la  mode 
du  temps,  un  jeune  enfant,  couché  dans  un  berceau 
orné  de  dentelles,  vient  de  s'éveiller  et  sourit  aux  jap- 
pements d'un  petit  chien  que  lui  présente  un  jeune 
nègre.  A  droite  du  berceau,  le  père  contemple  avec 
bonheur  ce  gracieux  spectacle. 

Signé,  à  gauche,  et  daté  :  177^. 
Bois.  H.  o'^SS;  L.  o'"42. 

Salon  de  1775,  n°  20. 

Appartenait  au  duc  d'Orléans,  auquel  il  fut  confisqué  le 
26  brumaire  an  II  (1793)  :  «  ...  Orléans  condamné,  n"  34. 
Égalité  visitant  son  fils  endormi  et  un  nègre  auprès. 
H.  20  pouces;  L.  16  pouces.  Sur  bois  de  L'épicier...  » 

(Archives  nationales.  Registre  de  réception  des  objets 
d'art...  trouvés  che:{  les  émigrés  et  condamnés.  Registre 
F  17-23  A,  an  II,  26  brumaire.) 

Vente  du  cabinet  Dennoor,  14  mars  1797,  n"  88. 

Vente  du  prince  de  Dino,  24  février  1879,  n»  22.  (Vendu 
4,675  fr.  à  M.  Morhaim.) 

Il  s'agit  ici  du  fils  de  Philippe-Égalité  (1747-1793),  qui  fut 
d'abord  duc  de  Valois,  puis  duc  de  Chartres  et  enfin  roi  de 
France  sous  le  nom  de  Louis-Philippe  I"  (1773-1850). 

Pour  les  critiques,  voir  :  Diderot,  t.  XII,  p.  10;  Bachau- 
mont.  Mémoires  secrets,  t.  XIII,  p.  199-200;  La  lanterne 
magique  aux  Champs-Elysées,  1775,  p.  13-14. 

81.  Jeune  femme  en  buste.  Étude  pour  la  jeune  fille  de 
V Atelier  de  menuisier  (nos  179-181). 

Le  visage  souriant,  la  tête  inclinée  en  avant,  légère- 
ment tournée  vers  la  gauche,  les  cheveux  blonds  relevés 


—  i8o  — 

sous  un  bonnet  de  dentelles  à  coques  de  ruban  bleu, 
corsage  rayé  sur  fond  jaune,  fichu  de  gaze  autour  du  cou. 

Signé  et  daté  :  1774- 

Bois.  H.  o'°2i;  L.  C-iS. 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n"  85.  (Racheté  gSo  fr.) 

Vente  de  la  collection  de  la  princesse  Mathilde,  17-21  mai 
1904,  n"  36.  (Vendu  5, 100  fr.  à  Villandry.) 

Vente  du  comte  de  D.,  7  novembre  1916,  Marseille  (?). 

82.  Portrait  d'une  vieille  paysanne,  dit  «  La  grand'- 
mëre  ». 

Vue  en  buste  et  de  face,  la  tête  légèrement  baissée 
vers  la  droite,  coiffée  d'un  bonnet  blanc  rougeâtre, 
mouchoir  gris  rayé  autour  du  cou,  tablier  à  bavette. 

Signé  et  daté  :  1774. 

Bois.  H.  o^ig;  L.  o^iô  ou  H.  o™i83;  L.  oribb. 

Vente  des  6-7  décembre  1819,  n"  62.  (Vendu  18  fr.  5o.) 

Vente  J.  Burat,  28-29  avril  i885,  n°  124.  (Vendu  i,25o  fr.) 

Vente  Lemarié,  25-27  avril  1912,  n"  596. 

83.  Plusieurs  petits  tableaux  et  Têtes  d'études. 

Salon  de  1775,  n»  24. 

84.  Un  portrait  de  dame  ou  «  Portrait  de  Mme  La- 
g^renée  ». 

Salon  de  1777,  n»  16. 

Saint-Aubin  en  a  fait  une  esquisse  en  marge  du  livret  du 
Salon  et  a  écrit  au  crayon  :  «  Portrait  de  M""  Lagrenée.  » 

85.  Portrait  de  Lépicié. 

Salon  de  1777,  n"  17. 

L'identification  est  fournie  par  Saint-Aubin  dans  son  livret 
illustré  du  Salon.  C'est  probablement  le  même  que  l'on  re- 
trouve ainsi  décrit  :  «  Portrait  du  peintre  par  lui-même  », 
représenté,  vers  l'âge  de  quarante  ou  quarante-deux  ans, 
en  train  de  peindre.  Vêtu  d'un  habit  rouge  à  boutons  d'or, 
relevé  par  un  jabot  de  dentelle. 

Ovale.  H.  o^So  ou  o'"87;  L.  o'"70. 

Vente  E.  Tondu,  io-i5  avril  i865,  n"  i32.  (3oo  fr.) 

Collection  de  la  baronne  N.  de  Rothschild  (1876-1892). 

2"  exposition  des  portraits  du  xvnr  siècle,  20  avril  i885, 
n°  209. 


—  i8i  — 

1"  exposition  de  cent  chefs-d'œuvre  des  Ecoles  françaises 
et  étrangères,  juin  1892,  n"  23.  (Reproduit  dans  l'ouvrage  de 
Roger  Miles,  1892,  p.  26.) 

Collection  de  M°"  la  baronne  Leonino. 

Voir  aussi  VArt^  1876,  t.  IV,  p.  211. 

86.  Portrait  du  fils  du  comte  de  Brancas,  sous  les 
traits  de  l'Amour. 

Une  flèche  dans  la  main,  les  ailes  déployées,  il  est 
debout,  appuyé  sur  son  arc.  A  ses  pieds  se  voient  les 
pièces  d'une  armure,  mêlées  à  des  branches  de  laurier. 

Signé,  à  droite,  dans  le  gazon,  et  daté  :  1778. 
Sur  toile  marouflée  sur  bois,  ovale.  H.  o^ôy;  L.  o"*48. 
Voir,  plus  bas,  le  pendant. 
Salon  de  1779,  n"  28. 

Vente  Boittelle,   24-25  avril   1866,  n"*  81.  (Vendu,  avec  le 
n"  82,  1,600  fr.) 
Collection  de  M™*  la  baronne  Erlanger. 

87.  Portrait  de  la  fille  du  comte  de  Brancas,  sous  les 
traits  de  Flore, 

Semant  des  fleurs  sur  son  passage. 

Signé,  à  gauche,  vers  le  milieu  :  Lépicié,  1778  (et  non 
1775  comme  l'indique  par  erreur  le  Catalogue  de  la  vente 
Boittelle). 

Ovale,  sur  toile.  H.  o'"67;  L.  0^48. 

Voir,  n°  précédent,  le  pendant. 

Salon  de  1779,  n°  28. 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n°  82. 

Collection  de  M"*  la  baronne  Erlanger. 

88.  Portrait  de  femme. 

Elle  est  vue  jusqu'à  la  poitrine,  de  profil,  à  droite, 
la  tête  tournée  de  trois  quarts  à  gauche.  La  figure  est 
mince  sous  le  bonnet  de  batiste  à  rubans  héliotrope, 
assorti  avec  le  ton  de  la  robe;  les  cheveux  poudrés 
apparaissent  sur  le  front,  sous  la  ruche  du  bonnet. 

Signé,  à  droite,  et  daté  :  1781. 

Toile,  forme  ovale.  H.  o^ôo;  L.  o°49. 

Vente  de  la  collection  de  M.  ***,  27  juin  1906,  n-  19.  (Vendu 
820  fr.  à  Delagrave.) 


—    l82   — 

89.  Marc- Antoine  Quatremère  et  sa  famille. 

Mme  Quatremère  occupe  le  milieu  du  tableau;  elle 
tient  un  enfant  sur  ses  genoux;  son  mari  pose  une  main 
sur  son  épaule  et  soutient  une  autre  de  ses  enfants, 
debout  à  droite,  jouant  avec  une  poupée;  un  thé  est 
servi  sur  une  table  voisine. 

Signé  et  daté  :  Amiens  amicos  pinxii  Lépicié,  ij8i. 

Toile  de  forme  ovale.  H.  o^Si;  L.  o°'6i. 

Exposition  des  portraits  nationaux  en  1878,  n"  722. 

Collection  de  l'abbé  Emmanuel  Marbeau. 

Collection  Edouard  Marbeau. 

«  Marc-Antoine  Quatremère,  que  l'on  appelle  aussi  Marc- 
Etienne  (1752- 1794),  «  natif  de  Paris  »,  y  demeurant  rue 
Saint-Denis,  marchand  drapier,  convaincu  d'être  le  com- 
plice de  fournisseurs  infidèles,  dit  l'arrêt  du  tribunal  crimi- 
nel du  2  pluviôse  an  II,  qui  le  condamnait  à  la  peine  de 
mort.  Il  était  fournisseur  du  roi.  C'est  le  père  de  l'orienta- 
liste Quatremère  (né  en  1782,  décédé  en  1857).  Marc-Antoine 
avait  comme  cousin  Quatremère  de  Quincy,  l'archéologue 
(né  en  1755,  décédé  en  i85o)...  On  ne  doit  pas  chercher  sous 
les  traits  de  l'un  des  enfants  l'orientaliste  Quatremère, 
puisque  celui-ci  est  né  le  12  juillet  1782  et  que  cette  toile 
porte  la  date  de  1781...  »  [Catalogne  de  V exposition  des  por- 
traits nationaux  en  iSjS  au  palais  du  Trocadéro,  par  H. 
Jouin,  p.  i53,  154.) 

90.  Portrait  de   François   Constance,   comte  Gnérin 

(1773-1845),  vers  l'âge  de  huit  ans. 

En  buste,  de  trois  quarts,  la  tête  presque  de  face.  Il 
tient  un  violon  sous  le  bras  droit.  Devant  lui,  sur  une 
table,  une  feuille  de  musique. 

Date  probable  vers  ij8i. 

Toile,  forme  ovale.  H.  o°'54;  L.  o"'43. 

Exposition  des  portraits  nationaux.  Trocadéro,  1878,  n"  458. 
(Notice  historique  par  H.  Jouin.) 

Exposition  de  l'Enfance  (Petit-Palais),  1901,  n"  141. 

Collection  du  comte  Guérin,  Paris.  (Provient  de  succes- 
sions.) 

91.  Portrait  de  Lépicié. 

En  buste,  tourné  à  gauche,  la  tête  nue,  presque  de 
face,  les  cheveux  gris  blond.  Il  porte  une  jaquette 
rouge,  le  cou  dégagé,  entouré  d'un  foulard  à  carreaux 


N°gi.  —  Portrait  de  N.-B.  Lépicié  par  lui-même. 

(Musée  d'Abbeville.) 


—  i83  — 

noué.  Il  tient  sa  palette  d'une  main  et  son  pinceau  de 
l'autre. 

Peint  certainement  vers  1784,  à  la  fin  de  la  vie  du  peintre. 

Ovale.  H.  o^^-ji;  L.  o^S;. 

Musée  d'Abbeville,  n°  52.  (Catalogue  de  1902.  Don  du 
comte  de  Riancourt  en  i865.) 

Attribué  à  Lépicié  pour  la  première  fois  par  L.  Gonse 
{Chefs-d'œuvre  des  Musées  de  France.  Province.  La  pein- 
ture,  Paris,  1900,  p.  19). 

Voir  aussi  Inventaire  des  richesses  d'art.  Province^  Monu- 
ments civils,  1902,  vol.  VII,  p.  275. 

b)  Œuvres  non  datées. 

92.  Portrait  présumé  de  Bertaud  :  «  Le  vieux  mu- 
sicien. » 

Vieillard  à  barbe  blanche,  la  tête  couverte  d'un  bon- 
net rougeâtre,  vêtu  d'une  longue  lévite  grise,  assis  dans 
un  taudis,  le  violoncelle  entre  les  jambes  et  touchant 
de  la  pointe  de  l'archet  une  partition  in-folio,  ouverte, 
à  côté  de  plusieurs  flacons,  sur  un  vieux  bahut  à  tiroir. 

Bois,  forme  ronde.  Diamètre  :  o'"28  ou  o'"34. 

Voir  le  dessin  n"  346. 

Vente  Prault  aîné,  i3-i4  février  1807,  n°  5.  (9  fr.) 

Vente  Gavé,  17  décembre  i852,  n°  17.  (124  fr.) 

Exposition  des  tableaux  de  l'École  française,  1860,  n"  2o5. 

(Catalogué  par  Ph.  Burty.) 
Vente  Joseph  Fau,  9  mars  1874,  n"  12.  (900  fr.) 
Exposition  de  l'art  du  xvin°  siècle,  décembre  i883-janvier 

1884,  n"  91. 
Vente  G.  Rothan,  29-31   mai   1890,  n"  167.  (4,000  fr.   à 

Tabourier.) 

93.  Cuisinière  (Buste  de  jeune). 

Étude  d'après  nature. 

H.  16  pouces;  L.  i3  pouces  (o°43;  o'"35). 
Vente  M.  M.,  9  avril  1793,  n"  100. 

94.  Enfant  (Tête  d^). 

Vêtu  d'un  mantelet. 

H.  0-38;  L.  o-32. 

Vente  Houyet,  2  avril  1867  (Bruxelles),  n"  53. 


—  i84  — 

95.  Enfant  (Portrait  d')  :  «   Le  petit  dessinateur  » 

(probablement  un  élève  da  peintre). 

Vu,  en  buste,  presque  de  face,  coiffé  d'un  tricorne, 
les  deux  mains  appuyées  sur  un  carton  à  dessin. 

Ovale.  H.  o^Si;  L.  o"'44. 
Vente,  i3-i4  avril  1892,  n"  14. 
Voir  les  n"'  68-69-70  et  79. 

96.  Enfant  (Portrait  d'),  dit  «  Un  petit  dessinateur  » 

(probablement  un  élève  du  peintre). 

Agé  d'une  douzaine  d'années.  Vu  presque  de  face,  la 
tête  levée.  Il  serre  sous  le  bras  droit  un  grand  porte- 
feuille, tout  crayonné,  sur  lequel  on  ne  peut  lire  que 
les  mots  :  «  École  gra —  »  (probablement  pour  École 
royale  gratuite  de  Dessin).  Il  porte  un  chapeau  noir  et 
une  jaquette  bleu  gris.  Le  fond  du  tableau  est  d'un  gris 
verdâtre. 

H.  o»53;  L.  o'»42 

Vente  Villeroy,  28  avril  1922,  n"  45. 

97.  Enfant  (Portrait  d'). 

Les  cheveux  blonds  bouclés,  une  collerette  de  linge 
autour  du  cou. 

H.  o'"4o;  L.  o»32. 

Exposition  des  Alsaciens-Lorrains,  1874,  n»  677. 

Collection  du  marquis  d'Abzac. 

Vente  M"""  X,  14  février  1920,  n"  52. 

98.  Enfant  (Portrait  d'). 

Les  cheveux  blonds  et  bouclés,  le  visage  de  trois 
quarts  vers  la  droite,  la  tête  inclinée  sur  l'épaule,  les 
regards  baissés,  il  est  représenté  en  buste. 

Bois,  forme  ovale.  H.  o'»^;  L.  o^ii. 

Vente  Alphonse  Kann,  6-8  décembre  1920,  n°  46. 

99.  Enfants  (Six  études  de  têtes). 

Expressions  et  attitudes  variées.  Dans  les  espaces 
vides,  diverses  fleurs  sont  représentées,  semées  ou  en 
bouquets. 

H.  o"'74;  L.  o"92. 


—  i85  — 

Vente  M.  G.  ***,  17  janvier  1866,  n"  69. 
Collection  M.  Lavallard. 

Exposition  des  Alsaciens-Lorrains,  20  avril  1874,  n°  3 12. 
Exposition  de  l'art  du  xvin*  siècle,  décembre   i883-janvier 
1884,  ""  %• 
Musée  d'Amiens,  n"  171.  (Catalogue  1899.  Don  Lavallard, 


100.  Femme  (Portrait  de),  soi-disant  «  Marquise  du 
Ghâtelet  »  (1704-1749);  attribution  que  la  date  rend 
impossible. 

Assise,  presque  de  face,  vêtue  d'une  robe  de  soie 
blanche  à  paniers.  Le  corsage  est  orné  de  quelques 
nœuds  de  rubans  héliotrope  et  elle  porte  un  boa  de 
fourrure.  Les  mains  sont  couvertes  de  longues  mitaines; 
la  gauche  tient  un  livre  fermé,  la  droite  une  feuille  sur 
laquelle  est  tracée  une  figure  de  géométrie. 

H.  o"48;  L.  0-36. 

Vente  M.,  10  mars  1810.  (Non  vendu.  «  Femme  assise  à 
son  bureau  »,  entourée  de  livres,  tient  une  plume  dans  ses 
mains  et  paraît  chercher  une  pensée.  Cuivre.) 

Collection  de  la  baronne  Nathaniel  de  Rothschild,  1892. 

2'  exposition  de  cent  chefs-d'œuvre  des  Écoles  françaises 
et  étrangères,  8  juin  1892,  n"  24.  (Reproduit  dans  l'ouvrage 
par  G.  Lafenestre,  p.  5i.) 

Exposition  de  cent  portraits  de  femmes  des  Écoles  an- 
glaise et  française  du  xviii"  siècle,  1909,  n°  48. 

Voir  Revue  de  l'Art  ancien  et  moderne,  juin   1909,  p.  407. 

Collection  du  baron  Henri  de  Rothschild. 

10 1.  Femme  (Portrait  de). 

Simplement  vêtue  d'un  peignoir  entr'ouvert,  qui  dé- 
couvre une  partie  de  sa  gorge.  Vue  de  face.  Les  che- 
veux légèrement  poudrés  ;  une  grosse  boucle  tombe 
sur  chaque  épaule. 

Forme  ovale.  H.  ©"42;  L.  0-35. 

Vente  duc  de  Buckingham,  21  avril  1876,  n°  80. 

102.  Femme  (Portrait  déjeune). 

Sur  les  manches  d'un  tissu  violacé,  le  fichu  blanc 
s'ouvre  pour  laisser  discrètement  voir  le  col  découvert. 


—  i86  — 

La  tête  à  cheveux  blonds  est  coiffée  d'un  bonnet.  La 
bouche  est  mignonne  et  le  nez  rond;  les  yeux  regardent 
de  côté. 

Toile  ovale.  H.  o^ôS;  L.  o'"45. 

Vente  Daupias,  i6  mai  1892,  n"  29.  (i3,ooo  fr.) 

io3.  Femme  (Portrait  de). 

Presque  de  face,  en  buste,  cheveux  frisés  et  poudrés, 
pendants  d'oreilles  en  or;  décolletée,  la  chemisette  sur- 
montant le  corsage,  qui  est  rouge  rayé  de  noir. 

Toile  ovale.  H.  o^ôS;  L.  o'"45. 

Vente  docteur  Piogé,  3-5  mai  1898,  n"  61.  (i25  fr.) 

104.  Femme  (Portrait  de). 

Paysanne,  vue  presque  de  face,  en  buste.  Elle  porte 
un  fichu,  une  bavette  et  un  bonnet. 

Ovale.  H.  o°28;  L.  o"'2i5. 

Vente,  16-19  décembre  i85o,  n"  117. 

Vente,  16  mars  i853,  n"  11. 

Vente  comte  d'E.,  26  mars  1870,  n"  61. 

Vente,  6  mai  1909.  (Reproduit  dans  le  Catalogue.  i5o  fr.) 

io5.  Femme  (Portrait  de  jeune). 

Vue  en  buste,  les  cheveux  poudrés,  relevés  et  ornés 
d'une  aigrette,  elle  porte  une  robe  blanche  à  corsage 
décolleté,  avec  un  nœud  de  ruban  bleu  sur  la  poitrine. 

H.  0-62;  L.  0-53. 

Vente,  18  décembre  1880,  n"  23  bis. 

I"  vente  princesse  de  Faucigny-Lucinge,  26-3o  novembre 
1917,  n»  i33.  (Reproduit  dans  le  Catalogue.) 

106.  Femme  (Portrait  de). 

En  buste.  Un  capuchon  brun  autour  de  la  tête. 

H.  o'»4o;  L.  o'"32. 

Vente  X,  21-22  janvier  1920,  n*»  78. 

107.  Fillette  (Tête  de). 

H.  o"'i8;  L.  o'°i5. 

Vente  Alex.  Dumas  fils,  28  mars  i865,  n"  40. 

108.  Fillette  tenant  des  fleurs. 

Fillette  blonde,  aux  joues  colorées,  aux  yeux  bleus. 


à  la  tête  légèrement  inclinée  vers  la  gauche.  De  ses 

bras  à  moitié  nus,  elle  soutient  des  fleurs.  Dans  la 

chevelure,  un  ruban  bleu. 
Ovale.  H.  o'»54;  L.  o'°44. 

Vente  Marcille,  14-15  janvier  iSSy,  n"  272.  (38o  fr.) 
Vente  F.  Bohler,  23  février  1906,  n"  61.  (Reproduit  dans  le 

Catalogue.  1,020  fr.) 

109.  Fillette  (Buste  de). 

Coiffée  d'un  bonnet  ;  la  tête  inclinée  sur  l'épaule  droite. 

H.  o°4o;  L.  o'"34. 

Vente  Warneck,  3-4  mai  igoS,  n"  81.  (2,5oo  fr.) 

1 10.  Fontenelle  (Portrait  de  B.  Le Bovier  de),  lôSy-iySy. 

Le  Catalogue  Boittelle  prétend  que,  suivant  l'inscription 
qui  était  sur  la  vieille  toile,  ce  portrait  fut  peint  quand 
Fontenelle  avait  quatre-vingt-dix-neuf  ans,  ce  qui  placerait 
l'exécution  de  l'œuvre  vers  1756,  date  difficile  à  admettre 
pour  Lépicié.  Ne  faudrait-il  pas  plutôt  y  voir  un  portrait 
rétrospectif? 

Toile.  H.  o'"34;  L.  o"'44. 

Pendant  au  portrait  de  Rousseau,  n»  141. 

Vente  M.  B.,  2  avril  1874,  n°  26.  (270  fr.) 

Vente  Boittelle,  i3  mars  1891,  n"*  20.  (175  fr.) 

111.  Garçon  (Portrait  d^nn  jeune). 

Vu  à  mi-corps,  de  trois  quarts  à  droite;  assis  sur 
une  chaise,  près  d'une  table  représentée  du  côté  droit 
du  tableau.  Il  tient  un  livre  ouvert  dans  ses  mains  et 
regarde  le  spectateur. 

H.  o'"639;  L.  o"'62. 

Acheté  par  Catherine  II. 

Musée  de  I'Ermitage,  Petrograd,  n"  ïbig.  (Catalogue  de 
Somof  avec  attribution  à  Greuze.  L'attribution  à  Lépicié  est 
faite  par  le  baron  N.  Wrangel  dans  les  Chefs-d'œuvre  de  la 
galerie  de  l'Ermitage^  p.  232.) 

112.  Garçon  (Portrait  d'un). 

Vu  de  face.  Porte  un  chapeau  noir  et  des  vêtements 
marron.  Fond  gris. 
H.  o"'48;  L.  o»37. 

Don  de  M.  Edmond  Charpentier  (i865). 
Musée  de  Vire,  n°  36.  (Catalogue  de  1909.) 


—  i88  — 
ii3.  Garçon  (Tête  déjeune). 

Vu  presque  de  face.  La  tête  est  coiffée  d'un  bonnet 
gris. 

Bois.  H.  6  pouces;  L.  5  pouces  3  lignes  (o"i6;  o'"^). 
Vente  Collet,  14  mai  1787,  n°  102. 

Vente  Grimod  de  la  Reynière,  24  mars  1791.  (Non  vendu. 
Trésor  de  la  curiosité,  par  Ch.  Blanc,  t.  II,  p.  173.) 
Vente  La  Reynière,  novembre  1792^  n»  52.  (Racheté.) 

114.  Garçon  (Tête  de). 

Vu  de  profil. 

Toile.  H.  o°4o;  L.  o'»3o. 

Vente  M.  L.  D.  V.,  11-12  décembre  1846,  n"  64.  (29  fr.) 

2*  vente  Boittelle,  lo-ii  janvier  1867,  n"  139.  (Bois.  H.  o"40; 
L.  0-33.) 

Peut-être  le  même  que  le  «  Jeune  paysan  endormi  »,  actuel- 
lement attribué  à  Lépicié. 

Toile  marouflée  sur  bois.  H.  o^SS;  L.  o"'3i. 

Musée  de  Narbonne,  n"  195.  (Catalogue  de  1877.  Provient 
de  la  collection  Peyre.) 

ii5.  Garçon  (Tête  déjeune). 

Coiffé  d'un  tricorne. 

H.  o'"45;  L.  o'-39. 

Vente  Berthon,  Versailles,  16-21  décembre  1867,  n»  71. 
(«  Petit  villageois  coiffé  d'un  tricorne.  ») 

Collection  Tulpain,  Nancy.  (Voir  Catalogue  des  tableaux 
et  objets  d'art  exposés  dans  le  Salon  de  l'hôtel  de  ville  de 
Nancy  en  i8y5,  in-12.) 

116.  Garçon  (Jeune). 

La  main  appuyée  sur  le  dossier  d'une  chaise. 
Vente  Le  Duc,  6  mars  1887,  n°  87.  (53  fr.) 

117.  Garçon  (Portrait  de  petit). 

Forme  ovale.  H.  o'°4o;  L.  o'"33. 

Vente  Ph.  Sichel,  22-28  juin  1899,  n°  35.  (710  fr.) 

118.  Garçon  (Ëtude  de). 

H.  o'"3i;  L.  o'°24. 

Vente  Marquis  Forbin-Janson,  4  décembre  1906,  n»  38. 
(3o5  fr.) 


-  .89- 

iig.  Garçon  (Portrait  de). 

Vu  de  trois  quarts  à  droite,  coiffé  d'un  tricorne,  les 
yeux  levés,  un  foulard  blanc  autour  du  cou.  Vêtu  d'un 
costume  gris. 

H.  o'°62;  L.  o^ôo. 

Collection  Georges  Wildenstein^  1910. 

Collection  B.  Kraëmer,  1921. 

120.  Garçon  (Portrait  de),  dit  «  Le  petit  apprenti  ». 

Vu  à  mi-corps,  presque  de  face,  coiffé  d'un  tricorne 
et  vêtu  d'un  costume  gris  troué.  Une  courroie  est  pas- 
sée sur  son  bras  gauche. 

H.  c-ôS  ;  L.  o"54. 

Vente  Bodin,  i3  décembre  1922,  n"  58.  (Vendu  5, 200  fr.) 

121.  Gresset  (Portrait  du  jeune). 

Est-ce  le  poète  et  auteur  dramatique  (1709-1777)? 
Vente,  24-26  mai  i852,  n°  162. 

122.  Homme  (Portrait  d'),  dit  à  tort  Portrait  de  Lé- 
picié. 

Tête  nue,  de  trois  quarts,  regarde  le  spectateur. 

H.  0-34;  L.  c-aS. 

Vente  Lépicié,  10  février  1783,  n"  17.  (H.  12  pouces; 
L.  9  pouces.  Tête  d'homme.) 

Musée  de  Grenoble.  (Don  du  colonel  de  Beylié  en  1898, 
n"  72  du  Catalogue  de  191 1.) 

123.  Homme  (Buste  d'). 

Vu  de  trois  quarts.  Étude  facilement  touchée  d'après 
un  jeune  Savoyard. 

■  H.  14  pouces;  L.  n  pouces  (o'°38;  o'"29). 
Vente  NL  M.  ***,  9  avril  1793,  n°  loi. 

124.  Homme  (Portrait  d'). 

Représenté  en  buste  ;  enveloppé  d'un  manteau,  la 
tête  nue,  les  cheveux  poudrés,  des  lunettes  sur  le  nez. 

Ovale.  Bois.  H.  o'»27;  L.  o'°2i. 

Vente  de  Barroilhet,  i5-i6  mars  1872,  n"  14. 


—  190  — 

125.  Homme  (Portrait  d'). 

En  buste;  tourné  vers  la  droite,  en  habit  gris  ouvert 
sur  une  chemise  blanche,  les  yeux  fixés  sur  le  specta- 
teur. 

H.  o'"4o;  L.  o"'28. 

Vente  R.  M.,  3  juin  1908,  n"  96.  (400  fr.  à  M.  Ferai.) 

126.  Homme  (Portrait  d^). 

En  habit  vert,  orné  d'un  jabot  de  dentelle.  Vu  en 
buste,  de  trois  quarts  à  gauche.  Un  nœud  de  ruban  fixé 
derrière  la  nuque.  La  perruque  poudrée. 

H.  0-41  ;  L.  o-SS. 

Vente  H.  Rouart,  9-1 1  décembre  1912,  n"  52.  (3, 200  fr.) 

127.  Jeune  fille  (Portrait  de). 

En  buste;  la  figure  de  profil;  les  cheveux  blonds;  un 
fichu  de  mousseline  noire  autour  de  la  tête;  une  robe 
grisâtre  décolletée,  garnie  de  dentelle. 

H.  0-43;  L.  o'-Sô. 

Vente,  20-21  mai  1873,  n"  32.  (i,8o5  fr.) 

Collection  de  Gas. 

Exposition  des  Alsaciens-Lorrains,  1874,  n"  898. 

128.  Jeune  fille  (Portrait  de). 

En  buste  ;   les  yeux   baissés  et  ajustée  d'un  corset 
rougeâtre. 
Ovale.  H.  14  pouces;  L.  11  pouces  (o^Sô;  o'"28). 
Vente  MM.  ***,  4  avril  1793,  n"  91. 
Vente,  3o  juin  1903,  n»  73. 

129.  Jeune  fille  (Buste  de). 

Goifl'ée  d'un  bonnet  à  dentelle.  Sa  tête  est  légèrement 
baissée  et  de  trois  quarts;  elle  est  assise  sur  une  chaise; 
sa  robe  est  rouge  et  ses  épaules  sont  recouvertes  par 
un  fichu  blanc  passé  dans  un  tablier  à  haut  corsage. 

H.  o'-46;  L.  0-375. 

Vente,  5  février  1834,  n»  44. 

Vente  Sorbières  (de  Tours),  18-20  janvier  1842,  n"  3. 

Vente,  25-26  janvier  1843,  n"  34.  (279  fr.) 

Vente  Giroux  père,  10-12  février  i85i,  n°  106.  (59  fr. 

Vente  Bouchardon,  4  mars  i858,  n°  14.  (60  fr.) 


—  igi  — 

Chose  curieuse,  la  description  de  ce  tableau  correspond  à 
celui  de  la  Historical  Society  de  New-York,  la  Sœur^  long- 
temps attribuée  à  Lépicié,  mais  en  réalité  une  répétition 
solide  et  colorée  de  l'étude  de  Greuze  pour  V Accordée  de 
village,  au  Musée  Condé  de  Chantilly,  comme  G.  Monod  l'a 
déjà  remarqué.  {Ga^^ette  des  beaux-aHs,  1906,  septembre, 
p.  253.) 

i3o.  Jeune  fille  (Portrait  de). 

En  buste;  ses  cheveux  blonds,  traversés  par  un  ruban 
bleu,  relevés  sur  le  front  et  retombant  en  longues 
mèches  sur  le  cou,  la  tête  légèrement  inclinée  vers  la 
droite,  le  visage  presque  de  face,  les  yeux  bleus,  la 
bouche  souriante;  un  fichu  brun  croisé  sur  sa  poitrine, 
qui  recouvre  une  pointe  de  lingerie. 

H.  o"'43;  L.  0-34. 

Vente  Michel  de  Vogué,  27  juin  1910,  n"  4.  (3,8oo  fr.) 

Vente  A.  Beurdeley,  6-7  mai  1920,  n"  169.  (Reproduite 
dans  le  Catalogue.) 

i3i.  Jeune  homme  (Tête  de). 

De  profil. 

H.  7  pouces;  L.  5  pouces  (o™i8;  o'"i3). 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  18. 

i32.  Jeune  homme  (Portrait  d^un). 

Le  .tricorne  sous  le  bras. 
Vente  M.  Isouard,  11  avril  1877,  n°  i5. 

i33.  Jeune  homme  (Portrait  d'un)  :  «  Tête  de  page.  » 

La  tête  couverte  d'un  tricorne  orné  d'un  galon  et 
revêtu  d'un  habit  gris  clair  avec  jabot  et  les  cheveux 
poudrés. 

«  Peinte  dans  la  manière  de  Chardin.  » 
H.  o"'46;  L.  o'"37. 

Exposition  de  l'Art  français  au  profit  de  l'œuvre  de  l'Hos- 
pitalité de  nuit,  1888,  n"  23.  (Catalogue  par  M.  Yriarte.) 
Collection  Giron  de  Buzareingues. 
Vente  Giron  de  Buzareingues,  26  février  1892,  n»  63.  (5oo  fr.) 

134.  Lantara  (Portrait  de). 

En  buste. 
Vente  Vidal,  3-5  février  1868,  n»  67.  (420  fr.) 


—  192  — 

i35.  Lépicié  (Portrait  de),  par  lui-même,  vers  l'âge  de 
trente-huit  ans. 

En  buste,  de  face  ;  la  tête  légèrement  inclinée  à  gauche, 
les  cheveux  enveloppés  dans  une  bourse  de  soie  noire; 
col  blanc,  gilet  et  habit  bleus  à  boutons  de  métal. 

H.  o"'44  ou  o"45  ;  L.  o^SG. 

Daterait  environ  de  1773. 

Vente  marquis  de  Cypierre,  10  mars  1845,  n"  84.  (38  fr.) 

Collection  MM.  Vidal  et  Feral-Cussac. 

Collection  Eudoxe  Marcille. 

Exposition  des  Portraits  nationaux,  Trocadéro,  1878,  n'  632. 
(Notice  par  H.  Jouin.) 

2*  exposition  des  Portraits  du  xvni"  siècle,  avril  i885,  n'  208. 

Collection  Pierre  Chévrier  (1922). 

Gravé  par  Fr.  Killemacher  en  1872. 

Voir  les  autres  portraits  de  Lépicié,  n"'  85,  91,  i36  et  137. 

i36.  Lépicié  (Portrait  présumé  de). 

H.  o™43;  L.  o'"36. 
Vente,  16-18  mars  1908. 
Voir  le  n°  précédent. 

137.  Lépicié  (Portrait  de),  par  lui-même,  en  train  de 
peindre  la  duchesse  de  Ghâteauroux. 

H.  o'"4o;  L.  o'"35. 

Vente  Ferdinando  Tandola,  28  février-i"-7  mars  1887, 
Rome,  n"  444. 

i38.  Lépicié  (Portrait  de). 

Mentionné  dans  la  2"  exposition  des  Portraits  du  xviir  s., 
avril  i885,  n"  210  bis,  comme  appartenant  à  M""  Horace  De- 
laroche.  Je  n'ai  pas  pu  trouver  trace  d'une  telle  œuvre,  dont 
l'identité  semble  fort  douteuse. 

139.  Magistrat  (Portrait  d^un). 

Vu  à  mi-corps;  perruque  poudrée;  couvert  delà  robe 
noire;  les  mains  croisées  à  la  ceinture,  il  tient  une 
ordonnance. 

Ovale.  H.  o"'8o;  L.  o"62. 

Vente,  12  avril  1879,  n°  40. 

Vente  Lefebvre-Bougon  d'Amiens,  i*'-2  avril  1895,  n»  3i. 


-.93- 

140.  Pig^alle  (Portrait  du  sculpteur). 

H.  o'"43;  L.  o'"24. 

Exposition  rétrospective  des  tableaux  anciens  empruntés 
aux  galeries  particulières  (Palais  des  Champs-Elysées),  mai 
1866,  n«  98. 

Collection  Jacques  Reiset. 

Vente  Jacques  Reiset,  ag-So  avril  1870,  n"  12.  (820  fr.) 

141.  Rousseau  (Portrait  présumé  de  J.-J.). 

H.  o"54;  L.  o"44. 

Pendant  au  portrait  de  Fontenelle,  n*  no. 
Vente  M.  B.,  2  avril  1874,  n°  27.  (870  fr.) 
Vente  Boittelle,  i3  mars  1891,  n»  21.  (120  fr.) 
Peut-être  le  même  que  le  portrait  de  Rousseau  qu'acquit 
en  1902  le  Musée  Carnavalet  (peintures,  n°  210).  Cette  œuvre, 
—  évidemment  un  pastiche  d'après  le  célèbre  pastel  de  La 
Tour,  —  est  une  harmonie  de  gris  et  de  gris  vert. 

142.  Savant  (Portrait  d'un). 

Homme  d'une  soixantaine  d'années,  coiffé  d'une  per- 
ruque poudrée.  Vu  à  mi-corps,  de  trois  quarts.  Il  tient 
dans  ses  mains  une  lorgnette  et  est  assis  près  d'une 
table  sur  laquelle  est  un  télescope. 

Exécution  remarquable. 

Peut-être  le  portrait  non  identifié  du  Salon  de  1777,  n"  17, 
et  pendant  du  portrait  de  Lépicié,  n°  85. 

Forme  ovale.  H.  o^gi  ;  L.  o'"73. 

Vente  Boittelle,  avril  1866,  n»  83.  (700  fr.) 

Collection  baronne  Nath.  de  Rothschild. 

2«  exposition  des  Portraits  du  xviir  siècle,  i885,  n"  210. 

Collection  Henri  de  Rothschild. 

Voir  VArt  et  les  artistes,  1906,  t.  III,  p.  23i.  La  Collection 
Henri  de  Rothschild,  par  C.  Morice. 

143.  Vernet  (Joseph). 

L'identité  de  ce  tableau  semble  fort  douteuse.  Il  ne  nous 
est  connu  que  par  une  mention  dans  le  Musée  des  portraits 
d'artistes,  par  Henri  Jouin,  1888,  p.  190,  qui  s'applique  sans 
doute  à  notre  n"  68  (Portrait  de  Carie  Vernet). 

144.  Vieillard  (Portrait  d'un),  ou  «  Philosophe  ». 

En  habit  gris;  assis  devant  une  table  où  l'on  voit  un 
1922  i3 


—  1^4  — 
rouleau  de  mantiscrits,  une  tête  de  mort,  une  cruche 
et  une  bouteille.  Il  lit  mi  manuscrit. 

H.  o°'73;  L.  o-'ôo. 

Musée  du  Havre.  (Depuis  la  formation  en  1845;  Catalogue 
de  1887,  n"  25i;  sous  attribution  à  un  inconnu.) 

L'attribution  de  ce  tableau  à  Lépicié  fut  faite  en  premier 
lieu  par  Louis  Gonse.  {La  Peinture  des  Musées  de  province 
en  France,  p.  142.) 

145.  VieUlard  (Tête  de). 

Avec  cheveux  blancs  et  barbe  pareille. 

H.  12  pouces;  L.  9  pouces  (o'"32;  o'"24). 
Vente  Lépicié,  1786,  n»  16. 

146.  Vieillard  (Tête  de). 

De  trois  quarts  à  gauche,  il  regarde  par  terre;  le  front 
très  découvert;  la  tête,  chauve  sur  le  sommet,  est  gar- 
nie sur  les  côtés  de  cheveux  châtains  grisonnant;  une 
barbe  blanche  très  touffue  descend  sur  la  poitrine. 

H.  o'-ôS;  L.  o»485. 
Vente,  27  février  1847,  11°  3i. 

Musée  de  Châteauroux.  (N"  40  du  Catalogue  de  1874;  don 
de  M.  Just  Veillât  vers  i863.) 

147.  Vieillard  (Tête  de). 

En  buste;  couvert  d'un  manteau  gris  et  coiffé  d'un 
bonnet  noir. 

H.  o'*54;  L.  o»38. 

Vente  capitaine  StafFord  de  Brighton,  23  avril  1879,  n"  39. 
Vente   Lefebvre-Bougon   d'Amiens,    12   avril    1895,  n»  32. 
(2o5  fr.) 
Pendant  du  n"  i5i. 

148.  Vieux  paysan. 

De  grandeur  naturelle;  à  mi-corps;  les  deux  mains 
appuyées  sur  un  bâton.  Il  a  la  tête  nue,  les  cheveux 
gris.  Habit  en  gros  drap  ;  gilet  rouge. 

H.  o^-j;  L.  a^%. 

Vente  Leroy  d'Étiolles,  21  février  1861,  n"  63.  (190  ff.) 


149.  Vieille  paysanne. 

Vue  de  face;  coiffée  d'un  mouchoir  blanc;  tablier 
noir  à  bavolet  avec  une  cape  marron  sur  la  tête  et  les 
épaules. 

H.  o°2o;  L.  o^iô. 

Exposition  des  tableaux  de  l'École  française,  1860,  n»  396. 

Collection  de  M.  Cournerie,  1860. 

Peut-être  le  même  que  le  n"  suivant. 

i5o.  Vieille  paysanne. 

Tête  de  face;  en  buste;  la  tète  légèrement  inclinée 
vers  le  côté  droit.  Sur  la  tète,  une  très  légère  et  simple 
coiffe  de  lingerie.  Au  cou,  un  mince  ruban  de  couleur 
foncée.  Un  tablier  blanc  à  bavette  recouvre  la  partie 
supérieure  du  buste  et  se  perd  dans  le  cadre. 

H.  o'»i5;  L.  o-iS. 

Collection  J.  Gigotix. 

Musée  de  Besançon,  n*  292.  (Don  Gigdtix.) 

i5i.  Vieille  (Tête  de). 

H.  o'»54;  L.  o'-SS. 

Vente  capitaine  StafFord  de  Brighton,  23  avril  1879,  n*  40. 

Pendant  du  n"  147. 

i52.  Vigée-Lebrun  (Portrait  de  M™«  L.-E.). 

Collection  Davril,  1888.  (Voir  Musée  des  portraits  d'ar- 
tistes, par  H.  Jouin,  1888,  in-8",  p.  m.) 

i53.  Villageois  (Jeune). 

En  buste. 
H.  o»58;  L.  o"'48. 
Vente  Moreau-Wolsey,  23  mars  1869,  n°  67. 

154.  Villageois  (Portrait  d'tin  jeune). 

H.  o"44;  L.  o'°37. 

Vente,  27  mars  i852,  n»  28. 

Portraits  et  têtes  d'attribution  douteuse. 

i55.  Homme  (Portrait  d'),  dit  d'abord  Diderot,  ensuite 
lé  chirurgien  André  Levret  (1703-1780). 

A  mi-corps;  assis  de  trois  quarts  à  gauche  sur  une 


—  196  — 

chaise  cannée,  les  pieds  ramenés  l'un  sur  l'autre,  le 
droit  sur  le  gauche,  le  pouce  et  l'index  de  la  main 
droite  engagés  dans  les  feuillets  d'un  livre  entr'ouvert; 
cheveux  grisonnant  non  poudrés,  relevés  sur  le  haut 
du  front  et  bouclés  de  chaque  côté.  Habit  gris  boutonné 
devant,  manchettes  de  mousseline  blanche  et  un  gilet 
rouge. 

H.  o'"72;  L.  o^ôi. 

Ancienne  collection  Lenoir. 

Collection  du  duc  d'Aumale. 

Musée  Condé  de  Chantilly.  (T.  CXLV  du  Catalogue  de 
Gruyer).  Actuellement  attribué  à  Aved. 

Voir  Aved,  par  G.  Wildenstein,  n*  127.  (1922,  2  vol.  in-4».) 

i56.  Peintre  (Portrait  d'un  jeune). 

A  mi-corps,  presque  de  face;  les  cheveux  poudrés  et 
relevés  sur  les  côtés;  chemise  entr'ouverte;  redingote 
violette,  col  rabattu.  La  main  gauche  tient  une  palette 
et  la  main  droite  une  brosse. 

H.  o'-vS;  L.  o"59. 

Musée  d'Orléans.  {Inventaire  des  richesses  d'art  de  la 
France.  Province.  Monuments  civils,  1. 1,  p.  95,  n"  226  du  Ca- 
talogue de  1876.) 

Presque  certainement  pas  par  Lépicié;  actuellement  attri- 
bué à  Gauffier  (1761-1801),  dont  il  serait  le  propre  portrait,  vers 
l'âge  de  vingt-cinq  ans.  (Je  dois  ces  renseignements  à  l'obli- 
geance du  conservateur  du  Musée.) 

Appendice. 

Les  portraits  suivants  ont  passé  en  vente  avec  des 
indications  trop  vagues  pour  permettre  qu'ils  fussent 
compris  dans  un  catalogue  de  l'œuvre  de  Lépicié  : 

Portrait  d'un  architecte.  Vente  Boittelle,  de  Cambrai, 
28-3o  janvier  1878,  n"  35o.  —  Tête  d'adolescent.  H.  16  pouces 
6  lignes;  L.  14  pouces  3  lignes  (o°'44;  o"'34).  Vente  A.  Giroux, 
16-17  décembre  i833,  n°  17. —  Portrait  présumé  d'un  artiste. 
Vente  Gueting,  19  février  1848,  n"  4,  —  Tête  d'enfant.  Vente, 
18  avril  1857,  n"  73.  —  Portrait  de  femme,  avec  un  bonnet 
blanc  et  une  robe  rose.  Ovale.  Vente  Duchose,  22-23  février 
1847,  '^°  62.  —  Tête  de  jeune  fille.  Vente,  6-7  décembre  1841. 


Et 


^- 


—  197  — 
—  Tète  de  jeune  fille.  Vente,  27  mai  i852,  n*  3.  —  Id.  Vente 
29  janvier  i852,  n»  64.  —  Id.  Vente,  18-19  décembre  i852, 
n"  17.  —  Id.  Vente  Rollin,  i"  avril  i853,  n°  96.  —  Id.  Vente 
Devere,  17  mars  i855,  n"  39.  —  Id.  Vente  Marcille,  4  mars 
1857,  II'  260.  —  Id.  Vente  Lecurieux,  12  décembre  1862, 
n»  3o.  —  Id.  Vente,  9  avril  1877,  n°  17.  —  Fillette  en  cos- 
tume de  paysanne.  Vente  M.  Soret,  11-12  mai  i863,  n°  67 
(62  fr.).  —  Tête  de  jeune  garçon.  Vente,  19-20  avril  1841.  — 
Id.  Vente,  27  février  i85o,  n»  104.  —  Id.  Vente,  27  février  i85i, 
n'  79.  —  Id.  Vente,  8  avril  i852,  n°  87.  —  Id.  Vente  Viardot, 
27  mars  1867,  n°  52.  —  Id.  Vente  D'  Benoist,  3o  mars  1857, 
n»  55.  —  Id.  Vente,  3  mai  1862,  n"  36.  —  Id.  Vente,  11  mars 
1872,  n»  26.  —  Id.  Vente,  3o  novembre  1872,  n°  44.  — 
Id.,  dans  une  attitude  éplorée,  les  yeux  levés  vers  le 
ciel.  Vente,  21  novembre  1910,  n»  44.  ^—  Tête  de  jeune 
homme.  Vente  Stevens,  14-15  avril  i85i,  n°  23.  —  Tête 
d'homme.  Vente,  4  mars  1868,  n"  3i.  —  Portrait  d'homme 
avec  une  décoration,  en  buste,  grandeur  naturelle.  Vente 
Robinson  de  Bercy,  25  février  1847  (Chantilly),  n"  76.  — 
Deux  portraits  d'homme.  Vente,  27  avril  1900,  n*  26.  —  Por- 
trait d'homme.  Vente  M.  L.,  7  décembre  1901,  n°  17.  —  Id. 
Vente  D'  Benoist,  3o  mars  1857,  n»  54.  —  Id.  Vente  D'  Be- 
noist, 19-20  juin  1867,  n°  76.  —  Portrait  d'homme  lisant 
une  lettre.  Vente  Meffre,  3-4  mars  i852,  n»  32.  —  Jeune  pay- 
san. Vente,  18  janvier  1860,  n°  54.  —  Jeune  valet.  Vente, 
6-7  décembre  1841,  n°  2g. 

Les   tableaux  suivants,   d'attribution  douteuse,  ont 
également  passé  en  vente  : 

Portrait  présumé  de  l'artiste.  Vente,  24  décembre  1887.  — 
Portrait  de  jeune  femme.  Vente,  22  avril  1874,  n"  54.  —  Por- 
traits de  petite  fille  et  de  petit  garçon.  Chacun  H.  o"'46; 
L.  o'»38.  Vente,  6  février  1908,  n"»  3o-3i  (i,5oo  fr.).  —  Portrait 
d'un  petit  garçon,  vu  de  trois  quarts  à  droite,  les  cheveux 
ras,  coiffé  d'un  chapeau  de  feutre,  vêtu  d'un  habit  de  velours 
gris.  Ovale.  H.  o'"52;  L.  o'"425.  Vente  A.  de  Ganay,  11  juin 
1904,  n«  16  (1,200  fr.).  —  Tête  d'étude.  Vente  R.,  20-22  no- 
vembre i855,  n»  240.  —  Tête  de  petit  garçon.  Vente  Fonti- 
nelle,  17-18  février  1873,  n»  47.  —  Portrait  de  jeune  garçon. 
Vente,  23-24  février  1880,  n°  43.  —  Portrait  de  jeune  garçon 
souriant,  coiffé  d'un  chapeau  de  feutre,  un  gilet  de  manches 
rouges;  le  bras  gauche  posé  sur  une  cage,  il  tient  un  oiseau 
de  la  main  droite.  Vente  M.  F.,  3o  novembre-i"  décembre 


^  .98  ^ 

ï9o5,  n°  40,  —  Jeune  garçon,  en  buste,  H.  o"'39;  L.  o^So. 
3«  vente  Beurnonville,  12  mai  1906,  n"  5i.  —  Jeune  garçon, 
en  buste,  les  cheveux  blopds,  rieur,  vêtu  de  rouge.  H.  o'"38; 
L.  o^Sô.  Vente,  14-15  janvier  1920,  n»  28.  —-  Portrait  de  jeune 
homme.  Vente  Baur,  lo-u  décembre  1890,  n°  5i.  »--  Villa- 
geois, en  buste,  coiffé  d'un  chapeau  à  larges  bords.  Vente, 
20  février  1886,  n"  44.  —  Portrait  de  jeune  villageoise.  Vente 
Murât,  de  Saint-Jean-d'Angély,  25-26  avril  1887,  n»  i3.  — 
Portraits.  Vente  marquis  de  F.,  18-20  avril  I876,  n'  562. 


III.  —  Genre, 
a)    Œuvres    datées. 

157.  L'étude. 

H.  17  pouces;  L.  14  pouces  (o'"46;  o"35). 
Salon  de  1769,  n*  127. 

En  regard  du  titre,  sur  son  livret,  Diderot  écrit  ce  seul 
mot  :  «  ...  Rien...  »  (T,  XI,  p.  434.) 

i58.  Le  déjeuner  frugal. 

...  De  ce  bon  villageois,  le  déjeuner  frugal 
Pour  tout  autre  serait  un  très  mauvais  régal. 
A  le  voir,  on  dirait  qu'il  n'est  pas  sans  malice, 
Et  qu'il  vous  dit,  d'un  ton  original  : 
Mangez-en  votre  part;  c'est  à  votre  service... 
{La  Muse  errante  au  Salon...,  1771,  p.  i5.) 

H.  17  pouces;  L.  14  pouces  (o'"46;  o'"79). 

Salon  de  1771,  n°  35. 

Voir  aussi  :  Diderot,  t.  XI,  p.  481. 

i5g.  La  récréation  utile. 

Femme  lisant.  Assise,  en  costume  blanc  à  fleurettes 
roses,  elle  courbe  la  tête  au-dessus  d'un  livre  ouvert  sur 
ses  genoux;  à  droite  est  un  tambour  pour  travailler  à 
l'aiguille. 

Sur  cuivre.  H.  i5  pouces;  L.  i  pied  (o°4o;  o'"32). 

Voir  la  réplique  de  ce  tableau  n"  160. 

Salon  de  1771,  n"  36. 

Voir  la  Muse  errante  au  Salon...,  p.  16. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  6. 

Vente  Henry  Didier,  i5-i7  juin  1868,  n**  67. 


N°  i6o.  —  Jeune  femme  lisant. 
(Musée  d'Amiens.) 


—  199  — 

Exposition  des  cent  chefs-d'œuvre  des  Écoles  françaises  et 
étrangères,  8  juin  1892.  (N"  25.  Collection  Nathaniel  de  Roth- 
schild.) 

Collection  de  Rothschild. 

Voir  :  Cent  chefs-d'œuvre  des  collections  françaises  et 
étrangères.  Préface  par  G.  Lafenestre,  p.  20.  Paris,  1892. 

160.  Jeune  femme  lisant. 

Bois.  H.  5  pouces  6  lignes;  L.  4  pouces  (o^iSô;  o^ioS). 

Réplique  du  n°  précédent;  voir,  plus  bas,  le  pendant,  n°  i63. 

Vente  du  cabinet  de  feu  M.  Randon  de  Boisset,  27  février 
1777,  n"  233.  (Acheté  3io  fr.  par  le  comte  de  Brancas.) 

Exposition  de  l'Art  du  xviii"  siècle,  décembre  i883-janvier 
1884,  n°  90.  (Collection  Lavallard.) 

Donné  par  Lavallard  frères,  de  Roye,  au  Musée  d'Amiens, 
le  21  août  1890,  n"  169.  (Catalogue  de  1894.) 

Musée  d'Amiens.  (N"  27  du  Catalogue  de  1899,  qui  l'attribue 
a  Mieris.)  M.  Gonse  {Chefs-d'œuvre  des  Musées  de  province, 
1900,  p.  i5)  déclare  que  le  tableau  est  attribué  par  quelques 
connaisseurs  à  Lépicié  mais  qu'il  ressemble,  à  s'y  méprendre 
à  un  Bilcocq. 

Il  faut  rattacher  aux  deux  tableaux  précédents  les  deux 
numéros  suivants  : 

161.  Liseuse. 

Puste  d'une  jeune  fille  placée  devant  une  table  et 
occupée  à  lire. 
Œuvre  de  jeunesse  du  peintre. 
H.  i5  pouces;  L.  10  pouces  (0^41  ;  o'"27). 
Vente  Paillet,  1777,  n"  100. 

162.  Liseuse. 

Une  jeune  fille  lisant. 

H.  17  pouces;  L.  14  pouces  (o'°46;  o"37). 
Vente,  25  janvier  1779,  n°  64. 
Voir  le  n"  157. 

i63.  Jeune  femme  assise,  cousant. 

Vue  de  trois  quarts  à  droite,  elle  a  cessé  de  travailler 
et  a  les  yeux  fixés  à  terre.  Vêtue  d'une  robe  blanche, 
largement  échancrée  sur  la  poitrine,  avec  un  col  de 
dentelle.  Elle  porte  des  manches  courtes  jusqu'au  coude, 


—    200   — 

un  collier  de  perles  autour  du  cou.  Ses  cheveux  blonds, 
bien  tirés,  sont  cachés  ea  partie  par  un  bonnet  de  den- 
telle avec  un  petit  nœud  rose. 

Toile.  H.  o^Si  1/2;  L.  o»23. 

Voir  le  pendant  n'  ibg  et  la  réplique  réduite  n"  164. 

Collection  de  la  baronne  Nathaniel  de  Rothschild. 

Collection  de  la  baronne  David  Leonino. 

164.  Jeune  femme  tricotant. 

Voir  la  description  du  n°  précédent. 

H.  o^iS;  L.  o^io.  (Catalogue  de  la  vente  Louis  Fould,  n"  8.) 

Réplique  du  n»  précédent  et  pendant  du  n°  160. 

Vente  du  cabinet  M.  ***,  5  avril  1780,  n"  61.  (H.  o^iS; 
L.  o-io.) 

Vente  de  feu  Louis  Fould,  4  juin  1860,  n^S.  (Vendu  5i5  fr.) 

Vente  Allou  et  Ehrler,  12  février  1872,  n°  21.  (Acheté 
4.010  fr.  par  Sabatier.) 

Exposition  des  Alsaciens-Lorrains,  1874,  n"  899. 

Collection  Sabatier. 

Un  tableau  :  «  La  tricoteuse  »,  passait  à  la  vente  du  baron 
D.  ***,  I"  avril  1876,  et  un  autre  :  «  Petite  fille  faisant  du 
tricot  »,  est  signalé  dans  la  vente  du  comte  de  Masin,  28  jan- 
vier-2  février  1889,  à  Versailles,  n°  26. 

i65.  La  vigilance  domestique. 

C'est  une  femme  d'environ  trente  ans,  laide,  maigre 
et  fâchée,  qui  paraît  tenir  un  livre  de  compte. 

[Lettres  sur  les  Salons  de  iyy3...,  par  Du  Pont  de  Ne- 
mours. Nouvelles  Archives  de  l'Art  français,  t.  II,  p.  25, 
i"  fascicule,  1908.) 

Sur  cuivre.  H.  i5  pouces  1/2;  L.  12  pouces  (o^ôS  1/2;  o"'32). 

Salon  de  1773,  n"  29. 

166.  La  politesse  intéressée,  dite  «  Les  bassesses  de 
Zizi  ». 

Représente  un  chien  faisant  la  révérence  pour  un 
morceau  de  pain. 

{Lettres  sur  les  Salons  de  l'/yS...,  par  Du  Pont  de  Ne- 
mours. Nouvelles  Archives  de  l'Art  français,  t.  II,  p.  27, 
1"  fascicule,  1908.) 

Signé,  en  bas,  sur  la  pierre,  vers  la  droite,  et  daté  :  /  772. 

Bois.  H.  0-43  ;  L.  o'»33. 

Salon  de  1773,  n"  3o. 


—    201    — 

Vente  des  cabinets  MM.  ***,  9  avril  1793,  n"  96.  (Vendu 
3oo  fr.) 

Vente  Montigny,  22  janvier  1844.  (N°  99  :  «  Jeune  garçon  et 
son  chien  »,  vendu  35  fr.,  avec  une  «  Jeune  fille  au  chat  » 
comme  pendant.) 

Vente  de  feu  le  comte  de  Cherisey,  16  juin  1909,  n"  19. 
(Vendu  27.000  fr.) 

Vente  de  M"""  Roussel,  25-28  mars  1912,  n"  16.  (Vendu 
3i.ooo  fr.  à  Constantin.) 

Voir  les  critiques  :  Bachaumont,  Mémoires  secrets,  t.  XIII, 
p.  i52;  Avant- Coureur,  6  septembre  1773,  p.  564,  565. 

167.  Le  chien  obéissant. 

Le  chien  rapporte  le  chapeau  déchiré  de  son  maître. 
(Du  Pont  de  Nemours...  Nouvelles  Archives  de  V Art  fran- 
çais, t.  II,  p.  25,  1908.) 
H.  20  pouces;  L.  22  pouces  (0^54;  o"'59). 
Salon  de  1773,  n°  3i. 

168.  Le  voyageur  de  campagne. 

Un  homme  assis  sur  une  motte  de  terre,  la  tête 
découverte,  vue  de  face  et  chauve;  près  de  lui  est  une 
valise  et,  à  ses  pieds,  un  chien  endormi. 

Toile.  H.  II  pouces;  L.  8  pouces  (o'"29;  o'"2i). 

Voir  les  variantes  au  Salon  de  1777  et  au  Salon  de  1783. 

Voir  aux  dessins  n"'  418,  19,  20. 

Salon  de  1773,  n°  32. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  12. 

169.  Le  lever  de  la  jeune  fille  ou  «  lever  de  Fanchon  ». 

Une  jeune  servante  sort  de  son  lit.  Elle  enfilé  un  bas, 
tandis  qu'un  chat  se  frotte  familièrement  contre  sa 
jambe.  A  gauche,  instruments  de  ménage. 

Signé  :  Lépicié,  iJjS. 

H.  o"°73;  L.  o"9i. 

Voir  la  réplique  de  ce  tableau  n"  170  et  l'étude  n"  76. 

Salon  de  1773,  n*>  35.  (Plusieurs  tableaux  sous  le  même  n°.) 

Vente  Briant,  27-28  mars  i85i,  n°  117.  (Vendu  690  fr.) 

2«  exposition  des  Tableaux  de  l'École  française,  1860, 
n»  395,  p.  86. 

Exposition  des  Orphelins  d'Alsace-Lorraine,  i885,  n"  3io. 

Collection  Chaix  d'Est-Ange.  (Legs  de  la  baronne  du  Teil, 
Chaix  d'Est- Ange,  1921,  au  Musée  de  Saint-Omer.) 


—    202   — 

Voir  :  Le  Dévidoir  du  PalaiS'Royal,  1773,  p.  10-11;  Les 
ArtSj  1907,  p.  3o;  —  La  Collection  d'Est-Ange,  par  J.  du  Teil. 

Ï70.  Le  lever  de  la  jeune  fille. 

H.  i";  L.  l'-ôo. 

Réplique  en  grand  du  n»  précédent. 
Vente  Roussel,  9-1 3  avril  1866,  n°  446.  (Vendu  63q  fr.) 
Vente  Monbro,  9-12  mars  i863,  n»  46.  (Vendu  1.099  ^^-  ^ 
Baur.) 

171.  La  bonne  mère. 

Une  Savoyarde  assise,  tenant  sur  ses  genoux  son 
enfant  dans  un  berceau. 

Signé  et  daté  :  1774. 

Sur  bois.  H.  i5  pouces;  L.  12  pouces  (o"4o;  o"32). 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  5.  C'est  probablement  le 
même  qui  passa  à  la  vente  du  24  décembre  1828,  n°  43. 

Exposition  des  Alsaciens-Lorrains,  1874,  n"  3 10. 

Vente  J.  Burat,  28-29  avril  i885,  n"  i23.  (Vendu  7.000  fr.  à 
Baer.) 

Gravé  par  Bocourt.  (Cf.  L'Art,  i885,  t.  XXXVIII,  p.  170.) 

Voir  aux  dessins  n"*  403,  404. 

172.  Dévideuse  ou  fileuse. 

Une  femme  dévide  un  fil  que  des  enfants  tirent.  Pay- 
sage. Une  ferme  à  gauche. 

Signé,  en  bas,  à  gauche  :  A  Che^y,  Lépicié,  1774. 
Collection  E.  Kraemer,  1910. 

173.  La  petite  sournoise. 

Costume  de  paysanne. 

L'expression  de  la  tête  et  l'exécution  de  ce  petit  tableau  le 
mettent  au  premier  rang  dans  l'œuvre  du  maître. 

Signé,  à  gauche,  et  daté  :  1774. 

Sur  bois.  H.  ©«"lô;  L.  o""i6. 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n"  86.  (Vendu  1.421  fr.  à 
Du  Tillet.) 

174.  Ménage  de  bonnes  gens. 

Un  paysan  et  une  paysanne  sont  attablés.  La  pay- 
sanne a  un  enfant  sur  ses  genoux. 

Daté  enyiroïi  de  1774,  étant  donné  que  «  La  bouillie  » 
(n"  suivant),  qui  est  tirée  de  ce  tableau,  date  de  cette  année. 


N^   171.  —  La    bonne    mère. 
(Ancienne  collection  Burat.) 


—    203    — 

Toile.  H.  17  pouces;  L.  22  pouces  (o'»46;  o°»5g). 
Voir  le  pendant  :  «  L'union  paisible  »,  n"  187, 
Appartenait  en  1788  au  baron  de  Breteuil.  (On  peut  lire  ce 

renseignement  au  bas  de  l'estampe  de  de  Longueil.) 
Vente  Jourdan,  4  avril  i8o3,  n°  29.  (Vendu  235  fr.) 
Gravé  par  de  Longueil   en    1788.    {Mercure   de  France, 

12  janvier  1788,  p.  94.) 

175.  La  bouillie  ou  «  Le  devoir  maternel  ». 

Une  jeune  nourrice,  représentée  assise,  faisant  man- 
ger de  la  bouillie  à  son  enfant. 

Signé,  à  droite,  et  daté  :  1774. 

Bois.  H.  o°'45;  L.  o'"3o. 

Ce  petit  groupe  est  tiré  du  tableau  :  «  Ménage  de  bonnes 
gens  »,  n"  174.  Voir  la  réplique  réduite,  n°  176. 

Vente  des  cabinets  de  MM.  ***,  9  avril  1793,  n°  99.  (Vendu 
80  fr.  à  Jaubert.) 

Vente  marquis  G.  ***,  21  décembre  1842,  n°  55.  («  Scène 
d'intérieur;  une  femme  et  un  enfant.  ») 

Vente  Fallu  de  Poitiers,  4  février  i863,  n°  i3.  (Vendu 
i.3o5  fr.) 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n°  78.  (Vendu  2.000  fr.) 

Vente  prince  Galitzin,  10  mars  1875,  n°  24.  (Vendu  3.65ofr.) 

Vente  Rothan,  29-31  mai  1890,  n°  166.  (Vendu  12.000  fr.) 

Collection  Thureau-Dangin.  (Croix-Saint-Lenfroy,  Eure.) 

176.  Le  devoir  maternel. 

Voir  la  description  du  n"  précédent. 

Sur  bois.  H.  5  pouces;  L.  3  pouces  9  lignes  (o"'i3;  o'°o8). 

Gravé  par  Le  Bas. 

Voir  plus  haut  la  réplique  n"  175  et  le  pendant  n°  177. 

Vente  J.-Ph.  Le  Bas,  i5  avril  1783,  n°  14.  (Vendu,  avec  le 
pendant,  i32  fr.) 

Vente  Robert  de  Saint-Victor,  26  novembre  1822,  n°  568. 
(Vendu,  avec  le  pendant,  176  fr.) 

Vente  baron  Denon,  1"'  mai  1826,  n°  166.  (Vendu,  avec  le 
pendant,  271  fr.) 

Vente  J.-L.  David,  18-19  mars  1868,  n°  33. 

Collection  Wallace  a  Londres,  n**  464. 

177.  I^j^éducation  commencée. 

Une  femme  montrant  à  lire  à  une  petite  fille. 
Sur  bois.  H.  5  pouces;  L.  3  pouces  9  lignes  (o'"i3;  o^oS). 
Ce  groupe  est  tiré  de  1'  «  Atelier  du  menuisier  ». 


—  204  — 

Voir  le  pendant  n»  précédent  et  le  dessin  préparatoire  n"  4o5. 
Gravé  par  Le  Bas. 

Passa  aux  mêmes  ventes  que  le  n°  précédent. 
Collection  Wallace,  n"  466. 

178.  L'atelier  du  menuisier. 

Un  homme  et  une  femme,  entourés  de  quatre  enfants, 
forment  la  composition  de...  ce  tableau.  On  y  voit  le 
père  occupé  de  son  travail  et  la  mère  qui  fait  lire  sa 
petite  fille;  près  d'elle  une  plus  grande  travaille  en  linge. 

Toile.  H.  2  pieds;  L.  2  pieds  1/2  (o"'64;  o^Si). 

Salon  de  1775,  n°  21. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  i. 

Pendant  de  la  «  Demande  acceptée  »,  n"  i83. 

Voir  aux  dessins,  n"  408. 

Voir  :  Mercure  de  France,  octobre  1775,  p.  i85;  Diderot, 
t.  XII,  p.  10;  La  lanterne  magique  aux  Champs-Elysées,  p.  14. 

L'histoire  de  V Atelier  a  été  racontée  dans  le  Bulletin  de  la 
Société  de  l'histoire  de  l'Art  français,  1910,  p.  25  (Ph. -Gas- 
ton Dreyfus  :  Une  dernière  volonté  de  Nicolas-Bernard  Lé- 
picié). Craignant  que  son  œuvre  ne  donnât  lieu  «  à  penser 
mal  »,  l'artiste  «  réforma  »  un  jour  les  deux  exemplaires 
qu'il  avait  peints,  demanda  à  Le  Bas  d'en  retoucher  égale- 
ment la  gravure  et,  sur  le  refus  de  celui-ci,  racheta  le  cuivre 
et  les  épreuves.  Il  semblait  bien  que  ces  précautions  eussent 
réussi  à  faire  disparaître  détinitivement  tout  témoignage 
figuré  de  la  composition  primitive. 

Mais  une  heureuse  chance  vient  de  mettre  entre  les  mains 
de  M.  Ernest  May  un  exemplaire  de  la  gravure  jusque-là 
introuvable  de  Le  Bas,  presque  en  même  temps  qu'une 
réplique  peinte  de  la  toile  avant  la  réforme  (ci-dessous, 
n"  180).  La  gravure,  qui  semble  un  tirage  ancien,  porte, 
dans  la  marge  inférieure,  la  lettre  suivante,  manifestement 
imprimée  après  coup  :  «  L'Heureuse  Union.  Dédiée  aux 
pères  de  famille.  Peint  par  J,-B'*  Greuze  et  gravé  par  Le 
Bas.  Paris,  chez  Le  Bas,  marchand  d'Estampes,  r.  des  Fos- 
sés-Montmartre, n"  27.  Imprimé  par  Chardon  jeune  et  fils, 
rue  Racine.  »  D'autres  épreuves  semblables  ont  dû  circuler, 
et  c'est  sans  doute  leur  légende  fantaisiste  qui  a  fait  intro- 
duire la  prétendue  Heureuse  Union  dans  le  Catalogue  rai- 
sonné de  l'œuvre  de  Greu:{e  par  Martin  et  Masson,  Paris, 
1908,  in-fol.,  sous  le  n"  164.  Comment  ces  épreuves  ont 
échappé  aux  recherches  de  Lépicié,  comment  elles  se  sont 


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trouvées,  au  milieu  du  xix°  siècle,  entre  les  mains  d'un 
marchand  d'estampes,  homonyme  et  vraisemblablement 
héritier  de  Le  Bas,  pourquoi  celui-ci,  par  ignorance  ou 
parce  que  le  nom  de  Greuze  était  plus  marchand,  a-t-il  fait 
ajouter  la  légende  qui  dépossède  Lépicié?Nous  ne  le  savons 
pas,  mais  il  faut  s'applaudir  d'un  concours  de  circonstances 
qui  nous  rend  aujourd'hui  une  des  meilleures  planches  de 
Le  Bas  et  qui  nous  enlève  toute  incertitude  sur  la  composi- 
tion primitive  de  V Atelier. 

Ainsi  qu'on  le  supposait,  celle-ci  était  bien  innocente.  Le 
garçon  menuisier  (que  quelques  retouches  transformèrent  à 
peu  de  frais  en  père  vertueux)  coulait  bien  un  regard  indis- 
cret vers  la  fille  de  la  maison;  il  semblait  bien  s'efforcer  de 
détourner  de  son  ouvrage  l'attention  de  la  jeune  travailleuse; 
mais  ce  jeu  de  scène  ne  prétait  pas  nécessairement  à  «  pen- 
ser mal  »,  et  on  pouvait  d'autant  mieux  l'absoudre  que  Lé- 
picié  a  eu  soin  de  nous  raconter,  dans  la  Demande  acceptée, 
le  dénouement  fort  moral  de  cette  idylle. 

179.  L'atelier  du  menuisier. 

Réplique  du  tableau  précédent  et  également  changée  par 
Lépicié. 

Signé  dans  le  bas  à  droite. 

Toile.  H.  o"'48;  L.  o™6i  (les  mêmes  dimensions  et  dans  le 
même  sens  que  la  gravure  pour  laquelle,  avant  les  change- 
ments apportés  par  Lépicié,  il  a  servi  de  modèle). 

Probablement  pendant  de  la  «  Demande  acceptée  »,  n"  181. 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n°  66. 

Exposition  internationale  de  Londres,  i"  mai  1871.  {Rap- 
port sur  les  beaux-arts,  par  A.  Viollet-le-Duc,  p.  5.) 

Collection  de  la  baronne  d'Erlanger  (depuis  1866). 

180.  L'atelier  du  menuisier. 

Réplique  non  changée.  Pareille  à  la  gravure  de  Le  Bas. 
Dans  le  même  sens  que  celle-ci. 

H.  o"9o;  L.  i-^So. 

Collection  du  major  C.  S.  Ricketts.  (Signalé  dans  le  Cata- 
logue de  la  collection  Wallace  sous  le  n"  466.) 

Collection  de  M.  Ernest  May. 

On  ignore  dans  quelles  conditions  a  été  peinte  cette 
réplique,  qui  n'est  pas  mentionnée  dans  le  testament  de 
Lépicié. 

181.  Les  accords. 

Une  femme,  assise,  unit  la  main  de  sa  fille  à  celle 


^-  206  — 

d'un  jeune  homme;  les  amants  semblent  juret  sur  ses 
genoux  d'augmenter,  par  leur  tendresse,  sa  félicité. 

Toile  ovale  en  largeur.  H.  18  pouces  6  lignes;  L.  21  pouces 
(o'"48;  o-Sô). 

C'est  évidemment  la  première  variante  ou  réplique  de  la 
«  Demande  acceptée  ».  Voir  les  n"'  i83,  184,  i85,  186. 

Salon  de  1775,  n°  22. 

Vente  M""»  ***,  27-28  novembre  1816,  n"  23.  (Sous  le  titre  : 
«  L'union  paisible.  »  Le  Catalogue  se  trompe  en  disant  que 
c'est  le  tableau  du  Salon  de  1777.) 

Diderot  remarque  les  progrès  de  Lépicié,  «  mais,  n'en 
déplaise  à  M.  Cochin,  cela  est  bien  loin  de  Téniers...  ». 
(T.  XII,  p.  10,11.) 

[82.  Intérieur  d^une  douane. 

Dans  une  large  construction,  où  la  cour  est  arrondie 
à  fauche  en  forme  de  rotonde,  le  mouvement  des 
chaises  de  poste  et  d'une  douane  au  xviiie  siècle.  Dans 
la  cour,  au  premier  plan...,  un  camion  chargé  qu'on  va 
sortir...,  un  groupe  où  l'on  discute...;  des  gens  causent... 
et  s'embrassent. 

Toile.  H.  o-pS;  L.  i'»62. 

Voir  le  pendant  au  Salon  de  1779,  n"  191,  et  les  dessins 
préparatoires  n°'  406,  407. 

Salon  de  1776,  n°  23. 

Ce  tableau  avait  été  fait,  comme  son  pendant  «  La  Halle  », 
pour  l'abbé  Terray,  ministre  d'État.  Il  passa  par  les  mêmes 
ventes  que  «  La  Halle  »,  en  1779,  1782,  1812,  1881,  1892,  1893, 
et  parut  seul,  cette  fois,  à  la  vente  Lelong,  27  avril,  i"  mai 
1903,  n°  36.  (Vendu  9.200  fr.  à  Paulme,  marchand.) 

Actuellement  :  Collection  Henri  de  Rothschild. 

«  La  Douane  est  un  grand  succès  auprès  du  public...  On 
en  fait  grand  bruit...  »,  dit  Diderot  (t.  XII,  p.  11).  Celui-ci 
nous  apprend  aussi  que  la  figure  principale  du  groupe  du 
milieu  est  le  portrait  de  Lépicié. 

«  ...  Outre  le  mérite  d'une  composition  ingénieuse  et  natu- 
relle, d'un  dessin  fin  et  correct,  dit  un  autre  critique,  enfin 
de  la  réunion  des  talents  qu'on  lui  connaît,  il  a,  de  plus, 
celui  d'une  couleur  douce,  lumineuse  et  d'un  accord  très 
harmonieux.  Peut-être  quelques  tons  un  peu  moins  gris 
dans  son  architecture  achèveraient-ils  de  l'amener  à  sa  per- 
fection... »  {Observations  sur  les  ouvrages  exposés  au  Salon 
ou  lettre  à  M.  le  comte  de  ***,  1775,  p.  14-17.) 


^  èô7  -- 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  L'art  de  voyager  au  loin 
sans  sortir  d'une  chambre  (manuscrit);  La  lanterne  Magique 
aux  Champs-Elysées,  p.  i5;  Bachaumont,  Mémoires  secrets, 
t.  XIII,  p.  199-200. 

i83.  La  réponse  désirée,  dite  aussi  la  Demande  accep- 
tée ou  la  Promesse  approuvée. 

Un  jeune  homme  demande  la  main  d'une  jeune  fille. 
Il  est  assis,  ainsi  que  la  mère  de  la  jeune  fille;  celle-ci 
est  debout  à  côté  d'eux  et  semble  interroger  sa  mère. 
A  gauche,  un  enfant  joue  avec  un  chien.  Dans  le  fond, 
le  père,  avec  deux  de  ses  enfants,  contemple  la  scène. 

Signé  et  daté  :  1776. 

Toile.  H.  o"64;  L.  o^So. 

Pendant  de  1'  «  Atelier  du  menuisier  »,  n"  178. 

Voir  la  première  version  ou  variante  n"  181  et  plus  bas  les 
répliques.  Voir  aussi  les  dessins  n°*  409,  417. 

Salon  de  1777,  n"  I2é 

Vente  Lépicié,  io  février  1785,  n"  2. 

Vente  Cochu,  3-4  ventôse  an  VII  (1799),  n°  25.  (H.  ©"64; 
L.  o'^SS.  Le  Catalogue  affirme  que  c'est  le  n"  2  de  la  vente 
Lépicié  et  le  même  que  celui  gravé  par  Bervic.  Probable- 
ment une  erreur  dans  la  dimension  o'^SS.) 

Vente  du  cabinet  F.  Boudin,  4-5  mars  1818,  n»  79.  (Vendu 
366  fr.) 

Vente  V*  Martin,  21  avril  i856.  (Vendu  3.oio  fr.) 

Exposition  des  Alsaciens^Lorrains  en  1874,  n°  897. 

Vente  A.  Fould,  14-15  mai  1875,  n"  27.  (Vendu  5.ooo  fr.) 

Vente  Monbrison,  8  mai  1891,  n"  49.  (Vendu  i5.ooo  fr.  à 
Mannheim.) 

Saint-Aubin  en  a  fait  une  esquisse  dans  son  livret  du 
Salon.  (Bibl.  nat.,  Estampes,  Ybi22a,  réserve.) 

Gravé  par  Bervic,  en  1784,  sous  le  nom  :  «  La  demande 
acceptée.  »  Fut  aussi  gravé  par  Hémery,  en  1777,  sous  le 
nom  :  «  La  promesse  approuvée  ».  [Journal  de  Paris,  il*  356^ 
décembre  1784,  i5o7;  n*  202,  juillet  1777,  p.  4.) 

184.  Même  sujet. 

H.  o»i6;  L.  0-18. 
Voir  le  n°  précédent. 
Vente,  20  mars  1874,  n°  40. 

i85.  Même  sujet. 

Première  pensée  du  tableau  de  ce  maître.  Composition  de 


—    208    — 

cinq  figures  au  lieu  des  sept  de  la  composition  définitive; 
les  deux  fiancés,  la  mère  et  les  deux  enfants,  dont  la  petite 
fille  regarde  vers  les  fiancés.  Il  y  a  aussi  quelques  légères 
différences  dans  les  accessoires. 

Signé  au  coin  en  bas  à  droite. 

Bois.  H.  i3  pouces;  L.  lo  pouces  4  lignes  (o"*33;  o'"27). 

A  comparer  avec  les  n"»  précédents. 

Vente  Delaunay,  i3  novembre  1810,  n°  7. 

Musée  de  Cherbourg.  (Don  de  Thomas-Henri  de  Cher- 
bourg, commissaire  des  Musées  royaux,  i83i-i834,  n"  128. 
Catalogue  de  1870.) 

186.  Même  sujet. 

Musée  de  Brest,  n"  82.  (Catalogue  de  1896.) 

Donné  par  M.  Hombron,  conservateur  du  Musée  en  1881. 

Voir  les  n"»  précédents. 

Je  n'ai  pas  pu  savoir  si  cette  œuvre  est  de  Lépicié  ou  une 
copie  d'après  lui. 

Un  tableau  :  «  La  demande  acceptée  »  (composition  à  l'in- 
verse de  la  gravure  et  du  tableau  n°  i83.  H.  o'"53;  L.  o°'64), 
passa  à  la  vente  du  comte  R.  (i3  mai  1906,  n°  66).  En  jugeant 
d'après  la  photographie  qu'en  donne  le  Catalogue  de  la 
vente,  il  s'agissait  d'une  assez  mauvaise  copie  du  tableau 
n»  i83. 

187.  L'union  paisible. 

Tableau  ovale.  H.  18  pouces;  L.  22  pouces  (o"'48;  o"59). 

Voir,  n"  174,  le  pendant  :  «  Ménage  de  bonnes  gens.  » 

Salon  de  1777,  n"  i3. 

L'esquisse  de  Saint-Aubin  montre  une  scène  d'intérieur 
avec  un  groupe  de  quatre  figures,  dont  une  mère  ayant  un 
enfant  sur  ses  genoux  auprès  d'un  berceau.  Dans  le  fond, 
une  cheminée.  (Dans  le  livret  du  Salon.  Cabinet  des  Estampes, 
Yb  122  a,  réserve.) 

188.  La  solitude  laborieuse. 

Une  esquisse  de  Saint-Aubin,  dans  le  livret  du  Salon,  repré- 
sente un  vieillard  assis  auprès  d'une  fenêtre. 
Salon  de  1777,  n"  14. 

189.  Le  repos. 

Un  vieillard  assis  tenant  un  bâton;  près  de  lui  un 
enfant  assis  par  terre. 
Sur  toile.  H.  24  pouces;  L.  19  pouces  (o'"65;  o^Si). 


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Voir  la  première  variante  du  Salon  de  1773,  n"  168,  la 
réplique  du  Salon  de  1783  et  les  dessins  préparatoires  n"  418, 
419,  420. 

Salon  de  1777,  n»  i5. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  4. 

Gravé  par  Cl.  Bervic  en  1777,  avec  dédicace  au  comte  et 
à  la  comtesse  de  Brancas.  {Journal  de  Paris,  n»  32i,  1777, 
p.  1-2.)  Saint-Aubin  en  a  fait  une  esquisse  dans  son  livret 
du  Salon. 

190.  Le  repos. 

Bois.  H.  o'"28;  L.  o'"2i. 
Voir,  n°  précédent,  la  réplique. 

Vente  baron  ***,  19  mars  1906,  n°  8.  (Vendu  i.55o  fr,  à 
Roche.) 

191.  Vne  de  Tintérieur  d'une  g^rande  halle. 

Un  marché  dans  une  grande  ville;  il  est  rempli  de 
fruits  et  d'autres  denrées.  On  y  voit  un  grand  nombre 
de  marchands  et  beaucoup  de  personnes  qui  achètent 
ou  qui  regardent. 

Toile.  H.  o'»98;  L.  i°'62. 

Voir,  ci-dessus,  n"  182,  le  pendant,  «  La  Douane,  »  au  Salon 
de  1775  et,  plus  bas,  une  étude.  Voir  aussi  les  dessins  pré- 
paratoires n°'  421-455. 

Ce  tableau,  ainsi  que  «  La  Douane  »,  avait  été  commandé 
par  l'abbé  Terray,  ministre  d'Etat. 

Vente  de  l'abbé  Terray,  20  janvier  1779,  n°  10.  (Vendu, 
avec  «  La  Douane  »,  3.821  fr.  à  Dubois.)  Dubois  l'expose  au 
Salon, 

Salon  de  1779,  n°  29. 

Vente  Ménars  de  Marigny,  février  1782,  n°  54.  (Vendu, 
avec  «  La  Douane  »,  3.ooo  fr.) 

Vente  Clos,  ig  novembre  1812,  n°  22.  (Vendu,  avec  «  La 
Douane  »,  904  fr.) 

Donné  avec  «  La  Douane  »,  en  mai  1874,  par  Tarade  au 
Musée  de  Tours.  (Cf.  Catalogue. ..^Touvs,  i88i.)La  donation 
est  annulée  et  la  ville  de  Tours  restitue  les  tableaux  à  la 
veuve  Tarade  en  1881.  {Richesses  d'art...  Monuments  civils, 
t.  V,  p.  3io.) 

Vente  Tarade,  6-9  octobre  1881,  n°  365.  (Vendu,  avec  «  La 
Douane  »,    2i.5oo  fr.)    {Comptes-rendus  de  la  Société  des 
beaux-arts.  Départements,  vol.  XXX,  1906,  p.  199-235.) 
1922  14 


—    210    — 

Vente  comte  Daupias,  16-17  mai  1892,  n°  27.  (Racheté,  avec 
«  La  Douane  »,  19.500  fr.  par  le  comte  Daupias.) 

Vente  Galeries  de  l'Universelle,  i3-i5  mars  1893,  n°  55. 
(Vendu  avec  «  La  Douane  ».) 

Exposition  d'Œuvres  de  l'Art  français  au  xviu«  siècle. 
Berlin,  1910.  {Les  Arts,  juillet  1910,  p.  24.) 

Collection  du  marquis  de  la  Ferronnays. 

Avec  ce  tableau,  Lépicié  arrive  à  l'apogée  de  sa  réputa- 
tion; c'est  le  grand  succès,  aussi  bien  auprès  de  la  foule 
qu'auprès  «  des  gens  de  l'art  ».  Ce  ne  sont  que  louanges, 
exclamations  admiratives,  félicitations.  Ceux  mêmes  qui, 
comme  Diderot,  lui  sont  à  l'ordinaire  opposés  se  joignent 
au  concert  général.  Tous  s'accordent,  cependant,  à  lui  faire 
un  léger  reproche  :  sa  couleur  est  un  peu  grise  et  ses  blancs 
trop  farineux.  Avec  cette  petite  restriction,  il  est  considéré 
par  certains  comme  l'égal  de  Téniers. 

«  ...  Quel  peintre  pourrait  se  flatter...  de  rendre  avec  plus 
d'agrément  et  de  vérité...  les  scènes  diverses  qu'offre  le 
peuple  assemblé!  dit  un  des  critiques;  M.  Lépicié  a  tout 
rendu  et  ces  détails  sont  portés  à  un  tel  point  de  perfection 
que  son  tableau  ne  cesse  d'attirer  et  de  fixer  les  regards 
d'une  foule  de  spectateurs...  Pourquoi,  avec  des  talents  aussi 
décidés  pour  ce  genre  bourgeois,  ne  pas  s'y  borner?  Pourquoi 
céder  à  la  vertigineuse  ambition  de  vouloir  chausser  le 
cothurne  quand  l'humble  brodequin  sied  si  bien.^..  »  {Coup 
d'œil  sur  les  ouvrages...  exposés  au  Salon,  1779,  p.  29.) 

Pour  les  autres  critiques,  voir  :  Journal  de  Paris,  p.  1177- 
1178  (2  octobre  1779),  p.  io38-io39  (12  septembre  1779); 
Bachaumont,  Mémoires  secrets,  t.  XIII,  p.  255-256;  Cor- 
respondance de  Grimm  et  Diderot,  éd.  Tourneux,  t.  XII, 
p.  328;  Le  miracle  de  nos  jours...,  s.  d.,  p.  38;  Coup  de  patte 
sur  le  Salon  de  177g,  p.  25;  Janot  au  Salon  ou  le  Proverbe, 
p.  12;  Ah  !  Ah!  encore  une  critique  du  Salon...,  p.  9;  Ga^^ette 
des  beaux-arts,  2"  période  (1873),  t.  VIII,  p.  239-240. 

192.  Buste  de  femme  de  la  halle. 

Avec  une  cornette  plate  sur  la  tête.  Vue  de  face. 

Sur  toile. 

Étude  pour  le  n°  précédent. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  i5. 

193.  Le  jardinier  de  bonne  hnmeur. 

Signé  :  N.-B.  Lépicié,  1777- 
Bois.  H.  0-45;  L.  o'-Sô. 


—  ait  — 

Voir  le  dessin  préparatoire  n"  456. 

Salon  de  1779,  n»  3o. 

Vente  des  cabinets  de  MM.  ***,  9  avril  1798,  n"  98.  (Vendu 
avec  «  La  bouillie  »  80  fr.) 

Vente  Fallu  de  Poitiers,  4  février  i863,  n»  14.  (Vendu  900  fr.) 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n"  79.  (Racheté  par  Boit- 
telle  i.i5o  fr.) 

2'  vente  Boittelle,  lo-ii  janvier  1867,  n"  i38.  (Vendu  458  fr.) 

Vente  Maillet  du  BouUay,  22  janvier  1870,  n"  9.  (Vendu 
5oo  fr.  à  Pamart.) 

194.  Le  garde-chasse. 

Debout  sur  le  seuil  d'une  grange,  un  manteau  gris 
couvrant  sa  veste  verte,  son  fusil  sous  le  bras,  il  donne 
la  main  à  un  petit  garçon  qui  coiffe  un  chien  du  cha- 
peau du  garde. 

Signé  et  daté  :  lySo. 

Toile.  H.  o"3i;  L.  o"24. 

Probablement  une  réplique  réduite  du  n»  suivant. 

Vente  Horsin-Déon,  26  mars  1868,  n°  29.  (Vendu  920  fr.) 

Vente  A.  de  G.  et  M"'^  X...,  16  avril  1907,  n"  41.  (Vendu 
i.5oo  fr.  à  Dantin,  marchand.) 

Vente  de  la  collection  M.  P.-M.,  8  mai  1908,  n"  99.  (Vendu 
820  fr.) 

195.  Départ  d'un  braconnier. 

H.  2  pieds  1/2;  L.  2  pieds  (o^Si;  o"'64). 
A  comparer  avec  le  n°  précédent. 
Salon  de  1781,  n»  22. 
Voir  :  Diderot,  t.  XII,  p.  35. 

196.  Un  vieillard  lisant. 

Un  juif  polonais  assis  dans  son  cabinet  devant  une 
table  couverte  d'un  tapis  de  Turquie,  sur  laquelle  est 
posée  un  grand  livre  ouvert. 

Bois.  H.  i3  pouces;  L.  10  pouces  (o^SS;  o'"27). 

Salon  de  1781,  n"  23. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  n. 

Diderot  trouve  qu'il  n'y  a  «  rien  d'étonnant  là-dedans; 
petite  manière  de  faire;  rien  de  bien  terminé  qu'un  tapis...  ». 
{Diderot,  t.  XII,  p.  35.) 


—    212    — 

197-  Le  jeu  de  la  fossette. 

Trois  garçons  jouant  à  la  fossette. 
Sur  bois.  H.  lo  pouces;  L.  8  pouces  (o'"27;  o"'2i). 
Voir,  plus  bas,  le  pendant  et  les  dessins  préparatoires 
n"  457,  458,  459,  460. 
Salon  de  1781,  n»  24. 
Vente  Le  P.  ***,  2  mars  1785,  n»  68. 

198.  Le  jeu  de  cartes. 

Trois  garçons  jouant  aux  cartes. 

Sur  bois.  H.  10  pouces;  L.  8  pouces  (o°'27;  o°'2i). 

Voir,  n"  précédent,  le  pendant  et  les  dessins  préparatoires 
n"  461,  462,  463,  464,  465. 

Salon  de  1781,  n»  25. 

Vente  Le  P.  ***,  2  mars  1785,  n»  68. 

Vente  Collet,  16  janvier  1844,  n'  37.  («  Les  joueurs  de 
cartes.  »  Vendu  67  fr.) 

199.  La  famille  du  braconnier. 

Dans  un  intérieur  de  paysans,  une  femme  rapporte 
du  bois  mort  et  un  lapin  dans  son  tablier;  une  petite 
fille  décharge  le  butin. 
Signé  à  droite  et  daté  :  17S2. 
Toile.  H.  o'"3i;  L.  o"24. 
Voir  les  répliques  et  une  étude,  n"  200-202. 
Vente  Horsin-Déon,  26  mars  1868,  n"  3o.  (Vendu  750  fr.) 
Vente  Odiot,  25-26  mars  1869,  n»  10.  (Vendu  i.58o  fr.) 
Vente  AUou  et  Ehrler,  12  février  1872,  n°  22.  (Vendu  1.800  fr.) 
Vente  Pamart,  9-12  avril  i883,  n"  47.  (Vendu  2.700  fr.  à 
Baer.) 

200.  La  paysanne  revenant  du  bois. 

Voir  le  n'  précédent  et  les  deux  n"'  suivants. 
H.  37  pouces;  L.  3i  pouces  (o^gg;  o'"83). 
Salon  de  1783,  n"  6. 

201.  Paysanne  revenant  du  bois. 

Signé  à  droite  et  daté  :  1782. 
Toile.  H.  0-80;  L.  0-63. 
Réplique  des  n"  précédents. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  3. 

Vente  du  cabinet  de  M.  ***  (de  Vaudreuil),  26  novembre 
1787,  n»  80. 


—    2l3    — 

Vente  Lecocq-Dumesnil,  2  mai  1894,  n»  5.  (Vendu  9.500  fr. 
à  Ferai.) 

Vente  Victor  Gay,  23  avril  1909,  n"  40.  (Vendu  4.620  fr.  à 
Le  Roux  de  Villers.) 

202.  Buste  de  jeune  fille  tenant  un  lapin  dans  la  main 
droite. 

La  tête  est  vue  de  face  et  couverte  d'une  cornette 
plate. 

Toile.  H.  17  pouces;  L.  14  pouces  (o'"46;  o"'37). 
Étude  pour  les  n-'  précédents. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  i3. 

203.  Le  vieillard  voyageur. 

H.  2  pieds  1/2;  L.  2  pieds  4  pouces  (o°8i;  o'"75). 
Réplique  du  «  Voyageur  de  campagne  »,  n*   168,  et  du 
((  Repos  »,  n"  189. 
Salon  de  1783,  n"  7. 

204.  Un  enfant  au  milieu  des  amusements  de  son  âge. 

Regardant  pirouetter  le  sabot  léger  que  son  fouet  a 
frappé.  [Les  peintres  volants  ou  dialogue  entre  un  Fran- 
çais et  un  Anglais,  1783,  p.  20.) 

H.  2  pieds  1/2;  L.  2  pieds  (0*81;  o"'64). 
Salon  de  1783,  n»  8. 

205.  Le  déjeuner  des  élèves. 

Sur  bois.  H.  i  pied  6  pouces;  L.  i  pied  4  pouces  (o'"48; 
o»43). 
Voir,  plus  bas,  la  réplique  réduite. 
Salon  de  1783,  n"  9. 

206.  L'intérieur  d'un  atelier  de  peintre. 

On  voit  quatre  élèves,  assis  et  debout,  autour  d'une 
table,  occupés  à  déjeuner. 
Toile.  H.  i3  pouces;  L.  11  pouces  (o'"35;  o°29). 
Voir,  n"  précédent,  la  réplique. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  8. 

207.  Le  petit  indigent. 

C'est  un  gros  garçon  de  neuf  ou  dix  ans  qui  tend  des 
deux  mains  son  petit  bonnet. 


-  214  - 

Signé  à  gauche. 
Sur  bois.  H.  o"»ii;  L.  o^cy. 
Voir,  plus  bas,  le  pendant. 
Salon  de  1783,  n"  10. 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n"  87.  (Vendu  avec  «  La 
petite  indigente  »  i.ooo  fr.  à  de  Boisjolin.) 

208.  La  petite  indigente. 

Elle  tend  la  main  aux  passants. 

Signé  à  droite  et  daté  :  1J84. 

Sur  bois.  H.  o°ii;  L.  0^07. 

Voir,  n°  précédent,  le  pendant  et  «  Le  vieux  mendiant  », 
n»  259. 

Vente  Boittelle,  24-25  avril  1866,  n"  88.  (Vendu  avec  le 
n»  87,  i.ooo  fr.  à  de  Boisjolin.) 

209.  Deux  tableaux  représentant  des  fermes  avec  des 
animaux. 

L'un  représente  l'intérieur  d'une  ferme,  dans  laquelle 
on  voit  plusieurs  vaches,  dont  une  blanchâtre,  un  valet 
d'écurie,  des  poules,  un  chien  et  divers  accessoires 
analogues  ;  l'autre  offre  la  vue  de  plusieurs  chaumières 
dans  un  paysage  et,  sur  le  premier  plan,  trois  belles 
vaches  que  conduit  un  pâtre. 

Toile.  H.  II  pouces;  L.  12  pouces  (o"'29;  o°32). 

A  comparer  avec  les  deux  n"  suivants.  Voir  les  dessins 
n"  466-472. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  9. 

Salon  dé  1785,  n"  5.  (Avec  la  mention  qu'ils  appartiennent 
à  la  sœur  de  l'auteur  qui  peut  en  disposer.) 

Vente  des  cabinets  MM.  ***,  9  avril  1798,  n*  95.  (Vendu 
900  fr.) 

Vente  M.  ***,  2  germinal  an  XI,  n"*  5.  (Vendu  32o  fr.  à 
Paillet.) 

«  Ces  deux  tableaux,  dit  le  Journal  de  Paris,  les  derniers 
ouvrages  de  cet  artiste,  sont  pleins  de  vérité,  tant  par  la 
couleur  et  par  la  naïveté  du  dessin  que  par  leur  touche  fine 
et  spirituelle.  Il  est  bien  malheureux,  et  pour  la  réputation 
de  M.  Lépicié,  et  peut-être  pour  l'art,  que  cet  artiste  ne  se 
soit  pas  attaché  principalement  à  copier  la  nature.  Je  crois 
que  son  goût  pour  le  grand  genre  lui  a  fait  perdre  un  temps 
précieux  pour  la  solidité  de  sa  réputation.  Il  ne  faut  pas  s'y 
tromper;  il  ne  s'agit  pas,  après  avoir  bien  étudié  les  règles 
du  dessin  et  du  coloris,  de  prendre  son  pinceau  et  de  se 


—  2l5  — 

dire  :  je  veux  peindre  l'histoire.  Ce  genre,  pour  être  bien 
traité,  exige  beaucoup  de  talent  et  d'imagination,  une  grande 
énergie  dans  ses  pensées,  soutenue  d'une  raison  solide;  c'est 
à  ces  conditions  seulement  que  les  peintres  d'histoire  ob- 
tiennent justement  le  rang  au-dessus  des  peintres  de  genre...  » 
[Journal  de  Paris,  n°  249,  6  septembre  1786,  p.  102g.) 

210.  Intérieur  de  ferme. 

A  comparer  avec  le  n°  précédent  et  le  n»  suivant. 

Salon  de  1785,  n"  6. 

Diderot  nous  apprend  qu'il  appartint  au  duc  de  Polignac. 
[Correspondance  de  Grimm  et  Diderot,  éd.  Tourneux,  t.  XIV, 
p.  240.) 

211.  Cour  de  ferme. 

Intérieur  d'une  ferme.  Au  premier  plan,  une  paysanne, 
donnant  la  main  à  un  enfant,  distribue  du  grain  à  ses 
poules.  A  gauche,  des  vaches  et  des  canards.  Dans  le 
fond,  un  puits,  xies  charrettes;  un  homme  transporte 
du  foin. 

Signé  en  noir  sur  le  faîtage,  au  milieu,  à  gauche  :  N.-B.  Lé- 
picié,  1784^ 

Toile.  H.  o"65;  L.  o"'79. 

A  comparer  avec  les  n"'  précédents. 

Collection  du  duc  de  Châlons.  (Confisquée  le  11  février 

I794-) 
Musée  Napoléon,  n°  807.  (Catalogue  par  Villot,  1878.) 
Musée  du  Louvre,  n°  549.  (Catalogue  sommaire.) 
Voir  :  Procès-verbaux  de  la  Commission  des  Monuments 
[Nouvelles  Archives  de  l'Art  français^  3«  série,  t.  XVIII,  1902, 
p.  140);   Tableaux  et  objets  d'art  saisis  che:{  les  émigrés  et 
envoyés  au  Muséum  central,  par  Furcy-Raynaud  [Nouvelles 
Archives  de  l'Art  français,  1912,  p.  272). 


b)  Œuvres  non  datées. 

212.  Les  apprêts  d'un  déjeuner. 

Au  milieu  d'un  intérieur  rustique,  une  jeune  femme 
découvre  un  pot  de  terre  posé  sur  un  réchaud.  Elle 
vient  d'éplucher  des  légumes  qu'elle  va  mettre  à  cuire. 
Elle  est  coiffée  d'un  foulard  gris  à  raies  et  vêtue  d'une 


—    2l6    — 

robe  de  drap  brun  et  d'un  tablier  bleu.  Sur  la  gauche, 
son  mari  la  regarde,  tandis  qu'à  droite  son  petit  garçon, 
accoudé  sur  une  table,  à  demi  couverte  d'une  nappe, 
mord  à  pleines  dents  dans  une  pomme;  près  de  lui,  sur 
la  table,  une  bouteille  servant  de  chandelier  et  un  pa- 
nier. 

H.  i"'7o;  L.  i-'ôo. 

Pendant  à  «  La  leçon  de  lecture  »,  n°  253. 
Vente,  21  juin  igoS,  n"  41.  (Succession  du  comte  d'H.  Vendu 
8.200  fr.  à  Sortais.) 

21 3.  Le  baiser  volé. 

Un  jeune  paysan  embrasse  de  force  une  jeune  fille 
que  son  frère  cherche  à  défendre. 

Vente  Delamarch«,  29  mai--2  juin  1860,  n'  283.  (Vendu  à 
Lombard  de  Dijon.) 

Peut-être  le  même  que  «  La  déclaration  ».  (Toile.  H.  o'"32; 
L.  0-41.) 

Vente,  2  avril  1891,  n"  16. 

214.  Bertrand  et  Raton. 

Vente  De  ***,  3o  novembre  1872,  n»  43.  (410  fr.) 

21 3.  Le  bon  ménage  et  la  charité. 

Vente  comte  de  la  R.  ***,  14-16  février  1842,  n"  19.  (201  fr.) 

216.  Le  bonnet  d^âne. 

I"  vente  Marcille,  i2-i3  janvier  1867,  n°  99.  (700  fr.) 

217.  Boudeuse  (La  petite). 

Les  cheveux  blonds  relevés  et  attachés  par  un  ruban 
rose,  la  tête  appuyée  sur  sa  main  droite  ;  elle  a  devant 
elle  un  livre  ouvert. 

Toile  ovale. 

Vente,  12  mai  1884,  n°  28.  (480  fr.) 

Probablement  une  «  Liseuse  ».  Voir  les  n°»  159-162. 

218.  Boutique  du  barbier. 

Au  centre,  un  homme,  la  tête  chauve,  assis  sur  un 
fauteuil,  tenant  un  plat  à  barbe,  et  un  garçon  occupé  à 
le  raser;  sur  la  droite,  un  paysan,  le  tricorne  sur  la 


-217- 

tête,  appuyé  sur  sa  canne,  regardant  un  garçon  prépa- 
rer une  perruque;  près  d'eux,  un  personnage  qu'on 
frise  ;  au  deuxième  plan,  on  aperçoit  par  une  porte 
ouverte  plusieurs  femmes  assises  autour  d'une  table, 
devant  une  fenêtre,  occupées  à  dresser  des  chevelures. 

H.  o^Si;  L.  cr45. 

Vente  J.  Burat,  28-29  avril  i885,  n°  i25.  (800  fr.) 

219.  Buveur. 

Dans  une  chambre  rustique,  assis  près  d'une  table 
sur  laquelle  est  un  broc  en  étain,  qu'il  contemple  avec 
amour. 

H.  o^yB;  L.  o'-ôo. 

Vente  E.  Tondu,  io-i5  avril  i865,  n°  i52  bis. 

Vente,  11  avril  1868,  n»  35.  (170  fr.) 

220.  Buveur. 

Coiffé  d'un  tricorne  noir  et  portant  une  veste  et  un 
pantalon  marron,  il  baisse  tristement  la  tête,  un  verre 
vide  dans  la  main  droite. 

Attribué  à  Lépicié. 

Bois.  H.  0^24;  L.  o"i8. 

Vente  M™"  X...,  24  avril  1907,  n"  41.  (390  fr.) 

221.  Canonnière  brisée. 

Un  jeune  écolier  regarde  avec  tristesse  le  jouet  qu'il 
vient  de  casser.  Vu  jusqu'aux  genoux,  il  porte  un  vête- 
ment à  gros  boutons  en  drap  épais  de  couleur  violacée. 
Sur  une  table  placée  devant  lui,  il  a  disposé  ses  livres 
attachés  par  une  corde. 

H.  o"'6o;  L.  o°47. 

Vente  du  marquis  de  Blaisel,  16-17  mars  1870,  n°  77.  (i.52o  fr.) 

Voir  «  Le  jeu  de  la  canonnière  »,  n°  25i. 

222.  Correction  maternelle. 

H.  o^ib;  L.  o^ii. 

Vente  du  château  de  Coatseiho  (près  de  Morlaix,  Finis- 
tère), 21  mars  1887,  n"  57. 

Ce  tableau  est  certainement  le  même  ou  une  réplique  de 
celui  qui  est  ainsi  décrit  :  «  Un  pauvre  petit  enfant  implore 
le  pardon  de  sa  mère  qui  s'apprête  à  le  fouetter  pour  une 
faute  qu'il  a  commise  ».  (Vente,  2-3  avril  1839,  n"  18.) 


—   2î8  — 

223-224.  Cuisinière  (Une  vieille).  —  Cuisinière  (Jeune) 
faisant  son  marché. 

Vente  comte  de  Houdetot,  19-20  décembre  1859,  n"»  82  et  83. 

225.  Dévidense  ou  Fileuse. 

Une  dame  âgée,  tournée  de  trois  quarts  à  gauche, 
assise  sut*  une  chaise  recouverte  d'une  étoffe  rose, 
dévide,  à  l'aide  d'un  rouet,  la  laine  d'une  quenouille 
qu'elle  tient  de  la  main  droite.  Elle  est  vêtue  d'une  robe 
de  soie  rose,  garnie  de  dentelle  et  décolletée  en  carré, 
recouverte  d'un  élégant  tablier  à  bavette  en  soie  verte. 
Une  coiffe  blanche,  garnie  de  rubans  verts,  recouvre 
ses  cheveux  gris.  (Description  due  à  l'amabilité  du  con- 
servateur du  Musée  de  Périgueux.) 

H.  o"'4i  ;  L.  o'»3o. 

Collection  J.  Perrot. 

Musée  du  Pkrigord,  P^rigubux  (acquis  en  1874),  n°  81. 
(Catalogue  de  1875.) 

226.  Dévideuse  ou  Fileuse. 

Jeune  fille  vêtue  d'un  casaquin  jaune  rayé,  d'un  tablier 
à  bavette,  le  coude  gauche  appuyé  sur  une  table  à  ou- 
vrage; elle  semble  écouter,  oubliant  de  peloter  le  fil 
qu'elle  tient  dans  la  main  droite. 

Signé  à  droite  sur  le  tiroir. 

Toile  mise  sur  bois.  H.  12  pouces;  L.  9  pouces  (o"32;  o'"24). 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  10. 

Vente  Boittelle,  avril  1866,  n°  84.  (i.ooo  fr.) 

227.  Dévideuse  ou  Fileuse. 

Jeune  fille  la  tête  vue  de  trois  quarts  vers  la  droite, 
coiffée  d'un  bonnet  blanc  et  vêtue  d'une  robe  bleue  qui 
laisse  une  partie  de  la  poitrine  et  les  bras  découverts  et 
d'un  tablier  blanc  sur  lequel  se  détache  une  rose.  Elle 
tient  de  la  main  droite  un  fuseau.  Une  quenouille  est 
posée  entre  la  robe  et  le  tablier.  A  droite,  un  dévidoir. 

H.  0-86;  L.  o^ôS. 

Musée  d'Orléans,  n"  225.  (Catalogue  de  1876.) 
Voir  :   Inventaire  des  richesses  de  l'Art  français.    Pro- 
vince. Monuments  civils,  t.  I,  p.  95. 


—   219  — 
2^8.  Diseuse  de  bonne  aventui^e^ 

Bois.  H.  o^iS;  L.  o'^io. 

Vente  du  château  de  Goatseiho  (près  de  Morlaix,  Finistère), 
21  mars  1887,  n"  56. 

229.  Écolier  (Le  mauvais). 

Signé. 

Vente  de  la  collection  de  ***j  3o  novembre  1872,  n"  46. 

230.  Enfant  donnant  à  manger  à  des  tourterelles. 

Vente  N.  B.  de  Versailles,  14-15  avril  1845,  n»  148. 

23 1.  Enfant  en  pénitence  ou  Boudeur. 

Petit  garçon  assis  dans  une  cuisine,  ayant  à  côté  de 
lui  un  seau  renversé  sur  lequel  sont  placés  un  verre  d'eau 
et  un  morceau  de  pain.  Il  est  coiffé  d'un  chapeau  noir 
à  plume  et  vêtu  de  couleur  claire.  Il  s'essuie  les  yeux. 

Bois.  H.  o»4i  ;  L.  o"'3o. 

Vente  E.  Tondu,  10  avril  i865,  n"  149.  («  Le  petit  boudeur.  ») 
Vente  marquis  d'A.,  29  janvier  1875,  n"  21. 
Musée  de  Lyon,  n°  40.  (Catalogue  de  1877.  Don  de  Jacques 
Bernard,  1876,) 

232.  Faiseur  de  beignets  (Petit). 

Collection  de  la  marquise  de  Crillon  en  1861.  (Cité  dans 
VArtiste,  1861,  p.  246.  «  Les  cabinets  d'amateurs  à  Paris.  ») 
Peut-être  à  la  mort  de  cette  dernière  serait-il  passé  dans  la 
collection  de  son  héritier  le  duc  de  Polignac. 

233-234.  Femme  au  carlin.  —  Homme  à  l'écureuil. 
Deux  figures  en  buste  de  grandeur  natûfelle. 
Deux  pendants. 
Vente,  2  février  1847,  n*  36. 

I.  Nous  avons  vu  chez  un  marchand  de  tableaux  de  la  rue 
des  Saints-Pères  (1922)  un  tableau  (H.  o"6o;  L.  o"'5o)  figurant 
une  paysanne  au  bonnet,  à  mi-corps,  diseuse  de  bonne  aven- 
ture ou  tireuse  de  cartes,  assise  devant  une  table  où  s'étalent 
quatre  cartes.  —  L'œuvre  qui  est  repeinte,  au  point  d'avoir 
perdu  toute  sa  valeur  primitive,  est  signée  Greuze.  Mais,  mal- 
gré son  état  piteux,  on  y  voit  encore  des  traces  du  style  de 
Lépicié.  Peut-être  s'agit-il  d'une  grande  version  de  ce  petit 
tableau. 


—    220   — 

233.  Femme  se  lavant  les  pieds  près  d^une  fontaine. 

Vente  prince  P.  ***,  24-25  février  i853,  n°  24. 

286-237.  Jeune  flUe  travaillant.  —  Couturière  tra- 
vaillant. 

Chacun  H.  o"25;  L.  o'°2o. 
Vente  Collot,  29  mai  1862,  n"  83-84.  (iio  fr.) 
Probablement  une  «  Liseuse  »  et  une  «  Couseuse  ».  Voir 
les  n"  159-163. 

238.  Jeune  fille  pleurant  la  mort  d'un  oiseau. 

Signé. 

Vente  E.  Tondu,  io-i5  avril  i865,  n°  148.  (41  fr.) 

Le  titre  de  ce  tableau  rappelle  plutôt  Greuze  que  Lépicié. 

289.  Jeune  fille  de  la  campagrne. 

Est  éclairée  par  une  lumière  entourée  de  papier, 
qu'elle  tient  à  la  main;  elle  conduit  un  vieillard  appuyé 
sur  une  canne. 

H.  o'-8o;  L.  0-63. 

Vente  Boittelle,  lo-ii  janvier  1867,  n"  187.  (2o5  fr.) 

Vente  Rodelle,  3  avril  1877,  n"  21. 

240.  Jeune  fille  au  chat. 

Bois.  H.  o-'43;  L.  o»33. 

Vente  Montigny  (de  Lille),  22  janvier  1844,  n"  98.  (Pendant 
au  «  Jeune  garçon  et  son  chien  ».) 
Voir  le  n°  166. 

241.  Fontaine  d^un  marché. 

Au  premier  plan,  à  gauche,  une  paysanne  assise, 
tenant  un  melon;  à  droite,  près  de  son  étal,  un  mar- 
chand, vu  de  dos,  cause  avec  un  cavalier;  à  son  côté, 
un  enfant.  Au  fond,  une  jeune  fille  puise  de  l'eau  dans 
une  fontaine  et  un  palefrenier  s'approche,  tenant  un 
cheval  par  la  bride. 

H.  o'"4o;  L.  o"5i. 

Musée  de  Reims,  n"  339.  (Depuis  1841.  Catalogue  de  1909. 
Provenance  inconnue.) 

L'ancien  Catalogue  attribuait  ce  tableau  à  Robert,  maître 
de  l'école  de  dessin  de  Reims.  (N°  i36  du  Catalogue  Loriquet.) 
L'attribulion  de  l'œuvre  à  Lépicié  semble  très  douteuse. 


—  221    — 

242.  Garçon  (Jeune)  se  chauffant  à  un  brasero. 

Vente  D'  Benoist,  19-20  juin  1867,  n"  p. 

243.  Garçon  (Jeune)  regardant  une  jeune  dame  qui 
remet  sa  jarretière. 

Bois.  H.  10  pouces;  L.  8  pouces  (o°'27;  o"'2i).  ^' 

.  ;  Vente  Collot,  16  janvier  1844,  n°  37.  (Vendu  67  fr.  avec 
«  Les  joueurs  de  cartes  ».) 

Vente  vicomte  de  Gavarret-Rouaise  de  Toulouse,  4-7  fé- 
vrier 1867,  ^^  6^-  («  L'indiscret.  ») 

244.  Grand'mère. 

Une  vieille  femme,  assise,  tient  sur  ses  genoux  un 
enfant  en  maillot  qui  dort,  tandis  qu'une  petite  fille 
s'appuie  sur  son  bras  gauche  en  portant  ses  doigts  à  sa 
bouche. 

Bois  rond.  Diamètre  o"'2o. 
Vente  Veyreuc,  23  février  i838,  n"  6. 
Vente  Dufouleur,  i3  février  i856,  n°  232.  (210  fr.) 
Vente  Monbrun,  4-7  février  1861,  n°  23.  (520  fr.  Avec  l'ap- 
préciation suivante  :  «  Ce  remarquable  petit  tableau  rappelle 
les  œuvres  de  Greuze.  ») 
Vente  Adolphe  Fould,  14-15  mai  1875,  n°  29.  (38o  fr.) 
Exposition  de  maîtres  anciens  au  profit  des  inondés  du 
Midi,  1881,  n"  90.  (Collection  Ristelhueber.) 

245.  Intérieur  rustique. 

Des  enfants  jouent  avec  un  chien. 
Vente  comte  Thibaudeau,  i3-i4  mars  1857,  n»  i38.  (i32  fr.) 

246.  Intérieur  de  chambre  villageoise. 

On  voit  la  maîtresse  du  logis  tricotant  un  bas  devant 
la  croisée;  dans  le  fond,  une  servante  s'occupe  à  placer 
diverses  choses  dans  une  armoire  et,  dans  une  autre 
pièce,  on  distingue  à  travers  de  la  porte  deux  hommes 
qui  se  chauffent. 

H.  0-27;  L.  0-335. 

Vente  d'Harcourt,  3i  janvier  1842,  n»  5.  (i5o  fr.) 


—    222    — 

247*  Intérieur  d'une  cuisine. 

Un  jeune  homme  cherrhe  à  attirer  sur  ses  genpux  une 
jeune  fille  portant  des  œufs  dans  son  tablier. 
Vente  B.-G.  Sage,  8  février  1827,  n»  5o.  (80  fr.) 
Vente  M.  Jarry,  7  avril  i853,  n°  23.  («  La  jeune  fille  tentée.  ») 

248-249.  Intérieurs  avec  familles  de  paysans  (Deux). 

Bois.  Chacun  H.  14  inches;  L.  17  inches  3/4  (o-^SS;  o'"4^). 

Deux  pendants. 

Vente  W.  Boulton  Esq.  Tew  Park.  Eustone  Oxon  (Chris- 
ties,  Londres),  9  décembre  191 1.  (65  1.  2  sh.  =  i.58o  fr. 
d'avant-guerre.)  * 

Vente,  7  juillet  1919,  n»  67  (Christies,  Londres).  («  Le  com- 
pagnon heureux  »  et  pendant.  Bois.  H.  o"'36;  L.  o°45.) 

250.  Jardinier  (Un  petit). 

Assis  sur  un  tonneau,  tenant  dans  ses  mains  une  pelle 
et  ayant  un  chien  à  côté  de  lui. 
H.  10  pouces;  L.  8  pouces  (o~27;  o'»23). 
Vente  M"«  de  Cossé,  11  novembre  1778,  n°  90. 

25 1.  Jeu  de  la  canonnière  (Le). 

Un  joyeux  écolier  regarde  en  l'air  à  quelle  hauteur 
portera  la  boulette  qu'il  va  lancer  avec  sa  canonnière. 
Sur  une  table,  des  lambeaux  de  papier  arrachés  aux 
livres  d'étude  servent  de  munitions. 

H.  o'"22;  L.  o'°i7. 

I"  vente  Beurnonville,  12-16  mai  1881,  n"  128.  (3i5  fr.) 

252.  Joueur  de  vielle  (Petit). 

H.  o^So;  L.  o"37. 

Vente  comte  de  Ganay,  4  juin  1903,  n"  32.  (2.5i5  fr.) 

Collection  Henri  de  Rothschild. 

253.  Leçon  de  lecture. 

Une  jeune  mère  assise  sur  une  chaise  de  paille  dans 
un  intérieur  rustique,  la  tête  encapuchonnée  d'un  fou- 
lard noir,  un  nœud  de  soie  rose  au  cou,  vêtue  d'un  cor- 
sage gris  et  d'une  robe  de  soie  à  raies;  elle  apprend  à 
lire  à  un  jeune  garçon  vêtu  de  rouge  et  assis  à  sa  gauche  ; 
un  autre  petit  garçon  à  genoux,  la  main  sur  un  livre 


«-  223  — 

ouvert,  regarde  devant  lui  un  chien  qui  vient  de  ren- 
verser un  panier  de  prunes.  Au  deuxième  plan,  derrière, 
un  troisième  garçon  se  tient  debout,  sa  toque  à  la  main 
et  un  carton  sous  son  bras. 

H.  i-^vo;  L.  l'^ôo. 

Pendant  à  «  Les  apprêts  d'un  déjeuner  »,  n"  212. 
Vente,    21    juin  1905  (succession  du  comte  d'H.),  n«  42. 
{11.000  fr.  à  Sortais.) 

254.  Leçon  de  lecture  «  par  le  grand-papa  ». 

Vente  après  décès  d'un  artiste,  9-1 1  décembre  1847,  n"  3. 

255.  Maître  d'école. 

Vente,  23  décembre  i853,  n"  55. 
Voir  le  dessin  n"  533. 

256.  Marchand  de  gâteaux. 

Il  offre  sa  marchandise  à  une  jeune  femme  que  cour- 
tise un  chasseur. 

H.  i'"o5;  L.  o"'89. 

Vente,  i5-i6  janvier  1847,  n"  33. 

Vente,  4  mars  1847,  ^^''  4^- 

257.  Médecin  de  campagne. 

H.  0*65;  L.  0^90. 

Exposition  de  l'Art  du  xvni*  siècle,  décembre  i883-janvier 
1884  (p.  26  du  Catalogue).  ^ 

Collection  E.  Hecht. 

Voir  :  Ga:(ette  des  beaux-arts,  1884,  p.  172.  (Article  par 
H.  Chennevières.) 

258.  Mendiant  en  prière  (Vieux). 

Il  porte  un  habit  gris  troué  aux  coudes,  un  sac  pendu 
à  sa  ceinture;  il  est  agenouillé  devant  une  image  de  la 
Vierge  et  tient  un  chapelet. 

H.  o'"62  ;  L.  o"'46. 

Vente  D'  Benoist,  19-20  juin  1867,  n°  77. 

Vente,  26  janvier  1878,  n°  26. 

259.  Mendiant  (Vieux)  et  enfant. 

Vieillard  assis  sur  une  chaise,  vu  presque  de  face  et 
jusqu'à  mi-jambes;  porte  la  barbe.  Il  tient  son  chapeau 


—   224   — 

de  feutre  sur  ses  genoux,  la  coiffe  tournée  vers  le  spec- 
tateur. Il  tend  sa  main  droite  ouverte,  la  paume  en 
avant.  A  droite,  près  de  lui,  un  enfant  debout,  vêtu  de 
rose,  apprend  lui  aussi  à  présenter  son  bonnet  à  l'au- 
mône. 

H.  o~4o;  L.  o'»32. 

Exposition  de  l'Enfance,  1901,  n"  iSg  (p.  18  du  Catalogue. 
Collection  Lutz). 

Vente  G.  Lutz,  26-27  mai  1902,  n°  96.  (6.000  fr.  à  Gallice.) 

Comme  le  petit  garçon  est  certainement  le  même  modèle 
que  celui  du  «  Repos  »  (n"  189),  je  crois  cette  œuvre  peinte 
vers  1777. 

260.  Meunier  de  Charenton  (Le  petit). 

H.  o'»46;  L.  o-SS. 

Vente  C.  Méra,  8-i3  février  1886,  n»  140. 

261.  Repas  dans  le  parc  de  Versailles. 

H.  o-5o;  L.  o"85. 

Vente  Collot,  29  mai  1862,  n"  82.  (159  fr.) 

262.  Savoyards  (Jeanes). 

Assis  sur  une  pierre;  le  plus  jeune,  les  deux  mains 
sur  les  genoux  et  ayant  une  sellette  à  ses  pieds,  a  l'air 
de  regarder  à  sa  droite  quelque  chose  qui  le  fait  sourire. 

H.  12  pouces;  L.  i5  pouces  (o"32;  o"'4i). 

Vente,  6  avril  1826,  n"  164. 

Vente  Tarral,  28  janvier  1887,  n°.  25.  («  Les  petits  Sa- 
voyards. »  Attribué  à  Lépicié.) 

Bien  qu'il  nous  coûte  de  lui  enlever  ce  charmant  petit 
tableau,  il  paraît  impossible  d'admettre  l'attribution  à  Lépi- 
cié des  «  Petits  Savoyards  »,  de  l'ancienne  collection  Schlich- 
ting,  actuellement  au  Musée  du  Louvre.  (Voir  les  Arts,  i<p3, 
collection  du  baron  Schlichting,  par  G.  Migeon,  p.  3-4.)  La 
tonalité  générale  et  le  faire  facile,  largement  brossé  et 
empâté  du  tableau,  ne  ressemblent  en  rien  aux  œuvres  de 
Lépicié. 

262  bis.  Savoyards  (Petits)  jouant  aux  dés. 

Vente  Legrand,  21  novembre  1827,  n°  55. 


—    22$    — 

263-263  bis.  Savoyards  (Deux  petits)  ;  joueur  de  vielle 
et  montreur  de  marmotte. 

Deux  pendants. 

Vente  Jammes,  i8  février  1846,  n"  36. 

264.  Scène  dUntérieur. 

Une  femme,  assise  devant  un  feu,  fait  rôtir  des  mar- 
rons dans  une  poêle;  pendant  qu'elle  cherche  à  retenir 
ses  deux  enfants  qui  essayent  de  lui  en  soustraire 
quelques-uns,  elle  répand  dans  le  feu  ceux  qui  sont 
dans  la  poêle.  A  droite  et  à  gauche,  trois  autres  femmes, 
occupées  à  divers  travaux,  contemplent  en  souriant 
cette  scène  comique. 

H.  o"»;©;  L.  i^iS. 

Vente  Morny,  26-26  février  1845,  n°  49.  (3oo  fr.) 

265.  Scène  de  sérail. 

H.  o"'62;  L.  o'°75. 

Vente,  i"  juillet  igoS,  Bruxelles,  n»  38. 

265  bis.  Scène  d'intérieur. 

Un  vieillard  paraît  s'être  endormi  en  lisant.  Un  jeune 
garçon  interrompt  sa  partie  de  volant  pour  examiner  le 
vieillard. 

Bois.  H.  o'»25;  L.  o^ig. 

Vente  M.-L.  de  Vèze,  11  décembre  1846,  n"  63. 

266.  La  petite  studieuse  (probablement  une  liseuse). 
Bois.  H.  o'"53;  L.  o>"43. 

Vente,  16  avril  1869,  n"  33. 

Voir  les  n"  i59-i63. 

I 

267.  Vieillard. 

Assis  et  se  chauffant. 
Peut-être  le  pendant  du  n»  268. 
Vente,  i"-4  août  1812,  n"  5. 

267  bis.  Vieillard. 

Assis  dans  une  mansarde,  tient  à  la  main  une  écuelle 
et  de  l'autre  une  cuiller  en  étain. 
Vente  Cousin,  20  décembre  1847,  ""  ^2.  (29  fr.) 
1922  i5 


—    226   — 

Vente  de  Ber,  26  décembre  1868,  n"  70.  (Vieillard  assis 
devant  une  marmite  et  préparant  son  repas;  à  terre  sont  des 
légumes  épars.) 

268.  Vieille  femme  à  la  chaufferette. 

H.  o-ôg;  L.  o^Sy. 

Vente  Th.  Gautier,  14-16  janvier  1873,  n»  34.  (140  fr.) 

269.  Vielleuse. 

Une  jeune  femme,  coiffée  d'une  fanchon,  en  corsage 
jaune  agrémenté  de  rubans  bleus,  joue  de  la  vielle  et 
regarde  le  spectateur.  Près  d'elle,  à  gauche,  un  cahier 
de  musique  sur  un  pupitre. 

H.  o^go;  L.  o^yS. 

Vente  Gasquet,  8  mars  1888,  n»  25.  (2.3oo  fr.) 

269  bis.  Vielleuse  (Fanchon  la). 

H.  o"io;  L.  o'»i8. 

Vente  M""  James  Odier,  25  mars  1861,  n"  27.  (221  fr.) 

Probablement  une  réplique  réduite  du  n»  précédent. 

Appendice. 

Les  tableaux  suivants  ont  passé  en  vente  sous  des 
désignations  trop  vagues  pour  qu'ils  puissent  être  com- 
pris dans  le  Catalogue  raisonné  de  l'œuvre  du  peintre  : 

La  collation  galante.  Très  amusante  composition  pasto- 
rale. Vente,  24  avril  1843,  n"  27.  —  Amusements  de  Vécolier; 
Plaisirs  interrompus.  Deux  pendants.  Vente,  22  février  1875, 
n«"  35-36.  Vente  (M.  S.  de  Londres),  12  avril  1875,  n°'  27-28. 
—  Petits  artificieux;  Le  cerf-volant.  Deux  pendants.  Vente 
M.  de  V.,  9  mars  1876,  n"  3o-3i.  —  La  coquette.  Vente  V., 
24  avril  1854,  n°  3i.  —  Le  désaccord.  Vente,  4  décembre  1872, 
n»  56.  —  Jeune  femme,  les  seins  nus.  Vente  M.  R.  de 
Bruxelles,  27  avril  1878,  n"*  49.  —  Jeune  fille  au  repos  et  pen- 
sant. Vente,  9  mars  1874,  n<"  45-46.  —  Jeune  fille  sous  l'ins- 
piration d'un  rêve.  Vente  A.  Warneck,  lo-ii  avril  1849, 
n°  114.  (325  fr.)  Peut-être  le  même  que  le  tableau  intitulé  : 
if.  La  servante  »,  figurant  une  jeune  fille  qui  s'endort,  accou- 
dée sur  une  table,  où  Ton  voit  un  service  de  thé  et  des  fruits. 
Reproduit  dans  le  New  York  Herald,  édition  de  Paris,  juin 
1910,  comme  venant  de  la  collection  d'un  amateur.  Voir 


—   227    — 

aussi  aux  dessins  «  Le  repos  ».  —  Jeune  fille  jouant  avec 
sa  poupée.  Vente  Eude  (dit  Michel),  22  décembre  1873,  n"  65. 

—  Jeune  garçon  lisant.  Vente,  26  avril  1878,  n"  75.  —  Jeune 
garçon  tenant  une  poire  à  la  main.  Vente  M.  de  C.  ***,  2  dé- 
cembre 1867,  n"  57.  —  La  jalousie.  Vente,  16  février  i852, 
n»  83.  —  Innocence  et  l'Amour.  Deux  pendants.  Vente, 
17-19  mars  i836,  n"  61.  —  Jardinier;  Petit  vendangeur.  Deux 
pendants  figurant  chacun  une  figure  en  pied  dans  un  pay- 
sage. Forme  ovale.  Vente,  17  février  1844,  n"  40.  —  Petite 
marchande  de  moules.  Vente  vicomte  de  R.  ***,  16  mars 
1872,  n»  40.  —  L'oiseau  privé.  Vente,  21  janvier  1884,  n"  19. 

—  Petit  ramoneur  accroupi.  Vente,  9-10  février  1848,  n°  74. 

—  Un  remouleur.  Vente,  10  janvier  1829,  n"  64.  —  Le  retour 
du  laboureur  dans  sa  famille.  Vente,  25  novembre  i852,  n*  38. 

—  Scène  d'intérieur.  Vente  M.  R.  de  Lyon,  7-8  février  1845, 
n"  21.  —  Deux  scènes  d'intérieur.  Dans  le  genre  de  Greuze. 
Vente  prince  de  ***,  22  novembre  1843,  n°  66.  (3oi  fr.)  — 
Vieille  femme  assise  ranimant  son  feu.  Vente,  26  avril  1849, 
n»  14.  —  Villageoise  buvant  à  une  cruche.  Vente  E.  Tondu, 
io-i5  avril  i865,  n»  i5o.  (19  fr.) 

Tableaux  de  genre,  d'attribution  douteuse  : 

Petit  chanteur  au  luth. 

Panneau.  H.  o"'4i  ;  L.  o'"375. 

Vente  P.  Delaroft",  27  avril-2  mai  1914,  n°  io5.  (190  fr.) 

Le  comparaison. 

Vente  vicomte  de  Gavarret-Rouaise  de  Toulouse,  4-7  fé- 
vrier 1867.  (60  fr.) 

Enfant  dormant. 

Assis  sur  une  chaise,  les  jambes  écartées,  la  tête  appuyée 
sur  son  bras  droit  qui  pend.  Coiffé  d'un  tricorne,  la  poitrine 
à  moitié  découverte  et  nue.  Vêtu  d'un  costume  brun  rou- 
geâtre,  les  jambes  nues,  des  chaussettes  blanches. 

H.  o'"54;  L.  o'"43. 

Collection  Kleinberger. 

Présente  de  vagues  rapports  avec  le  style  du  peintre. 

L'enfant  qui  dort. 

L'enfant  qui  lit. 

Chacun  H.  o'"46;  L.  o'»38. 

Vente  Mireur,  28-3o  mars  1900,  n°*  101-102.  (i.i5o  fr.) 
Les  reproductions  de  ces  tableaux  (Catalogue  de  la  vente 
Mireur)  montrent  nettement  que  leur  attribution  à  Lépicié 


—   22S   — 

est  une  pure  fantaisie.  De  plus,  l'enfant  qui  dort  a  été  gravé 
sur  bois,  sous  le  titre  «  Le  petit  paresseux  »,  avec  attribu- 
tion à  Greuze.  (Voir,  au  Cabinet  des  Estampes,  œuvre  gravée 
de  Greuze  De  8a.) 

Jeune  homme  à  la  grappe  de  raisin. 
Toile.  H.  o'»43;  L.  a^Z-j. 
Vente  M.  X,  8-9  décembre  1919,  n"  70. 

Joueuse  d'orgue, 

H.  0-43;  L.  0-33. 

Vente  X...,  21  mai  1907. 

Collection  baron  F.  de  Christian  (1912). 
Marchand  de  plaisirs. 

H.  o°'79;  L.  o~65. 

Vente,  17  février  1914,  n"  17. 

Marchande  de  poissons. 

Vente  M.-F.  Châtelain,  21-23  novembre  1887,  n-  378. 

La  nourrice. 

Vente,  16  juin  1889,  n"  41. 

Jeune  paysan. 

Vente,  4  mai  i885,  n°  62. 

Remarquons  aussi  que  Le  retour  de  l'école  (H.  1°;  L.  o'°79. 
Collection  Lacaze,  n"  118.  Catalogue  de  1909.  Musée  du 
Louvre)  a  été  attribué,  sans  aucune  preuve  d'ailleurs,  à 
Lépicié.  {L'Art,  1876,  t.  VIII,  p.  212.) 


B. 
DESSINS. 

I.  —  Histoire. 
a)    Œuvres    datées. 

270.  Étude  pour  la  «  Descente  de  Guillaume  le  Con- 
quérant ». 

Salon  de  1765. 

Au  bistre. 

Voir  le  tableau  n"  i. 

Vente  Lépicié,  10  février  1786,  n°  58. 


—    229   — 

271.  Bénédiction  des  enfants. 

Plume  et  bistre. 

Voir  le  tableau  de  1767,  n»  5, 

Vente  Brun-Neergaard,  3o  août  1814,  n"  219. 

271   bis.  Tête  de  femme  :  étude  pour  la  «   Sculpture  » 
(1771),  no  24. 
De  profil  à  droite. 
Trois  crayons.  Sur  papier  gris. 
Signé,  en  bas  à  droite,  à  la  plume. 
H.  o-i55;  L.  o»i35. 

Musée  du  Louvre.  (N»  9127  de  l'inventaire  de  MM.  Pierre 
Marcel  et  Guiffrey,  t.  IX.) 

271  ter.  Colère  de  Neptune. 

Sanguine,  lavé  de  bistre. 

Signé,  en  bas  à  droite,  marque  F.  R.  (Cette  marque  se 
trouve  sur  beaucoup  d'autres  dessins  du  maître.  D'après  F. 
Lùgt  {les  Marques  de  collections  de  dessins  et  d'estampes^ 
1921,  p.  181),  il  s'agirait  d'un  monteur  français.) 

H.  o'"296;  L.  o""37. 

Voir  le  tableau  de  1771,  n°  26. 

Musée  du  Louvre.  (N°  9122  de  l'inventaire  de  MM.  Pierre 
Marcel  et  Guiffrey,  t.  IX.) 

272.  Famille  de  saint  Jean. 

Trois  figures. 

En  hauteur,  à  l'encre  de  Chine. 

Certainement  un  dessin  du  tableau  «  Sainte  Elisabeth  et 
saint  Jean  »,  de  1771,  n"  16. 
Vente  Lépicié,  10  février  1786,  n°  52. 

273.  Le  courage  de  Porcia  {1777). 

Sujet  en  hauteur,  composé  de  six  figures. 
A  l'encre  de  Chine. 
Voir  le  tableau  n»  34. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  5i. 

274-299.  22  figures  de  l'Histoire  de  France.  Dessins 
pour  l'ouvrage  de  Le  Bas.  (Paris,  1778,  3  vol.  in-40.) 

Les  planches  qui  portent  le  nom  de  Lépicié  représentent 
les  événements  écoulés  depuis  «  la  proclamation  de  Phara- 


—  23o  — 

mond  »  jusqu'au  «  règne  de  Clotaire  II  ».  Elles  sont  toutes 

gravées  par  Le  Bas.  (Les  dessins  de  Lépicié  se  trouvent  dans 

le  I"  volume,  p.  S-y,  17-18,  20-27,  3o.) 
Vente  Le  Bas,  décembre  1783,  n°  46. 
Vente  Lamy,  11  janvier  1808,  n»  5i93.  (Vendu  470  fr.) 
Vente  Renouard,  20  novembre  1864,  n°  2854.  (Vendu  61  fr.) 
Vente  Benzon,  21  avril  1875,  n"  86.  (Vendu  35o  fr.) 
Vente  Sauvage,  à  Bruxelles,  i5  avril  1880,  n"  268.  (Vendu 

i.o5o  fr.)  (Nous   devons  ces  renseignements  intéressants  à 

l'obligeance  de  M.  Seymour  de  Ricci.) 

3oo.  Étude  pour  «  Jésus-Christ  descendu  de  la  croix  ». 

Un  homme,  les  deux  bras  attachés,  le  corps  aban- 
donné, la  tête  penchée  vers  la  droite  et  appuyée  sur  le 
bras  droit. 

Crayon  noir,  rehaussé  de  bistre  et  de  craie,  sur  papier  gris. 

H.  o'»54;  L.  o'»37. 

Voir  le  tableau  n°  38  (1779). 

Collection  X...  a  Tours. 

Soi.  Étude  pour  le  «  Zèle  de  Mathatias  »  (ijSS). 

H.  24  pouces;  L.  18  pouces  (o"'64;  o°'48). 
Voir  le  tableau  n»  42. 

Vente  du  cabinet  de  M.  ***  (de  Calonne),  21  avril  1788, 
n*  i65.  (Vendu  29  fr.  à  Nébiérel.) 

b)  Œuvres  non  datées. 
Compositions    originales. 

302.  Allégorie. 

Au  trait  de  plume,  lavé  de  bistre. 
Vente  M.-D.  Kaieman,  2  mars  1859,  n''  63o. 
Peut-être  un  dessin  pour  un  des  Quatre  Arts,  n°*  10,  11, 
24,  25. 

303.  Amour  (Étude  d'). 

Pierre  noire;  rehaussé  de  blanc  et  de  sanguine. 

2»  vente  marquis  de  Chennevières,  4-7  avril  1900,  n»  3oo. 

304-309.  Six  sujets  de  bas-reliefs  et  autres. 

Bistre  et  encre  de  Chine. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  59. 


—    23l    — 

3o9  bis.  Éducation  de  la  Vierge. 

Une  femme  à  genoux,  tenant  un  rouleau  dans  la 
main  droite,  enseigne  à  un  enfant  assis  au  pied  d'une 
colonne  brisée. 

Au  crayon  noir,  lavé  de  bistre,  rehaussé  de  blanc. 

Signé  en  bas,  au  crayon  noir  :  Lépîcié. 

H.  o'^S'jS;  L.  0-257. 

Musée  du  Louvre.  (N"  giSo  de  l'inventaire  de  MM.  Pierre 
Marcel  et  GuifPrey,  t.  IX.) 

Ce  dessin  ne  ressemble  point  au  tableau  de  ce  sujet,  n»  3i, 
qui  comportait  deux  figures  et  était  en  largeur.  Peut-être 
s'agit-il  d'une  première  pensée  pour  «  L'architecture  »,  tiMi. 

3io-3ii.  Deux  sujets  de  THistoire  romaine. 

A  la  plume  et  au  bistre. 

H.  5  pouces;  L.  6  pouces  (chacun  ou  ensemble?). 

Vente  M...,  19  novembre  1783,  n"  i5i. 

Voir  les  tableaux  n»*  34,  36,  39. 

3 12.  Histoire  romaine  (Sujet  de  V). 

A  la  sanguine  et  estompe. 

Vente  Hauregard,  4-7  avril  1864,  ^'  "4* 

3i3.  Joseph  vendu  par  ses  frères. 

Sujet  en  travers  feuille. 
Au  bistre,  rehaussé  de  blanc. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  60. 

314.  Le  Magnificat. 

Douze  figures. 
Feuille.  Sujet  en  hauteur. 
H.  18  pouces;  L.  i5  pouces.  (H.  o'"45;  L.  o"4o). 
Vente  Lépicié,  10  février  1783,  n»  54. 

3i5.  Martyre  de  saint  Etienne. 

Plume,  encre  de  Chine,  relevée  de  blanc. 

2»  vente  Steenhaut,  29-30  juin,  i"  juillet  1859,  ^^  ^i. 
Voir  les  tableaux  n"  17,  18,  19,  20. 

3 16.  Mort  de  Gléopàtre. 

Six  figures. 
Au  crayon  rouge  et  lavé. 


—    232    — 

H.  28  pouces;  L.  33  pouces  (o^yô;  cSb). 

Collection  Regnault  de  Laland. 

Vente  Villenave,  i"  décembre  1842,  n"  63 1. 

317.  Présentation  au  temple. 

Plus  de  vingt  figures. 
Au  bistre. 

H.  12  pouces;  L.  24  pouces  (o"32;  o°64). 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  53. 

3 18.  La  reine  de  Saba. 

Plume  et  encre  de  Chine. 

Vente  Hauregard,  4-7  avril  1864,  n"  ii3. 

319.  Une  prédication. 

Sépia. 

Vente  Gigoux,  20-23  mars  1882,  n"  65o. 

Il  faudrait  rapprocher  ce  dessin  d'une  gravure  avant  la 
lettre  (Cabinet  des  Estampes,  £67)  qui  figure  une  prédica- 
tion de  saint  Jean-Baptiste. 

320.  Repos  en  Ëgrypte. 

Bistre  et  sanguine. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  67. 

321.  Un  saint  religieux  en  extase  devant  une  gloire 
de  chérubins. 

A  l'encre  de  Chine,  sur  papier  blanc. 
Certainement  un  dessin  du  tableau  «  Saint  Vincent  mar- 
tyr »,  n"  59. 
Vente,  i3  août  i8o3,  n°  172. 

322-33 1.  Dix  petits  sujets  de  Vierges,  Saints,  etc. 

Au  bistre. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  62. 

D'après  les  Maîtres. 

332-334.  Galabrèse  (Composition  du)  à  Naples. 

Trois  dessins  réunis  dans  un  même  cadre  et  exécutés  à  la 
plume  et  à  l'encre. 
Vente,  4-6  mai  1843,  n°  ii3. 


N°  339.  —  Portrait  du  cabaretier  Ramponeau. 

(Collection  de  M.  Grunebaum-Ballin.) 


—  233  — 

335.  Caravage  (Le  Christ  porté  au  tombeau,  d'après 
le  tableau  du). 

Plume  et  bistre. 

Vente  Brun-Neergaard,  3o  août  1814,  n"  21g. 

336.  Ribera  et  Solimène. 

Deux  compositions  :  une  de  Solimène  et  une  de  Ribera 
l'Espagnolet  :  à  Naples,  réunies  en  un  seul  dessin. 
Plume  et  encre. 
Vente,  4-5  mai  1843,  n«  1 14. 

337.  Salaert  (Le  Christ  porté  au  tombeau,  d'après  le 
tableau  de). 

Plume  et  bistre. 

Vente  Brun-Neergaard,  3o  août  1814,  n"  219. 

338.  Solimène  (Hérodiade,  d'après  un  tableau  de). 

Collection  Gasc. 

Vente  Rouillard,  i"  mars  1869,  n"  i3g. 

II.  —  Portraits  et  têtes. 
a)  Œuvres  datées. 

33g.  Portrait  du  cabaretier  Ramponeau. 

Un  homme  debout,  vu  de  trois  quarts  à  gauche,  une 
main  dans  sa  poche,  l'autre  pendante.  Il  est  coiffé  d'un 
tricorne  et  regarde  en  l'air. 

Dessin  à  la  sanguine. 

Au  dos  du  dessin,  dans  le  coin  à  droite,  en  bas,  signé  : 
Lépicié,  Portrait  de  Ramponeau  le  cabaretier. 

FiUgrane  :  D.  et  C. 

H.  o"32;  L.  o°'22. 

Collection  Rodrigue. 

Collection  Grunebaum-Ballin. 

Ramponeau  le  cabaretier  avait  vu  tout  Paris  courir  à  son 
cabaret  du  «  Tambour-Royal  »,  à  la  Basse-Courtille,  où  l'on 
consommait  à  trois  sous  la  pinte.  Il  essaya  le  théâtre,  échoua 
piteusement  et  reprit  son  ancien  métier.  Il  eut  un  procès 
retentissant  en  1760  et  mourut  vers  1765. 

Le  dessin  de  Lépicié,  vraisemblablement,  a  été   fait  au 


—  234  — 

moment  de  l'apogée  de  Ramponeau  vers  1760.  Lépicié  avait 
alors  vingt-cinq  ans,  et  ce  serait  une  des  premières  œuvres 
que  nous  possédions  de  ce  peintre. 

340-341.  Jeunes  garçons  dessinant. 

Études  pour  «  Le  petit  dessinateur  au  noyau  de  cerise  » 
(1769)  ou  pour  «  Le  petit  dessinateur  »  de  1772,  n"  69  et  77. 
(Portraits  de  Carie  Vernet.) 

Le  dessinateur. 

Jeune  homme  en  pied,  assis,  dessinant. 
Aux  trois  crayons. 

Vente  M.  Mayor,  21  novembre  1859,  n"  97. 
Vente  de  la  succession  Mellinet,  7-8  mai  1894,  n»  112. 
(Nantes.) 

Jeune  garçon  dessinant. 

Rehaussé. 

Vente  H.  Fourau,  i"-2  mars  1869,  n"  124.  (Vendu  27  fr. 
à  Busset.) 

342.  Buste  de  Henri  IV. 

Voir  le  tableau  n"  75. 

Dessiné  par  Lépicié  et  gravé  par  Moitte  dans  Galerie 
Françoise...,  par  Restout,  Paris,  1771  ;  Vie  de  Henri  IV,  p.  1. 

343.  Portrait  d^ Alexis  Piron. 

La  tête  est  de  trois  quarts,  dirigée  vers  la  droite. 

H.  o^iig;  L.  o°076. 

Dessin  connu  d'après  la  gravure  de  N.  Le  Mire,  datée  1773. 
{N.-B.  Lépicié  del.) 
Voir  :  N.  Le  Mire  et  son  œuvre,  par  J.  Hedou,  1876,  n»  42. 

344.  Portrait  présumé  du  duc  de  Valois  à  l'âge  de 
trois  ans  et  demi. 

Tête  d'enfant  endormi. 
Pour  le  tableau  du  Salon  de  1775,  n"  80. 
Au  crayon,  rehaussé  de  blanc,  sur  papier  gris. 
Signé  à  droite. 
H.  o"'i2;  L.  o^^S. 

Vente   Malherbe,   7  octobre  i883,  n»  19.  («  Tête  d'enfant 
endormi.  »  Aux  trois  crayons.) 
2"  vente  comtesse  B...,  19-22  mai  1919,  n''  16. 


—  235  — 

Il  semble  difficile  d'admettre  cette  identification,  étant 
donne  l'âge  de  l'enfant  représenté  et  le  fait  que  le  tableau 
du  Salon  est  daté  de  1773,  année  même  de  la  naissance  du 
petit  duc  de  Valois. 

345.  Portrait  d'homme. 

En  buste,  dirigé  à  gauche,  avec  une  perruque  poudrée. 

Au  crayon  noir  et  sanguine. 

Au  bas,  on  lit  :  Lépicié  amicus  amicorum  (sic)  delineavit. 
Octobre  IJ82. 

Diamètre  o'"i25. 

Vente  Beurnonville,  16-19  février  i885,  n"  363.  (Vendu 
122  fr.  à  Ferai.) 

b)  Œuvres  non  datées. 

346.  Portrait  de  Bertaud  (peut-être  l'abbé  Bertaud, 
pédagogue  et  inventeur  d'une  méthode  de  lecture  sans 
épellation  en  1744). 

Vieillard  coiffé  d'un  bonnet;  il  tient  son  instrument 
d'une  main  et  de  l'autre  appuie  son  archet  sur  un 
cahier  de  musique. 

Dessin  au  crayon  rouge. 

Ovale.  Diamètre  o'"28. 

Vente  Norblin,  3o  janvier  i863,  n°  3o.  (Vendu  35  fr.) 

Voir  le  tableau  n°  92. 

347.  Portrait  de  Chardin. 

Vu  en  buste,  de  profil  à  droite.  Il  porte  une  espèce 
de  turban. 

Lavis  rehaussé  de  sanguine. 

Dans  la  partie  supérieure  est  écrit  :  Portrait  de  M.  Char- 
din, peintre.  Dans  la  partie  inférieure  :  Lépicié  Inv. 

H.  o"'22;  L.  o'"i7. 

Vente  Laperlier,  ii-i3  avril  1867,  n°  65. 

Exposition  des  Portraits  nationaux  au  palais  du  Trocadéro 
en  1878,  n"  6o3. 

Collection  d'Alexandre  Dumas. 

348.  Tête  d'enfant. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc. 


—  236  — 

349-  Portrait  d'un  jeune  enfant. 

Au  crayon  noir  et  lavis  d'encre  de  Chine,  rehaussé  de  blanc. 
Vente,  3o  janvier  1888,  n"  79. 

350.  Tête  d'enfant  coiffé  d'un  bonnet. 

A  la  pierre  d'Italie. 

Vente  d'amateur,  6  juin  1890,  n"  83. 

Voir  le  n°  374. 

35 1.  Tête  d'enfant  de  profil  à  gauche. 

Sanguine. 

Vente  de  la  collection  X.  de  Paris,  18-19  mars  1889,  n°  333. 

352.  Portrait  déjeune  enfant. 

Mine  de  plomb. 

H.  o"'i75;  L.  o'»i38. 

Vente,  i3  décembre  1897,  n»  199. 

Vente,  16-17  mai  i8q8,  n"  176. 

353.  Buste  de  jeune  femme. 

La  tête  couverte  d'un  foulard. 

Aux  trois  crayons. 

Vente  Cambray,  28  novembre  1895,  n»  391. 

353  bis.  Tête  de  femme. 

De  trois  quarts  à  gauche,  entourée  d'un  voile. 
Crayon  noir,  rehaussé  de  blanc,  sur  papier  gris. 
Signé,  en  bas  à  droite,  à  la  plume. 
H.  o"'277;  L.  o'"2i2. 

Musée  du  Louvre.  (N"  9128  de  l'inventaire  de  MM.  Pierre 
Marcel  et  Guiffrey,  t.  IX.) 
A  comparer  avec  les  n<"  353  et  36o. 

354.  Tête  de  jeune  femme. 

Aux  crayons  de  couleur. 
H.  o'°27;  L.  o"23. 
Vente,  2  mai  1902,  n°  64. 

355.  Tête  de  femme. 

A  la  pierre  noire  et  à  la  sanguine. 
H.  o"'24;  L.  o^iô. 

Vente,   27-28    novembre    1907,    n"    80.    (Vendu    32    fr.    à 
M.  Chéron,  19,  quai  Conti.) 


—  237  — 

356.  Tête  de  femme. 

Au  crayon  noir,  avec  rehauts  de  craie. 

Signé. 

Vente,  27  novembre  1909,  n"  127. 

357.  Buste  de  femme. 

Au  crayon  noir. 

H.  o"i2;  L.  o^io. 

Vente  M.-L.  Decloux,  2g-3o  novembre  1920,  n"  94. 

358.  Deux  têtes  de  femmes. 

Au  crayon  noir  et  à  la  sanguine. 

H.  o^oS;  L.  o'"07. 

Vente  M.-L.  Decloux,  29-80  novembre  1920,  n»  95. 

359.  Buste  d^une  vieille  femme. 

Aux  crayons  noir  et  blanc. 

Vente  Cambray,  28  novembre  1895,  n°  394. 

360.  Buste  de  jeune  fille. 

Vue  presque  de  face.  Sur  la  tête,  une  espèce  de  voile. 

Aux  trois  crayons. 

H.  12  pouces  6  lignes;  L.  9  pouces  (o^SS;  o"*34). 

Vente  Vassal  de  Saint-Hubert,  1788,  n°  174. 

36i.  Buste  de  jeuue  fille. 

Aux  trois  crayons,  sur  papier  gris. 

H.  10  pouces;  L.  8  pouces  (o'"26;  o'"22). 

Vente,  29  mars  1779,  n"  206. 

Vente  Vassal  de  Saint-Hubert,  1783,  n°  176. 

362.  Tête  de  jeune  fille. 

Goiflée  d'un  chapeau  de  paille. 

Crayon  noir  et  estompe,  rehaussé  de  pastel. 

H.  o'"35;  L.  0^29. 

Vente  M.  L.,  6  décembre  1901,  n"  67.  (Racheté  26  fr.) 

Vente,  2  mai  1902,  n"  63. 

363.  Portrait  de  jeune  fille. 

En  buste. 

Sanguine  et  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc. 

H.  o^ig;  L.  o^iô. 

Vente,  26-27  mai  1879,  n°  loi. 


—  238  — 

364.  Portrait  de  jeune  fille. 

En  buste,  vue  de  face,  les  coudes  appuyés  sur  un 
coussin  posé  sur  un  balcon. 
Au  crayon  noir. 
H.  o"25;  L.  o^ig. 
Vente  J.  de  la  Béraudière,  16-17  avril  i883,  n»  172. 

365.  Portrait  de  jeune  fille. 

A  la  pierre  noire. 

Vente  de  Vignères,  3o-3i  mars  i885,  n"  878. 

366.  Portrait  d^une  jeune  fille. 

Elle  est  représentée  en  buste,  dirigée  à  gauche,  avec 
fichu  sur  la  tête  et  fleurs  au  corsage. 

Aux  trois  crayons. 

H.  o'^bg;  L.  o'»26. 

Vente  Richard  Léon,  3  avril  1886,  n»  85.  (Vendu  35o  fr.) 

367.  Jeune  fille. 

Vente  Marcille,  4  mars  1857,  n"  261. 

A  comparer  avec  un  portrait  de  jeune  garçon  (d'après  Lé- 
picié). 
Pastel,  de  forme  ovale.  H.  o^SS;  L.  o"'43. 
Vente  Magne  de  Marseille,  25  janvier  1902,  n"  27. 

368.  Tête  de  jeune  fille. 

A  la  sanguine,  rehaussé  de  craie,  sur  papier  gris. 

H.  o^So;  L.  o'°25. 

Vente,  20  mars  1899,  n°  52. 

369.  Portrait  de  jeune  fille. 

Sanguine. 

Exposition  de  l'Enfance  (Petit-Palais),  1901,  n"  142. 

Collection  de  la  baronne  James  de  Rothschild. 

370.  La  petite  fille  en  bonnet. 

Vue  à  mi-corps,  de  trois  quarts  à  gauche,  les  cheveux 
couverts  d'un  bonnet,  serré  sur  la  tête  par  un  ruban 
froncé.  Elle  porte  un  corsage  ouvert  sur  la  poitrine  et 
une  ruche  autour  du  cou. 

Crayon  noir,  rehaussé  de  blanc  et  sanguine. 

H.  o"i95;  L.  o'»i65. 


—  239  — 

Vente  X...,  18-19  mars  1889,  n°  334.  («  Tête  d'enfant  coiffé 
d'un  bonnet.  »  Au  crayon  noir.) 
Exposition  de  l'Enfance  (Petit-Palais),  1901,  n"  i38. 
Vente  A.  Beurdeley,  i3-i5  mars  igoS,  n°  137.  (Non  vendu.) 
6'  vente  A.  Beurdeley,  8-io  juin  1920,  n°  221. 

371.  Portrait  de  fillette. 

Vue  en  buste,  presque  de  face,  le  visage  tourné  vers 
la  droite.  Les  yeux  sont  attentifs  et  la  physionomie 
exprime  un  imperceptible  sourire.  Elle  est  appuyée  sur 
une  table,  les  deux  mains  croisées. 

A  la  pierre  noire  et  à  la  sanguine. 

Signé,  en  bas  à  gauche,  à  la  plume. 

H.  o'"2o;  L.  o'"i75. 

Marque  de  collection  en  bas  à  droite. 

Vente  Lebeuf  de  Monlgermont,  16-19  juin  1919,  n"  246. 

372.  Portrait  de  fillette. 

La  tête  de  face,  le  regard  vers  la  droite  ;  coifiée  d'un 
fichu  noué  au-dessous  du  menton. 
Sanguine. 
H.  o'"35;  L.  0-25. 
Vente  Dubois,  7  mars  1901,  n"  23.  (Vendu  780  fr.) 

373.  Tête  de  fillette. 

Aux  crayons  noir  et  blanc,  légèrement  rehaussés  de  san- 
guine. 

H.  o'»37;  L.  o-3i. 

Vente  comte  G.,  17  décembre  1900,  n°  3o.  (Vendu  75  fr.  à 
Malherbe,  34,  rue  Pigalle.) 

374.  Tête  de  petite  fille  au  bonnet. 

Vue  de  face,  coiffée  d'un  bonnet  ;  un  crucifix  au  cou. 

A  la  sanguine. 

H.  et  L.  c-iô. 

Vente  G.  et  T.,  3i  janvier-i"  février  1898,  n"  122. 

375.  Portrait  de  jeune  garçon. 

En  buste,  la  tête  de  profil. 
A  la  mine  de  plomb,  de  forme  ronde. 
Vente  feu  Mahérault,  27-29  mai  1880,  n"  i3i.  (Vendu  70  fr.) 
Probablement  le  même  que  le  «  Portrait  de  jeune  garçon  », 


—  240  — 

de  profil  à  droite,  au  crayon  et  au  lavis,  forme  ronde.  Vente 
X.,  29  janvier  1918,  n°  29.  (Attribué  à  Lépicié.) 

376.  Tête  de  jeune  garçon. 

Sanguine. 

Vente,  i3  décembre  1897,  n"  200. 

377.  Jeune   garçon    de    la    famille    Delafosse    (Por- 
trait de). 

Vu  presque  de  face,  la  tête  souriante,  un  peu  baissée 
et  regardant  vers  la  gauche.  Il  tient  sous  le  bras  gauche 
un  étui  et  un  carton  sur  la  couverture  duquel  on  voit 
une  caricature  d'un  soldat  et  les  mots  La  Fosse.  Sa 
main  droite  est  cachée  dans  sa  jaquette  bleue.  Le  fond 
est  gris. 

Pastel. 

H.  0-49;  L.  o»38. 

Daterait  environ  de  1770. 

Collection  de  la  famille  Delafosse. 

Collection  Georges  Wildenstein,  1923. 

L'enfant  représenté  ne  peut  être  ni  le  graveur  J.-B,  Dela- 
fosse, élève  de  Fessard  (1721-1775),  ni  J.  Charles,  l'archi- 
tecte (1734-1789).  Il  s'agit  probablement  d'un  enfant  du  gra- 
veur ou  de  l'architecte,  qui  avait  été  élève  de  Lépicié. 

378-379.  Deux  têtes  de  jeunes  hommes. 

Vues  de  profil. 
Au  pastel,  très  terminées. 
Vente  Lépicié,  10  février  1786,  n"  64. 

38o.  Tête  d'homme. 

Regardant  à  droite,  coiffé  d'un  chapeau  à  larges  bords. 

Sanguine. 

H.  o™34;  L.  o'"29. 

Musée  de  Grenoble.  Catalogue,  1901.  (Acheté  à  Paris,  en 
1799,  par  Gay,  le  conservateur  du  Musée,  au  moyen  de 
4,000  fr.  souscrits  par  les  habitants  de  Grenoble.) 

Cf.  Notice  des  tableaux...,  par  Gay,  1809;  Richesses  d'art 
de  la  France.  Province.  Monuments  civils j  t.  VI,  p.  102. 

38i.  Tête  de  jeune  homme  portant  un  tricorne. 

Vu  presque  de  face,  la  tête  tournée  légèrement  vers 
la  gauche. 
Collé  sur  la  même  feuille  que  deux  autres  dessins. 


No  38o.  —  Tête  de  jeune  homme. 
(iMusce  de  Grenoble.) 


—  241  — * 

Crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 

Signé  en  bas  à  droite. 

H.  o^io;  L.  o'"23. 

Musée  du  Havre,  n»  52.  (Catalogue  de  1887.  Acquis  en  1878.) 

Voir  les  n"  398  et  441. 

38 1  bis.  Tête  d^homme. 

Presque  de  profil  à  droite,  l'air  douloureux. 

Trois  crayons. 

Signé,  en  bas  à  droite,  à  la  plume.  Marque  F.  R. 
H.  o»28;  L.  o'"2i2. 

Musée  du  Louvre.  (N°  9126  de  V Inventaire  de  P.  Marcel  et 
J.  Guiffrey,  t.  IX.) 

38 1  ter.  Tête  d'homme. 

De  trois  quarts  à  gauche,  regardant  en  l'air. 
Crayon  noir,  rehaussé  de  blanc,  sur  papier  gris. 
Signé,  en  bas  à  droite,  à  la  plume  :  Lépicié. 
H.  o'-iôS;  L.  o'"i24. 

Musée  du  Louvre.  (N°  9126  de  VInventaire  de  P.  Marcel  et 
J.  Guiffrey,  t.  IX.) 

382.  Tête  déjeune  homme. 

Il  est  vu  de  face,  les  yeux  baissés. 

Aux  crayons  noir  et  blanc,  sur  papier  gris  brun. 

Signé  en  bas  à  gauche.  Marque  F.  R. 

H.  0-335;  L.  0-261 

Musée  du  Louvre.  (Acquisition  de  M.  Defer,  le  14  no- 
vembre 1844,  au  prix  de  10  fr.) 

Reiset,  Notice  des  dessins,  1869,  n»  983,  et  n"  9124  de  VIn- 
ventaire de  P.  Marcel  et  J.  Guiffrey,  t.  IX. 

383.  Tête  déjeune  homme. 

Buste  de  face  et  penché  en  avant,  la  tête  nue. 

Étude  au  crayon  noir,  rehaussé  de  pastel. 

Signé. 

H.  o'"29;  L.  o'"24. 

Vente  Denesle,  3o  mars  1860,  n°  i5.  (Vendu  33  fr.  à  Fould.) 

384.  Portrait  d'homme  à  une  table,  écrivant. 

Au  crayon  noir. 

Vente,  7-8  mai  1888,  n»  154. 

1922  16 


—  242  — 

385.  Tête  déjeune  homme. 

De  profil. 

Aux  trois  crayons. 
Signé  :  Lépicié. 

Vente  X.,  de  Paris,  18-19  mars  1889,  n»  335.  (Vendu  5  fr.  à 
Galonné.) 

386.  Buste  de  jeune  homme. 

Aux  trois  crayons. 

Vente  Cambray,  28  novembre  1895,  n"  390.  (Vendu  12  fr.  à 
Michel.) 

387.  Portrait  d^homme  assis. 

Vu  de  face. 

Aux  crayons  noir  et  blanc. 

Vente,  7-8  mai  1888,  n»  i55. 

Peut-être  le  même  que  le  c  Jeune  homme  assis;  pierre  noire 
et  crayon  blanc,  sur  papier  brun.  H.  o^Si;  L.  o"26  ».  Vente 
Lechevalier-Chevignard,  3o  avril  1902,  n"  67.  Vente,  14  dé- 
cembre 1903,  n"  56. 

388-389.  Deux  têtes  d'hommes. 

Aux  trois  crayons. 

Vente  Malherbe,  7  octobre  i883,  n"  20.  (Valenciennes.) 

390.  Deux  têtes  d'hommes. 

Au  crayon  noir. 
H.  o°'07;  L.  o"o5. 
Vente  M.-L.  Decloux,  29-30  novembre  1920,  n"  94. 

391.  Deux  têtes  d'hommes. 

Au  crayon  noir  et  à  la  sanguine. 

H.  o^ii;  L.  o»o8. 

Vente  M.-L.  Decloux,  29-30  novembre  1920,  n°  95. 

392.  Portrait  de  Mlle  Sophie  Leroux. 

En  buste,  de  profil  à  gauche,  la  tête  couverte  d'un 
bonnet  garni  de  brides  noires. 

Aux  trois  crayons. 

H.  o"22;  L.  o^iS. 

Vente  J.  de  la  Béraudière,  16-17  avril  i883,  n°  173.  (Vendu 
35  fr.) 


—  243  — 

Vente  Lefebvre-Bougon  d'Amiens,   i"-2  avril  1895,  n°  93. 
(Vendu  180  fr.) 
Vente  A.  L.,  i5-i6  avril  1897,  n»  285. 

393.  Portrait  d'un  vieux  paysan. 

Au  crayon  noir  et  à  l'estompe. 

Vente  marquis  de  F...,  18-20  avril  1876,  n°  64. 

394.  Portrait  d'un  paysan. 

En    buste,  tourné  à  droite,   coiffé   d'un  chapeau  à 
bords  relevés. 

Signé. 

Aux  trois  crayons. 

H.  o"'2i  ;  L.  o'^iô. 

Vente,  3  avril  1886,  n»  83. 

395.  Tête  de  jeune  paysanne. 

Vue  de  trois  quarts. 
Contre-épreuve  à  la  sanguine. 
Vente  Desperet,  7-10  juin  i865,  n*  433.  (Vendu  i  fr.  25.) 

396.  Portrait  du  chirurg^ien  Pienedon. 

Aux  crayons  noir  et  blanc. 
Vente,  7-8  mai  1888,  n»  i53. 

397.  Tête  d'un  vieillard  à  grand  chapeau,  fumant  sa 
pipe. 

Vu  de  profil. 
A  la  sanguine. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  48. 

398.  Vieillard  coiffé  d'un  tricorne. 

La  tête  inclinée  en  arrière. 
Signé,  en  bas  à  droite  :  Lépicié. 
Collé  sur  la  même  feuille  que  deux  autres  dessins. 
Crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 
H.  o'"23;  L.  o^io. 

Musée  du  Havre,  n"  52.  (Catalogue  de  1887.) 
Voir  aux  n"  38i  et  441. 

399-400.  Deux  villageois  vus  en  buste  et  coiffés  de 
chapeaux  à  larges  bords. 

Deux  pendants. 


—  244  — 

Signés. 

Sanguine  et  crayon  noir. 
Forme  ronde.  Diam.  o"'i2. 
Vente,  i"  mars  1877,  n"  126. 

Appendice. 

Les  dessins  suivants  ont  passé  en  vente  avec  des  indi- 
cations trop  vagues  pour  qu'on  puisse  les  insérer  dans 
le  Catalogue  de  l'œuvre  de  Lépicié  : 

Six  petites  têtes  de  différents  caractères.  Sur  trois  feuilles. 
Pierre  noire.  Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  67. —  Quatre 
têtes  d'hommes  et  de  femmes.  Au  pastel.  Même  vente,  n^ôS.  — 
Sept  têtes  d'hommes  et  de  femmes.  Même  vente,  n"  68.  —  Six 
feuilles  contenant  On^e  petites  têtes  d'hommes  et  de  femmes. 
Même  vente,  n°  78.  —  Différentes  belles  têtes  de  vieillards 
et  de  femmes.  Au  pastel.  Même  vente,  n»  5o.  —  Deux  por- 
traits Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc,  2"  vente  Steen- 
haut,  29-30  juin-i"  juillet  iSSg,  n"  182. —  Tête  de  jeune  gar- 
çon. Vente,  i5  mars  1861,  n"  49.  —  Tête  de  jeune  garçon. 
Vente  E.  Tondu,  24-26  avril  i865,  n»  222.  —  Têtes,  costumes. 
Quatre  planches  crayons  rouge  et  noir.  Vente  Charles  Le 
Blanc,  3-6  décembre  1866,  n'  425.  —  Tête  d'étude.  Vente 
comte  de  Faucigny,  ii-i3  avril  1867,  n»  141.  —  Portraits  et 
études.  Quatre  dessins  au  crayon  noir  et  sanguine.  Vente, 
10- II  mars  1882,  n°  3o2.  —  Portrait  d'enfant.  Aux  trois 
crayons.  Vente,  4  mai  i883,  n"  5i.  (Attribué  à  Lépicié.)  — 
Etudes  de  têtes  d'hommes,  de  femmes  et  d'enfants.  Huit  des- 
sins au  crayon  noir  et  à  la  sanguine.  Vente  Cambray, 
28  novembre  1896,  n°  395.  —  Tête  de  paysan.  Vente,  8  avril 
1861,  n"  28.  —  Tête  de  vieillard.  Vente,  21  novembre  1862, 
n»  3i. 

in.  —  Genre. 

a)  Œuvres  datées. 

401.  Repos  de  soldats. 

Un  groupe  de  cinq  soldats  debout  et  assis  dans  un 
fond  de  paysage. 
Au  bistre. 

Salon  de  176g,  n"  i3o.  (Esquisse  lavée.) 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  47. 


—   24^    — 

402.  Paysage. 

Mêlé  de  montagnes  et  orné  de  figures  de  soldats. 

Dans  le  style  de  S.  Rosa. 
Pierre  noire,  sur  papier  blanc. 
Probablement  contemporain  du  n"  précédent. 
Vente  Lépicié,  lo  février  1785,  n"  55. 

403.  Étude  pour  la   «  Bonne  Mère  »  (1774)  (ci-dessus, 
no  171)  :  Nourrice. 

Elle  tient  sur  elle  son  enfant  dans  une  manne. 

Aux  trois  crayons,  sur  papier  gris. 
H.  i3  pouces;  L.  10  pouces  6  lignes  (o'°35;  o'"28). 
Pendant  au  «  Vieillard  assis  tenant  son  chapeau  »  (ci-des- 
sous, n°  419). 
Vente,  29  mars  1779,  n»  2o5. 

404.  Même  sujet. 

Aux  trois  crayons,  sur  papier  gris. 
H.  10  pouces;  L.  8  pouces  (o°'27;  o"22). 
Pendant  au  «  Vieillard  assis  tenant  son  chapeau  »  (ci-des- 
sous, n"  418  bis). 
Vente  Vassal  de  Saint-Hubert,  1783,  n°  173. 

405.  Étude  pour  «  L'éducation  commencée  »  (ci-dessus, 
no  177)  :  Femme  faisant  lire  une  petite  fille  (1774). 

Il  faut  remarquer  que  la  petite  fille  porte  ici  un  bonnet, 
comme  dans  le  grand  dessin  du  Musée  d'Orléans,  n"  408, 
tandis  que  dans  le  tableau  du  Musée  Wallace,  elle  a  la 
tête  nue. 

Aux  crayons  noir  et  blanc,  sur  papier  marron. 

Collection  Albertina  a  Vienne. 

{Dessins  de  V Albertina,  par  Schônbrunner  et  Meder,  t.  III, 
n*  329.) 

406.  Étude  pour  «  La  douane   »  (ci-dessus,  no  182)  : 
Intérieur  d'une  douane  (1775). 

Coloré  à  la  détrempe. 
H.  2  pieds;  L.  3  pieds  (o"64;  o'"96). 
Pendant  à  «  Une  halle  »,  n"  421. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n»  46. 


—  246  — 

407.  Étude  pour  la  douane. 

Quatorze  figures,  dont  quatre  du  groupe  central, 
trois  hommes  qui  ouvrent  des  caisses,  et  trois  du 
groupe  gauche  figurant  un  homme  et  deux  femmes 
assises. 

A  la  plume  et  à  l'aquarelle,  sur  papier  blanc. 

H.  o'"23;  L.  o^^o. 

Vente,  9  mai  1903,  n°  11 5. 

Collection  J.  Dubois. 

408.  Étude  pour  «  L^atelier  du  menuisier  »  (ci-dessus, 
no  178). 

Signé  à  gauche. 

A  l'encre  de  Chine  et  à  la  sépia,  sur  papier  blanc. 

H.  o"'23;  L.  o'"28. 

Musée  d'Orléans.  (Don  de  la  fille  du  comte  de  Bizemont, 
M™»  de  Condé,  suivant  les  renseignements  du  conservateur 
du  Musée.) 

Reproduit  dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de 
l'Art  français,  1910,  p.  27. 

409.  Étude  pour   «  La  réponse  désirée  »   (ci-dessus, 
no  i83)  :  La  demande  en  mariage. 

Signé  à  gauche.  A  droite,  marque  de  la  collection  :  F.  R. 
Plume  et  sépia. 
H.  o'»23;  L.  0-28. 

Vente  Yvon,  27-28  janvier  1881,  n°  84.  (Vendu  35o  fr.) 
Vente,  19  mars  1890,  n"  57.  (Vendu  à  Audoin.) 
Vente  de  la  collection  G.  M...,  18  mai  1898,  n"  21.  (Vendu 
680  fr.  au  marquis  de  Biencourt.) 

410.  Id.  :  La  promesse  de  mariage. 

Signé. 

Aquarelle. 

Vente  Bruzard,  24  avril  1839,  n"  164. 

411.  Id.  :  La  demande  en  mariage. 

Scène  de  quatre  figures  dans  un  intérieur. 
Au  crayon. 
Vente,  23  mars  1893,  n°  i3o.  (Vendu  520  fr.  à  Lacroix.) 

412.  Id.  :  La  demande  en  mariage. 

Trois  figures,  probablement  la  mère,  la  fiancée  et  le  fiancé. 
Au  crayon. 


—  247  — 
Vente  E.  Tondu,  24-26  avril  i865,  n»  221.  (Vendu  io5  fr. 
au  baron  Clary.) 

4i3.  Id.  :  Les  fiancés. 

Encre  de  Chine. 

Vente  P.  Mantz,  10  mai  iSgS,  n»  142.  (Vendu  io5  fr.  à  Fould.) 

414.  Id.  :  Tête  du  père. 

Vu  en  buste,  de  trois  quarts  à  droite,  coiffé  d'un  tri- 
corne. 

Signé  dans  le  coin,  en  bas,  à  droite.  A  droite,  marque  : 
F.  R. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine  et  de  craie. 

H.  o"'22;  L.  o"i6  1/2. 

Vente  Léon  Richard,  3  avril  1886,  n"  83.  (Vendu  32o  fr.) 

Collection  G.  Deligand. 

41 5.  Id.  :  Tête  de  la  mère. 

Vue  de  face,  la  tête  levée. 

On  dit  que  c'est  la  mère  de  Tardieu  le  graveur  qui  a  servi 
de  modèle. 

Signé. 

Aux  trois  crayons,  sur  papier  gris. 

H.  o'"i98;  L.  o'"i62.  Marque,  en  bas  à  droite  :  F. 

(Acquisition  de  M.  Defer,  14  novembre  1844.) 

Musée  du  Louvre,  n"  984.  (Catalogue  de  1869  par  Reiset  et 
n"  9123  de  VInventaire  de  P.  Marcel  et  J.  Guiffrey,  t.  IX.) 

416.  Id.  :  Étude  d^une  fig^ure  de  femme  assise  :  la  mère. 

Signé. 

Crayon  noir,  estompé,  rehaussé  de  blanc  et  de  sanguine, 
sur  papier  marron. 
H.  o'"362;  L.  o°247.  Marque,  au  coin  de  droite  en  bas  :  F.  R. 
Vente  P.  Lefort,  28  janvier  1869,  n°  264.  (Vendu  34  fr.) 
Musée  du  Louvre. 
Don  de  M.  Roger  Galichon,  octobre  1918. 

417.  Id.  :  Étude  de  la  figure  du  fiancé. 

Assis  sur  un  tabouret,  de  profil  vers  la  droite,  ses 
mains  reposant,  non  pas  sur  les  genoux  de  la  mère, 
comme  dans  le  tableau,  mais  sur  ce  qui  paraît  être  une 
table  couverte  d'une  draperie. 


—  248  — 

Au  crayon  noir,  rehaussé   de   blanc  et  de  sanguine,  sur 
papier  marron. 
H.  o^Sg;  L.  o'"29. 
Vente,  17  février  1922,  n»  19.  (Vendu  800  fr.  à  Beaulieu.) 

418.  Étude  pour  «  Le  repos  »  (ci-dessus,  no  189)  :  Le 
repos  (1777). 

Probablement  une  étude  d'ensemble  à  la  plume. 
Vente,  3o  mars  1876,  Amsterdam,  n"  60. 

418  tw.  Id.  :  Le  vieillard. 

Signé  en  bas  à  droite. 
Au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 
H.  o'"27  1/2;  L.  o'"25. 
Pendant  à  «  La  Savoyarde  »,  n"  404. 

Vente   Vassal   de   Saint-Hubert,   1783,  n"   173.   (Aux   trois 
crayons,  sur  papier  gris.  H.   10  pouces;  L.  8  pouces  (o"'27; 

0"'22.) 

Collection  David  Weill. 

419.  Id.  :  Le  vieillard. 

Assis,  tenant  son  chapeau  sur  ses  genoux. 
Peut-être   aussi  un  dessin  pour  «   Le  voyageur  de  cam- 
pagne »,  du  Salon  de  1778. 
Aux  trois  crayons,  sur  papier  gris. 
H.  i3  pouces;  L.  10  pouces  6  lignes  (o'"35;  o"'28). 
Pendant  à  «  La  Savoyarde  »,  n»  403. 
Vente,  29  mars  1779,  n"  2o5. 

420.  Id.  :  L^enfant  endormi. 

Signé  en  bas  à  droite. 
Au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 
H.  o'»39;  L.  o»3o. 

Vente,  3o  janvier  1888,  n°  80.  («  Jeune  garçon  couché,  dor- 
mant. »  Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc.) 
Collection  David  Weill. 

421.  Étude  pour  «  La  halle  »  (ci-dessus,  no  191)  :  Une 
halle. 

«  Superbe  composition  remplie  d'une  grande  quantité  de 
personnages.  » 
Coloré  à  la  détrempe. 
H.  2  pieds;  L.  3  pieds  (o'"64;  o'"97). 


—  249  — 

Pendant  à  «  Une  douane  »,  n"  406. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n°  46. 

422.  Id.  :  Un  marché. 

Dessin  lavé  à  l'encre  de  Chine. 

Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n°  3i6.  (Vendu  6  fr.) 

423.  Id.  :  Marchande,  la  hotte  sur  le  dos. 

Étude  pour  une  des  deux  femmes  du  dernier  groupe  à 
gauche. 

Signée  en  bas  à  droite.  Marque  de  la  collection  :  F.  R. 

Aquarelle  colorée  au  bistre  et  à  la  sépia. 

Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n°  317.  («Femme  portant 
une  hotte.  »  Lavé  au  bistre.) 

Musée  du  Havrk,  n»  5i.  (Acquis  en  1878.) 

424.  Id.  :  Marchande. 

Vue  de  face,  relevant  un  pan  de  son  tablier. 
Étude   pour  une  des   deux  femmes  du  dernier  groupe  à 
gauche. 
Signé  à  droite  en  bas.  Marque  de  la  collection  :  F.  R. 
Mine  de  plomb. 
H.  o'»23;  L.  o"i5. 
Vente,  17  février  1922,  n"  12.  (Vendu  3oo  fr.) 

425.  Id.  :  Marchand. 

Vu  de  dos,  coiffé  d'un  grand  chapeau,  debout,  à 
gauche,  sous  le  portique.  Il  remplit  de  légumes,  avec  la 
main  droite,  le  tablier  d'une  jeune  fille  et  porte  sur  le 
bras  gauche  un  panier. 

Signé  en  bas  à  droite.  Marque  de  la  collection  :  F.  R. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 

H.  o'°29;  L.  o'"i8. 

Voir,  plus  bas,  la  contre-épreuve  de  ce  dessin. 

Musée  du  Havre,  n"  47. 

426.  Id.  :  Marchand. 

Réplique  du  n"  précédent. 

Signé  en  bas  à  droite.  Marque  de  la  collection  :  F.  R.  (au 
coin  de  droite  en  bas). 
Lavis  de  bistre. 
H.  o»28;  L.  o»i8. 
Vente,  17  février  1922,  n°  17.  (Vendu  i,i5o  fr.  à  Kiepper.) 


—  25o  — 

427.  Id.  :  Marchand  vu  de  dos,  jeune  homme  vu  de 
profil,  marchande  assise  vue  de  trois  quarts  à 
droite. 

A  droite,  marque  de  la  collection  :  F.  R. 
Trois  contre-épreuves  sur  la  même  feuille. 
H.  o'°42;  L.  o"3o. 
Collection  S.  Mayer. 

Le  «  Marchand  vu  de  dos  »  est  la  contre-épreuve  des  deux 
n"  précédents. 

428.  Id.  :  Jeune  fille  relevant  son  tablier. 

Vue  de  trois  quarts  à  gauche. 

Étude  pour  la  jeune  fille  dont  le  marchand   remplit   le 
tablier  (n"'  précédents). 
Signé.  Marque  de  la  collection  du  comte  de  Bizemont. 
Sépia. 

A  comparer  avec  les  n"  suivants. 
Musée  d'Orlkans. 

429.  Id.  :  Jeune  fille  relevant  son  tablier. 

Debout,  coiffée  d'une  cornette,  elle  tient  son  tablier 
relevé. 
Probablement  une  autre  étude  de  la  figure  précédente. 
Signé  en  bas  à  gauche. 
A  la  sanguine  et  à  la  pierre  d'Italie. 
Voir  le  n»  précédent  et  la  contre-épreuve  n°  suivant. 
Vente  M. -F.  V.,  16-18  mai  iSSg,  n°  144. 

480.  Jeune  fille  relevant  son  tablier,  petit  Savoyard 
(du  groupe  gauche),  vieille  marchande. 

Trois  contre-épreuves  sur  la  même  feuille. 
Marque  de  la  collection  :  F.  R. 
H.  o°'23  1/2;  L.  o'"32  1/2. 
A  comparer  avec  les  n"'  précédents. 
Collection  S.  Mayer. 

La  «  Jeune  fille  relevant  son  tablier  »  est  plus  que  proba- 
blement la  contre-épreuve  du  dessin  du  n°  précédent. 

431-432.  Id.  :  Un  petit  Savoyard.  —  Une  paysanne 
vue  de  dos. 

Deux  dessins  sur  le  même  bristol.  Pierre  d'Italie  et  san- 
guine. 


No  428.  —  Dessin  pour  la  halle. 
(Musée  d'Orléans.) 


No  436.  —  Dessin  pour  la  halle 
(Ancienne  collection  Bureau.) 


—   25l    — 

Vente  Gigoux,  2o-23  mars  1882,  n"  64g.  (Vendu  33  fr.  à 
Audoin.) 

C'est  probablement  la  contre-épreuve  du  «  Petit  Savoyard  », 
n°  43o. 

433.  Id.  :  Harengère. 

Vue  presque  de  dos,  penchée  sur  un  panier. 
Première  pensée  de  la  femme  dans  le  groupe  central. 
Signé    en   bas   à   droite.    Dans   le    coin   en  bas  à   droite, 
marque  :  F.  R. 
Au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 
H.  o°26  1/2  ;  L.  o'"20. 
Musée  du  Havre,  n"  46.  (Catalogue  de  1887.) 

434.  Id.  :  Une  marchande  de  légumes. 

Vue  de  dos,  assise. 

Première  pensée  de  la  femme  dans  le  groupe  central. 
Signée  en  bas  à  droite. 
Aquarelle  colorée  au  bistre. 
H.  o"2i;  L.  o'"i8. 
Musée  du  Havre,  n"  49. 

435.  Id.  :  Marchand  debout  coififé  d'un  tricorne. 

Penché  sur  un  panier;  il  est  à  moitié  caché  par  une 
marchande. 

Une  contre-épreuve  sur  la  même  feuille  que  la  «  Mar- 
chande assise  »,  n"  437. 

Marque  de  la  collection  :  F.  R. 

H.  o'"235;  L.  o°'35. 

Collection  S.  Mayer. 

436.  Id.  :  Femme  avec  son  enfant  sur  ses  genoux. 

Marchande  allaitant  son  enfant  du  groupe  droit. 

La  mère  ressemble  tout  à  fait  au  tableau,  mais  n'allaite 
pas  le  bébé,  et  un  léger  voile  a  été  ajouté  sur  le  sein  droit. 

Signé. 

Aux  deux  crayons. 

Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n"  319. 

Vente  Cambray,  28  novembre  1895,  n°  407. 

Collection  Bureau.  {Les  maîtres  du  dessin,  par  Roger 
Marx,  1902,  t.  III.) 


—    2D2    — 

437>  Id.  :  Marchande  assise. 

Pour  la  figure  voisine  de  la  «  Femme  allaitant  son  enfant  » 
du  groupe  droit. 

Marque  de  la  collection  :  F.  R. 

H.  o»23i/2;  L.  o-^SS. 

Collection  S.  Mayer. 

Contre-épreuve  sur  la  même  feuille  que  «  Marchand, 
debout  coiffé  d'un  tricorne  »,  n"  435. 

438.  Id.  :  Soldat  faisant  son  marché. 

En  petite  tenue,  coiffé  d'un  bonnet  de  police,  la  hotte 
sur  le  dos,  il  fait  son  marché.  (C'est  probablement  un 
garde-française.) 

Étude  du  soldat  (dernière  figure  à  droite)  du  groupe  droit. 

Signé  en  bas  à  droite. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 

Filigrane  :  D.  et  C.  Blauw. 

H.  o"'27;  L.  o^ig. 

Cabinet  des  Estampes.  {Dessins  de  l'Ecole  française  : 
B.  6  b.  Réserve.) 

43g.  Id.  :  Jeune  fille. 

Debout,  coiffée  d'une  cornette,  la  tête  tournée  vers 
la  droite.  Elle  tient  son  tablier  des  deux  mains. 
Étude  pour  la  jeune  fille  du  groupe  de  droite. 
Signé  en  bas  à  droite. 
Au  crayon  noir,  relevé  de  sanguine. 
H.  o"'27;  L.  6'"i75. 
Vente  Gaston  Le  Breton,  6-8  décembre  1921,  n"  95. 

440.  Id.  :  Cheval  attelé. 

On  ne  voit  du  chariot  que  le  timon. 

Signé  en  bas  à  droite. 

Aquarelle  colorée  au  bistre. 

H.  o"'22;  L.  o'"3o. 

Musée  du  Havre,  n"  43. 

Les  dix  dessins  de  Lépicié  que  possède  le  Musée  du  Havre 
proviennent  d'un  achat  fait  par  la  ville  en  1878  au  prix  de 
3oo  fr. 

441.  Id.  :  Jeune  femme. 

Vue  en  buste,  les  yeux  baissés.  Elle  porte  une  cor- 
nette. 


-  253  - 

Étude  pour  une  jeune  femme  debout  du  groupe  droit. 
Collé    sur    la    même    feuille    que    deux    autres    dessins, 
n-'  381-398. 
Crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine. 
H.  o"io;  L.  o'"23. 
Musée  du  Havre,  n"  52. 

442.  Id.  :  Marchande  de  café. 

Cette  figure  et  les  suivantes  n'ont  pu  être  identifiées  avec 
certitude. 

Vente  Tardieu,  9  mai  1843,  n"  i3o.  (Vendu,  avec  un  autre, 
190  fr.  à  Lecoq). 

443.  Id.  :  Marchande  de  choux. 

A  la  plume,  lavé  de  bistre. 

Vente  Tourneur,  5-7  mai  1860,  n"  244.  (Vendu  2  fr.  5o.) 

444.  Id.  :  La  marchande  de  fruits. 

Elle  est  assise  sur  des  marches  de  pierre;  au  second 
plan,  une  femme  vue  de  dos. 

A  l'encre  de  Chine. 

H.  o'"2i  ;  L.  o'"3i. 

Vente  Tardieu,  9  mai  1843,  n°  i3o.  («  Marchande  de  fruits  » 
avec  un  autre,  190  fr.) 

Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n"  320.  («  Marchande  de 
fruits  assise.  ») 

Vente  M.-H.  P.,  9  mai  i885,  n»  78.  (Vendu  3o  fr.  à  Loup.) 

445.  Id.  :  La  marchande  de  légumes. 

Au  crayon  noir,  avec  rehauts  de  blanc. 
H.  o'"39;  L.  o'"26. 

Exposition  des  Dessins  de  l'École  moderne  en  février  1884, 
n°  454.  (Collection  Reboul.) 

446.  Id.  :  La  marchande  de  poissons. 

Assise  sur  une  chaise  de  paille,  tournée  de  trois 
quarts  vers  la  gauche,  devant  ses  baquets  posés  sur 
une  table;  elle  porte  un  fichu  sur  la  tête. 

Signé  à  droite. 

Au  lavis  d'encre  de  Chine. 

H.  o'»i8;  L.  o°i5. 

Vente  Pujol  de  Toulouse,  7-8  mars  1864,  n°  16.  («  Mar- 
chande de  poissons  »,  41  fr.) 


—  254  — 

Vente  G.  Mùhlbacher,  i5-i8  mai  1899,  n"  îgi.  (Vendu  2i5  fr. 
à  Paulme.) 
Vente  Gaston  Le  Breton,  6-8  décembre  192 1,  n"  96. 

447-448.  Id.  :  Marchandes  ambulantes. 

Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n"  32o.  (Deux  dessins.) 

449.  Id.  :  Marchande  vue  de  dos. 

Légèrement  de  trois  quarts  à  gauche,  coiffée  d'un 
bonnet,  vêtue  d'une  pèlerine  grise  avec  capuchon. 

Signé  en  bas  à  droite. 

Au  crayon  et  à  l'aquarelle. 

H.  o^iy;  L.  o^io. 

Bibliothèque  des  Arts  décoratifs.  {Dessins.  Costumes  et 
accessoires.  Europe,  i"  vol.  ;  France  du  XVIII'  siècle^ 
Lépicié.) 

450.  Id.  :  Marchande. 

Étude  semblable  au  n»  précédent. 

Signé  à  droite  en  bas. 

Lavis  de  bistre. 

H.  o^iy;  L.  o"i2. 

Vente,  17  février  1922,  n"  i5.  (Vendu  i.i25  fr.  à  Owen.) 

45 1.  Id.  :  Marchande. 

Agée,  vue  de  dos,  la  main  droite  levée. 

Signé  en  bas  à  droite. 

Mine  de  plomb. 

H.  o"'2i;  L.  o^iS. 

Vente,  17  février  1922,  n°  18.  (Vendu  25o  fr.) 

452.  Id.  :  Cliente. 

Debout,  de  profil  à  droite,  coiffée  d'un  bonnet. 
Probablement  une  étude  pour  une  figure  du  fond. 
Signé  en  bas  à  droite. 
Lavis  de  bistre. 
H.  0-23;  L.  o«>i6. 
Vente,  17  février  1922,  n"  i3.  (Vendu  i.ioo  fr.  à  Kieffer.) 

453.  Id.  :  Une  vieille  marchande. 

Elle  tend  la  main  pour  recevoir  de  l'argent.  Vue  de 
profil  à  gauche. 


—  255  — 

Signé.  Marque  de  la  collection  du  comte  de  Bizemont. 

A  la  sépia,  sur  papier  blanc. 

H.  o'»25;  L.  o^iS. 

Musée  d'Orléans,  n°  826. 

454.  Id.  :  Une  vieille  marchande. 

Debout,  vue  de  profil  à  gauche,  le  corps  légèrement 
de  trois  quarts  à  droite.  Elle  tend  la  main  droite  comme 
pour  recevoir  de  l'argent.  Elle  est  coiffée  d'un  bonnet 
qui  lui  cache  les  oreilles.  Un  fichu  blanc  sur  les  épaules, 
un  tablier  à  bavette,  une  jupe  courte  qui  laisse  aperce- 
voir le  bas  des  jambes. 

Signé,  à  droite  :  Lépicié. 

Sur  papier  bistre,  au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine 
et  de  craie. 

Dans  le  coin,  en  bas  à  droite  :  F.  R.  A  gauche,  5523  au 
crayon. 

H.  ©""Sô;  L.  o"'2i. 

CabIxNet  des  Estampes,  Paris.  {Dessins  de  l'École  française  : 
B.  6  c.  Réserve.) 

455.  Id.  :  Deux  marchandes,  la  hotte  sur  le  dos. 

Probablement  des  études  pour  deux  figures  dans  le   fond. 

Signé  en  bas  à  droite. 

Aquarelle  colorée  au  bistre  et  à  la  sépia. 

H.  ©"'So;  L.  o'-iS. 

Musée  du  Havre,  n*  5o. 

456.  Étude  pour  «  Le  jardinier  de  bonne  humeur  » 

(1777)  (ci-dessus,  n»  igS)  :  La  collation. 

Un  homme,  assis,  prend  un  verre  de  vin  sur  une 
table,  ayant  entre  ses  jambes  un  enfant  qui  mange  un 
morceau  de  pain. 

Signé. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  craie  et  de  sanguine. 

H.  0-45;  L.  o^SS. 

Exposition  des  Maîtres  anciens,  mai-juin  1879,  n"  611. 

Vente  des  Concourt,  ib-i-]  février  1894,  n°  171.  (Vendu 
i35  fr.  à  Leblanc-Barbedienne.) 

457.  Étude  pour  «  Le  jeu  de  la  fossette  »  (1781)  (ci-des- 
sus, no  197)  :  Écoliers  jouant  aux  billes. 


—  236  — 

Signé. 

Aquarelle. 

H.  cr25;  L.  o^îo. 

Voir  plus  bas  le  pendant. 

Vente,  26  novembre  1862,  n"  46.  (Vendu  avec  «  Les  joueurs 
de  cartes  ».) 

Vente  E.  Arago,  8-9  février  1872,  n°  182.  (Vendu  870  fr.  à 
Payé.) 

Vente,  28  février- 1"  mars  1877,  n"  126.  (Vendu  255  fr.  à 
Malinet.) 

458.  Id.  :  Jeune  garçon  fouillant  dans  sa  poche. 

Probablement  une  étude  d'un  des  trois  enfants  du  dessin 
précédent. 

Signé. 

Aquarelle  colorée  au  bistre. 

H.  o^ig;  L.  o"i2  1/2. 

Musée  du  Havre,  n'  45. 

Il  est  très  probable  que  les  deux  dessins  suivants  furent 
faits  pour  ce  même  tableau  et  nous  représentent  les  deux 
autres  enfants. 

459.  Id.  :  Enfant  ou  jeune  garçon. 

Agenouillé  à  terre.  Vu  de  face,  le  regard  vers  le  sol. 
Attentif  probablement  à  quelque  jeu. 

Signé  en  bas  à  droite. 

Au  crayon  noir,  légèrement  rehaussé  de  sanguine. 

H.  o'"2o;  L.  o^iô  (ou  o'"22;  o'"i7). 

Vente  Lebeuf  de  Montgermont,  16-19  juin  1919,  n°  247. 

Vente,  17  février  1922,  n"  14.  (Vendu  i,525  fr.) 

Collection  David  Weill. 

460.  Id.  :  Jeune  homme. 

Coiffé  d'un  bonnet.  Vu  presque  de  dos  vers  la  droite. 
Agenouillé  et  penché  vers  la  terre,  il  semble  guetter  une 
bille.  A  terre,  à  droite,  un  bâton. 

Signé  au  centre  et  à  gauche  sur  une  pierre. 

Lavis  de  bistre. 

H.  o"'i8;  L.  o'"2i. 

Vente,  17  février  1922,  n°  16.  (Vendu  750  fr.) 

Collection  David  Weill. 


—  257  "" 

461.  Étude  pour  «  Le  jeu  de  cartes  »  (1781)  (ci-dessus, 
no  198)  :  Écoliers  jouant  aux  cartes. 

Trois  enfants  assis  sur  de  grosses  pierres. 

Signé  à  gauche. 

Aquarelle. 

H.  o°25;  L.  o'"20. 

Vente,  26  novembre  1862,  n"  46.  (Vendu  avec  «  Les  joueurs 
de  billes  ».) 

Vente  E.  Arago,  8-9  février  1872,  n°  181.  (Vendu  270  fr.  à 
Ferai.) 

Collection  David  Weill. 

462.  Id.  :  Jeune  g^arçon  assis  jouant  aux  cartes. 

Étude  de  l'un  des  trois  garçons  du  dessin  précédent  (pro- 
bablement celui  qui  est  vu  presque  de  dos), 

A  la  pierre  noire  et  à  la  sanguine. 

H.  o«'23;  L.  0-I7. 

Voir  plus  bas  la  contre-épreuve. 

Vente  duc  de  Feltre,  6-9  mai  1867,  n"  148. 

Vente  E.  Arago,  8-9  février  1872,  n»  i83.  (Vendu  100  fr.  à 
Dreyfus.) 

463.  Id.  :  Jeune  gSLVçon  assis  jouant  aux  cartes. 

Contre-épreuve  retouchée  au  lavis. 
Vente  Niel,  18-19  mars  1873,  n°  25.  (Vendu  90  fr.) 
Vente   baron  R.   Portails,   14  mars  1887,  n°   145.  (Vendu 
47  fr.  à  M"»"  Duval.) 

464.  Id.  :  Enfant  assis  et  regardant  des  cartes  à  jouer. 

Étude  du  garçon  de  droite,  tête  nue. 
Signé  en  bas  sur  une  pierre. 
Aquarelle  colorée  au  bistre. 
H.  o"'24;  L.  o"'i7  1/2. 
Musée  du  Havre,  n°  44. 

465.  Id.  :  Jeune  garçon  assis  sur  une  pierre. 

Étude  du  garçon  de  gauche,  portant  un  chapeau. 
Signé  en  bas  à  gauche.  A  droite,  marque  de  la  collection  : 
F.  R. 
Au  crayon  noir,  rehaussé  de  sanguine,  sur  papier  blanc. 
H.  o'"24;  L.  o"20. 
Musée  du  Havre,  n»  48. 

1922  17 


-  î58  - 

466.  Étude  pour  les  «  intérieurs  de  fermes  »  (ci-des- 
sus, nos  209-211)  :  Cour  de  ferme. 

Au  crayon  noir. 
H.  0-17;  L.  o^aS. 

Vente  M...,  27  février  1899,  n»  52.  (Vendu  27  fr.  à  Tho- 
raillier.) 

467.  Id.  :  Retour  à  la  ferme. 

Différents  animaux  conduits  par  un  paysan  accom- 
pagné d'une  femme. 
Au  bistre. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  56. 

468.  Id.  :  Un  intérieur  de  ferme. 

Dessin  monté. 

Vente  Boyer  de  Fons-Colombe,  18  janvier  1790,  n°  190. 

469-470.  Id.  :  Cour  de  ferme.  —  Entrée  d'un  village. 

Deux  dessins  faisant  pendants. 

A  la  plume  et  lavé  de  sépia. 

Vente,  3-4  avril  1890,  n°  75.  (Vendu  6  fr.  80  à  Lebrun.) 

471.  Id.  :  Cour  de  ferme. 

Plume,  rehaussé. 

Vente  E.  Tondu,  24-26  avril  i865,  n°  220.  (Vendu  43  fr.) 

472.  Id.  :  Plusieurs  études  de  dififérpnts  animaux. 

Dessins  en  feuilles. 

Datent  des  environs  de  1783. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  73-74. 

b)  Œuvres  non  datées. 

473.  Les  amours  champêtres. 

Un  j^une  paysan  et  une  jeune  fille  assis  au  pied  d'un 
arbre  gardent  leur  troupeau,  que  l'on  aperçoit  dans  le 
fond.  Le  jeune  homme  montre  du  doigt  à  la  jeune  fille 
deux  colombes  qui  se  becquètent. 

Au  lavis  de  bistre,  rehaussé  de  blanc. 

H.  o°25;  L.  o"'22. 

Vente  J.  de  la  Béraudière,  16-17  avril  i883,  n»  170.  (Vendu 
i65  fr.) 


—  259  ~~ 

474.  Deux  artistes. 

L'un  dessine  et  l'autre  semble  regarder  un  modèle 
qu'on  ne  voit  pas. 
Pierre  noire,  sur  papier  blanc. 
H.  o'"264;  L.  o""226. 

«  Collection  de  M"*  de  Pompadour.  » 
Vente  Forest,  i"  décembre  1860,  n"  71. 

475.  Jeune  berger  debout. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc. 
Vente,  3o  janvier  1888,  n°  82. 

476.  Le  château  de  cartes. 

Vente,  14  janvier  1880,  n°  42.  (Vendu  54  fr.) 

477.  Combat. 

Un  homme  armé  d'un  bâton  terrasse  deux  autres 
hommes  à  côté  d'une  fontaine.  Femmes  effrayées. 
Troupeaux.  Fond  de  paysage. 

A  la  plume,  au  crayon  rouge  et  lavé. 

H.  o'"37;  L.  o'»54. 

Vente  M.  Villenave,  i"  décembre  1842,  n°  63o. 

478.  La  cuisinière. 

A  la  sanguine. 

H.  o'-So;  L.  o'"25. 

Vente  P.  Lefort,  28  janvier  1869,  ^^  253. 

479.  Famille  réunie  dans  un  souterrain. 

A  la  plume,  lavé  de  sépia. 

Vente  Cambray,  28  novembre  jSgS,  n"  393. 

480.  Deux  femmes. 

Assises  sur  un  banc,  dans  un  parc  dont  le  feuillage 
est  légèrement  indiqué.  La  plus  jeune  des  deux  porte 
une  coiffure  très  haute  et  semble  coudre. 

Signé  en   bas  à  droite.   Marque  de  la  collection  :  F.  R. 
(coin  droit). 
Mine  de  plomb. 
H.  o"2i;  L.  o'^iS. 

Vente  Cambray,  28  novembre  1895,  n"  393. 
Vente,  17  février  1922. 


^-  260  -^ 

481.  Jeune  femme  assise. 

Vue  de  profil. 
A  la  pierre  noire. 
Vente  A.  Marquet  de  Vasselot,  28-29  mai  1891,  n"  181. 

482.  Femme  assise. 

Vue  de  dos. 

Au  crayon  noir. 

Vente  Norblin,  16-17  mars  1860,  n"  91. 

Vente  Cambray,  28  novembre  1895,  n°  394.  («  Jeune  fille 
assise  sur  une  chaise.  »  Vue  de  dos.  Aux  crayons  noir  et 
blanc.) 

483.  Étude  de  femme  assise. 

Vue  de  dos.  A  droite,  une  autre  étude  de  jeune  gar- 
çon, vu  à  mi-corps  et  de  face. 

Au  crayon  noir,  avec  quelques  légers  rehauts  de  blanc. 
Sur  papier  teinté  en  rouge. 

H.  0-258;  L.  o~363. 

Vente  G.  Gigoux,  20-23  mars  1882,  n»  649.  (Pierre  d'Italie 
et  sanguine.  Deux  dessins  sur  le  même  bristol.) 

Vente  feu  M.-L.  G.,  4-9  mars  1896,  n"  99. 

484.  Femme  assise  et  étude  de  mains. 

Crayons  noir  et  blanc. 

Vente  Niel,  18-19  niars  1873,  n"  24. 

485-486.  Étude  de  femmes  assises. 
Deux  pendants. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc,  sur  papier  rose. 
Vente  collection  M.  D.,  10-12  mars  1884,  n»  iio. 

487.  Femme  assise. 

Au  crayon  noir  et  à  la  sanguine. 

H.  o'"22;  L.  o'"^. 

Vente  M.  Decloux,  29-30  novembre  1920,  n"  95. 

488.  Femme  couchée. 

A  la  pierre  noire,  rehaussé  de  blanc. 
Vente  Flury-Hérard,  i3-i5  mai  1861,  n"  218.  (Vendu  10  fr. 
à  Chennevières.) 


—  26l    — 

489.  Jeune  femme  couchée,  trois  autres  femmes  debout. 

Croquis  à  la  sanguine  et  au  crayon  noir. 
Vente  Destailleur,  27-28  avril  1866,  n"  108. 

490-491.  Femme  coupant  du  pain.  —  Vieille  femme 
assise. 

Deux  dessins  montés  sur  une  même  feuille  au  crayon  noir 
et  au  crayon  rouge. 
Vente  baron  Roger  Portalis,  14  mars  1887,  n»  143. 

492.  Femme  cousant. 

Assise  dans  un  fauteuil,  les  cheveux  relevés.  Elle  a  les 
yeux  baissés  sur  son  ouvrage. 

Pierre  d'Italie,  rehaussée  de  blanc,  sur  papier  bleu. 
H.  o"i9;  L.  o^iô. 

A  gauche,  le  cachet  de  la  collection  J.  Gigoux  (1806-1894). 
Peut-être  un  dessin  pour  les  tableaux  n"  163-164. 
Vente,  7-8  mai  1888,  n"  i5i.  («  La  brodeuse.  »  Aux  crayons 
noir  et  blanc.) 

493.  Jeune  femme  brodant. 

Assise  de  trois  quarts  à  gauche,  la  tête  de  face,  incli- 
née en  avant,  une  broderie  à  la  main. 

Crayon  noir  et  sanguine,  rehaussé  de  blanc,  sur  papier  gris. 
H.  o'-SS;  L.  o'»25. 

Collections  Richardson  et  Mouriau. 

Musée   du   Louvre.   Collection   His   de   la   Salle,   n"   3o2. 
(N»  913 1  de  VInventaire  de  P.  Marcel  et  J.  Guiffrey,  t.  IX.) 

494.  Jeune  femme  debout. 

Le  bras  gauche  appuyé. 
Sanguine. 
H.  o'"28;  L.  o"'2o. 

Vente  feu  R.  de  Bailliencourt,  dit  Courcol,  18  décembre 
1893,  à  Saint-Omer,  n»  78. 
Vente  Charles  André,  18-19  mai  1914,  n"  74. 

495.  Femme  et  enfant  près  du  feu. 

Gouache. 

Vente,  9  mai  1868,  n»  187. 

Vente  feu  Ch.  Forget,  17-19  mars  1873,  n'  386. 


—    202    — 

496.  J'ettiiJies  larant  près  d'un  puits   adossé  à  une 
maison. 

Plume  sur  papier  blanc. 

H.  o»i52;  L.  o"2i5. 

Vente  Forest,  i"  décembre  1860,  n»  72. 

497.  Jeune  femme  lisant. 

Dessin  rehaussé. 
H.  o"'4o;  L.  o'"28. 
Vente  Marmontel,  11-14  mai  1868,  n»  255. 

498.  Étude  de  femme. 

Signé. 

Crayon  noir. 

Vente,  i3  décembre  1897,  n"  201. 

499.  Jeune  femme  dite  la  Jeune  mère. 

Vue  presque  de  profil  à  droite,  un  bébé  à  peine  indi- 
qué dans  les  bras. 

Sanguine  ou  papier  blanc. 

Vente  P.  Decourcelle,  29-30  mai  191 1,  n°  124  (4.300  fr.). 

Vente  Marcel  Zambaux,  21-22  novembre  1922  (reproduit 
dans  le  catalogue.  Vendu  3. 800  fr.  à  Kiepper). 

Peut-être  une  étude  pour  la  «  Mère  de  la  Halle  »,  n°  436. 

5 00.  Jeune  femme  assise  sur  une  chaise. 

De  trois  quarts  vers  la  droite,  les  yeux  levés  et  regar- 
dant vers  la  droite.  Elle  porte  une  cornette  et  feuillette 
un  portefeuille  entr'ouvert  sur  une  table  à  droite,  la 
main  droite  appuyée  sur  les  pages,  tandis  qu'elle  s'ac- 
coude sur  le  bras  gauche,  la  main  gauche  étant  levée  et 
appuyée  sur  la  partie  du  portefeuille  qui  reste  dans  une 
position  verticale. 

Signé  en  bas  à  droite.  Marque  de  la  collection  :  F.  R. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc  et  de  sanguine,  sur 
papier  marron. 

H.  0-34;  L.  o'»25. 

Cette  étude  et  les  deux  suivantes  sont  faites  vraisembla- 
blement pour  une  composition  perdue  ou  non  exécutée.  A 
notre  avis,  les  trois  figures  auraient  été  placées  autour  d'une 
table  et  en  train  de  regarder  des  portefeuilles  de  la  façon 


—  263  — 

suivante  :  à  gauche,  la  jeune  femme  assise  ;  au  milieu,  la 
jeune  femme  vue  de  dos,  et  à  droite,  la  troisième  debout. 
Vente,  17  février  1922,  n*  10.  (Vendu  1.620  fr.  à  Félut.) 

5oi.  Jeune  femme  vue  de  dos. 

La  main  droite  appuyée  sur  un  livre  qui  reste  à  son 
tour  sur  ce  qui  paraît  être  une  espèce  de  table.  Elle 
porte  une  jupe  au  volant  plissé  et  une  jaquette  aux  plis 
Watteau  dans  le  dos. 

Signé  en  bas  à  droite.  Marque  de  la  collection  :  F.  R. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc,  sur  papier  marron. 

H.  0-36;  L.  o"28. 

Voir  le  n"  précédent. 

Vente,  17  février  1922,  n"  11.  (Vendu  5oo  fr.  à  Félut.) 

502.  Jeune  femme  en  cornette. 

Debout,  légèrement  tournée  vers  la  gauche  où  elle 
semble  regarder  quelque  chose.  Elle  s'appuie  la  main 
droite  sur  ce  qui  paraît  être  une  table  basse  ou  un  ca- 
sier soutenant  un  portefeuille,  tandis  que,  avec  sa  main 
gauche,  elle  relève  le  pan  de  son  tablier. 

C'est  le  même  modèle  que  celui  du  n»  5oo. 

Signé  en  bas  à  droite.  Marque  de  la  collection  :  F.  R. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc  et  de  sanguine. 

H.  0-43;  L.  o'"25. 

Voir  les  deux  n»'  précédents. 

Vente,  17  février  1922,  n»  8.  (Vendu  1.700  fr.  à  Ferai.) 

503.  Jeune  fille  dévidant  un  écheveau  de  soie. 

Assise,  de  profil. 

Mine  de  plomb. 

Vente  baron  Roger  Portails,  14  mars  1887,  ^^  ^44-  (Vendu 
120  fr.  à  Honoré  Fereire.) 

504.  Jeune  fille  épluchant  des  carottes. 

Aux  crayons  noir  et  blanc,  sur  papier  bleu. 
Vente,  12  avril  1879,  n»  107. 

Vente,  11-12  juin  1880,  n»  2i3.  («  Ratisseuse  de  carottes. 
Crayon  noir.  Pages  in-fol.) 


—  264  — 
3o3.  Jeune  fille  tenant  un  chou  à  la  main. 

Probablement  un  dessin   pour   «  La   halle   »   (ci-dessus, 
n°  191.) 
Vente  cabinet  D.  J.  ***  de  Bruges,  8  juin  i858,  n"  35. 

506.  Jeune  fille  tricotant. 

Aux  trois  crayons. 

Vente  collection  docteur  S.,  3  avril  1882,  n"  i36. 

507.  Une  petite  fille. 

En  costume  du  temps,  assise  sur  un  banc  de  pierre 
dans  un  jardin. 
2'  vente  Carrier,  6  avril  1868. 

507  bis.  Petite  fille  cousant.  «  La  petite  couturière.  » 

Assise  de  profil  à  droite,  elle  tient  en  ses  mains  une 
étoffe  chiffonnée  qu'elle  est  en  train  de  coudre.  Elle  est 
coiffée  d'un  bonnet  blanc  ruche  sur  les  tempes.  Au 
fond,  une  draperie. 

Au  lavis  de  sépia,  sur  papier  vergé  blanc,  avec  quelques 
rehauts  de  couleur. 

H.  o'°i7;  L.  o"io. 

Vente  Jean  Dollfus,  20-21  mai  1912,  n"  106.  (Vendu  3. 100  fr. 
à  Boucheron.) 

D'après  la  reproduction  qu'en  donne  le  catalogue  de  vente, 
ce  dessin  nous  semble  très  douteux. 

508.  Une  vieille  femme  assise. 

Vue  de  face;  elle  mange  dans  une  casserole  qu'elle 
tient  sur  ses  genoux. 
Lavé  de  bistre. 

H.  i5  pouces;  L.  9  pouces  (o"4o;  o'°24). 
Vente  Paignon-Dijonval,  1810,  n"  3703. 

509.  Étude  de  vieille  femme. 

Crayon  noir,  sanguine  et  blanc. 
Vente,  14  décembre  1891,  n"  90. 

5 10.  Le  galant  militaire. 

Peut-être  une  étude  pour  le  soldat,  près  de  la  femme 
nourrissant  son  enfant,  dans  le  groupe  droit  de  «  La  halle  » 
(ci-dessus,  n»  191). 


—  265  — 

Aux  crayons  noir  et  blanc,  sur  papier  bleu. 
Vente,  7-8  mai  1888,  n°  i52. 

5ii-5i2.  Deux  jeunes  garçons. 

Deux  études  au  bistre. 

Chacune  H.  8  pouces  1/2;  L.  7  pouces  1/4  (o'"22;  o^ig). 

Vente  M.,  21  novembre  1785,  n"  loi. 

Peut-être  les  mêmes  que  les  «  Deux  jeunes  paysans  »  de 
la  vente  du  12  avril  1879  (au  lavis  de  bistre),  n"  io3,  et  de  la 
vente  de  1880,  n"  540. 

5i3.  Jeune  garçon. 

Crayon. 

H.  o'"28;  L.  o^ig. 

Vente  Marmontel,  25-26  janvier  i883,  n"  169.  (Vendu  180  fr. 
à  May.) 

514.  Jeune  garçon  agenouillé  sur.une  chaise. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc. 
Vente,  lo-ii  mars  1882,  n°  3oo. 

5i5.  Jeune  garçon  appuyé  sur  un  mur. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc. 
Vente,  3o  janvier  1888,  n"  81. 

5i6.  Jeune  garçon  assis. 

Vu  de  face. 

Aux  crayons  noir  et  blanc,  sur  papier  bleu. 
Vente,  3-4  avril  1890,  n°  74. 

517.  Jeune  garçon  assis. 

Deux  crayons  lavés. 

Vente  Malherbe,  7  octobre  i883,  Valenciennes,  n"  18. 

5 18.  Jeune  garçon  assis. 

A  la  sanguine,  rehaussé  de  blanc- 
Etude  mise  au  carreau. 
H.  o»46;  L.  o"»33. 

Vente  Georges  Boin,  17-18  décembre  1918,  n"  21. 
(Ce  dessin  n'est  qu'attribué  à  Lépicié.) 


—  266  — 
5i9'  Étude  de  jeune  garçon. 

En  pied. 

Crayon  noir  et  blanc. 

Vente  Delestre,  25  novembre  1871,  n"  221. 

520.  Petit  garçon  jouant  au  bilboquet. 

Au  crayon  rouge. 

Vente  Ch.  Forget,  17-19  mars  1873,  n'  387. 

521.  Jeune  garçon  tenant  un  flageolet. 

Gouache. 

Vente,  4-5  avril  1857. 

522.  Jeune  garçon  et  trois  femmes. 

Sanguine  et  mine  de  plomb. 

Vente  Palla,  28-29  ^^"^  ^873,  n"  269.  (Vendu  10  fr.) 

523.  Homme  assis. 

Étude  à  la  sanguine. 

Vente  Mayor,  21  novembre  1859,  n»  98. 

Vente  M.  Daigremont,  3-7  avril  1866,  n"  277. 

524.  Homme  assis. 

Vêtu  d'une  redingote  et  coiffé  d'un  tricorne.  Assis  et 
accoudé  près  d'une  table. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc,  sur  papier  bleu. 
Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n"  3i8.  (Vendu  8  fr.) 
Vente,  29  mars  1900,  n°  68.  (Vendu  9  fr.) 

525.  Homme  assis. 

Pierre  noire. 

Vente,  28  janvier  1901,  n»  64. 

526.  Homme  jouant  de  la  basse. 

Vente  Norblin,  16-17  mars  1860,  n°  90.  (Vendu  76  fr.) 

527.  Jeune  homme  tenant  une  flûte. 

Dessin  rehaussé. 

Vente  H.  Fourau,  i"-2  mars  1869,  n»  125.  (Vendu  12  fr.  5o.) 


—  267  — 

528.  Intérieur  d^une  cuisine. 

On  voit  une  femme  s'occupant  à  coudre. 
H.  6  pouces;  L.  7  pouces  6  lignes  (©""lô;  o^ig). 
Vente  M.  R.,  12  janvier  1778. 

529.  Les  jeunes  jardiniers. 

Au  milieu,  une  jeune  fille  portant  un  panier  et  accom- 
pagnée d'un  jeune  garçon  portant  une  hotte  et  une  cor- 
beille garnie  de  fleurs. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc. 

H.  o'"29;  L.  o'"24. 

Vente  J.  de  la  Béraudière,  16-17  avril  i883,  n»  17. 

53o-53i.  Jeux  d'enfants. 

Deux  aquarelles,  dont  une  signée. 

Vente  de  la  collection  Bruzard,  24  avril  iBSg,  n"  164. 

Voir  les  n°»  457-465. 

532.  Les  joueurs  de  boules. 

Crayon  et  sépia. 

Vente,  6  juin  1890,  n"  82. 

533.  Le  maître  d'école. 

Sépia. 

H.  o'-i7;  L.  o-i33. 

Vente  Thomas  B.  Welch,  16  janvier  1875,  n"  72. 

Vente  Teodor  de  Wyzewa,  2i-23  février  1919,  n°  161. 

Voir  le  tableau  n°  255. 

534.  La  ménagère. 

Elle  est  assise  dans  une  cuisine,  occupée  à  éplucher 
des  légumes. 

Signé  à  gauche. 

Sépia. 

H.  o»i5;  L.  o^ii. 

Vente  comte  Jacques  de  Bryas,  4-6  avril  1898,  n"  106. 
(Vendu  43o  fr.  à  Boin.) 

535.  La  mendiante. 

Représentée  à  mi-corps,  presque  de  face,  les  cheveux 
en  désordre,  un  fichu  noué  sur  la  poitrine,  un  tablier 


—  268  — 

pendant  à  la  ceinture;  elle  tend  la  main  et  lève  les 
yeux  au  ciel. 

Signé  en  bas  à  droite. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc  et  de  bleu. 
H.  o"26;  L.  o^ig. 

Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n"  320.  («  Mendiante.  ») 
Vente  Beurdeley,  i3-i5  mars  1905,  n°  iBg.  (Vendu  i.oSofr.  à 
Salvator  Meyer.) 

536.  L^heureuse  mère. 

A  la  plume,  lavé  de  sépia. 

2'  vente  marquis  de  Chennevières,  4-7  avril  1900,  n"  307. 

Voir  le  n"  449. 

537.  Paysage  en  hauteur,  avec  figures  et  animaux. 

A  la  pierre  noire. 

Vente  Lépicié,  10  février  1786,  n°  61. 

D'autres  études   de   «    Paysages  et  animaux   »   dessinées 
d'après  nature  figuraient  à  la  même  vente  sous  le  n"  82. 

538.  Types  de  paysans. 

Aquarelle. 

Vente,  24  février  1890,  n°  117. 

53g.  Paysan  debout. 

Lavé  au  bistre. 

Vente  E.  Tondu,  io-i3  mai  i865,  n»  317. 

540.  Deux  jeunes  paysans. 

Au  bistre. 

Pages  in-fol. 

Vente,  11-12  juin  1880,  n»  2i3. 

541.  Vieux  paysan  assis  tenant  un  serpent. 

Au  crayon  noir. 

Vente  de  la  collection  Rodrigue  de  Paris,  18-19  mars  1889, 
n"  332. 

542.  Étude  de  jeune  paysanne  assise. 

Crayon  noir  et  sanguine. 

Vente  Cambray,  28  novembre  1895,  n°  392. 


i 


—  269  — 

543.  Paysanne  assise. 

Signé. 

Sanguine  et  mine  de  plomb. 

Vente,  12  mai  1897,  "°  ^4-  (Vendu  42  fr.  à  M"»  S.  Mayer.) 

544.  Une  paysanne  se  chauffant  devant  une  cheminée. 

A  la  plume,  lavé  de  sépia,  sur  papier  teinté. 

H.  o°i7j  L.  o°i4. 

Vente  J.  Boilley,  mars  1869,  n"  160.  (Vendu  100  fr.) 

545.  Petite  paysanne  debout. 

Mine  de  plomb. 
H.  o'°2o;  L.  o"'i4. 

Vente  baron  de  Schwiter,  20-21  avril  i883,  n'  90.  (Vendu 
35  fr.  à  Lasquin.) 

546.  Jeune  paysanne  debout. 

Représentée  jusqu'aux  genoux. 

Aux  trois  crayons. 

Vente  Mailand,  4-19  avril  1881,  n'  98.  (Vendu  23o  fr.) 

547.  Jeune  paysanne. 

Au  bistre. 

Vente,   14  décembre  1891,  n°  90.  (Vendu  i33  fr.  avec  un 
autre  dessin.) 

548-549.  Le  peintre.  —  Le  lecteur. 

Peut-être    des    études   pour    «    Le   petit   dessinateur  »  et 
«  L'élève  curieux  »  (ci-dessus,  n"'  77-78). 
Deux  dessins  au  crayon  noir  et  sanguine. 
Vente,  lo-ii  mars  1882,  n"  299. 

550.  Un  père  qui  reçoit  l'argent  que  ses  enfants  lui 
apportent. 

Appartient  évidemment  à  la  série  de  «  Mendiants  ».  Voir 
les  n"'  207,  208,  269. 
Aquarelle. 
Vente,  17  janvier  1780,  n"  124. 

55 1.  Jeune  pierrot. 

Vente,  14  décembre  1906,  n'  36. 


—  270  — 

552.  Le  repos. 

Jeune  fille  en  buste,  appuyée  sur  un  oreiller;  de  trois 
quarts  à  gauche,  coiffée  d'un  bonnet;  cheveux  tombant 
sur  les  épaules. 

Lavis  d'encre  de  Chine. 

De  forme  ovale.  H.  o^io;  L.  o°o8 

Vente  Léon  Richard,  3  avril  1886,  n"  84.  (Vendu  800  fr.  à 
Ferrin.) 

553.  Scène  de  cabaret. 

Vente,  i5  mars  1861,  n"  48. 

554.  Plusieurs  scènes  domestiques. 

Au  bistre. 

Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"*  81. 

Comme  il  est  impossible  d'identifier  ces  dessins,  nous  les 
citons  simplement  à  titre  d'indication. 

555.  Le  solliciteur. 

Signé  à  droite. 

H.  o"'3o;  L.  o"'40. 

Provenance  inconnue  suivant  le  conservateur. 

Musée  d'Alençon,  n"  41.  (Catalogue  de  1909.) 

556.  Vieillard  assis. 

A  la  pierre  noire,  rehaussée  de  blanc,  sous  verre. 
Vente  Lépicié,  10  février  1785,  n"  4g. 

557.  Vieillard  occupé  à  lire. 

Aux  trois  crayons. 

H.  12  pouces;  L.  10  pouces  (©""Ss;  o"'27). 

Vente  M.  N.,  18  avril  1785,  n°  93. 

558.  Villageois  assis  à  une  table. 

Tête  nue,  les  cheveux  relevés,  un  foulard  autour  du 
cou,  l'habit  ouvert  sur  le  gilet,  en  culotte  courte  et  gros 
souliers  à  boucles,  il  est  assis  sur  une  chaise  de  paille, 
de  profil  à  droite,  le  bras  gauche  accoudé  sur  une  table. 

Signé  à  gauche. 

Au  crayon  noir,  rehaussé  de  blanc. 

H.  0^37;  L.  o"'26. 

Vente  A.  Beurdeley,  i3-i5  mars  igoS,  n"  i38.  (Acheté  par 
le  comte  de  Moltke  1.450  fr.) 


—   271    — 

SSg.  Villageois  assis. 

En  couleur. 

Vente  E.  Tondu,  24-26  avril  i865,  n"  223. 

IV.  —  Académies. 

560.  Homme  nu. 

A  la  pierre  noire  et  à  la  sanguine,  rehaussées  de  blanc. 
Vente  marquis  de  Ghennevières,  4-7  avril  1900,  n"  206. 

56 1.  Homme  assis. 

La  tête  et  le  corps  penchés  vers  la  droite  et  les  mains 
cachées  derrière  le  dos. 
Sanguine. 
Musée  d'Alençon,  n"  ïi6  bis.  (Catalogue  de  i85i,  p.  62.) 

562.  Trois  mains. 

Signé,  en  bas  à  droite,  à  la  plume. 
Feuille  de  croquis. 

Aux  trois  crayons,  sur  papier  bleu.  Marque  F.  R. 
H.  o^iS8;  L.  o^igS. 

Musée  du  Louvre.  (N"  9129  de  V Inventaire  de  P.  Marcel  et 
J.  Guiffrey,  t.  IX.) 

Un  grand  nombre  d'académies,  désignées  d'une  façon 
très  vague,  ont  figuré  à  la  vente  Lépicié  de  1785  sous  les 
n"  65,  70,  71,  72,  74,  75,  76,  77,  79,  80,  83,  84;  à  la  vente 
Houdon,  8  octobre  1795,  n°  18;  à  la  vente  Constantin,  3  mars 
1817,  n-'  648,  649. 

Nous  voudrions  aussi  indiquer  tout  un  portefeuille  de  des- 
sins par  Lépicié,  dont  beaucoup  d'académies,  qu'on  nous  a 
signalés  dans  une  collection  privée,  mais  qui,  malheureuse- 
ment, n'ont  pu  être  insérés  dans  ce  catalogue. 


TABLE  ANALYTIQUE 


N.  B.  —  On  trouvera  ci-dessous,  à  leur  ordre  alphabétique, 
les  rubriques  suivantes  :  Collections  privées,  Collections 
PUBLIQUES,  Expositions,  Graveurs  de  Lépicié,  Salons,  Ventes. 


Achille  instruit  dans  la  Mu- 
sique par  Chiroriy  9. 

Accords  (les),  181. 

Adonis  changé  en  Anémone 
par  Vénus,  8,  23. 

Apprêts  d'un  déjeuner,  212. 

Architecture,  11. 

Ascension,  46,  46. 

Assomption  de  la  Vierge,  29- 
3o. 

Atelier  du  menuisier,  178,  179, 
180,  408. 

Baiser  volé,  21 3. 

Bayonne  (cathédrale  de),  13-14. 

Bertaud  (portrait  présumé  de), 
92,  346. 

Bertrand  et  Raton,  214. 

Bonyie  mère,  171,  4o3,  404. 

Boudeur,  23 1. 

Boudeuse,  217. 

Bouillie  (la,  ou  le  Devoir  ma- 
ternel), 175,  176. 

Boulogne-sur- Mer  (église  de), 
3o. 

Boutique  du  barbier,  218. 

Brancas  (portraits  du  fils  et  de 
la  fille  du  comte),  86,  87. 

Buveur,  219,  220. 

Caen  (lycée  Malherbe,  autre- 
fois abbaye  aux  Hommes), 
I,  2,  5,  7. 

Canonnière  brisée,  221. 


Castres  (Gironde,  église  Saint- 
Martin  de),  16. 

Châlons-sur-Marne  (église  de), 
3,4. 

Chalon-sur-Saône  (cathédrale 
de),  38,  41. 

Chardin  (portrait  de),  347. 

Châtelet  (soi-disant  portrait 
de  la  marquise  du),  100. 

Chien  obéissant,  167. 

Colère  de  Neptune,  26,  271  ter. 

Collections  privées  : 

—  Ab^ac  (marquis  d'),  97. 

—  Bagot  (Sir  Ch.),  70. 

—  Bardac  (M"«  Noël),  7b. 

—  Bureau,  436. 

—  Cabrié  (M""),  67. 

—  Chaix  d'Est-Ange,  169. 

—  Chevrier  (Pierre),  i35. 

—  Cournerie,  149. 

—  Crillon  (marquise  de),  232. 

—  Davril,  162. 

—  Delaroche-Vernet(Ph.),  68. 

—  Deligand  (G.),  414. 

—  Dubois  (J.),  407. 

—  Dumas  (Alex.),  347. 

—  Erlanger  (baronne  d'),  86, 

87,  179- 

—  Ferronnays    (marquis    de 

la),  191. 

—  Gas  {de),  127. 

—  Gounod  [A.),  71. 

—  Grunebaum-Ballin,  339. 


-  2,i  ^ 


—  Guérin  (comte),  90. 

—  Hecht  (E.),  257. 

—  Kraemer  (B.),  119. 

—  Kraemer  (E.),  172. 

—  Lavallard^  99,  160. 

—  Ledieu  (Paul),  74. 

—  Leonino  (baronne    David), 
85,  i63. 

—  Marbeau  (l'abbé  Em.),  89. 
--  Marbeau  (Edouard),  89. 

—  Marcille  (Eudoxe),  i35. 

—  May  (Ernest),   178  (note), 
180. 

-—  Mayer  (S.),   427,  480,  435, 
437. 

—  Reboul,  445. 

—  Ricketts  (majorC.  S.),  180. 

—  Rothschild    (baron     Henri 
de),  100,  142,  182,  252. 

—  Rothschild  (baron  Maurice 
de),  additions,  n°  199,  260  bis. 

—  Rothschild  (baronne  James 
de),  369. 

—  Rothschild  (baronne  Nath. 
de),  85,  100,  142,  159,  i63. 

—  Sabatier,  164. 

—  Schlichting  (baron  de),  262 
(note). 

—  Strauss  (J.),  78. 

—  Thureau-Dangin,  175. 

—  Tulpain,  11 5. 

—  Wallenstein  (M'""),  69. 

—  Weill     (David),    69,    79, 
418  bis,  420,  459,  460,  461. 

—  Wildenstein  (G.),  62,   119, 
377. 

Collections     publiques      et 
Musées  : 

—  Abbeville,  91. 

—  Alençon,  555,  56i. 

—  Amiens,  72  bis,  99,  160. 

—  Besançon,  i5o. 

—  Brest,  186. 

—  Carcassonne,  36. 

—  Chantilly   (Musée    Condé), 
i55. 

—  Chartres,  3g. 

—  Châteauroux,  146. 

1922 


—  Cherbourg,  18$. 

—  Grenoble,  122,  38o. 

—  Le  Havre,  144,  38i,  398, 
423,  425,  433,  434,  440,  441, 
455,  458,  464,  465. 

—  Lille,  34. 

—  Londres  (Wallace  Coll.), 
176,  177. 

—  Lyon,  23 1. 

—  Narbonne,  114. 

—  New-York.  Historical  So- 
ciety, 129. 

—  Orléans,  i56,  227,  408,  428, 
453. 

—  Paris.  Bibl.  Musée  des 
Arts  décoratifs,  449. 

—  Paris.  Cabinet  des  Estam- 
pes, 438,  454. 

—  Paris.  Louvre,  77,  211,  262 
(note),  271  bis,  271  ter,  3og  bis, 
353  bis,  38i  bis,  38i  ter,  382, 
415,  416,  493,  562, 

—  Paris.  Musée  Carnavalet, 
141. 

—  Péri  gueux,  225. 

—  Petrograd  (Ermitage),  m, 

—  Reims,  241. 

—  Saint-Omer,  169. 

—  Saint-Quentin,  33. 

—  Tours,  42,  182,  191. 

—  Troyes,  9. 

—  Versailles.  Petit -Trianon, 
8,  21. 

—  Vienne  (Albertina),  405. 

—  Vire,  112. 

Compiègne    (Chapelle    de    la 

chancellerie),  19. 
Conversion  de  saint  Paul,  7. 
Correction  maternelle,  222. 
Courage  de  Porcia,  34,  35,  273. 
Cuisinière,  93,  223,  224,  478. 

Delafosse  (portrait  d'un  en- 
fant), 377. 

Demande  acceptée^  i83,  184, 
i85,  186,  409,  410,  411,  412, 
4i3,  414,  415,  416,  417. 

Déjeuner  des  élèves,  2o5. 

Déjeuner  frugal,  i58. 


—  274 


Départ  d'un  braconnier,  igS. 
Dessinateur,  69,  70,  77,  77  bis, 

95,  96,  340-341. 
Dévideuse,  172,  225-227. 
Devoir  maternel,  i-jb,  176. 
Diane  et  Actéon,  47, 
Diseuse    de    bonne    aventure, 

228. 
Douane  (intérieur  d'une),  182, 

406,  407. 

Education  commencée,  177,405. 
Education   de   la   Vierge,  3i, 

309  bis. 
Elève  curieux,  78. 
Enfant  au  ^abot,  204. 
Enfant  en  pénitence,  23i. 
Enfant  (portrait  d'),  94-99. 
Enfant  (tête  d'),  348-352. 
Etude  (!'),  157. 

Expositions  : 

Année  1846.  Association 
des  artistes,  77. 

—  1860.  Tableaux  de  VE- 
cole  française,  92,  149,  169. 

—  1 866.  Rétrospective  des 
tableaux  anciens  empruntés 
aux  galeries  particulières, 
140. 

—  1 8^  I .  Internationale  de 
Londres,  179. 

—  i8j4.  Internationale 
des  Alsaciens-Lorrains,  68, 
97,  99,  127,  164,  171,  i83. 

—  1878.  Portraits  natio- 
naux, 89,  90,  i35,  347. 

—  187g.  Maîtres  anciens, 
456. 

—  1881.  Maîtres  anciens 
au  profit  des  inondés  du 
Midi,  244. 

-.i883.L'artduXVIII''s., 
92,  99,  160,  257. 

—  1884.  Dessins  de  l'E- 
cole moderne,  443. 

—  i885.  Orphelins  d'Al- 
sace-Lorraine, 169. 

—  j885  (2«).  Portraits  du 


XVIII'    siècle,    68,    77,  85, 
i35,  i38,  142. 

—  1888.  De  lArt  fran- 
çais au  profit  de  Vœuvre  de 
l'Hospitalité  de  nuit,  i33. 

—  i8g2  (2*).  Cent  chefs- 
d'œuvre  des  Ecoles  fran- 
çaises et  étrangères,  85,  100, 
159., 

—  igoi.De  l'Enfance,  78, 
90,  259,  369,  370. 

—  I  go  g.  Cent  portraits  de 
femmes  des  Ecoles  anglaises 
et  françaises  du  XVIII'  siè- 
cle, 100. 

—  jgio.  De  Bagatelle,  62, 

69. 

—  igjo.De  l'Art  français 
du  XVIII'  siècle. Bertin,  191 . 

Faiseur  de  beignets,  232. 
Famille  du  braconnier,  199. 
Femme  (portrait  de),  88,  loi, 

102-106. 
Femme    se    lavant   les  pieds, 

235. 
Femme  (étude  de),  480-502. 
Femme  (tête  de),  353-359- 
Fermes    avec    animaux,    209, 

210,  211,  466,  467-472. 
Fileuse,  172,  225-227. 
Fillette  (portrait  de),  107-109, 

169,  372-374. 
Fillette  (étude  de),  507,  507  bis. 
Flore,  87. 
Fontenelle  (portrait  de  B.  Le 

Bovier  de),  iio. 

Garde-chasse,  194. 

Gounod  (portrait  de  Fr.),  71. 

Graffigny  (soi-disant  portrait 

de  W"),  72,  72  bis. 
Grand'mère,  244. 

Graveurs  d'après  Lépicié  : 

Bervic,  i83,  189;  —  Bocourt, 
171  ;  —  Hémery,  i83.  —  Kille- 
macher  (Fr.),  i35;  —  Le  Bas 
(J.-Ph.),   176,    177,   178,  274- 


299;  —  Lemire  (N.),  343;  — 
Levasseur  (J.-Gh.),  21,  26; 
—  Longueil,  174.  —  Moitié, 
342. 

Gresset  (portrait  de),  121. 
Guérin  (comte,  portrait  de),  90. 
Guillaume   le  Conquérant,   i, 
270. 

Halle  [vue  de  l'intérieur  d'une), 

191,  421-455. 
Henri  IV  (portrait  de),  75,  342. 
Hercule,  48,  49. 
Heureuse  union,  178,  (note). 
Histoire  de  France,  264-297. 
Homme  (étude  d'),  523-527. 
Homme   (portrait  d')  63,   122- 

126,  i55,  i56-i57. 

Intérieur  d'un  atelier  de  pein- 
tre, 206. 
Intérieur  rustique,  245-249. 

Jardinier  (petit),  25o. 
Jardinier   de   bonne   humeur, 

193,  456. 
Jésus-Christ  baptisé  par  saint 

Jean,  2. 
Jésus- Christ   descendu   de   la 

croix,  38,  3oo. 
Jésus-Christ  bénissant  les  en- 
fants, 5,  6,  271. 
Jeu  de  la  fossette,  197,  457-460. 
Jeu  de  la  canonnière,  25i. 
Jeu  des  cartes,  198,  461-465. 
Jeune  femme  cousant,  i63. 
Jeune  femme  lisant,  160-162. 
Jeune  femme  tricotant,  164. 
Jeune  fille  (portrait  de),  64,  76, 

81,  127-130. 
Jeune   fille   tenant    un    lapin, 

202. 
Jeune  fille  pleurant    la   mort 

d'un  oiseau,  238. 
Jeune  fille   de   la   campagne, 

239, 
Jeune  fille  au  chat,  240. 
Jeune  fille  (étude  de),  5o3-5o7. 
Jeune  garçon  (portrait  de),  79, 


75- 

III,  112-120,  375-377,511-522. 
Jeune  garçon   se  chauffant  à 

un  brasero,  242. 
Jeune   garçon  regardant   une 

dame,  243. 
Jeune    homme   (portrait    de), 

i3i-i33,    378,    379,    382-383, 

385,  386. 
Jombert  (portrait  de  Ch.-Ant.), 

Joseph  vendu  par  ses  frères, 
3i3. 

Lagrenée  (portrait  de  M""»),  84. 

Lantara  (portrait  de),  134. 

Leçon  de  lecture,  253,  254. 

Lépicié  (portrait  de),  85,  91, 
122,  i35-i38. 

Leroux  (portrait  de  M"*  So- 
phie), 392. 

Le  Roy  (portrait  de  la  famille), 
62. 

Lever  de  Fanchon,  76,  169,  170. 

Liseuse,  160-162,  236. 

Magistrat  (portrait  de),   139. 
Magnificat,  314. 
Maître  d'école,  255,  533. 
Mariage  de  la  Vierge,  14-15. 
Martyre  de  saint  André,  17,  18. 
Martyre  de  saint  Denis,  19,  20. 
Martyre  de  saint  Etienne,  3i5. 
Médecin  de  campagne,  ib-j. 
Ménage  de  bonnes  gens,  174. 
Mendiants,  207,  208,  258,  259, 

535,  55o. 
Mort  de  Cléopâtre,  3 16. 
Musique,  25. 

Narcisse  changé  en  fleur,  21, 
22,  23. 

Paris.  Ecole  militaire,  cha- 
pelle, 27,  44. 

Paris.  Eglise  de  l'hôpital  du 
Saint-Esprit,  57. 

Paysage,  402,  537. 

Paysan,  394,  538-547- 

Paysanne,  200,  201,  395. 


276 


Peintre  (portrait  de),  i56. 

Peinture^  10. 

Petit  apprenti,  120. 

Petit    gourmand,    additions, 

260  bis. 
Petite  indigente,  208. 
Petit  indigent,  207. 
Petite  sournoise,  173. 
Pienedon  (portrait  de),  396. 
Piété  de  Fabius  Dorso,  3g,  40. 
Pigalle  (portrait  de),  140. 
Piron  (portrait  d'Alexis),  343. 
Politesse  intéressée,  166. 
Présentation  au  temple,  317. 
Prière  au  jardin  des  Olives, 

5i,  52. 
Promesse  approuvée,  i83-i86, 

409-417. 
Prométhée,  53. 

Qwa/remère  (portraitde  M.  Ant. 
et  sa  famille),  89. 

Ramponeau  (portrait  du  caba- 

retier),  339. 
Récréation  utile,  iSg. 
Regulus  sortant  de  Rotne,  36, 

37- 
Renaud  et  Armide,  54. 
Reine  de  Saba,  3 18. 
Réponse  désirée  (la),   i83-i86, 

409-417. 
Repos  (le),  168,  189,  190,  2o3, 

418,  419,  420. 
Repos  en  Egypte,  320. 
Résurrection,  41. 
Rousseau  (portrait  présumé  de 

J.-J.),  141. 

Sainte  Cécile,  55. 

Saint  Crépin  et  saint  Crépi- 
nien,  3,  4. 

Sainte  Elisabeth  et  saint  Jean, 
16,  272. 

Saint  Jean,  56. 

Saint  Louis  rendant  la  jus- 
tice, 27,  28. 

Saint-Riquier  (abbaye  de),  17. 

Saint  Sébastien,  57,  58. 


Saint  Vincent,  59. 

Salons:  (1765),  1,2, 3;  (1767), 
5,  7,  62;  {176g),  8,  9,  10, 
II,  12,64,65,66,157;  {177 ^)y 
16,  17,  19,  21,  22,  23,  24,  26, 
i58,  159;  {177^),  27,  29,  77, 
78,  i65,  166,  167,  168,  169; 
{177^),  3i,  80,  83,  178,  181, 
182;  {i777h  34,84,85,  i83, 
187,  188,  189;  (77 79).  36,  38, 
86,  87,  191,  193;  (77e'/),  39, 

41,  195,196,  ig'j,igS;  {1783), 

42,  200,   2o3,  204,  2o5,  207; 
{1785),  209,  210. 

Savant  (portrait  de),  142. 
Savoyards,  262-263  bis. 
Scène  de  la  tragédie  de  Maho- 
met, 61. 
Sculpture  (la),  24. 
Solitude  laborieuse,  187. 

Union  paisible,  188. 

Transfiguration,  60. 

Valois  (duc  de),  80,  344. 

Ventes  : 

Anonymes  : 

—  //  mars  1 776,  47. 

—  I g  janvier  1778,  77  bis. 

—  12  janvier  1778  (M.  R.), 
528. 

—  2  5  janvier  177  g,  162. 

—  2g  mars  177g,  36i,4o3,  419. 

—  17  janvier  1780,  55o. 

—  5  avril  1780  (M.  ***),  164. 

—  ig  novembre  1788  (M.), 
3io,  3ii. 

—  2  mars  1785  {le  P***),  197, 
198. 

—  18  avril  1785  (M.  N.),  557. 

—  21  novembre  1785  (M.), 
5ii,  5i2. 

—  28  décembre  1785,  4,  18. 

—  g  avril  I7g3  (M.  M.),  93, 
123,  128,  166,  175,  193,  209. 

—  2  germinal  an  XI,  209. 

—  28 -2g  pluviôse  1802 
(M.  W.),  61. 


—  277 


-  j3  août  i8o3,  32i. 
-10  mars  1810  (M.),  100. 

-  i"-4  août  i8j2,  267. 

-  27-28  novembre  1816,  181. 

-  6-7  décembre  18 ig,  82. 

-  6  avril  1825,  262. 

-  24  décembre  1828,  171. 
-10  janvier   i82q,  appen- 
dice genre. 

-  5  février  j834,  129. 

-  17-ig  mars  i836,  append. 
genre. 

-2-3  avril  i83g,  222. 

-  ig-3o  avril  1841,  append. 
portraits. 

-  6-/  décembre  1841,  ap- 
pend. portraits  (2"). 

-  i4'i6  février  1842  (comte 
de  la  R.),  2i5. 

-21  décembre  1842  (mar- 
quis G.),  175. 

-  25-26  janvier  1843,  129. 

-  2  3  avril  1843,  append. 
genre. 

-4-5  mai  1843,  332-334,  336. 
-22  novembre  1843  (prince 
de  ***),  append.  genre. 

-  jy  février  1844,  append. 
genre. 

-  7-8  février  1845  (M,  R.  de 
Lyon),  append.  genre. 

-  14-1 5  avril  1845  (N.  B.), 
23o. 

-  II-I2  décembre  1846  (M. 
L.  D.  V.),  114. 

-  i5-i6  janvier  1847,  266. 

-  2  février  1847^  ^33,  234. 

-  27  février  1847^  H^- 

-  4  mars  1847,  256. 

-  g'i  I  décembre  1847,  254. 

-  g-io  février  1848^  append. 
genre. 

■  26  avril  184g,  append. 
genre. 

-  27  février  i85o,  append. 
portraits. 

-  i6-ig  décembre  i85o,  104. 

-  27  février  i85i,  append. 
portraits. 


—  29  janvier  i852,  append. 
portraits. 

—  16  février  i852,  append. 
genre. 

—  27  mars  i852,  154. 

—  8  avril  i852,  append.  por- 
traits. 

—  24-26  mai  i852,  121. 

—  27  mai  i852,  append.  por- 
traits. 

—  25  novembre  i852,  append. 
genre. 

—  i8-jg  décembre  i852,  ap- 
pend. portraits. 

—  24-25  février  i853  (prince 
P.),  235. 

—  16  mars  i853,  104. 

—  2  3  décembre  i853,  255. 

—  24    avril    1854,   append. 
genre. 

—  20-22  novembre  1 855  {R.), 
append.  portraits. 

—  4-5  avril  1857,  521. 

—  j8    avril    1857,    append. 
portraits. 

—  8  juin  i858  (D.  J.  de  Bru- 
ges), 5o5. 

—  16-18  mai  i85g,  429. 

—  18  janvier  1860,  append. 
portraits. 

—  i5    mars    1861,   append. 
dessins,  portraits,  553. 

—  8  avril  186 1,  append.  des- 
sins, portraits. 

—  3  mai  1862,  append.  por- 
traits. 

—  21    novembre    1862,    ap- 
pend. dessins,  portraits. 

—  2 6  novembre  186 2, ^5"],  ^61. 

—  2    décembre   1867  (M.   de 
G***),  append.  genre. 

—  4  mars  1868,  append.  por- 
traits. 

—  II  avril  1868,  219. 

—  16  avril  186 g,  266. 

—  26  mars  1870  (comte  d'E.), 
104. 

—  //    mars    1872,   append. 
portraits. 


278  — 


—  i6  mars  i8-j2  (vicomte  de 
R.),  append.  genre. 

—  3o  novembre  18 J2^  ap- 
pend. portraits,  214,  229. 

—  4  décembre  iS/2,  append. 
genre. 

—  g  mars  i8j4,  append. 
genre. 

—  20  mars  i8j4,  184, 

—  2  avril  i8j4  (M.  B.),  uo, 
141. 

—  22  avril  j8j4,  append. 
portraits. 

—  29  janvier  i8j5  (^marquis 
d'À.),  23i. 

—  22  février  J8y5,  append. 
genre. 

—  3o  mars  18^5  (Amster- 
dam), 418. 

—  12  avril  i8y5  (M.  S.  de 
Londres),  append.  genre. 

—  g  mars  1876 ,  append. 
genre. 

—  /•■•  avril  i8y6  (baron  D.), 
164. 

—  18-20  avril  /6'76,  append. 
portraits,  SgS. 

—  28  février- 1"  mars  18'j'/^ 
457. 

—  /"  mars  1877,  399,  400. 

—  g  avril  i Sjj,  append.  por- 
traits. 

—  26  janvier  i8y8,  258. 

—  26  avril  1878,  append. 
genre. 

—  27  avril  1878  (M.  R.  de 
Bruxelles),  append.  genre. 

—  12  avril  J87g,  i3g,  604, 
5ii,  5i2. 

—  26-27  mai  187g,  363. 

—  14  janvier  1880,  476. 

—  2  3-24  février  1880,  ap- 
pend. portraits. 

—  II- 12  juin  i88o,bo^,  540. 

—  18  décembre  1880,  io5. 

—  lo-ii  mars  1882,348,  ap- 
pend. dessins,  portraits,  514, 
548,  549. 

—  3  avril  1882  (D'  S.),  5o6. 


—  4  mai  i883,  append.  des- 
sins, portraits. 

—  21  janvier   1884,  append. 
genre. 

—  10-12  mars  1884  {U.  D.), 
485,  486. 

—  12  mai  1884,  217. 

—  4  mai  18 85,  append.  genre. 

—  g  mai  i885  (M,  H.  P.),  444. 

—  20  février  1886,  append. 
portraits. 

—  3  avril  1886,  394. 

—  24    décembre    1887,    ap- 
pend. portraits. 

—  3o  janvier  1888,  349,  420, 
475,  5i5. 

—  7-8   mai   1888,  384,   387, 
396,  492,  5io. 

—  1 8-1  g  mars  i88gy  35 1,  370, 
385. 

—  16  juin    i88g,    append. 
genre. 

—  24  février  18 go,  538. 

—  ig  mars  18 go,  40g. 

—  3-4 avril  18 go, 469, 470,  5 1 6. 

—  6  juin  18 go,  35o,  532. 

—  2  avril  i8gi,  2i3. 

—  4  juin  i8gi ,  78. 

—  14  décembre  i8gi ,  5o9,  547. 

—  i3-i4  avril  i8g2,  gb. 

—  23  mars  i8g3,  411. 

—  4-g  mars  i8g5  (M.  L.  G.), 
483. 

—  i5-i7  avril  i8g7  (A.  L.), 
392. 

—  8  mai  i8g7,  63. 

—  12  mai  i8g7,  b^i. 

—  i3   décembre    i8g7,  352, 
376,  498. 

—  3i  janvier- 1"  février  i8g8 
(G.  et  T.),  374. 

—  16-17  mai  i8g8y  352. 

—  18  mai  i8g8  (G.  M.),  409. 

—  27  février  i8gg  (M.),  466. 

—  20  mars  i8gg,  368. 

—  2g  mars  igoo,  524. 

—  27    avril    igoOy   append. 
portraits. 

—  4  juin  igoo,  72. 


279  — 


•  ij  décembre  jgoo  (comte 

c),  373. 

-  28  janvier  igoi,  525. 

-  6-y  décembre  igoi  (M.  L.), 
append.  portraits,  362. 

-  2  mai  igo2,  354,  362, 

-  g  mai  igo3,  407. 

-  3o  juin  igo3,  128. 

■  i"' juillet  igoS  (Bruxelles), 
265. 

-  i3  mai  igo5  (comte  de 
R.),  186. 

-21  juin  igo5  (comte  de 
H.),  212,  253." 

-  3o  novembre-i"'  décembre 
if)o5  (M.  F.),  append.  por- 
traits. 

-16  décembre  igo5,  75. 

-  ig  mars  i g 06  {baron  ***), 
190. 

-27  juin  igo6,  88. 
-14  décembre  igo6,  55 1. 
-16  avril  igoj  (A.  de  G.  et 
M""  X.),  194. 
-24  avril  I goy  (M"""  X.),  220. 

-  21  mai  igoy,  append. 
genre. 

-  2  y -2  8  novembre  igoy,  355. 

-  6  février  igo8,  append. 
portraits. 

-  16-18  mars  igo8,  i36. 

-  8  mai  igo8  (M.  P.  M.),  194. 

-  3  juin  igo8  (R.  M.),  i25. 
-27  janvier  igog,  73. 

-  6  mai  igog,  104. 

-27  novembre  igog,  356. 
-21    novembre    igio^    ap- 
pend. portraits. 

-  ly  février  Jgi4,  append. 
genre. 

-  7  novembre  iqiô  (comte 
D.),  81. 

-  2g  janvier  igi8,  375. 

-  ig-22  mai  igig  (comtesse 
B.),  344. 

-  7  juillet  igig  (Londres), 
248,  249. 

-  8- g  décembre  igig,  ap- 
pend. genre. 


—  14-15  janvier  ig20,  ap- 
pend. portraits. 

—  21-22  janvier  ig20,  106. 

—  14  février  ig2  0,  97. 

—  17  février  1922,  417,  424, 
426,  450,  451,  452,  459,  460, 
480,  5oo,  5oi,  5o2. 

—  Allou  et  Ehrler,  164,  199. 

—  André  (C),  494. 

—  Arago  (E.),  457,  461,  462. 

—  Bailliencourt,  494. 

—  Barroilhet,  124. 

—  Barry,  54. 

—  Baur,  append.  portraits. 

—  Benoist  (D'),  append.  por- 
traits, 242,  258. 

—  Ben^on,  274-299. 

—  Ber  [de),  267  bis. 

—  Berthon  (de  Versailles),  11 5. 

—  Beurdeley  (A.),  mars  1905, 
370,  535,  558. 

—  Beurdeley  (A.),  6  mai  1920, 
i3o. 

—  Beurdeley  (A.),  8-10  juin 
1920,  370. 

—  Beurnonville  (1881),  25i. 

—  Beurnonville  (i885),  345. 

—  Beurnonville  (1906),  ap- 
pend. portraits. 

—  Blaisel  (marquis  de),  221. 

—  Bodin,  120. 

—  Bohler  (F.),  108. 

—  Boilley  (J.),  544. 

—  Boin  (G.),  5i8. 

—•  Boittelle,  12,  81,  86,  87,  iio, 
114,  141,  142,  173,  175,  179, 
193,  207,  208,  226. 

—  Boittelle  (1867),  193,  239. 

—  Boittelle  de  Cambrai,  ap- 
pend. portraits. 

—  Boyerde  Fons-Colombe,  468. 

—  Bouchardon,  129. 

—  Boudin  (F.),  i83. 

—  Boulton  (W.),  248-249. 

—  Briant,  169. 

—  Brun-Neergaard,  271,  335, 
337. 

—  Bru:{ard  (24  avril  1839),  410, 
53o,  53i. 


28o  — 


-  Bryas  (J.,  comte  de),  534- 

-  Buckingham  (duc  de),  loi. 

-  Burat  (J.),  82,  171,  218. 

-  Calonne  (1788),  3oi. 

-  Cambray,  append.  dessins, 
portraits,  353,  35g,  386,  436, 
479»  480,  482,  542. 

-  Carrier  (2'),  507. 

-  Cave,  92. 

-  Château  de  Coatserho, 
21  mars  1887,  222,  228. 

-  Châtelain,  append.  genre. 

-  Chennevières  (marquis  de), 
3o3. 

-  Chennevières  (2")  (marquis 
de),  536,  56o. 

-  Cherisey  (comte),  166. 

-  Clos,  182,  191. 

-  Cochin  (C.-N.),  10,  11,  23, 
24,  25. 

-  Cochu,  i83. 

-  Collet  (1787),  II 3. 

-  CoUot  (16  janvier  1844),  198, 
243. 

-  Collot  (i852),  236,  237,  261. 

-  Constantin,  562,  note. 

-  Cornac  (D'),  79. 

-  Cossé  (M"»  de),  25o. 

-  Cousin,  267  bis. 

-  Cypierre  (marquis  de),  i35. 

-  Daigremont,  523. 

-  Daupias  (comte  de),  102, 
182,  191. 

-  David,  176. 

-  Decloux  (M.-L.),  357,  358, 
390,  391,  487. 

-  Decour celle  (P.),  499. 

-  Delamarche,  21 3. 
-Delaroff(P.),  append.  genre. 

-  Delaunay,  i85. 

-  Delestre  (J.  B.),  79,  519. 

-  Denesle,  383. 

-  Dennoor,  80. 

-  Deno»  (baron),  176. 

-  Desperet,  Zcjb. 

-  Destailleur,  489. 

-  Devere,  append.  portraits. 

-  Didier  (H.),  159. 

-  Dino  (prince  de),  80. 


—  Dollfus  (J.),  507  bis. 

—  Dowfouleiir,  244. 

—  Dubois,  372. 

—  Duchose,  append.  portraits. 

—  Dumas  (Alex,  fils),  107. 

—  Eude  (dit  Michel),  append. 
genre. 

—  Fau  {J.),  92. 

—  F^Mc/g-ny  (princesse  de),  io5. 

—  Faucigny  (1867,  comte  de), 
append.  dessins,  portraits. 

—  Feltre  (duc  de),  462. 

—  Ferai,  12. 

—  Flury-Hérard,  488. 

—  Fontinelle,    append.    por- 
traits. 

—  Forbin-Janson,  118. 

—  Forest,  474,  496. 

—  Forget  (Ch.),  495,  52o. 

—  Fould  (A.),  77  bis,  i83,  244. 

—  Fould  (L.),  164. 

—  Four  au,  341,  527. 

—  Franchetti  (baron),  78. 

—  Galeries  de   l'Universelle, 
182,  191. 

—  Galit:{in  (prince  de),  175. 

—  Ganay  (comte  de),  252. 

—  Ganay    (A.    de),    append. 
portraits. 

—  Gasquet,  269. 

—  Gautier  (Th.),  268. 

—  Gavarret  -  Rouaise    (Tou- 
louse), append.  genre,  243. 

—  Gay  (Victor),  62,  201. 

—  Gigoux  (1882),  319,  43 1,  432, 
483. 

—  Giron  de  Bu:{areingues,  i33. 

—  Giroux  (père),  129. 

—  Giroux  (A.),  append.   por- 
traits. 

—  Concourt,  456. 

—  Grimod  de  la  Reynière,  11 3. 

—  Gueting,  append.  portraits. 

—  Harcourt  [d'),  246. 

—  Hauregard,  3 12,  3 18. 

—  Henneven,  76. 

—  Horsin-Déon,  194,  199. 

—  Houdetot  (comte),  223,  224. 

—  Houdon,  562,  note. 


—   28l 


—  Houyety  94. 

—  Isouard,  i32. 

—  Jaffé  (de  Hambourg),  66. 

—  Jarry  (M,),  247. 

—  Jammes,  263,  263  bis. 

—  Jourdarty  174. 

—  Kaïemaii,  3o2. 

—  AT^nw  (Alph.),  98. 

—  La  Béraudière  (i883,  J.), 
364,  392,  473,  529. 

—  La  Béraudière  (26  mai  1913), 
lo-ii,  24-25. 

—  Lamy,  274-299. 

—  Laperlier,  347. 

—  La  Regnière,  ii3. 

—  Le  Bas  (J.-Ph.),  176,  177, 
274-299. 

—  Le  Blanc  (C),  append.  des- 
sins, portraits. 

—  Le  Breton  (G.),  439,  446. 

—  Lebeuf  de  Montgermont, 
371,  459. 

—  Lechevaher  -  Chevignard, 
387. 

—  Le  Coq-Diimesnil,  76,  201. 

—  Lecurieux,  append.  por- 
traits. 

—  Le  Duc,  116. 

—  Lefebvre  -  Bougon  (  d'A- 
miens), 139,  147,  392. 

—  Lefort  (P.),  416,  478. 

—  Legrand,  262  bis. 

—  Lelong,  182. 

—  Lemarié,  82. 

—  Léon  (R.),  366,  414,  552. 

—  Lépicié,  4,  6,  12,  i5,  18,  20, 
26,  28,  29,  32,  35,  37,  40,  43, 
45,  46.  48,  49,  5o,  5i,  52,  53, 
55,  56,  58,  59,  60,  76,  122, 
i3i,  145,  09,  168,  171,  178, 
i83,  189,  192,  196,  201,  202, 
206,  209,  210,  226,  270,  272, 
273,  304-309,  3i3,  3i4,  317, 
320,  322-331,  378,  379,  397, 
append.  dessins,  portraits, 
401,  402,  406,  421,  467,  472, 
537,  554,  556. 

—  Leroy  d'Etiolles,  148. 

—  Lui:(  (G.),  259. 


—  Magne  (de  Marseille),  367. 

—  Mahéraulty  375. 

—  Mailand,  546. 

—  Maillet  de  Boullay,  193. 

—  Malherbe,  344,  388,  389,  517. 

—  Mant;(  (P.),  4i3. 

—  Marcille,  108,  append.  por- 
traits, 216,  367. 

—  Marmontel,  497,  5i3. 

—  Marquet  de  Vasselot  (A.), 
481. 

—  Martin  (V.),  i83. 

—  Masin  (comte  de),  164. 

—  Masson,  12. 

—  Mayor  (M.),  340,  523. 

—  Meffre,  append.  portraits. 

—  Mellinet,  340. 

—  Menars  de  Marigny,  182, 
191. 

—  Méra  (C),  260. 

—  Merein,  append.  genre. 

—  Monbrison,  i83. 

—  Monbro,  170. 

—  Monbrun  (comte  de),  76,  244. 

—  Montigny,  166,  240. 

—  Moreau-Wolsey,  i53. 

—  Morny,  264. 

—  Mûhlbacher  (G.),  72,  446. 

—  Murât  (de  Saint-Jean-d'An- 
gély),  append.  portraits. 

—  Niel,  463,  484. 

—  Norblin,  346,  482,  520. 

—  Odier  (James),  269  bis. 

—  Odiot,  199. 

—  Paignon-Dijonval,  5o8. 

—  Paillet,  169. 

—  Palla,  522. 

—  Fallu  de  Poitiers,  175,  193. 

—  Pamar,  199. 

—  Piogé  {p%  io3. 

—  Portalis  (baron  R.  de),  463, 
490,  491,  5o3. 

—  Prault  (l'aîné),  92. 

—  Pujol  (de  Toulouse),  446. 

—  Randon  de  Boisset,  160. 

—  Reiset  (J.),  140. 

—  Renouard,  274-299. 

—  Richard    (L.),    additions, 
n"  260  bis. 


—    282 

—  Robinson  de  Bercy,  append.     - 
portraits. 

—Rocheboîisseait  [marquis  de),     - 

70.  ~ 

—  Rodelle,  23g. 

—  Rodrigue,  541. 

—  Rolîin,  append.  portraits. 

—  Rothan  (G.),  92,  175. 

—  Rouart  (H.),  126. 

—  Rouillard,  338. 

—  Roussel  (1866),  170. 

—  Roussel  (M"""),  166. 

—  Sage  (B.  G.),  247. 

—  Saint-Victor  (R-  de),  176. 

—  Sauvage   (Bruxelles),   274- 
299. 

—  Schwiter  (baron  de),  645. 

—  Sichel  (Ph.),  117. 

—  Sorbières  (de  Tours),  129. 

—  Soret,  append.  portraits. 

—  Steenhaut  (3"),  3i5,  ap- 
pend. dessins,  portraits. 

—  Stevens,  append.  portraits. 

—  Stafford  (de  Brighton),  147, 
i5i. 

—  Tandola  (F.,  à  Rome),  137. 

—  Tarade,  182,  191. 

—  Tardieu,  442,  444. 

—  Tarral,  262. 

—  Terray  (abbé),  182,  191.^ 

—  Thibaudeau  (comte),  245. 

—  Tondu  (E.),  12,  85,  219,  23i, 
238,  append.  genre,  append. 
dessins,  portraits,  412,  422, 
423,  436,  444,  447»  448,  471» 
524,  535,  539,  559. 

—  Tourneur,  443. 


—  Vassal   de    Saint-Hubert, 

36o,  36 1,  404,  418  bis. 

—  Vaudreuil  [dé),  26,  201. 

—  Veyreiic,  244. 

—  Ve\e  (M.-L.  de),  265  bis. 

—  Viardot,  append.  portraits. 

—  Vidal,  134.^ 

—  Vignère^,  365. 

—  Villenave,  3 16,  477. 

—  Villeroy,  96. 

—  Vogué  (Michel  de),  i3o. 

—  Warneck    (A.),    109,    ap- 
pend. genre. 

_  Welch  (Th.),  533. 

—  Wy:(ewa  [TeodoT  de),  533. 

—  Yvon,  409. 

—  Zambaux  (M.),  499. 

Vernet  (portraits  de  Carie),  68, 

69,  70>  77.  77  ^'"V^: 
Vernet  (portrait  d'Emilie),  67. 
Vernet  (portrait   de  Joseph), 

143.  .       . 

Vernet  (portrait  de  Louis-Li- 

vio),  74. 
Vieillard  lisant,  196. 
Vieillard    (portrait   de),    144- 

148,  267-267  bis,  397,  398,  556. 
Vieille  paysanne,  82,  i5o. 
Vieux  musicien,  92. 
Vieux  paysan,  3c)3. 
Vigée  -  Lebrun    (  portrait    de 

M"'),  i52. 
Vigilance  domestique,  i65. 
Visitation  (la),  12,  i3. 
Voyageur  de  campagne,  168. 

Zèle  de  Mathatias,  42,  43,  3oi . 


ERRATA  ET  ADDITIONS 


N°  67,  au  lieu  de  :  coll.  Cabiré,  lire  :  Cabrié. 

—     au  lieu  de  :  voir  n»  75,  lire  :  n"  74. 
N«  i58,  au  lieu  de  :  Larg.  0-79,  lire  :  0-38. 
N-  186,  au  lieu  de  :  n"  179  (dernière  ligne),  lire  :  n°  i83. 


_  283  — 

N"  199,  au  lieu  de  :  toile,  lire  :  bois. 

—      au  lieu  de  :  Vente  Pamart,  lire  :  Vente  Pamar. 

Ce  tableau  se  trouve  actuellement  dans  la  collection  du  baron 
Maurice  de  Rothschild. 

Ajouter  après  le  n"  260  : 

Attribué  à  Lépicié  : 
260  bis.  Le  petit  gourmand. 

Scène  d'intérieur.  A  gauche,  divers  meubles,  dont  un  secré- 
taire, un  fauteuil  couvert  de  velours  bleu  contre  lequel  est 
appuyé  un  violoncelle.  Au  milieu,  un  jeune  garçon,  qu'un  chien 
saisit  par  ses  vêtements,  s'apprête  à  voler  un  morceau  du 
gâteau  posé  sur  une  table,  en  partie  couverte  d'un  riche  tapis, 
où  on  voit  aussi  une  bouteille,  un  verre  et  un  bocal. 

Bois.  H.  o°22;  L.  o"'2g. 

Vente  Laurent  Richard,  28  mai  1886,  n'  5o  (sous  attribution  à 
l'école  française,  avec  l'indication  «  A  passé  longtemps  pour 
être  l'œuvre  de  Chardin  »). 

Coll.  baron  Maurice  de  Rothschild. 


284  — 


LETTRE  DE  PAUL  BAUDRY 

RELATIVE   A   UN   PROJET   POUR   LE   PANTHÉON 

d'une 

HISTOIRE   DE  JEANNE   D'ARC 


Mon  cher  Yriarte, 

Pardonnez-moi  ce  retard.  J'ai  reçu  votre  lettre;  je 
vous  envoie  pour  ce  qui  me  regarde  les  notes  suivantes 
pour  votre  rapport  :  j'ai  accepté  et  entrepris  depuis 
longtemps  cet  ensemble  de  peintures  au  Panthéon. 
Le  sujet  proposé  est  Jeanne  d'Arc. 

Voici  les  divisions  de  la  décoration  projetée.  Notes 
qui  ont  déjà  fait  le  sujet  d'un  travail  de  M.  Kaempfen 
lorsqu'il  était  à  l'inspection  des  Beaux-Arts. 

Je  traiterai  l'histoire  de  Jeanne  dans  les  comparti- 
ments réguliers  des  entre-colonnements.  Savoir  :  1°  la 
vision;  2°  l'entrevue  avec  le  dauphin  Charles  à  Chi- 
non  ;  3°  l'assaut  des  Tournelles  à  Orléans  ;  40  une  scène 
dans  la  prison;  5°  frise. 

Trois  divisions  de  cette  frise  seront  prises  pour  la 
procession  des  chevaliers  armés  qui  apporteront  au 
porche  de  l'église  de  Rheims  la  sainte  ampoulle  [sic). 
Dans  la  quatrième  division  sera  représenté  le  sup- 
plice du  bûcher. 

J'ai  recueilli,  noté  et  dessiné  à  Paris,  à  la  Biblio- 
thèque nationale  et  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal,  tous 
les  manuscrits  historiés  du  xv^  siècle.  Je  désire  com- 
pléter ces  études  par  un  séjour  dans  les  bibliothèques 
de  Bruxelles  et  de  Londres,  plus  riches  que  nos  col- 
lections en  manuscrits  de  cette  époque.  Je  ne  puis 
encore  préciser,  vu  l'immensité  de  ces  recherches,  la 


—  285  — 

date  de  l'exécution  de  ces  peintures;  maïs  vous  pou- 
vez être  assuré  que  ce  travail  est  pour  moi  un  objec- 
tif précieux,  permettez-moi  de  le  dire,  presque  sacré^ 
que  je  ne  perds  pas  de  vue. 

Je  profite  de  cette  occasion  pour  vous  envoyer  Fax- 
pression  de  mes  meilleurs  et  affectueux  souvenirs. 

Paris,  7  juillet  1884. 

(Bibliothèque  de  l'École  des  Beaux-Arts,  mss.  n"  677.) 


ERRATUM 

A  LA  COMMUNICATION  DE  M.  HeNRY  PrUNIÈRES 

SUR  «  Un  portrait  de  Hobrecht  et  de  Verdelot 

PAR    SeBASTIANO    DEL    PlOMBO    »,    publiéC   p.    74. 

Je  dois  confesser  que  j'ai  été  abusé  par  une  mauvaise 
reproduction  du  tableau  de  la  galerie  Gorsini  attribué  à 
Sebastiano  del  Piombo.  Le  personnage  représenté  ne 
ressemble  en  rien  au  jeune  homme  du  Tre  età  deW  iiomo; 
mais  pourquoi  prétendre  reconnaître  en  cette  œuvre  le 
portrait  décrit  par  Vasari  ?  J'avais  cru  deviner  sur  la  repro- 
duction qui  m'avait  été  envoyée  une  feuille  de  papier  à 
musique  devant  le  personnage  principal.  Rien  de  tel  sur 
l'original  que  je  viens  d'étudier  à  loisir.  On  ne  me  fera 
jamais  admettre  que  Sebastiano  del  Piombo,  ayant  à  faire 
le  portrait  d'un  musicien  réputé  comme  Verdelot,  l'ait 
représenté  sans  rappeler  sa  profession  par  la  présence  de 
quelque  instrument  de  musique  ou  d'une  feuille  de  papier 
réglé.  Il  est  fort  probable  que  le  beau  portrait  de  la  galerie 
Gorsini  est  de  la  main  de  Sebastiano,  mais  à  coup  sûr  ce 
gentilhomme  pensif  accoudé  à  un  balcon,  une  grenade  à 
la  main,  n'est  point  Verdelot.  Par  contre,  un  ensemble  de 
présomptions  et  de  coïncidences  troublantes  m'engagent 
de  plus  en  plus  à  le  reconnaître  dans  l'adolescent  du 
tableau  de  Florence  :  le  Tre  età  delV  uomo. 


—  286  — 
OUVRAGES 

RÉCEMMENT    PUBLIÉS    PAR    LES    MEMBRES    DE    LA   SOCIÉTÉ 

DE    l'histoire    de    l'aRT    FRANÇAIS 

ET     OUVRAGES    OFFERTS  A  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  LA  SOCIÉTÉ  <. 

Jean  Bourguignon,  Collection  et  souvent  de  Malmai- 
son :  appartements,  meubles  et  décorations.  (Devambez.) 

Louis  Demonts,  Musée  national  du  Louvre.  Catalogue 
des  peintures  exposées  dans  les  galeries.  III.  Écoles  fla- 
mande, hollandaise,  allemande  et  anglaise.  (Musées  natio- 
naux.) 

— ,  Rembrandt.  (E.  Bernard.)  (En  collaboration  avec 
M.  Léonce  Bénédite.) 

Carie  Dreyfus,  Musée  national  du  Louvre.  Catalogue 
sommaire  du  mobilier  et  des  objets  d'art  du  XVI h  et  du 
XVIII^  siècle.  (Musées  nationaux.) 

*  Robert  Dubois-Gorneau,  Paris  de  Monmartel,  banquier 
de  la  cour  ( i6gO'ij66).  (Librairie  E.  Jean-Fontaine, 
Jules  Meynial,  successeur.) 

Louis  GiLLET,  Histoire  des  Arts.  Histoire  de  la  nation 
française,  par  Gabriel  Hanotaux,  t.  XI.  (Société  de  l'his- 
toire nationale,  Plon-Nourrit  et  O^.) 

Henri  Guerlin,  Les  châteaux  de  Touraine  :  Luynes, 
Langeais,  Ussé,  A^ay.  (H.  Laurens.) 

— ,  Giovanni  Domenico  Tiepolo.  (Tours,  Marne.) 

— ,  Le  paysage.  (H.  Laurens.) 

I.  Les  ouvrages  dont  le  titre  est  précédé  d'un  astérisque  ont 
été  offerts  à  la  Société  et  sont  déposés  à  la  bibliothèque  de 
l'Union  centrale  des  Arts  décoratifs,  où  ils  forment  une  sec- 
tion spéciale. 


—  287  — 

Jean  Guiffrey  et  Pierre  Marcel,  Inventaire  général 
illustré  des  dessins  du  Musée  du  Louvre  et  du  Musée  de 
Versailles,  t.  IX.  (A.  Morancé.) 

*  Carlo  Jeannerat,  Les  petits  portraits  dans  le  goût 
pompéien  de  Jean-Urbain  Guérin.  (Extrait  delà  Ga:^ette 
des  Beaux-Arts.) 

*  D""  E.-  V.Leblond,  Les  artistes  de  Beauvais  et  du  Beau- 
vaisis  au  XVI^  siècle  et  leurs  œuvres.  (Beauvais.) 

* — ,  L'art  et  les  artistes  français  en  Ile-de-France  au 
XF/e  siècle  (Beauvais  et  Beauvaisis).  (Champion.) 

Pierre  Marcel,  La  peinture  au  XVIII^  siècle.  (A.  Mo- 
rancé.) 

Gaston  Migeon,  L'Orient  musulman  au  Musée  du 
Louvre.  (A.  Morancé.) 

*  Louis  RÉAU,  L'art  russe,  des  origines  à  Pierre  le 
Grand.  (H.  Laurens.) 

— ,  L'art  russe,  de  Pierre  le  Grand  à  nos  jours.  (H.  Lau- 
rens.) 

— ,  Etienne-Maurice  Falconet,  2  vol.  (Demotte.) 

*  Louis  RÉAU,  L'art  français  sur  le  Rhin  au  XVIIh  s. 
(Champion.) 

Alphonse  Roux,  Histoire  de  l'art.  (Delalain.) 

Charles  Saunier,  Les  décorateurs  du  livre.  (L'art 
français  depuis  vingt  ans.)  (F-  Rieder  et  C»e.) 

*Jean  Vallery-Radot,  La  cathédrale  de  Bayeux. 
(H.  Laurens.) 

*  Paul  Vitry,  Le  Musée  du  Louvre.  Guide  général  à 
travers  les  collections.  (A.  Morancé.) 


—  288  — 

Louvre.  Catalogue  des  sculptures  du  Moyen  âge,  de  la 
Renaissance  et  des  temps  modernes,  ire  partie  :  Moyen 
âge.  (Musées  nationaux.) 

*  Georges  Wildenstein,  Le  peintre  Aved,  sa  vie  et  son 
œuvre  ( iyo2-i'j66).  2  vol.  in-fol.,  fig.  et  pi.  {Les  Beaux- 
Arts.) 

*Comune  di  Milano,  Archivio  storico  civico,  Raccolta 
Vinciana.  Milano,  fasc.  XI,  1920-1922. 

Catalogue  de  l'exposition  rétrospective  des  maréchaux 
de  France.  (11  mai-i5  juillet  1922.) 


AVIS. 

Les  membres  de  la  Société  qui  désirent  profiter  de  la 
réduction  de  5o  0/0  sur  le  droit  d'entrée  dans  les  musées 
et  dans  les  monuments  appartenant  à  l'État,  qui  leur  est 
accordée  par  le  Ministère  des  Beaux-Arts,  sont  priés 
d'envoyer  à  M.  P.  Ratouis  de  Limay,  secrétaire,  80,  rue 
de  Grenelle,  une  petite  photographie  d'identité  (o,o3  X  0,04) 
ainsi  qu'un  timbre  de  0  fr.  25  (o  fr.  5o  pour  l'étranger) 
pour  les  frais  d'envoi  de  la  carte  qui  leur  sera  délivrée. 


Le  prochain  fascicule  du  Bulletin  contiendra  la  liste 
des  membres  de  la  Société.  Prière  de  bien  vouloir  faire 
connaître,  le  plus  tôt  possible,  les  changements  d'adresse 
et  autres  rectifications  à  la  dernière  liste  à  M.  Paul  Ratouis 
de  Limay,  secrétaire,  80,  rue  de  Grenelle,  Paris  (Vile). 


Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouverneur. 


--  289  — 

SÉANCE  DU  7  JUILLET  1922. 

I. 

COMITÉ  DIRECTEUR. 

La  séance  est  présidée  par  M.  Vitry,  président. 

Présents  :  MM.  G.  Brière,  R.  Charlier,  J.  Gordey, 
J.  Guiffrey,  le  comte  d'Harcourt,  P. -A.  Lemoisne,  P.  Ra- 
touis  de  Limay,  G.  Rouchès,  Gh.  Saunier,  P.  Vitry. 

Excusés  :  MM.  J.  Laran,  J.  J.  Marquet  de  Vasselot, 
H.  Martin  et  A.  Ramet. 

—  Le  Président  adresse  les  félicitations  du  Comité  à 
M.  de  Nolhac,  qui  vient  d'être  élu  membre  de  l'Académie 
française,  et  à  M.  G.  Rouchès,  qui  a  obtenu  un  prix  de 
l'Institut  pour  son  volume  sur  le  Garavage. 

—  Le  Secrétaire  fait  connaître  que  le  volume  d'Archives 
sur  la  Place  Royale  de  Bordeaux  par  M.  Gourteault  est 
en  cours  d'impression  :  trois  feuilles  sont  tirées  et  six 
sont  en  placards.  Le  choix  des  illustrations  sera  fait 
d'accord  avec  Fauteur. 

—  Le  Président  et  le  Secrétaire  offrent  de  faire  les 
démarches  nécessaires  pour  faire  obtenir  aux  membres 
de  la  Société  la  réduction  à  demi-tarif  du  droit  d'entrée 
dans  les  Musées  nationaux. 

—  Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 

M.  le  Dr  Leblond,  présenté  par  MM.  Vitry  et  Ratouis 
de  Limay;  M.  Léon  Vogt,  présenté  par  MM.  Ratouis  de 
Limay  et  Rouchès;  M.  Pierre  Olmer,  présenté  par 
MM.  Brière  et  Hautecœur;  M.  Paul  Gourteault,  présenté 
par  MM.  Stein  et  Ratouis  de  Limay. 

II. 
RÉUNION  DE  LA  SOCIÉTÉ. 

Présents  :  MM.  le  comte  Allard  du  GhoUet,  M.  Aubert; 
Mlle   J.    Ballot;    M.    G.    Bernard;    MHe    M.    Gharageat; 

1922  19 


—  290  — 

MM.  R.  Charlier,  J.  Cordey;  M"e  Duportal;  MM.  H.  Fage, 
Ed.  Girod  de  l'Ain,  H.  Guerlin,  J.  Guiffrey,  le  comte 
d'Harcourt,  Mac  Dougall  Hawkes,  P.  Hermel,  P.  Jolis; 
Mlle  Lamy;  MM.  le  duc  de  la  Roche-Guyon,  P.  Lavallée, 
H.  Lefuel,  P. -A.  Lemoisne,  Ed.  Michel,  P.  Ratouis  de 
Limay,  F.  Raugel,  L.  Réau,  G.  Rouchès,  A.  Roux; 
Mlle  s.  Rubinstein;  M.  Ch.  Saunier;  Mme  la  baronne  Seil- 
lière;  MM.  le  marquis  de  Sayve,  A.  Tessier,  Tromp, 
J.  Vallery-Radot,  J.  Verrier. 

Excusés  :  M.  Morancé,  M«ne  Watel-Dehaynin. 


Sur  la  famille  des  peintres  Gilbert 
ET  Pierre  de  Sève. 

D'après  des  notes  communiquées  par  M.  le  comte  de  Rilly. 
(Communication  de  M.  Paul  Jamot.) 

M.  le  comte  de  Rilly  possède  dans  son  château  d'Oyson- 
ville  des  archives  très  riches';  il  a,  entre  autres,  tous  les 
papiers  d'une  branche  de  la  famille  de  Sève  qui  s'est 
alliée  à  la  sienne,  puis  s'y  est  fondue  et  éteinte.  Parmi 
les  personnages  distingués  que  cette  famille  de  Sève  pro- 
duisit au  xviie  siècle,  le  plus  remarquable  fut  Alexandre 
de  Sève,  conseiller  d'État,  prévôt  de  la  ville  de  Paris, 
marié  à  Marguerite  de  Rochechouart.  Il  avait  une  collec- 
tion de  tableaux  et  son  cabinet  de  médailles  antiques 
était  réputé.  Le  cardinal  de  Retz,  dans  ses  Mémoires,  le 
nomme  son  «  ami  particulier  ».  Par  son  testament,  daté 
de  1662,  Alexandre  de  Sève  laissait  à  son  parent,  M.  Tron- 
son  de  Grandval,  son  «  tableau  de  la  Nativité,  d'Albert 
Durer  ».  Son  frère  Antoine,  qui  fut  abbé,  avait  acquis  la 
maison  de  la  reine  de  Navarre  à  Issy  (depuis  le  Séminaire 
de  Saint-Sulpice);  il  y  forma  une  très  belle  bibliothèque 

I.  Il  a  tiré  de  ses  archives  la  matière  d'un  volume  consa- 
cré à  un  autre  de  ses  parents,  le  baron  d'Oysonville,  excellent 
officier,  qui,  neveu  de  M.  de  Noyers,  fut  englobé  dans  la  dis- 
grâce de  ce  fidèle  serviteur  de  Richelieu,  après  la  mort  du  Car- 
dinal. 


—  291  — 

et  il  fut  le  protecteur  du  graveur  Flamen,  qui  lui  dédia 
plusieurs  planches  et  grava  ses  habitations  de  campagne, 
ainsi  que  celles  de  son  beau-frère,  Louis  Tronson  du 
Coudray,  secrétaire  de  Louis  XIH. 

Faut-il  ajouter  aux  personnages  connus  de  cette  famille 
un  certain  «  sieur  de  Sève,  seigneur  de  Ghassignonville^  », 
qui  nous  est  connu  par  un  document  relatif  aux  frères 
Le  Nain?  Le  chanoine  L'Éleu,  dans  son  Histoire  de  Laon 
divisée  en  huit  livres 2,  nous  dit  que  «  le  29  aoust  [i633] 
[Mathieu  Le  Nain]  fut  reçu  lieutenant  de  la  compagnie 
bourgeoise  du  sieur  du  Ry^,  capitaine  en  la  colonnelle  du 
sieur  de  Sève,  seigneur  de  Ghassignonville  ».  11  n'est  ni 
impossible  ni  invraisemblable  que  ce  colonel  soit  un 
parent  d'Alexandre  et  d'Antoine  de  Sève  ;  mais  nous  n'en 
avons  pas  de  preuve. 

Les  de  Sève  de  Paris  appartenaient  à  l'une  des  trois 
branches  d'une  famille  Sève  ou  de  Sève  qui  occupa  une 
position  éminente  à  Lyon  au  xvi^  siècle  et  qui  se  disait 
issue  de  grande  souche  italienne.  Il  suffit  de  citer  parmi 
les  illustrations  lyonnaises  de  cette  famille  l'humaniste 
Maurice  Sève,  dont  les  poésies  furent  louées  par  Marot, 
Rabelais,  Etienne  Dolet.  Des  trois  branches  entre  les- 
quelles se  divisa  cette  famille,  l'une  resta  à  Lyon  et  con- 
tinua à  y  faire  figure,  les  deux  autres  vinrent  à  Paris. 

Or,  au  milieu  du  xvne  siècle,  nous  trouvons  à  Paris 
deux  peintres  réputés,  membres  de  l'Académie  Royale, 
travaillant  à  Versailles,  qui  portent  ce  même  nom  :  Gil- 
bert (1615-1698)  et  Pierre  Sève  ou  de  Sève  (1623-1695).  Ils 
ne  viennent  pas  de  Lyon,  cependant,  mais  de  Moulins, 

1.  Telle  est  la  lecture  de  Valabrègue  [Les  frères  Le  Nain, 
Paris,  1904,  p.  10).  Jules  Guiffrey  avait  lu  :  «  Chastignonville  » 
{Nouvelles  Archives  de  l'Art  français^  1876,  p.  270). 

2.  Manuscrite,  à  la  Bibliothèque  de  Laon.  Passage  publié 
par  Ghampfleury  {Les  peintres  de  la  réalité  sous  Louis  XIII  : 
les  frères  Le  Nain,  Paris,  1862,  p.  27),  puis,  plus  complète- 
ment, par  Valabrègue,  op.  cit.,  p.  9-1 1. 

3.  Ce  Du  Ry  serait-il  Charles  du  Ry,  architecte,  parent  de 
Salomon  de  Brosse  ?  L'hypothèse  vient  naturellement  à  l'es- 
prit en  présence  d'un  document  contenant  trois  noms  qui  ont 
été  portés  par  des  artistes  :  Le  Nain,  de  Sève  et  du  Ry. 


où  ils  sont  nés  tous  deux.  Mme  de  Charette,  fille  de 
M.  de  Rilly,  qui  habite  Moulins,  a  communiqué  à  son 
père  une  note  insérée,  il  y  a  quelques  mois,  par  M.  Tier- 
sonnier  dans  V Intermédiaire  des  chercheurs  bourbonnais. 
Cette  note  nous  fait  connaître  le  nom  des  parents  des 
peintres  Gilbert  et  Pierre  de  Sève.  Leur  père  était  Gilbert 
Sève,  peintre,  lequel  vivait  à  Moulins  sur  la  paroisse 
Saint-Pierre  des  Menestraux.  Leur  mère,  Simone  Ber- 
lier,  d'une  famille  estimée,  était  fille  d'un  notaire  de 
Moulins. 

M.  Tiersonnier  ajoute  :  «  Cette  famille  Sève  serait  ori- 
ginaire de  Lyon  et  aurait  été  apparentée  aux  Sève  ou  de 
Sève  qui  ont  eu  une  grande  situation  dans  la  robe,  eux 
aussi  sortis  de  Lyon  et  se  disant  issus  de  grande  famille 
italienne.  Retrouvant  à  Paris  leurs  cousins  (?),  Gilbert  et 
Pierre  Sève  se  seraient  vus  pour  cela  qualifiés  de  Sève, 
comme  eux.  » 

M.  Tiersonnier  termine  par  cette  question  :  «  Qu'y 
a-t-il  de  vrai  dans  cette  origine  lyonnaise  de  nos  peintres  ?  » 

A  cette  question  M.  de  Rilly  répond  qu'il  ne  trouve  pas 
mention  des  frères  Gilbert  et  Pierre  Sève  ou  de  Sève 
dans  les  papiers  de  la  branche  de  la  famille  de  Sève  à 
laquelle  il  est  apparenté.  Mais  cette  famille  s'étant  divisée 
en  plusieurs  branches,  il  demeure  loisible  d'admettre 
qu'une  de  ces  branches  alla  de  Lyon  à  Moulins  avant  de 
s'établir  à  Paris.  La  question  de  la  parenté  des  peintres 
de  Sève  avec  la  grande  famille  lyonnaise,  puis  parisienne, 
de  Sève  reste  posée. 


Sur  la  date  d'un  tableau  d'Ingres 

ET    SUR    LE    TITRE    d'un    TABLEAU    DE    DELACROIX. 

(Communication  de  M.  Paul  Jamot.) 

A  la  suite  de  l'Exposition  Ingres,  organisée  par  M.  La- 
pauze  en  1921,  M.  Gaston  Brière  a  publié  ici  des  notes 
qui  complètent  ou  corrigent  très  utilement  les  indica- 


—  293  — 

tions  du  Catalogue'.  Voici  ce  qu'il  dit  (p.  214)  au  sujet 
du  no  19  : 

Le  Pape  Pie  VII  tenant  chapelle  (à  la  Sixtine). 

Signé  au  bas,  à  droite,  le  dernier  chiffre  à  demi  effacé  : 

Ingres  181. 

rom. 

La  date  serait  1810  d'après  le  Catalogue  de  l'Exposition 
Ingres  de  1867,  n"  yS.  C'est  le  tableau  exposé  au  Salon  de  1814, 
provenant  de  la  collection  Marcotte  et  lithographie  par  Sudre 
en  i833. 

Exposition  Universelle  de  i855,  n°  3341. 

La  composition  différente  inspirée  de  la  même  vision  de 
Pie  VII  à  la  Sixtine,  au  Musée  du  Louvre  (collection  Coutan) 
est  signée  de  1810.  Exposition  Ingres  en  1867,  n°  72. 

Selon  cette  note,  les  deux  tableaux  seraient  de  la  même 
date,  1810,  des  premiers  temps,  par  conséquent,  du  séjour 
d'Ingres  à  Rome.  Il  y  a  une  erreur  au  catalogue  de  l'Ex- 
position Ingres  de  1867,  et,  en  se  référant  à  ce  Catalogue, 
M.  Brière  a  fait  à  son  tour  une  légère  méprise.  C'est  le 
no  72,  c'est-à-dire  le  tableau  du  Louvre,  appartenant  alors 
à  Mme  Hauguet,  qui,  d'après  ce  catalogue,  serait  daté  de 
1810.  Quant  au  tableau  de  la  collection  Marcotte  (appar- 
tenant alors  à  M.  Legentil),  le  Catalogue  dit  qu'il  a  été 
peint  à  Rome  en  1814.  Tandis  que  M.  Brière  assigne  la 
même  date  aux  deux  tableaux,  l'auteur  du  catalogue  de 
1867  croit  donc  que  le  tableau  du  Louvre,  qu'il  appelle 
Chapelle  Sixtine,  est  antérieur  à  celui  de  la  collection 
Marcotte,  qu'il  inscrit  sous  le  titre  :  Le  Pape  Pie  VII 
tenant  chapelle.  Des  documents  certains  s'opposent  à  ces 
conclusions  comme  à  celles  de  M.  Brière.  En  réalité,  l'un 
et  l'autre  tableau  sont  postérieurs  à  1810;  il  y  a  entre  eux 
un  intervalle  de  plusieurs  années  et  celui  du  Louvre  est 
le  second  en  date. 

Les  résultats  des  recherches  de  Henri  Delaborde  et  de 
M.    Lapauze^  permettent  de  reconstituer  l'histoire  des 

1.  Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  l'Art  français,  année 
1921,  p.  212  et  suiv. 

2.  Vicomte   Henri  Delaborde,  Ingres,  sa  vie,  ses  travaux,  sa 


—  294  — 

deux. tableaux.  La  première  idée  d'une  peinture  qui  repré- 
senterait le  Pape  dans  la  chapelle  Sixtine  a  pu  venir  à 
Ingres  dès  1807.  Dans  une  lettre  datée  du  7  avril  de  cette 
année,  il  raconte  à  son  ami  M.  Forestier  la  cérémonie  à 
laquelle  il  vient  d'assister  pour  la  première  fois  et  cette 
lettre  exprime  un  ardent  enthousiasme  pour  la  majesté 
du  culte  et  pour  «  le  sublime  chef-d'œuvre  de  Michel- 
Ange  ».  Une  aquarelle  signée  Ingres^  Rome,  1808*  et 
une  petite  gouache  datée  de  1809,  offerte  par  Ingres  à 
Adrien  Paris  et  léguée  par  celui-ci  au  Musée  de  Besan- 
çon, marquent  les  premières  étapes  d'une  réalisation  plas- 
tique. On  n'y  voit  encore  qu'un  très  petit  nombre  de  per- 
sonnages, cinq  d'une  part,  quatre  de  l'autre,  le  Pape  com- 
pris. Une  aquarelle,  détachée  de  l'album  de  Mme  Ingres, 
qui  appartient  depuis  1908  au  Musée  du  Louvre  2  témoigne 
de  la  même  préoccupation  de  montrer  le  Pape  au  milieu 
d'une  cérémonie  solennelle.  Cette  fois,  la  figuration  est 
beaucoup  plus  nombreuse,  mais  le  lieu  de  la  scène  est 
changé;  ce  n'est  plus  la  chapelle  Sixtine,  c'est  la  basilique 
vaticane  elle-même  et  c'est  l'autel  de  la  Confession  de 
Saint-Pierre  entre  ses  colonnes  torses. 

Ces  différentes  études  ont  pour  trait  commun  de  pré- 
senter la  plupart  des  personnages  de  dos.  Une  lettre  adres- 
sée le  20  décembre  1812  à  M.  Marcotte  peut  nous  expliquer 
cette  préférence  pour  une  disposition  infiniment  moins 
expressive  que  celle  qui  fut  adoptée  finalement.  Sur  le  vu 
d'un  dessin,  M.  Marcotte  venait  de  commander  à  Ingres 
un  tableau  d'une  cérémonie  pontificale  dans  la  chapelle 
Sixtine.  Pie  Vil  n'était  plus  à  Rome;  après  de  tragiques 
démêlés,  Napoléon  l'avait  fait  enlever  et  conduire  à 
Savone,  puis  à  Fontainebleau.  M.  Marcotte  était  fonc- 
tionnaire, directeur  des  Eaux  et  Forêts.  On  comprend 
pourquoi  Ingres  écrivait  à  son  ami  :  «  Je  voulais  aussi  vous 
dire  que  j'attends  votre  décision  sur  le  personnage  prin- 

doctrine,  Paris,  1870,  p.  i83  et  suiv.,  n"  20  et  21.  Henri  Lapauze, 
Ingres,  sa  vie  et  son  œuvre,  Paris,  191 1,  p.  128  et  suiv. 

1.  Delaborde,  op.  cit.,  p.  282,  n"  219. 

2.  Jean  GuifFrey,  Bulletin  des  Musées  de  France,  1908,  p.  5i 
et  suiv.,  pi.  XI. 


—  295  — 

cipal  et  que  j'ai  depuis  pensé  que  s'il  y  avait  de  l'incon- 
vénient à  le  mettre  sur  la  scène,  je  peux  faire  le  moment 
où  on  chante  le  Miserere,  tous  les  cardinaux  prosternés 
à  leur  place,  vus  de  dos,  et  le  Pape  prosterné  devant 
comme  cela  se  pratique,  ce  qui  évite  de  montrer  le  visage, 
y  étant  tout  de  même.  »  La  réponse  le  releva  sans  doute 
de  ce  scrupule.  Gomme  il  l'écrit  lui-même  en  annonçant 
à  M.  Marcotte  l'envoi  prochain  du  tableau  achevé  (26  mai 
1814),  il  a  choisi  l'office  du  matin  du  Jeudi-Saint  :  le  Pape 
est  debout,  priant,  enveloppé  d'une  immense  chape  de 
soie  brodée  qui  cache  ses  pieds  et  recouvre  les  marches 
de  son  trône.  Dans  cette  même  lettre,  Ingres  énumère,  en 
estropiant  un  peu  leurs  noms,  les  cardinaux,  les  évêques 
et  les  prélats  auxquels  il  a  donné  un  rôle  dans  son  tableau. 
La  composition  compte  cinquante-quatre  figures. 

Le  dernier  chiffre  de  la  date  inscrite  sur  le  tableau  que 
l'on  a  revu  à  l'Exposition  Ingres  de  192 1  doit  donc  être 
lu  comme  un  4,  et  non  comme  un  o. 

Quant  au  tableau  du  Louvre,  il  est,  d'une  certaine 
manière,  une  répétition  réduite  du  premier.  Au  lieu  de 
cinquante-quatre,  le  nombre  des  personnages  n'est  plus 
que  de  vingt.  Mais  ce  n'est  pas  une  répétition  servile. 
Ingres  a  voulu  peindre  sous  un  autre  aspect  un  sujet  qui 
le  hante ^.  L'ordonnance  est  modifiée  de  façon  à  laisser 
un  espace  libre  devant  les  degrés  du  trône.  L'attitude  du 
Pape  est  différente  :  il  est  assis  et  bénit,  en  inclinant  la 
tête,  un  moine  qui  se  prosterne  devant  lui  avant  de  mon- 
ter en  chaire 2.  La  toile  est  signée  :  J.  Ingres.  Rom  1820, 
On  a  pu  se  tromper  sur  le  troisième  chiffre  parce  que  le 
2  est  fait  comme  un  s  retourné,  les  deux  crochets,  supé- 
rieur et  inférieur,  étant  peu  développés  3.    Les   Cahiers 

1.  Voir,  dans  les  Cahiers  manuscrits  d'Ingres,  les  notes  rela- 
tives à  deux  tableaux  du  même  genre  qui  n'ont  pas  été  exé- 
cutés; deux  autres  tableaux  inachevés  sont  au  Musée  de  Mon- 
tauban  (Lapauze,  op.  cit.,  p.  144-145). 

2.  Le  Catalogue  de  l'Exposition  Ingres  de  1867  explique  bien 
le  sujet  :  «  Un  chef  d'ordre  religieux  vient,  selon?  l'usage,  avant 
de  monter  en  chaire,  baiser  les  pieds  du  Saint-Père  ». 

3.  Delaborde  n'a  pas  commis  l'erreur  du  Catalogue  de  1867; 
il  reproduit  exactement  la  signature  et  la  date  (p.  189). 


—  296  — 

manuscrits  d'Ingres  confirment  que  ce  second  tableau, 
commencé  à  Rome  en  1819,  fut  terminé  à  Florence  en 
1820. 

Ainsi  le  tableau  peint  pour  M.  Marcotte  et  lithographie 
par  Sudre  a  été  peint  en  1814.  Le  tableau  qui  fut  exposé 
au  Salon  de  1824,  fut  acquis  par  M.  de  Forbin,  puis  par 
M.  Coutan  et  entra  au  Louvre  en  i883  avec  le  don  Gou- 
tan-Hauguet-Schubert-Milliet,  est  de  1820 ^ 


Le  Louvre  a  reçu,  avec  la  collection  Thomy  Thiéry, 
une  charmante  petite  toile  d'Eugène  Delacroix.  On  peut 
la  considérer  comme  un  excellent  exemple  de  ces  tableaux 
de  chevalet  qui  servaient  de  délassement  au  maître,  vers 
la  fin  de  sa  vie,  dans  les  intervalles  de  ses  grands  travaux 
de  décoration.  C'est  une  peinture  de  premier  jet  qui  garde 
toutes  les  vertus  de  l'esquisse.  Elle  porte,  au  Catalogue 
sommaire  des  peintures,  le  n»  2845  et  est  inscrite  sous  le 
titre  :  Roger  et  Angélique.  Le  même  titre  a  pour  lui  le 
suffrage  d'Alfred  Robaut  et  Ernest  Chesneau  (L'œuvre 
complet  d'Eugène  Delacroix,  Paris,  i885,  n»  ioo3),  de 
Georges  Lafenestre  et  Eugène  Richtenberger  (La  pein- 
ture en  Europe.  Le  Louvre,  p.  38),  de  M.  Jean  Guiffrey 
(La  Collection  Thomy  Thiéry  au  musée  du  Louvre,  Paris, 
1902,  p.  22).  Au  premier  abord,  on  ne  voit  pas  de  raisons 
de  le  contester.  Un  dragon  qui  se  débat  dans  les  fjots  de 
la  mer,  au  pied  d'un  rocher  sourcilleux,  un  chevalier  vêtu 
d'une  brillante  armure  et  qui  perce  le  monstre  de  sa 
lance,  une  captive  demi-nue,  enchaînée  au  roc,  et  qui  se 
tord  les  bras,  partagée  entre  l'angoisse  et  l'espérance,  ne 
sont-ce  pas  les  éléments  traditionnels  des  nombreux 
tableaux  qu'a  inspirés  la  fin  du  chant  deuxième  de  l'Or- 
landofurioso,  sans  oublier  celui  qu'Ingres  avait  peint  une 
trentaine  d'années  auparavant  et  que  Delacroix  connais- 
sait bien^, 

1.  Il  porte  la  trace  d'un  agrandissement  en  hauteur  et  en 
largeur.  M.  Lapauze  {op.  cit.,  p.  141)  pense  qu'Ingres  fit  ces 
retouches  à  Paris,  vers  1828. 

2.  Il  le  cite  —  dédaigneusement,  à  vrai  dire  (Journal,  t.  II, 


—  297  — 

Cependant  Adolphe  Moreaii  {Eugène  Delacroix  et  son 
œuvre,  p.  255)  intitule  le  tableau  Persée  et  Andromède. 
Une  variante,  qui  est  presque  une  répétition,  plus  pous- 
sée, mais  quelque  peu  alourdie  et  qui  a  été  achetée  en 
i858  par  le  musée  de  Grenoble  ^,  porte  dans  ce  Musée  le 
nom  de  Saint  Georges.  Le  dernier  historien  de  Delacroix, 
qui,  dans  deux  volumes  consacrés  à  son  héros,  a  rassem- 
blé presque  tous  les  documents  connus  en  y  joignant 
beaucoup  d'autres,  conquis  par  de  longues  recherches, 
M.  Etienne  Moreau-Nélaton,  sans  discuter  le  problème, 
donne  son  autorité  à  la  désignation  de  Saint  Georges^ 
pour  la  toile  de  Grenoble  comme  pour  celle  du  Louvre  2. 
Disons  tout  de  suite  que  c'est  lui  qui  a  raison  et  accep- 
tons-en pour  garant  le  maître  lui-même.  Le  5  juin  1854, 
Delacroix  raconte  [Journal,  t.  II,  p.  Sôg)  une  soirée  qu'il 
a  passée  chez  sa  cousine  la  baronne  de  Forget  :  «  Chez 
Mme  de  Forget  le  soir;  le  jeune  d'Ideville  me  disait  que 
mes  tableaux  se  vendaient  très  bien.  Le  petit  Saint 
Georges,  qu'il  appelle  un  Persée,  que  j'avais  vendu  à  Tho- 
mas 400  francs,  s'est  vendu  2,200  en  vente  publique.  » 

On  voit  qu'Adolphe  Moreau  n'était  pas  seul  à  prendre 
le  héros  libérateur  pour  un  Persée.  Si  Delacroix  avait 
discuté  avec  le  «  jeune  d'Ideville  »  et  M.  Adolphe  Moreau, 
il  aurait  pu  leur  rappeler  un  tableau  où  il  a  réellement 
traité  la  légende  de  Persée  (Robaut,  n»  1002).  Andromède, 
entièrement  nue,  est  debout,  attachée  à  un  rocher.  Au 
loin,  Persée  descend  du  ciel,  mais  il  vole  par  ses  propres 
moyens,  sans  l'aide  d'un  cheval,  ailé  ou  non,  ou  de  toute 
autre  monture  fabuleuse.  Ce  n'est  pas  un  chevalier  du 
moyen  âge,  c'est  un  guerrier  antique,  armé  du  casque, 
du  glaive  et  du  bouclier. 

p.  3i8)  —  dans  un  jour  de  mauvaise  humeur,  après  une  séance 
d'une  commission  où  son  illustre  rival  avait  fait  preuve  d'un 
entêtement  borné  :  «  Cervelle  toute  de  travers.  C'est  comme 
dans  sa  peinture.  Pas  la  moindre  logique  et  point  d'imagina- 
tion... ». 

1.  Robaut,  n»  1241. 

2.  Delacroix  raconté  par  lui-même,  Paris,  Laurens,  1916,  l.  II, 
p.  168,  fig.  391  et  392. 


—  298  — 

A  ceux  qui  prétendaient  reconnaître  dans  son  tableau 
Roger  et  Angélique,  Delacroix  aurait  pu  expliquer  pour- 
quoi son  cavalier  n'est  pas  le  héros  de  l'Arioste.  Roger 
n'a  pas  pour  monture  un  simple  coursier,  mais  un  animal 
fantastique  qui  tient  du  cheval  et  du  dragon  et  que  le 
poète  appelle  un  hippogriffe.  Delacroix,  grand  lecteur  des 
poètes,  admirait  fort  l'Arioste.  Son  Journal  contient  de 
nombreux  témoignages  de  cette  admiration.  Il  n'oublie 
jamais  l'auteur  du  Roland  furieux,  quand  il  énumère  les 
artistes  et  les  poètes  et  il  le  met  du  côté  de  ses  préférences, 
du  côté  de  Virgile,  de  Racine,  de  Mozart.  «  Que  dire, 
s'écrie-t-il,  de  l'Arioste  qui  est  toute  perfection,  qui  réu- 
nit tous  les  tons,  toutes  les  images,  le  gai,  le  tragique,  le 
convenable,  le  tendre  (t.  II,  p.  441). 

Gomment  donc  Delacroix,  reproduisant  un  des  épisodes 
les  plus  connus  du  fameux  poème,  aurait-il  pris  tant  de 
libertés  avec  son  modèle,  alors  que  le  tableau  d'Ingres 
lui  donnait  l'exemple  de  l'exactitude?  Dans  un  petit 
tableau  qui  représente  Roger  et  Angélique  après  la  défaite 
du  monstre  iRobaut,  n»  1406),  Delacroix  nous  montre  son 
héros  volant  en  plein  ciel,  portant  en  croupe  sa  belle 
conquête;  sa  monture  n'est  pas,  à  proprement  parler, 
l'hippogriffe  de  l'Arioste,  ni  celui  d'Ingres,  mais  ce  n'est 
pas  non  plus  un  cheval  ordinaire,  c'est  un  cheval  ailé. 

Cependant,  si,  à  n'en  pas  douter,  le  tableau  du  Louvre 
doit  reprendre  le  titre  de  Saint  Georges,  l'interprétation 
que  Delacroix  nous  donne  de  la  légende  du  grand  mar- 
tyr de  l'Orient  n'est  pas,  il  faut  l'avouer,  sans  reproche. 

Ce  que  l'Église  retient  de  l'histoire  de  saint  Georges 
en  fait  une  figure  très  semblable  à  celle  de  saint  Sébas- 
tien. Né  d'une  noble  famille  cappadocienne,  d'abord 
favori  de  l'Empereur,  appelé  par  lui  aux  plus  hauts 
emplois  de  l'armée,  il  accomplit  maintes  prouesses  ;  tout 
à  coup  il  est  touché  de  la  grâce  divine;  il  résiste  aux 
prières,  puis  aux  ordres  de  l'Empereur,  et,  après  s'être 
longtemps  tiré  indemne  des  plus  cruels  supplices,  il 
meurt  en  confessant  sa  foi.  L'iconographie  de  saint 
Georges  devrait  donc  nous  montrer  un  martyr  au  milieu 
de  tortures  variées.  C'est  ce  que  nous  voyons  au  Louvre, 
dans  une  série  de  quatre  panneaux  de  l'école  espagnole 


—  299  — 

du  xve  siècle.  Mais  le  cas  est  assez  rare.  De  bonne  heure, 
l'épisode  auquel  s'attachent  les  artistes,  peintres,  enlumi- 
neurs, sculpteurs,  c'est  le  combat  du  saint  avec  un  dra- 
gon, combat  dont  nous  trouvons  déjà  le  récit  dans  la 
Légende  dorée  de  Jacques  de  Voragine.  Le  lieu  même  de 
la  scène  est  changé.  On  ne  nous  parle  plus  de  la  Gappa- 
doce,  mais  de  la  Libye,  d'une  ville  voisine  d'un  étang  où 
habitait  un  monstre.  Quand  il  n'y  eut  plus  de  brebis  pour 
satisfaire  la  voracité  du  monstre,  on  sacrifia  des  victimes 
humaines  et  il  arriva  que  le  sort  tomba  sur  la  propre  fille 
du  roi.  Elle  s'en  va,  parée  de  ses  vêtements  royaux.  Saint 
Georges  la  rencontre,  lui  demande  la  cause  de  ses  larmes. 
«  Brave  chevalier,  ne  cherche  pas  à  mourir  avec  moi;  il 
suffit  que  seule  je  périsse  ».  Au  même  instant,  le  monstre 
sort  de  l'eau.  «  Fuis  au  plus  vite,  chevalier!  »  s'écrie  la 
vierge.  Mais  saint  Georges  fait  le  signe  de  la  croix  et 
s'avance  au-devant  du  monstre,  en  se  recommandant  à 
Jésus-Christ,  qui  lui  donne  aussitôt  la  victoire.  Alors  il 
dit  à  la  fille  du  roi  de  passer  sa  ceinture  autour  du  cou 
du  monstre  et  celui-ci  la  suit  comme  le  chien  le  plus 
doux. 

Gomment  l'officier  héroïque  et  martyr  s'est-il  transformé 
en  un  pourfendeur  de  monstres?  Le  dragon,  qu'il  soit  de 
Gappadoce  ou  d'ailleurs,  peut  être  tenu  pour  une  incar- 
nation de  Satan.  C'est  l'esprit  du  mal,  c'est  le  péché, 
c'est  l'erreur  et  l'idolâtrie.  A  côté  de  la  princesse  qui  va 
être  sauvée  par  le  généreux  chevalier,  on  voit  quelquefois 
paraître  son  père  et  sa  mère,  sur  une  terrasse  de  leur 
palais.  Mais  la  princesse  n'est  ni  enchaînée  à  un  rocher, 
ni  nue,  comme  Andromède  et  Angélique.  Elle  est  vêtue 
de  ses  beaux  atours  et,  le  plus  souvent,  prie,  tandis  que 
le  saint  livre  combat. 

On  comprend  néanmoins  qu'une  légende  dont  les  élé- 
ments plastiques  sont  un  héros  guerrier,  un  monstre  et 
une  princesse  ait  inspiré  aux  peintres  des  compositions 
peu  différentes  de  celles  où  ils  évoquaient  le  souvenir  de 
Persée  et  d'Andromède  ou  celui  de  Roger  et  d'Angélique. 
Il  y  a  eu  contamination  entre  les  trois  légendes. 

Tel  est  le  cas  du  petit  tableau  appartenant  au  Louvre. 
Le  chevalier  qui  perce  le  monstre  de  sa  lance  est  bien  un 


—  3oo  — 

saint  Georges.  Mais  le  paysage  convient  plutôt  à  l'histoire 
d'Andromède  ou  à  celle  d'Angélique,  car  rien  dans  la 
légende  de  saint  Georges  ne  nous  invite  à  placer  la  ren- 
contre du  saint  et  du  monstre  au  bord  de  la  mer,  au  pied 
d'un  rocher.  Quant  à  la  captive  qui  attend  sa  délivrance, 
elle  ressemble  certainement  plus  à  Angélique  ou  à 
Andromède  qu'à  la  pieuse  fille  du  roi.  On  dirait  que 
Delacroix  s'est  arrêté  à  une  sorte  de  compromis.  La  fille 
de  Céphée  et  la  reine  de  Gathay  offertes  en  proie  au 
monstre,  sont  toujours  entièrement  nues.  La  princesse 
délivrée  par  saint  Georges  ne  devrait  être  ni  captive  ni 
nue.  Delacroix  l'enchaîne  par  un  bras  au  rocher  et,  ayant 
commencé  de  la  dévêtir  comme  les  célèbres  héroïnes  de 
la  fable  antique  et  de  la  poésie  italienne,  il  lui  laisse  une 
draperie  pour  couvrir  la  moitié  de  son  corps.     . 


Le  grand  orgue 
DE  l'église  Saint-Louis  des  Invalides. 

(Communication  de  M.  Félix  Raugel.) 

La  ville  de  Paris  a  l'heureuse  fortune  de  conserver 
t][uelques  magnifiques  buffets  d'orgue  datant  du  xviie  siècle  : 
celui  de  l'église  Saint- Étienne-du-Mont,  chef-d'œuvre 
de  menuiserie  établi  de  i63i  à  i633  par  maître  Jean  Bu- 
ron,  celui  de  Saint-Médard,  dû  sans  doute  au  même 
artiste  (f  i633),  ceux  de  Saint-Nicolas  des  Champs  (vers 
i652),  de  Saint-Laurent  (1682)  et  de  Saint-Merry,  celui 
enfin  de  Saint-Louis  des  Invalides,  où  triomphe  la  magni- 
ficence disciplinée  qui  frappe  toujours  le  visiteur  dès  son 
entrée  dans  cette  église. 

La  tribune  sur  laquelle  repose  l'orgue  est  établie 
au-dessus  du  porche  et  close  par  une  balustrade  en  pierre 
ajourée,  qui  se  développe  au-dessus  d'une  corniche  sou- 
tenue par  quatre  consoles.  Le  buffet,  selon  la  coutume 
généralement  observée  en  France,  comprend  deux  parties  : 
positif  et  grand  orgue,  non  point  séparés,  mais  super- 
posés'. 

I.  Le  buftét  a  une  hauteur  d'environ  11  mètres  sur  i^ôô  de 


-  3oi  — 

Le  positif,  qui  comprend  trois  tourelles  et  deux  plates- 
faces,  est  épaulé  par  deux  atlantes  au  torse  nu,  tenant  des 
guirlandes  de  fleurs  et  supportant  la  corniche  sur  laquelle 
repose  le  grand  orgue  ;  celui-ci  est  composé  de  neuf  groupes 
de  tuyaux  répartis  entre  cinq  tourelles  et  quatre  plates- 
faces,  reliées  aux  tourelles  par  des  espèces  d'ailerons 
accompagnés  de  palmes  et  de  guirlandes  richement  sculp- 
tées. Chaque  tourelle  repose  sur  un  cul-de-lampe  orné 
de  têtes  de  chérubins  ;  celle  du  centre  est  sommée  d'une 
couronne  royale,  les  autres  sont  dominées  par  des  vases 
à  flammes. 

Toute  cette  menuiserie  est  en  bois  peint  en  blanc  et 
rehaussé  de  filets  d'or.  Les  deux  atlantes  et  tous  les  orne- 
ments sont  également  dorés. 

L'instrument  construit  par  Alexandre  Thierry,  facteur 
du  roi,  qui  avait  terminé  en  1667  le  grand  orgue  de  l'ab- 
baye de  Saint-Germain-des-Prés,  ne  le  cédait  en  rien 
comme  composition  sonore  et  qualité  de  facture,  à  la 
magnificence  du  meuble  qui  était  destiné  à  le  recevoir  ^ 

Il  comprenait  à  l'origine  trente-sept  jeux,  répartis  sur 
quatre  claviers  manuels  et  un  pédalier,  et  alimentés  par 
cinq  grands  soufflets,  fournissant  du  vent  à  la  pression 
de  huit  centimètres.  Nous  connaissons  la  composition 
primitive  de  cet  instrument  d'après  le  «  Marché  pour  la 
construction  du  grand  orgue  que  Monseigneur  le  marquis 
de  Louvois  désire  faire  faire  en  la  grande  église  de  l'Hô- 
tel Royal  des  Invalides  »,  marché  daté  du  12  mai  1679, 
passé  par-devant  notaires  et  signé  par  Alexandre  Thierry, 
dont  les  ateliers  étaient  alors  établis  rue  de  la  Tissande- 
rie.  Le  devis  de  Thierry  avait  été  soumis  à  l'un  des  orga- 
nistes du  roi,   Nicolas   Le   Bègue,  qui  l'avait  examiné, 

profondeur;   le  positif,  haut  et  large  de  3   mètres,  est  de  la 
même  profondeur  que  le  grand  orgue. 

I.  Thierry  avait  été  préféré  au  facteur  Jacques  Carouge, 
auteur  des  orgues  de  l'abbaye  de  Saint-Loup  à  Troyes  (i658), 
des  Cordeliers  de  Châlons  (i665),  de  l'abbaye  de  Prémontré 
en  Picardie  (1668-1669),  ^^  château  de  Villers-Cotterets  (1675), 
du  couveni  de  la  Présentation  de  Senlis  et  de  la  réfection  du 
grand  orgue  de  Notre-Dame  de  Paris,  qu'il  avait  augmenté  de 
quatre  jeux  de  pédale. 


—    302    — 

discuté  et  annoté,  notamment  pour  la  composition  et 
l'augmentation  des  pleins  jeux  et  le  choix  des  jeux 
d'anches;  car  en  cet  heureux  temps  on  comprenait  que 
les  organistes  étaient  seuls  compétents  pour  juger  de  la 
composition  des  instruments  qu'ils  avaient  à  jouer. 

Une  lettre  de  Le  Bègue  (sans  date  et  sans  adresse),  mais 
probablement  écrite  en  1679  et  adressée  au  directeur  de 
l'Hôtel  des  Invalides,  va  nous  renseigner  sur  ce  point <  : 

Monsieur, 

J'ay  fait  réflexion  sur  le  mémoire  des  jeux  de  l'orgue.  Je 
trouve  qu'à  l'esgard  des  jeux  de  la  fourniture  et  de  la  cymballe 
il  seroit  mieux  (en  faisant  marché  avec  les  facteurs)  de  mettre 
un  jeu  de  grosse  fourniture  à  trois  tuyaux  sur  marche  et  un 
jeu  de  petite  fourniture  aussy  à  trois  tuyaux  et  une  cymballe 
à  quatre  tuyaux  ;  cela  sera  beaucoup  mieux  pour  raison  que  je 
diray  à  l'ouvrier  quand  on  voudra. 

Pour  la  trompette  de  seize  pieds,  comme  ce  jeu  est  inusité 
en  France  et  fort  grossier,  lequel  aussy  ne  se  peut  faire  qu'a- 
vec une  forte  quantité  d'étein,  si  on  juge  à  propos  de  le  sup- 
primer et  substituer  à  sa  place  une  voix  humaine  cela  ne  seroit 
pas  mal;  j'ay  esté  obligé  de  vous  importuner  de  ce  petit  mot 
d'avis  devant  passer  outre  dans  la  pensée  que  vous  voudrez 
bien  m'en  excuser  et  de  croire  que  je  suis  avec  respect.  Mon- 
sieur, vostre  très  humble  serviteur. 

N.  Lebegue. 

Voici  la  composition  de  l'orgue  telle  qu'elle  fut  arrêtée 
pour  le  marché  définitif  : 

Positif  (ut-tit) 

Montre  8  pieds         48  tuyaux.  Doublette  2  p.  48  tuyaux. 

Bourdon  8  p.  —  Nazard  2  2/3  — 

Prestant  4  p.  —  Tierce  i  3/5  — 

Fourniture  4  rangs         —  Larigot  i  i/3  — 

Cimbale  3  rangs  —  Cromhorne  8  p.  — 

Flûte  4  p.  {bouchée)        —  Petite  voix  humaine  8  p. — 

i.  Cette  lettre  est  conservée  aux  Archives  de  l'Hôtel  des 
Invalides  (carton  n"  8,  pièce  n°  5).  Les  pièces  composant  le 
dossier  de  l'orgue  des  Invalides,  au  nombre  de  cinquante-trois, 
sont  conservées  dans  les  cartons  n"^  8  et  34.  Nous  remercions 
tout  spécialement  MM.  F.  Marcou  et  J.  Verrier  qui  se  sont  inté- 
ressés, avec  la  plus  grande  bienveillance,  à  notre  travail. 


3o3 


Grand  orgue  [ut-ut) 


Montre  i6  p.  48  tuyaux. 

Montre  8  p.  — 

Bourdon  16  p.  — 

Bourdon  8  p.  — 

Grand  cornet  5  rangs     — 
Tierce  i  3/5  48  tuyaux. 

Fourniture  5  rangs         — 
Cimbale  5  rangs  — 

Grosse  tierce  3  i/5  — 


Prestant  4  p. 

48  tuyaux, 

Dessus  de  flûte  de  8  p.  — 

Doublette  2  p. 

— 

Nazard 

— 

Quarte  de  Nazard 

— 

Trompette  8  p. 

48  tuyaux 

Clairon  4  p. 

— 

Voix  humaine  8  p. 

— 

Bourdon  8  p. 
Cromhorne  8 


Cornet 


Flûtes  8  p. 


Echo» 

25  tuyaux.      Cornet  5  rangs        i25  tuyaux. 
25  tuyaux.     Cimballe  3  rangs     75  tuyaux. 

RÉCIT  {2  octaves) 
125  tuyaux.      Petite  trompette       25  tuyaux. 

PÉDALES  (la-fa) 
3o  tuyaux.     Trompette  8  p. 


3o  tuyaux. 

Gomme  d'habitude  à  cette  époque,  le  récit  ne  consis- 
tait qu'en  une  simple  pièce  gravée  qui  prenait  son  vent 
sur  les  sommiers  du  grand  orgue. 

Les  claviers  du  positif  et  du  grand  orgue  avaient  une 
étendue  de  quatre  octaves  {ut-ut  sans  le  premier  ut  diè^e); 
le  pédalier  de  trente  notes,  qui  commençait  au  la  et  s'ar- 
rêtait au /a,  avait  donc  également  la  première  octave  sans 
Vut  die^e^  selon  un  usage  bizarre  auquel  devaient  se  sou- 
mettre encore  assez  longtemps  facteurs  et  organistes.  Le 
prix  de  l'instrument  montait  à  6,800  livres. 

La  menuiserie  était  l'œuvre  de  Germain  Pilon,  menui- 
sier du  roi,  le  même  artiste  sans  doute  qui,  en  i65i,  avait 
exécuté  la  sculpture  d'ornementation  de  la  chaire  de  l'église 
Saint-Étienne-du-Mont.  Germain  Pilon  avait  établi  son 
devis  du  buffet  de  l'église  Saint-Louis  des  Invalides  le 
25  mars  1679  pour  le  prix  de  4,000  livres. 

I.  La  composition  primitive  de  ce  clavier  nous  est  connue 
par  la  pièce  n»  4  du  carton  n»  8  des  Archives  de  l'Hôtel  des 
Invalides. 


—  3o4  — 

Son  ouvrage  fut  universellement  admiré  des  «  curieux  » 
et  des  connaisseurs  :  dans  la  description  de  l'Hôtel  des 
Invalides  publiée  en  i863  par  Delaporte  et  de  Boulencourt 
figure  un  beau  dessin  de  la  tribune  et  du  buffet  d'orgue 
et  Pereau,  dans  un  ouvrage  similaire  publié  en  lySô,  fait 
aussi  l'éloge  de  l'instrument  «  tant  à  l'égard  de  la  menui- 
serie que  par  rapport  à  la  sçavante  ordonnance  de  ses 
jeux  ».  Toutes  les  proportions,  dit-il,  sont  exactement 
observées  dans  ce  grand  morceau;  chaque  pièce  est  enri- 
chie des  ornements  qui  lui  conviennent,  tels  que  chapi- 
teaux, architraves,  frises,  corniches,  consoles,  culs-de- 
lampes,  claires-voies,  têtes  de  chérubins,  amortissements, 
etc. 

Louis  XIV  qui  s'intéressait  lui-même  tout  spécialement 
à  l'instrument  prit  plaisir  à  l'entendre  même  avant  son 
achèvement;  le  ler  mars  1682,  il  se  rendit  avec  la  reine 
Marie-Thérèse  à  l'église  des  Invalides,  nous  raconte  le 
Mercure  galant,  et  pendant  la  visite  royale  «  le  sieur 
Lebègue,  qui  estoit  venu  tout  exprès,  touchoit  l'orgue 
avec  cette  belle  manière  qui  charme  toujours  ceux  qui 
l'entendent  ».  Le  10  octobre  1686,  les  travaux  furent  vérifiés 
par  Nicolas  Le  Bègue  et  Jacques-Denis  Thomelin,  orga- 
nistes du  roi,  assistés  du  premier  titulaire  de  l'orgue  des 
Invalides,  Gabriel  Garnier,  et  du  facteur  Hippolyte  Ducas- 
tel;  ils  réclamèrent  l'adoucissement  du  clavier  de  grand 
orgue  et  quelques  améliorations  à  la  soufflerie.  La  récep- 
tion définitive  eut  lieu  le  23  mars  de  l'année  suivante 
(1687)  et  fut  faite  par  Guillaume  Gabriel  Nivers,  organiste 
de  la  chapelle  du  roi,  et  le  facteur  Robert  Clicquot,  l'au- 
teur futur  des  orgues  monumentales  de  la  cathédrale  de 
Rouen  (1689)  et  de  la  collégiale  de  Saint-Quentin  (i7o3), 
tous  deux  experts  choisis  par  Louvois. 

Le  procès-verbal  ayant  été  signé  tout  à  l'honneur 
d'Alexandre  Thierry,  on  chargea  le  facteur  Julien  Tribuot 
de  l'entretien  de  l'instrument  avec  l'approbation  de  son 
collègue.  Tribuot  y  fit  par  la  suite  quelques  augmenta- 
tions réclamées  par  Garnier,  ajoutant  en  1693  une  flûte  de 
quatre  pieds  ouverte  à  la  pédale,  puis  en  1718,  un  clairon 
de  quatre  pieds  au  même  clavier.  Garnier,  devenu  l'un  des 
quatre  organistes  de  la  chapelle  du  roi,  présidait  encore 


—  3o5  — 

au  relevage  entrepris  en  1718.  Il  était  considéré  comme 
l'un  des  organistes  les  plus  habiles  de  son  temps;  on  ne 
connaît  malheureusement  aucune  des  compositions  qu'il 
dut  sans  doute  écrire;  mais  peut-être,  après  tout,  s'était-il 
contenté  d'une  réputation  de  brillant  virtuose  et  d'impro- 
visateur. 

Réparé  et  entretenu  successivement  par  Marcellin  Tri- 
buot  de  1724  à  1750,  par  le  facteur  parisien  J.-B.  Garpen- 
tier  (f  1756),  par  Louis  Alexandre  Glicquot  (f  1760),  puis, 
de  1760  à  1780,  par  son  fils  François-Henri  Glicquot,  le 
plus  célèbre  de  la  dynastie,  le  vénérable  instrument  de 
Thierry  assura  le  service  de  l'église  Saint-Louis  jusqu'à 
la  Révolution.  Il  était  alors  confié  au  talent  de  l'organiste 
Landrin,  mais,  comme  il  fut  abandonné  pendant  la  tour- 
mente, il  se  dégrada  rapidement,  si  bien  que,  le  11  fructi- 
dor an  III,  une  commission  composée  des  organistes 
Balbatre,  Miroir,  Landrin,  et  des  facteurs  Somer  jeune 
et  Dallery  fils,  déclara  l'instrument  hors  d'état  de  pouvoir 
servir  «  comme  ayant  éprouvé  une  secousse  violente,  lors 
de  l'explosion  de  Grenelle  et  étant  de  plus  dans  un  état 
de  vétusté  qui  ne  permet  pas  d'en  faire  usage  ».  Il  fut 
simplement  donné  l'ordre  de  fermer  la  tribune  et  d'empê- 
cher d'y  pénétrer. 

A  la  réouverture  de  l'église,  le  facteur  Jean  Somer 
(f  i83o)  présenta  un  devis  de  réparation  qui  s'élevait  à  la 
somme  de  8,5oo  francs'.  Ce  devis,  daté  du  3  mars  1806, 
et  approuvé  par  l'Empereur  et  par  Lesueur,  fut  aussitôt 
exécuté.  Somer  s'était  engagé  envers  le  maréchal  Séru- 
rier,  gouverneur  de  l'Hôtel,  à  terminer  son  œuvre  pour  le 
i5  août  de  l'année  suivante. 

Entre  temps,  Nicolas  Séjan  (1745-1819),  le  meilleur  orga- 
niste de  Tépoque,  titulaire  de  l'orgue  de  Saint-Sulpice, 
était  nommé  organiste  de  Saint-Louis  des  Invalides. 

La  réception  des  travaux  de  restauration  eut  lieu  le 
7  octobre  1807;  le  procès-verbal  fut  signé  par  les  orga- 
nistes-experts Miroir  et  Gharpentier,  assistés  de  Séjan, 

1.  Jean  Somer,  qui  mourut  tin  1829  ou  au  début  de  i83o,  était 
l'élève  et  l'associé  de  Galiinet.  En  1824,  Somer  déclarait  entre- 
tenir depuis  plus  de  3o  ans  l'orgue  des  Invalides. 

1922  20 


—  3o6  — 

qui  déclarèrent  l'orgue  recevable  et  firent  remarquer  qu'il 
avait  été  fait  quelques  changements  et  additions  avanta- 
geuses à  l'instrument.  Somer  avait  complété  les  claviers 
en  portant  leur  étendue  au  ré  aigu;  il  avait,  de  plus,  fait 
descendre  la  pédale  au /a  et  amélioré  la  soufflerie. 

En  1843,  le  facteur  Gadault  exécuta  un  relevage  de 
l'orgue. 

Louis  Séjan  (1786-1849)  était  alors  organiste;  il  avait 
succédé  à  son  père  aux  deux  tribunes  de  Saint-Sulpice 
et  des  Invalides. 

Après  sa  mort,  Pierre-Edmond  Hocmelle,  lauréat  de  la 
classe  d'orgue  du  Conservatoire  de  Paris  en  1844,  fut  choisi 
pour  le  remplacer,  après  un  brillant  concours;  mais  l'état 
de  l'orgue  rendait  urgente  une  restauration  complète; 
elle  fut  décidée  après  l'incendie  survenu  le  12  août  i85i, 
aux  obsèques  du  maréchal  Sébastiani  ;  le  conseil  d'admi- 
nistration de  l'Hôtel  opina,  cette  fois,  pour  la  reconstruc- 
tion de  l'orgue  et  accueillit  les  devis  proposés  par  Ducro- 
quet,  Gadault  et  Aristide  Gavaillé-GoU.  Ge  dernier  avait 
établi  le  projet  d'un  instrument  de  quarante-deux  jeux 
pour  le  prix  de  36,ooo  francs  :  c'était  de  beaucoup  le  meil- 
leur devis,  car  l'instrument  conservait  une  grande  partie 
de  ses  jeux  de  mutation  et  s'enrichissait  de  tous  les  per- 
fectionnements déjà  réalisés  à  la  basilique  de  Saint-Denis 
et  à  la  Madeleine. 

Ducroquet  proposait  trente-huit  jeux  pour  3o,ooo  francs, 
avec  une  composition  mal  équilibrée  et  la  suppression  de 
presque  tous  les  jeux  de  mutation;  Gharles  Gadault  enfin, 
facteur  de  troisième  ordre,  offrait  de  construire  un  orgue  de 
quarante  jeux  et  2,329  tuyaux,  pour  le  prix  de  26,000  francs. 

Gadault,  naturellement,  l'emporta;  le  marché  fut  signé 
le  II  mars  i852  et  les  travaux  furent  reçus  aux  mois  d'oc- 
tobre et  de  novembre  de  l'année  suivante. 

La  commission  d'expertise  était  présidée  par  Auber  et 
composée  de  François  Benoist,  professeur  d'orgue  au 
Gonservatoire,  Lefébure-Wely,  organiste  de  la  Madeleine, 
Fessy,  organiste  de  Saint-Roch,  Erard,  facteur  d'orgues, 
de  l'architecte  Rougevin  et  de  l'organiste  titulaire  Gharles 
Poissant,  qui  avait  succédé  à  Hocmelle. 

G'est  l'instrument  actuel,  mal  composé,  et  qui  a  besoin 


—  3o7  — 

d'une  complète  restauration  ;  il  faudrait  en  profiter  pour 
rétablir  des  pleins-jeux  au  grand  orgue  et  au  récit,  qui 
en  sont  totalement  dépourvus,  supprimer  quelques  jeux 
d'anches  en  double  emploi,  rétablir  à  leur  place  les  jeux 
de  tierces  et  de  quintes,  et  ressusciter  ainsi  les  sonorités 
oubliées  du  chef-d'œuvre  d'Alexandre  Thierry. 

Pièces  Justificatives. 

I. 

[Au  dos  :]  Marché  de  Germain  Pillon  pour  la  menuiserie 
du  fus t  de  l'orgue  de  l'église,  du  2  5  mars  lôjg. 

Devis  des  ouvrages  de  menuiserie  qu'il  convient  faire  pour 
la  construction  d'un  fust  d'orgues  que  Monseigneur  le  marquis 
de  Louvois,  au  nom  et  comme  directeur  de  l'hostel  royal  des 
Invalides,  désire  faire  faire  à  l'esglize  dudit  hostel  suivant  les 
plans,  profils  et  eslévations  pour  ce  faits  et  arrestez  et  confor- 
mément au  présent  devis. 

Disposition. 

Premièrement.  —  Le  dit  fust  d'orgues  sera  fait  de  seize  pieds 
en  montre  et  le  positif  à  proportion. 

Tous  les  bois  cy  après  déclarés  qui  seront  employez  aux  dits 
ouvrages  seront  de  beaux  et  bons  bois  de  chesne  sains,  seqs 
et  nets,  bien  choisis,  sans  obiers,  tampons,  nœuds,  galles  ny 
autres  fistulles  quelconques,  mastiqués  ny  fusses. 

Tous  les  dits  bois  seront  très  proprement  dressés,  rabottez  et 
assemblez  suivant  l'art  et  la  propreté  requises  en  semblables 
ouvrages. 

Le  corps  du  buffet  des  dites  orgues  par  le  hault  depuis  le 
dessus  de  la  grande  corniche  de  pierre  qui  règne  au  pourtour 
de  l'église  jusques  au  surplus  de  sa  hauteur  sera  fait  de  dix 
huit  pieds  de  hauteur,  depuis  le  dessus  de  ladite  grande  cor- 
niche jusques  au  dessous  de  l'architrave  du  haut  de  la  grosse 
tourelle,  et  de  vingt  quatre  pieds  de  large,  suivant  les  dimen- 
sions données  par  les  facteurs,  et  cinq  pieds  de  profondeur  de 
dehors  en  dehors  en  son  corps  carré  seulement;  outre  laquelle 
profondeur  il  sera  continué  jusques  contre  le  mur  de  pignon 
du  bout  de  ladite  esglize. 

Le  corps  en  dessoubs,  depuis  le  dessus  de  la  dite  grande  cor- 
niche jusques  sur  le  plancher  de  la  trompe  et  corniche  qui 
sera  au  droit  d'icelluy,  sera  fait  de  onze  pieds  de  hauteur  et 


■—  3o8  — 

de  pareille  profondeur  de  cinq  pieds  de  dehors  en  dehors  en 
son  corps  carré  avec  continuation  des  deux  bouts  jusques 
contre  le  mur  comme  cy  dessus  et  de  largeur  à  proportion  de 
celluy  d'en  hault  qui  sera  quinze  pieds  dix  poulces  ou  environ 
suivant  le  desseing;  l'autre  corps  au  dessous  depuis  ledit  plan- 
cher de  la  trompe  jusques  sur  l'aire  de  pierre  de  taille  de  la 
tribune  sera  fait  de  pareille  profondeur  que  cy  dessus  tant  en 
son  corps  carré  que  continuation  jusques  contre  le  mur  sur 
pareille  largeur  que  cy  dessus,  dans  laquelle  largeur  sera 
observée  l'ouverture  de  grande  porte  d'entrée  de  ladite  tribune 
marquée  par  les  plant  et  desseing. 

Sera  observé  au  susdit  corps  d'en  hault  dudit  buflet  les  cinq 
tourelles  et  les  plattes  faces  et  pillastres  marquez  par  les  plant 
et  desseing,  lesquelles  tourelles  plattes  faces  et  pillastres  auront 
les  largeurs  qu'ils  doibvent  avoir  à  proportion  de  la  susdite 
largeur  totalle  de  vingt  quatre  pieds  au  corps  d'en  hault  dudit 
buffet  et  des  hauteurs  qui  ensuivent  : 

La  grande  tourelle  du  milieu  dix  huit  pieds  de  haut,  archi- 
trave frise  et  corniche  au-dessus  et  amortissement  au  dessus 
suivant  le  desseing  ; 

Les  deux  pillastres  aux  deux  costez  de  ladite  tourelle  chacun 
six  poulces  de  large  ; 

Les  deux  plattes  faces  aux  deux  costez  desdits  pillastres 
auront  chacun  douze  pieds  de  hauteur  depuis  le  dessus  de  la 
corniche  d'en  bas  jusques  au  dessus  de  celle  d'en  hault  et  la 
traverse  et  la  claire  voye  au  dessous  descendront  d'un  pied 
par  le  milieu  et  d'un  pied  et  demy  en  leurs  bouts  et  extrémités. 
Les  deux  pillastres  aux  deux  costez  de  dehors  desdites  plattes 
faces  auront  chacun  cinq  poulces  de  largeur  ou  face; 

Les  deux  autres  tourelles  aux  deux  costez  de  dehors  des  dits 
pillastres,  auront  chacune  quatorze  pieds  de  hauteur,  archi- 
trave frise  et  corniche  au  dessus  et  amortissement  au  dessus 
suivant  le  desseing; 

Les  deux  pillastres  aux  deux  costez  de  dehors  desdites  tou- 
relles auront  chacun  cinq  poulces  de  largeur  ou  face; 

Les  deux  plattes  faces  aux  deux  costez  de  dehors  d'icelles 
tourelles  auront  chacune  neuf  pieds  de  hault  architrave  frize 
et  corniche  au  dessus  et  amortissements  au  dessus  suivant  le 
desseing; 

La  claire  voye  descendra  à  proportion  de  celles  des  autres 
plattes  faces; 

Les  deux  pilastres  aux  deux  costez  de  dehors  des  dites  plattes 

faces  auront  chacun  quatre  poulces  et  demy  de  largeur  ou  face  ; 

Les  deux  petittes  tourelles  aux  deux  costez  de  dehors  desdits 

pilastres  auront  chacune  unze  pieds  de  hault  depuis  le  dessus 


—  3o9  — 

de  la  corniche  d'en  bas  jusque  dessous  l'architrave,  avec  archi- 
trave frize  et  corniche  au  dessus  et  amortissement  au  dessus 
suivant  le  desseing; 

Les  deux  pillastres  aux  deux  costez  de  dehors  desdites  tou- 
relles auront  aussy  chacun  quatre  pouces  et  demy  de  largeur 
ou  face  comme  les  deux  précédentes; 

Plus  sera  fait  et  observé  audit  corps  d'en  hault  dudit  buffet 
les  architraves,  frizes  et  corniches,  chapiteaux,  consolles,  culs 
de  lampes,  claires  voyes,  testes  de  chérubins  et  autre  amortis- 
sements et  ornements  de  sculpture  et  d'architecture  marqués 
par  le  desseing; 

Le  plancher  qui  sera  fait  sous  le  corps  d'en  bas  du  buff'et  à 
la  hauteur  où  devoit  estre  la  trompe  sera  fait  de  bois  de  gros- 
seur suffisante  pour  porter  le  fardeau,  à  neuf  pouces  au  dessus 
duquel  en  sera  fait  un  autre  de  largeur  du  positif  seulement 
pour  couvrir  les  basculles  qui  feront  jexier  ledit  positif,  et  les 
porte  vents  et  autres  mouvements  nécessaires  qui  passeront 
entre  les  deux  planchers. 

Depuis  le  dessus  dudit  plancher  jusques  à  l'ouverture  du 
clavier  il  y  aura  deux  pieds  trois  pouces  de  hauteur. 

L'ouverture  pour  mettre  lesdits  claviers  sera  de  deux  pieds 
quatre  pouces  de  hault  et  trois  pieds  quatre  pouces  de  large 
et  ledit  vuide  fermé  de  deux  vollets. 

Les  frizes  se  desmontront  pour  avoir  la  facilité  de  regarder 
aux  ressorts  des  sommiers  affin  qu'ils  soient  mieux  et  plus 
facilement  entretenus. 

Le  corps  carré  du  susdit  buff'et  depuis  le  dessus  de  la  tribune 
en  amont  sera  posé  en  sa  face  de  derrière  d'après  le  plomb  du 
bout  et  extrémité  de  la  susdite  grande  corniche  de  pierre  du 
pourtour  de  l'esglize. 

Le  positif  sera  posé  dans  le  corps  d'en  bas  du  buffet  en  sorte 
que  le  dehors  dudit  positif  afleure  le  dehors  dudit  buffet  à  la 
réserve  seulement  des  tourelles  d'icelluy  positif  lesquelles 
feront  leurs  saillies  au  dehors  du  corps  dudit  buffet. 

Ledit  positif  sera  fait  de  neuf  pieds  de  large  de  dehors  des 
[en]  dehors  et  neuf  pieds  de  hauteur  du  dessus  de  la  corniche 
d'en  bas  jusques  au  dessoubs  de  celle  d'en  hault. 


IL 

Marché  pour  la  construction  du  grand  orgue  que  Monseigneur 
le  marquis  de  Louvois  désire  faire  faire  en  la  grande  église 
de  VHostel  Royal  des  Invalides  [12  mai  167g]. 

Pour  le  grand  orgue. 

Une  montre  de  seize  pieds  d'estaim  fin,  poly  et  bruny  pour 


—  3io  — 

remplir  toutte  la  face  du  buffet,  tant  les   tourelles  que   les 
plattes  faces, 

Un  bourdon  de  huit  pieds  bouché  sonnant  de  seize  dont  les 
deux  premières  octaves  d'embas  seront  de  bon  bois  de  chèsne 
bien  sec  et  le  reste  d'estofFe, 

Un  jeu  de  huit  pieds  ouvert,  d'estaim  sur  pied  d'estoffe. 

Un  bourdon  de  quatre  pieds  bouché  sonnant  de  huit,  dont 
la  première  octave  d'embas  sera  de  bon  bois  de  chesne  bien 
sec,  le  reste  d'estoffe, 

Un  de  quatre  pieds  ouvert  ou  prestant,  d'estaim  fin  sur  pieds 
d'estoff'e, 

Une  doublette  de  deux  pieds  ouvert  d'estaim  sur  pieds  d'es- 
toffe, 

Une  fourniture  de  cinq  tuyaux  sur  marche  d'estaim,  sur 
pieds  d'estoffe, 
.    Une  cimballe  de  cinq,  d'estaim  sur  pieds  d'estoffe. 

Un  cornet  à  cinq  tuyaux  composé  de  deux  octaves,  fait 
d'étoffe, 

Un  nazard  accordé  à  la  quinte  de  quatre  pieds  d'estoffe, 

Une  tierce  accordée  à  la  tierce  de  la  quarte  de  Nazard,  d'es- 
toffe, 

Une  quarte  de  nazard,  d'estoffe. 

Une  double  grosse  tierce  accordée  à  la  tierce  du  prestant 
d'estoffe. 

Une  fluste  sonnante  de  quatre  pieds,  d'estoffe, 

Un  jeu  de  trompette  sonnant  de  seize  pieds,  d'estaim  sur 
pieds  d'estoffe  garny  de  ses  anches  et  languettes  de  cuivre,  et 
des  rasettes  de  fil  de  fer  [supprimé  et  remplacé  par  une  voix 
humaine  de  huit  pieds]. 

Un  jeu  de  trompette  sonnant  de  huit  pieds,  qui  est  la  trom- 
pette ordinaire,  fait  de  pareilles  matières  [ces  deux  lignes 
sont  sur  la  pièce  3  et  sont  supprimées  sur  la  pièce  2]. 

Un  clairon  sonnant  de  quatre  pieds,  fait  de  semblables 
matières  que  les  deux  jeux  précédents, 

Une  voix  humaine  sonnant  de  huit  pieds  faite  de  semblables 
matières  que  les  deux  jeux  preceddants. 

Positif. 

Une  montre  sonnante  de  huit  pieds  dont  le  plus  gros  tuyaux 
en  montre  commencera  en  F.  Vt  fa  et  les  quatre  autres  plus 
bas  seront  dans  le  buffet,  laquelle  sera  d'estaim  fin,  poly  et 
bruny, 

Un  bourdon  de  quatre  bouché  sonnant  de  huit,  dont  la  pre- 


—  3ii  — 

mière  octave  d'embas  de  bon  bois  de  chesne  bien  sec  et  le 
reste  d'estoffe, 

Une  doublette  d'estaim  fin  sur  pied  d'estoffe, 

Une  fourniture  de  quatre  tuyaux  d'estaim  sur  pieds  d'estoffe, 

Une  cimballe  de  trois  tuyaux  d'estaim  sur  pieds  d'estoffe, 

Un  prestant  de  quatre  pieds  d'estaim,  sur  pieds  d'estoffe, 

Une  fluste  de  quatre  pieds  d'estoffe, 

Un  Nazard  accordé  à  la  quinte  de  quatre  pieds  d'estoffe, 

Une  tierce  d'estoffe, 

Un  larigot  d'estoffe. 

Un  cromorne  d'estaim,  sur  pieds  d'estoffe. 

Une  petite  voix  humaine  de  huit  pieds,  d'estaim,  sur  pieds 
d'estoffe. 

Dans  le  grand  orgue. 

Un  troisième  clavier  pour  y  mettre  dessus, 

Un  cornet  en  résonance  de  deux  octaves,  d'estoffe,  et  un  jeu 
de  petitte  trompette  en  récit  pour  imiter  le  hault-bois  de  deux 
octaves,  pareillement  d'estaim  sur  pieds  d'estoffe. 

Dans  le  mesme  grand  orgue. 

Deux  jeux  de  pédalles,  un  de  fluste  de  huit  pieds  et  l'autre 
de  trompette,  contenant  trente  touches,  scavoir  :  depuis  le 
double  D  la  ré  en  bas  jusqu'en  F.  Vt.  fa  en  hault. 

Deux  tremblants,  l'un  doux;  l'autre  fort.  La  pedalle  de 
fluste  doit  estre  toutte  de  bois;  celle  de  trompette  doit  estre 
d'estaim  et  les  pieds  d'estoffe. 

Il  faut  cinq  grands  souflets  de  six  pieds  de  longueur  et  de 
trois  pieds  de  largeur. 

Il  faut  faire  un  bon  sommier  contenant  quarante-huit  gra- 
veures,  ledit  sommier  sera  divisé  en  deux  et  fait  de  bon  bois 
de  chesne  bien  sec  garny  de  touttes  ses  chappes,  registres, 
soupapes,  mouvements  abrégés,  ressorts,  pandulles  et  touttes 
les  circonstances  requises  et  nécessaires  pour  y  placer  et  faire 
jouer  ensemble  ou  séparément  tous  les  jeux  sans  empruncts 
ny  altération. 

Plus  il  faut  faire  un  autre  sommier  contenant  pareillement 
quarante-huit  graveures  fait  et  garny  de  la  mesme  manière 
que  celuy  cy-dessus,  pour  faire  jouer  tous  les  jeux  du  positif. 

Plus  encor  un  autre  sommier  contenant  vingt-cinq  graveures, 
fait  et  garny  comme  cy-dessus,  pour  y  placer  et  faire  jouer 
les  jeux  du  cornet  séparé. 

Plus  un  autre  sommier  parti  en  deux  contenant  trente  gra- 


—   3l2    — 

veures  fait  et  garny  et  bien  conditionné  comme  les  autres  sus 
dits  pour  y  placer  et  faire  jo^ier  deux  jeux  de  pédalles  cy  devant 
déclarés. 

Plus  faire  quatre  claviers  lesquels  seront  faits  de  bon  bois 
de  chesne  bien  sec,  garnis  de  touttes  leurs  pandulles  et  pointes. 
Les  marches  couvertes  d'os  bien  blancs  et  les  feintes  d'ébène. 

Plus  faire  un  clavier  de  pédalles  de  bon  bois  de  chesne  bien 
sec,  garny  de  tout  ce  qui  est  nécessaire. 

Plus  faire  les  tables  d'abrégés  et  tous  les  abrégés  tirants, 
mouvements,  pilotes  et  touttes  choses  nécessaires  pour  faire 
jouer  lesd.  claviers  avec  facilité. 

Enfin  faire  tous  les  porte-vents  nécessaires  tant  de  bois  que 
de  plomb  bien  conditionnés  pour  conduire  le  vent  dans  touttes 
les  dites  orgues. 


Un  buste  du  maréchal  de  Saxe  par  Laurent  Delvaux 
A  l'exposition  des  Maréchaux. 

(Communication  de  M.  Paul  Vitry.) 

M.  Paul  Vitry  entretient  la  Société  d'un  buste  en  plâtre 
du  maréchal  de  Saxe  figurant  actuellement  à  VExposi- 
tion  des  Maréchaux  (Catalogue,  no  209  f.),  et  qui  est  donné 
comme  «  attribué  à  Pigalle  ».  Cette  attribution  lui  paraît 
impossible  à  soutenir  et  il  reconnaît  dans  cette  effigie  une 
épreuve  du  buste  dont  le  marbre  existe  à  l'Albertinum  de 
Dresde  signé  de  Laurent  Delvaux  sculpteur  de  la  cour  aux 
Pays-Bas. 

Le  livre  de  M.  Georges  Willame  sur  Laurent  Delvaux 
(Van  Oest,  1914)  donne  de  curieux  détails  sur  le  por- 
trait du  maréchal  ïaÀlad  vivum  à  Bruxelles  en  1745.  Mau- 
rice de  Saxe  y  prit  tant  de  plaisir  «  qu'il  en  fit  tirer  cent 
plâtres  pour  les  distribuer  en  France  »  (c'est  un  de  ces 
plâtres  sans  doute  auquel  nous  avons  affaire).  Il  déclarait, 
paraît-il,  que  Lemoyne  n'avait  rien  exécuté  qui  appro- 
chât de  ce  buste.  Et  cependant  l'œuvre  nous  paraît  à  nous 
infiniment  moins  forte  et  incisive  que  les  diverses  études 
de  Lemoyne  d'après  le  maréchal,  notamment  la  terre 
cuite  de  l'ancienne  collection  Doucet.  Mais  sans  doute 
l'image  un  peu  affadie  de  Delvaux  paraissait-elle  plus 
flatteuse  et  plus  «  jeune  »  à  son  modèle. 


3i3  — 


M.  Paul  Vitry  signale  encore  un  autre  buste  dont  l'at- 
tribution doit  être  retirée  à  Pigalle.  C'est  le  soi-disant  Vol- 
taire, en  terre  cuite,  publié  par  M.  Germain  Bapst  dans 
une  brochure  en  anglais  (Paris,  1917)  et  auquel  M.  Roche- 
blave  a  donné  place,  un  peu  trop  hâtivement,  dans  un 
appendice  de  son  excellent  livre  sur  Pigalle,  écrit  et  com- 
posé avant  1914,  mais  qui  vit  le  jour  seulement  en  1919. 
Le  buste  y  figure  à  la  planche  XXXVI,  commenté  seule- 
ment dans  quelques  lignes  de  l'avertissement.  Un  marbre 
de  ce  buste  figure  au  Musée  de  Dijon  sous  le  n»  1098, 
sous  le  nom  du  Marquis  de  Maleteste,  conseiller  au  Par- 
lement de  Dijon,  et  fut  donné  au  Musée  par  le  fils  de 
celui-ci  en  1860. 

Le  marbre  du  Musée  de  Dijon  y  est  entré  sous  la  déno- 
mination de  sculpture  italienne.  Les  attributions  subsé- 
quentes qui  lui  ont  été  données  (Bouchardon  ou  Houdon) 
n'ont  aucun  fondement.  On  a  remarqué  au  contraire  que 
le  marquis  de  Maleteste,  compagnon  de  voyage  du  prési- 
dent de  Brosses  en  Italie,  pouvait  y  avoir  commandé  son 
buste  avant  ou  après  son  voyage. 


A  propos  du  Musée  de  Dijon,  M.  Vitry  annonce  que 
la  collection  Dard,  qui  vient  d'y  entrer,  contient  la  terre 
cuite  originale  datée  d'octobre  1776  du  buste  de  Louis 
François  de  Bourbon,  prince  de  Conty,  par  Mérard,  dont 
le  marbre,  appartenant  jadis  à  la  collection  Rodolphe 
Kann,  fut  étudié  dans  le  Bulletin  (1908,  p.  176). 


Enfin,  pour  compenser  la  perte  subie  par  le  catalogue 
de  l'œuvre  de  Pigalle  d'après  les  observations  précédentes, 
M.  Vitry  indique  que  le  buste  en  bronze,  dont  M.  Roche- 
blave  n'avait  pas  i-etrouvé  la  trace,  du  médecin  Pierre- 
Louis-Marie  Maloet,  médecin  de  la  famille  royale,  et  peut- 
être  passé  par  les  collections  Pichon,  Gille  et  Lowengard, 
se  trouve  chez  M.  le  Dr  Tuffier  et  en  communique  une 
photographie. 


SEANCE  DU  3  NOVEMBRE  1922. 

I. 

COMITÉ  DIRECTEUR. 

La  séance  est  présidée  par  M.  G.  Brière,  ancien  prési- 
dent. 

Présents  :  MM.  G.  Brière,  R.  Gharlier,  J.  Gordey,  E.  Da- 
cier,  J.  Laran,  P. -A,  Lemoisne,  J.-J.  Marquet  de  Vasse- 
lot,  H.  Martin,  A.  Ramet,  P.  Ratouis  de  Limay,  L.  Réau, 
G.  Rouchès,  Gh.  Saunier,  H.  Stein. 

Excusés  :  MM.  P.  Vitry,  J.  Guiffrey,  comte  d'Harcourt, 
L.  Deshairs,  A.  Fontaine. 

—  Le  Secrétaire  fait  connaître  l'état  de  l'impression 
des  publications  de  la  Société.  La  Place  Royale  de  Bor- 
deaux comportera  seize  illustrations,  et  le  prochain  Bulle- 
tin seize  planches,  dont  dix  pour  le  Catalogue  des  œuvres 
de  Lépicié.  A  ce  propos,  lecture  est  donnée  d'une  lettre 
de  Madame  Philippe  Gaston -Dreyfus  qui  veut  bien 
mettre  à  la  disposition  de  la  Société  une  subvention  pour 
l'impression  de  ce  Catalogue.  Le  Comité  accepte  avec 
reconnaissance  et  décide  de  faire  i5o  tirages  à  part  de 
cette  publication. 

—  Le  Trésorier  signale  que  la  direction  des  Beaux-Arts 
a  versé  sa  souscription  de  3,ooo  fr.  pour  le  dernier  volume 
paru  des  Procès-verbaux  de  l'Académie  d'Architecture. 

—  Le  Secrétaire  expose  au  Comité  le  projet  qu'il  a  éla- 
boré en  vue  de  la  célébration  du  cinquantenaire  de  la 
Société.  Cet  anniversaire  sera  fêté  le  mercredi  6  décembre 
prochain  au  Club  de  la  Renaissance,  rue  de  Poitiers,  où 
aura  lieu  un  banquet  par  souscription.  Un  concert  de 
musique  française  ancienne,  dû  à  la  gracieuse  collabora- 
tion de  MM.  Brunold,  Bleuzet,  Borel  et  Gervais,  et  auquel 
tous  les  membres  de  la  Société  seront  invités,  terminera 
la  soirée.  Les  frais  de  ce  concert  seront  assumés  par  la 
Société. 

Le  Comité,  à  l'unanimité,  approuve  ce  projet  et  adresse 


—  3i5  — 

ses  remerciements  au  Secrétaire,  qui  a  préparé  et  orga- 
nisé cette  manifestation. 

—  Le  Trésorier  fait  part  du  décès  du  comte  Gabriel  de 
Castres,  sociétaire. 

—  Sont  nommés  membres  de  la  Société  : 

Mme  Bertaux,  présentée  par  MM.  Roux  et  Rouchès; 
M.  Stéphane  Piot,  présenté  par  MM.  Ramet  et  Rouchès; 
M.  Simon  Lissien,  présenté  par  MM.  Alfassa  et  L.  Réau; 
M.  André-Jean  Hachette,  présenté  par  MM.  Godillot  et 
Kœchlin;  le  Dr  Félix  Jayle,  présenté  par  MM.  Rouchès 
et  Ratouis  de  Limay;  M.  Adrien  Carlier,  présenté  par 
MM.  Rouchès  et  Vuafflart;  M.  Andréas  Lindblom,  pro- 
fesseur adjoint  à  l'Université  de  Stockholm,  présenté  par 
MM.  Ratouis  de  Limay  et  P.  Vitry;  M^e  Boitet,  présen- 
tée par  MM.  René-Jean  et  Ratouis  de  Limay;  M.  Charles 
Appuhn,  professeur  au  Lycée  Saint-Louis,  présenté  par 
MM.  René-Jean  et  Ratouis  de  Limay;  la  Bibliothèque 
universitaire  et  régionale  de  Strasbourg,  présentée  par 
MM.  É.  Champion  et  A.  Ramet;  M.  Paul  Gautier,  pro- 
fesseur à  l'École  des  Beaux-Arts,  présenté  par  MM.  Paul 
Jolis  et  Pierre  Marcel;  M.  Edmond-Jules  Membre,  pré- 
senté par  MM.  P.  Ratouis  de  Limay  et  G.  Rouchès. 

M,  Franklyn  Paris  est  nommé  membre  perpétuel. 


REUNION  DE  LA  SOCIETE. 

Présents  :  le  comte  Allard  de  Chollet;  Mlle  j.  Ballot; 
MM.   G.    Bernard;   G.    Brière,    le  capitaine   P.    Buttin; 
Mlle  M.  Charageat;  MM.  R.  Charlier,  J.  Cordey,  E.  Da- 
cier,  R.  Dubois-Corneau,  H.  Fage;  Mme  Fiaux;  MM.  Gilles 
de  la  Tourette,  H.  Gonse,  C.  Gronkowski,  H.  Guerlin 
P.    Hermel,  P.  Jamot,  A.  Kahn;  Mlle  Laplagne;  J.  Laran 
P.  Lavallée,  P. -A.  Lemoisne;  MUe  É.  Maillard;  MM.  P 
Marmottan,   J.    J.    Marquet    de    Vasselot,    H.     Martin 
P.  Mornand,  P.  Olmer,  Perrault-Dabot,  le  comte  de  Puy 
maigre,  A.  Ramet,  P.  Ratouis  de  Limay,  L.  Réau,  J.  Robi 
quet,  G.  Rouchès,  A.  Roux,  Ch.  Saunier,  P.  Schommer 
Mlle    FI.   Ingersoll-Smouse;    MM.    Tromp,    J,    Vallery 
Radot,  J.  Verrier;  Mme  Watel-Dehaynin. 


—  3i6  — 

Le    premier    Salon    de    Houdon. 
(Communication  de  M.  Louis  Réau*.) 

D'après  tous  les  biographes  de  Houdon,  c'est  en  1771 
que  l'artiste  aurait  exposé  pour  la  première  fois  au  Salon 
du  Louvre. 

A  priori  cette  affirmation  aurait  dû  soulever  des  doutes. 
On  sait  en  effet  que  Houdon  fut  agréé  à  l'Académie  le 
23  juillet  1769  :  or  le  Salon  n'ouvrait  que  le  jour  de  la 
Saint-Louis,  c'est-à-dire  le  25  août.  Le  jeune  sculpteur 
avait  donc  la  faculté  d'y  prendre  part.  Pourquoi  aurait-il 
renoncé  de  gaieté  de  cœur  à  ce  privilège  envié,  particu- 
lièrement appréciable  pour  un  débutant? 

Les  faits  confirment  la  justesse  de  ce  raisonnement.  Si 
l'on  ne  s'en  est  pas  avisé  plus  tôt,  c'est  que  le  nom  de 
Houdon  ne  figure  pas  sur  le  livret  du  Salon  de  1769  et 
que  deux  des  salonniers  les  plus  notoires  de  l'époque, 
Diderot  et  Bachaumont,  n'en  font  pas  mention  à  cette 
date.  Mais  il  arrivait  fréquemment  que  les  envois  tardifs 
ne  fussent  pas  enregistrés  sur  le  catalogue  et  les  critiques 
ne  se  croyaient  pas  tenus  d'être  complets. 

La  participation  de  Houdon  nous  est  révélée  par  les 
autres  critiques  du  Salon.  Nous  en  avons  trouvé  trace 
notamment  dans  le  Mercure  de  France,  V Année  littéraire, 
V Avant-Coureur,  les  Sentiments  sur  les  tableaux  exposés 
au  Salon,  les  Réflexions  sur  quelques  morceaux  de  pein- 
ture et  de  sculpture  exposés  au  Salon  du  Louvre.  Ces  docu- 
ments qui  se  complètent  les  uns  les  autres  nous  permettent 
de  combler  les  lacunes  du  livret  et  de  reconstituer  la 
liste  des  envois  de  Houdon  qui  comportait  au  moins  six 
numéros  : 

1.  Petit  Luperque. 

2.  Statue  de  saint  Jean-Baptiste. 

3.  Tète  de  saint  Jean. 

I.  Cette  étude  que  nous  nous  bornons  ici  à  résumer  a  été 
publiée  in  extenso  dans  la  Ga:^ette  des  Beaux-Arts,  janvier 
1923. 


-3i7- 

4.  Statue  de  saint  Bruno. 

5.  Buste  d'une  paysanne  de  Frascati. 

6.  Petite  tête  d'enfant  en  marbre  blanc. 


Grâce  aux  précieux  croquis  jetés  par  Gabriel  de  Saint- 
Aubin  sur  les  marges  ou  les  feuilles  de  garde  de  son 
exemplaire  du  livret  du  Salon  de  1769,  nous  pouvons 
apporter  à  cette  démonstration  par  les  textes  l'appui  d'une 
illustration  par  les  documents  graphiques.  En  publiant 
ces  dessins  en  fac-similé,  M.  E.  Dacier  avait  cru  pouvoir, 
avec  certaines  réserves,  attribuer  au  sculpteur  Gois  plu- 
sieurs sculptures  d'une  identification  difficile.  Tous  ces 
pseudo-Gois  sont  en  réalité  des  Houdon  très  authentiques. 
Averti  par  les  critiques  que  nous  avons  exhumés,  on  n'a 
pas  de  peine  à  reconnaître  le  Luperque,  le  Saint  Jean  et 
le  Saint  Bruno, 


De  ces  trois  statues  exposées  par  Houdon  au  Salon  de 
1769  la  seule  qui  fût  bien  connue  était  le  magnifique 
Saint  Bruno  en  marbre  conservé  à  Rome  dans  l'église 
S.  Maria  degli  Angeli.  Le  Saint  Jean  en  plâtre  qui  lui 
faisait  pendant  avait  été  fracassé  en  1894.  Fort  heureuse- 
ment, un  modèle  réduit  vient  d'être  retrouvé  par  M.  Ber- 
tini  Calosso  dans  les  magasins  du  Musée  des  Thermes  : 
il  est  exposé  aujourd'hui  à  la  Galerie  Borghèse.  Quant  au 
Luperque  courant  nu  à  travers  les  rues  de  Rome  en  bran- 
dissant des  lanières  de  peau  de  chèvre  qui  passaient  pour 
féconder  les  femmes,  nous  en  avons  identifié  un  exem- 
plaire en  plâtre  au  Musée  de  Gotha. 

On  peut  donc  se  représenter  très  exactement  l'activité 
de  Houdon  pendant  ses  quatre  années  d'apprentissage  à 
l'Académie  de  Rome  (1764-1768).  Le  fameux  Écorché  de 
1767,  qui  lui  servit  de  préparation  pour  les  deux  statues 
de  saint  Jean  et  de  saint  Bruno,  témoigne  du  sérieux  de 
ses  études  anatomiques  d'après  nature.  Mais  il  combine 
l'étude  réaliste  du  modèle  avec  des  recherches  de  style 


—  3i8  — 

et  de  mouvement  dont  il  demande  le  secret  tantôt  à  l'an- 
tique tantôt  à  Michel-Ange  et  à  Bernin.  Le  Luperque, 
qui  faisait  peut-être  pendant  à  la  Vestale  copiée  au  Musée 
du  Gapitole,  tient  à  la  fois  de  l'antique  et  de  l'Apollon 
du  Bernin.  Le  Saint  Jean-Baptiste  qui  dérive  de  VÉcor- 
ché  rappelle,  par  son  attitude  et  le  caractère  de  sa  tête, 
le  Christ  ressuscité  de  Michel-Ange  à  Santa-Maria  sopra 
Minerva.  Ainsi  se  mêlent  dans  ces  œuvres  conçues  et 
exécutées  à  Rome  les  trois  sources  du  génie  de  Houdon 
qui,  contrairement  à  ce  qu'on  croyait  jusqu'à  présent, 
n'attendit  pas  le  Salon  de  1771  pour  montrer  à  Paris  le 
résultat  de  ses  efforts. 


Augustin  peintre  en  émail. 
(Communication  de  M.  Paul  Marmottan.) 

L'octroi  de  logements  au  Louvre  à  des  artistes  distin- 
gués (nous  ne  parlons  pas  de  ceux  de  la  Sorbonne  qui 
semblent  avoir  duré  plus  longtemps)  était  depuis  le  Con- 
sulat et  surtout  en  i8o3,  année  de  la  lettre  que  mous  allons 
produire,  reconnu  plein  de  dangers  pour  le  Muséum,  sans 
parler  des  abus  auxquels  il  donnait  lieu. 

Napoléon  qui  était  allé  les  constater  lui-même  dans  la 
visite  qu'il  fit  sur  les  lieux,  c'est-à-dire  rue  des  Orties, 
avant  de  faire  commencer  par  l'architecte  Raymond,  puis 
continuer  par  Percier  et  Fontaine  une  grande  galerie 
nouvelle  que  nous  possédons  encore,  laquelle  réunit  le 
Louvre  aux  Tuileries,  Napoléon,  dis-je,  ne  voulut  plus 
d'ateliers  au  Louvre.  Et,  en  cette  même  année  i8o5,  il 
signait  un  arrêté  affectant  l'entresol  du  Musée,  là  où 
étaient  situés  les  ateliers,  au  service  du  Garde-Meuble. 
Mais  il  ne  lésina  pas  sur  le  principe  d'indemnité  que  com- 
portait la  dépossession  des  titulaires.  Et,  au  budget  de 
l'an  XIII,  comme  pour  le  projet  de  budget  de  l'an  XIV, 
l'intendant  de  la  Liste-Civile,  Daru,  inscrivait  encore 
vingt-deux  artistes  ayant  cédé  leurs  logements  au  Louvre 
et  suivant  l'état  arrêté  par  Sa  Majesté  «  pour  des  pensions 


-  3i9  - 

se    montant,    dans    leur    ensemble,    à   une   somme   de 
19,200  francs  ^  » 

Augustin  arrivait  donc  assez  tard  en  i8o5  pour  intro- 
duire sa  demande.  La  suppression  des  logements  d'ar- 
tistes au  Louvre  était  une  réforme  en  cours  d'exécution  ; 
elle  allait  être  bientôt  virtuellement  consommée.  Augus- 
tin n'obtint  pas  pour  cette  raison  la  faveur  qu'il  sollicitait 
et  durant  tout  l'Empire  et  la  Restauration  les  livrets  des 
Salons  le  domicilient  25,  rue  Groix-des-Petits-Champs. 

14  mars  i8o52. 

A  Monsieur  le  Conseiller  d'État,  intendant  général  de  la 
Maison  de  Sa  Majesté  Impériale. 

Les  Arts  viennent  de  perdre  M.  Auguste,  le  père  s,  et  sa 
mort  laisse  vacant  le  logement  qu'il  occupait  aux  galeries  du 
Louvre. 

Augustin,  peintre  en  miniature  et  en  émail,  demeurant  dans 
ce  moment  place  des  Victoires,  n*  i5*,  prend  la  liberté  de  vous 
le  demander.  Il  observe  que  parmi  les  artistes  de  son  genre  il 
en  est  déjà  plusieurs  qui  ont  obtenu  une  semblable  faveur 
avant  la  Révolution. 

M.  Dumont  et,  depuis,  MM.  Isabey,  Langlois  et  autres  ont 
reçu  cette  marque  des  bienfaits  du  gouvernement  et  de  la  pro- 
tection constante  accordée  à  l'art  de  la  peinture. 

Augustin,  dont  Sa  Majesté  l'Impératrice  a  daigné  distinguer 
le  pinceau  pour  le  charger  de  faire  son  portrait,  croit  avoir 
quelque  droit  à  solliciter  la  même  grâce  et  le  même  encoura- 
gement que  ces  artistes. 

Il  ajoute  qu'il  a  de  plus  qu'eux  embrassé  la  peinture  en 
émail,  genre  que  Louis  XIV  avait  honoré  d'une  protection  si 
particulière  que  pour  attirer  et  fixer  en  France  le  célèbre 
Petitot,  il  lui  avait  offert  et  accordé  un  logement  et  une  pen- 
sion. 

Malgré  la  grande  réputation  que  Petitot  a  laissée  après  lui 

1.  Extrait  d'un  rapport  à  S.  M.  l'Empereur  et  Roi,  Paris, 
8  février  1806  (Archives  nationales,  O2  1129.  Inédit). 

2.  Enregistrée  sous  le  n"  1499,  le  23  ventôse  an  XIII. 

3.  Le  célèbre  orfèvre  et  ciseleur. 

4.  Maison  formant  le  coin,  sans  doute,  de  la  rue  Groix-des- 
Petits-Champs  et  ayant  même  une  entrée  sur  la  place  des 
Victoires. 


—    320   — 

pour  le  désespoir  des  artistes,  malgré  les  difficultés  presqu'in- 
surmontables  d'un  genre  dans  lequel  il  n'avait  formé  aucun 
élève  et  n'avait  point  laissé  de  successeur,  Augustin  par  suite 
d'une  étude  et  d'une  application  constante  pendant  plusieurs 
années,  peut  aujourd'hui  avancer  qu'il  a  surmonté  tous  les 
obstacles  qui  jusqu'à  ce  jour  ont  effrayé  ceux  qui  ont  voulu 
parcourir  la  même  carrière;  il  est  d'ailleurs  peu  de  personnes 
que  l'amour  de  leur  art  eut  engagé  à  faire  les  sacrifices  que 
ce  genre  exige. 

Ce  n'est  pas  à  lui  qu'il  appartient  de  parler  de  ce  qu'il  a 
déjà  exposé,  mais  ce  qu'il  peut  dire  c'est  qu'il  a  le  sentiment 
profond  du  degré  de  perfection  auquel  on  peut  le  pousser  et 
qu'il  pense  que  sous  les  auspices  de  Napoléon,  il  est  possible 
que  les  ouvrages  en  émail  de  son  siècle  surpassent  ceux  du 
siècle  de  Louis  XIV. 

Cet  espoir  n'est  pas  un  titre  sans  doute  et,  malgré  ceux  qu'il 
peut  réellement  faire  valoir  pour  obtenir  l'encouragement 
qu'il  réclame,  il  reste  convaincu  que  le  succès  de  sa  demande 
est  bien  plutôt  fondé  sur  la  justice  du  magistrat  à  qui  Sa 
Majesté  Impériale  a  confié  la  distribution  de  cette  pajtie  des 
encouragements  qu'elle  accorde  aux  artistes. 

Il  vous  supplie,  Monsieur,  d'agréer  l'hommage  de  son  pro- 
fond respect. 

Augustin  '. 

A  propos  d'Augustin,  nous  détachons  d'un  journal  de 
son  temps  ces  deux  entrefilets  le  concernant  et  qui  sont 
sans  doute  ignorés  aujourd'hui.  Ils  intéressent  tous  ceux 
qui  s'occupent  de  l'histoire  de  l'art  des  miniaturistes  et 
l'un  d'eux  précise  en  même  temps  la  date  d'un  beau  et 
double  portrait  du  baron  Denon  dont  la  trace  n'est 
peut-être  pas  encore  retrouvée. 

I. 

Les  amateurs  se  rappelleront  facilement  un  très  beau  por- 
trait, grande  miniature  de  M.  le  directeur  général  des  Musées, 
exposé  au  dernier  Salon  par  M.  Augustin. 

Ce  portrait  vient  d'être  exécuté  en  émail,  dans  les  mêmes 

I.  Pièce  originale  nous  appartenant. 


—   321    — 

dimensions  que  la  miniature  originale,  avec  un  succès  qui  ne 
laisse  rien  à  désirer*. 

II. 

Depuis  le  siècle  de  Louis  XIV  où  le  célèbre  Petitot  fixa  sur 
l'émail  un  grand  nombre  de  portraits  d'après  les  plus  grands 
maîtres,  ce  genre  de  peinture  était  négligé  et  presque  oublié 
en  France. 

MM.  Fouvron  et  Weyler  lui  redonnèrent  toute  la  célébrité 
dont  il  avait  Joui  précédemment.  M.  Weyler  excellait  dans  le 
portrait  en  émail  d'après  nature  et  celui  de  M,  le  comte  d'An- 
giviller,  qui  fut  son  morceau  de  réception  à  l'Académie,  a  été 
généralement  regardé  comme  un  chef-d'œuvre  de  faire  et  de 
ressemblance. 

En  1785,  cet  artiste  avait  été  chargé  par  le  gouvernement  de 
peindre  en  émail  la  Collection  des  Grands  Hommes;  sa  santé 
ne  lui  permit  de  terminer  qu'un  petit  nombre  de  ces  portraits 
que  le  départ  de  la  Cour  transporta  chez  l'étranger. 

Celui  de  Turenne  et  celui  de  Catinat  furent  retrouvés  lors- 
qu'on vendit  le  cabinet  du  prince  Ferdinand  de  Prusse  et  ont 
été  rapportés  en  France  où  il  sont  devenus  la  possession  de 
M.  le  maréchal  duc  de  Dalmatie. 

M"'  Weyler  ayant  suivi  son  mari  dans  ses  travaux  se  dévoua 
entièrement  à  ce  genre  de  peinture  et  fit  tous  ses  efforts  pour 
ne  pas  laisser  perdre  une  seconde  fois  un  art  si  précieux,  mais 
d'une  exécution  si  difficile. 

Son  courage  fut  couronné  de  succès  et  la  dimension  qu'elle 
a  souvent  employée  dans  ses  portraits  prouve  que  l'émail  peut 
n'être  pas  seulement  peint  en  petit  à  la  manière  du  bijou, 
mais  qu'il  supporte  l'action  du  feu  jusqu'au  diamètre  de  six  à 
sept  pouces,  ce  qui  laisse  aux  traits  le  développement  le  plus 
favorable. 

Enfin  MM.  Ysabey  et  Augustin,  qui  sont  connus  de  toute 
l'Europe,  ont  consacré  leur  talent  à  ce  genre  d'autant  plus 
recommandable  qu'il  résiste  à  l'action  du  feu,  de  l'eau,  de  la 
lumière  et  qu'il  perpétue  l'œuvre  de  l'artiste  dans  toute  sa 
fraîcheur  primitive  2. 

1.  Journal  de  l'Empire  du  26  mai  181 2,  p.  2. 

2.  Journal  de  VEmpire^  12  juin  1812, 


[922  21 


--    322   — 

Documents  sur  Robert  Lefèvre. 
(Communication  de  M.  Paul  Marmottan.) 

I. 

Le  portrait  de  Fontanes. 

Le  grand  portrait  en  pied  du  comte  Fontanes,  membre 
de  l'Académie  française,  qui  décorait  naguère  encore  le 
cabinet  du  ministre  de  l'Instruction  publique,  est  du 
célèbre  peintre  Robert  Lefèvre. 

Il  fut  commandé,  spécifie  le  catalogue  du  Salon  de 
1822  (année  où  ce  tableau  fut  exposé)  par  le  ministère  de 
l'Intérieur  dont  dépendaient  alors  les  Beaux-Arts.  Mais  il 
ne  précise  pas  la  date  de  cette  commande;  or  l'on  sait  que 
le  ministère  de  l'Intérieur  possédait  ses  attributions  sur 
les  Beaux-Arts  depuis  1800. 

Le  livret  de  1822  désigne  le  personnage  avec  son  cos- 
tume officiel  de  Grand-Maître  de  l'Université,  ce  qui 
donne  au  tableau,  malgré  l'anachronisme,  une  valeur 
documentaire  précieuse,  ce  costume  étant  fort  beau  et 
ayant  disparu  depuis  six  ans.  Il  se  composait  d'une 
simarre  de  soie  violette  à  passementeries  d'or  et  d'un 
long  manteau  noir  fourré  d'hermine  sur  lequel,  à  l'endroit 
de  la  poitrine  et  à  gauche,  se  voit  la  palme  réglementaire 
brodée  en  soie  bleue,  enfin,  comme  couvre-chef,  d'une 
toque  à  galon  d'or.  Lefèvre  a  fixé  ce  costume  sur  sa  toile 
avec  toute  exactitude. 

Fontanes  perdant  son  titre  de  Grand-Maître  dès  les 
premiers  jours  de  la  Restauration,  ceci  de  par  l'ordon- 
nance du  i5  août  181 5  qui  transférait  les  pouvoirs  attri- 
bués au  Grand-Maître  à  une  Commission  royale  dite  de 
l'Instruction  publique  à  laquelle  Fontanes  n'est  pas 
appelé ^,  il  est  très  vraisemblable  que  l'idée  ou  même  un 

I.  Placée  sous  l'autorité  du  ministre  de  l'Intérieur.  La  charge 
de  Grand  Maître  disparaît  même  des  Almanachs  royaux.  Mais 
l'Université,  qui  est  dans  ces  années-là  un  corps  autonome  (il 
n'y  a  pas  de  ministère  de  l'Instruction  publique),  et  aux  desti- 


—  323  — 

commencement  d'exécution  de  ce  portrait,  qui  est  fort 
agréable,  date  d'avant  i8i5. 

On  ne  se  figure  pas  en  effet  le  gouvernement  de  la  Res- 
tauration ordonnant  de  peindre  grandeur  nature  le  plus 
haut  dignitaire  et  le  premier,  même  en  date,  de  l'Université 
napoléonienne.  Il  n'avait  la  tête  alors  qu'à  effacer  tous 
les  souvenirs  matériels  du  règne  précédent.  Il  faudrait 
retrouver,  pour  être  encore  plus  sûrement  fixé  sur  ce  point, 
le  papier  de  commande  ^. 

D'autre  part  (le  fait  est  avéré  par  des  documents  d'ar- 
chives déjà  connus),  Napoléon,  par  l'entremise  de  Denon, 
chargea  les  principaux  artistes  des  effigies,  en  pied  et  en 
costumes  de  leurs  charges,  de  ses  premiers  officiers  et 
ministres  2. 

Mais  le  Conseil  royal  de  l'Instruction  publique  est 
porté  en  1822  sur  le  livret  du  Salon  de  cette  année-là 
comme  étant  le  destinataire  dudit  portrait,  et  c'est  ainsi 
qu'il  est  entré  au  ministère.  Ce  portrait  appartenant  à 
l'État,  mais  sans  doute  non  achevé  en  181 5,  a  été  recueilli 
plus  tard  par  cette  administration  ;  le  fait  n'a  rien  que  de 
logique.  Et  le  Conseil  en  question  a-t-il  d'autant  plus 
tenu  en  1822  à  posséder  le  portrait  de  Fontanes  que 
celui-ci  venait  de  décéder  l'année  précédente,  en  1821,  et 
que  beaucoup  de  membres  dudit  Conseil  étaient  ses  amis 
ou  obligés. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Fontanes  est  représenté  de' face,  un 
jour  de  distribution  de  prix,  dans  l'exercice  de  ses  fonc- 
tions. Il  tient  de  la  main  droite  une  couronne,  qu'il  prend 
sur  une  table  où  se  trouvent  des  volumes  dorés  sur  tranche 
qui  sont  les  prix  d'honneur. 

Fontanes  ayant  été   nommé  Grand-Maître  le  17  mars 

nées  duquel  préside  Mgr  de  Frayssinous,  va  voir  restituer  à  ce 
dernier,  et  ceci  par  l'ordonnance  royale  du  i^'  juin  1822,  le  titre 
de  Grand  Maître  rétabli. 

1.  Il  est  très  vraisemblable  que  ces  papiers  reposent  encore 
aux  Archives  nationales  et  qu'ils  ont  pu  échapper,  comme  nous 
le  constatons  tous  les  jours,  heureusement,  aux  attentats  des 
réactions  politiques. 

2.  Le  Musée  de  Versailles  en  a  une  collection  très  bien 
groupée. 


—  324  — 

i8o8,  date  du  décret  constitutif  de  l'Université,  présida 
le  i6  août  1809,  dans  la  salle  des  séances  publiques  de 
l'Institut,  la  première  distribution  générale  des  prix  aux 
élèves  des  quatre  lycées  de  Paris  <,  à  savoir  :  Gharle- 
magne,  Napoléon^,  Impérial ^  et  Bonaparte.  Il  y  prononça 
un  discours  reproduit  dans  l'Almanach  de  l'Université''. 

Il  présida  l'année  suivante  la  même  solennité.  Le 
moment  choisi  par  le  peintre  est  l'un  de  ceux-là.  D'où  le 
caractère  vraiment  pittoresque  autant  qu'historique  de 
cette  peinture,  digne  à  tous  points  de  vue  d'être  repro- 
duite par  quelque  ouvrage,  car  jusqu'ici,  malgré  le  grand 
et  louable  mouvement  de  divulgation  des  documents 
d'iconographie  qui  distingue  le  temps  présent,  ce  très 
intéressant  tableau  a  échappé  à  l'attention  des  curieux  et 
il  manque  aux  recueils  spéciaux. 

Envoyé  en  1921  à  la  Sorbonne  par  le  ministre  d'alors, 
M.  Honnorat,  le  portrait  en  question  orne  actuellement 
le  cabinet  du  vice-recteur  et  est,  comme  nous  l'a  écrit  ce 
haut  fonctionnaire,  destiné  au  futur  musée  que  l'Univer- 
sité se  proposerait  de  créer  dans  la  chapelle. 

II. 

Le  portrait  de  Mons. 

Le  Conseil  municipal  de  Mons,  chef-lieu  du  dépar- 
tement français  de  Jemmapes  sous  le  Premier  Empire, 
demanda  à  Denon  de  désigner  l'artiste  parisien  le  plus 
qualifié  pour  exécuter  le  portrait  en  pied  de  Sa  Majesté 
VEmpereur,  qu'il  désirait  posséder. 

Le  choix  du  directeur  général  des  Musées  dans  cette 
circonstance  se  porta  sur  Robert  Lefevre^y  qui  avait  déjà 

1.  Voir  la  description  de  cette  cérémonie,  p.  283  et  suiv., 
dans  VAlmanach  de  l'Université  impériale^  année  1810,  petit 
in-i2. 

2.  «  Henri  IV  »  aujourd'hui. 

3.  Louis  le  Grand,  item. 

4.  Ibid.,  p.  284,  285  et  286. 

5.  De  Lanzac  de  Laborie,  Paris  sous  Napoléon,  VIII  : 
Spectacles  et  Musées,  p.  383  et  384.  —  Le  Musée  de  Versailles 


—  325  - 

donné  de  Napoléon  plusieurs  portraits  extrêmement 
appréciés  tant  pour  la  ressemblance  que  pour  la  chaleur 
du  coloris  et  la  finesse  du  modelé. 

Ce  portrait  qui  est  de  grandeur  nature  arriva  à  Mons 
en  i8i3  avec  sa  bordure  et  nous  l'avons  admiré  en  belle 
place  au  Musée  de  cette  ville  en  igoo,  où  il  était  demeuré 
en  parfait  état.  L'invasion  et  l'occupation  allemandes  de 
1914-1918  —  plus  respectueuses  ici  des  œuvres  d'art 
qu'elles  ne  l'ont  été  dans  les  villes  du  Nord  —  n'y  ont 
pas  touchée 

Comme  les  voyageurs  s'arrêtent  peu  à  Mons  qui  n'est 
pour  eux  qu'une  station  d'express,  et  que  d'ailleurs  cette 
ville  —  à  tort  —  n'est  pas  visitée,  il  en  résulte  que  ce  très 
beau  portrait  a  passé  inaperçu  jusqu'ici. 

N'ayant  jamais  été  privé  de  surveillance,  ni  déménagé, 
à  la  suite  des  révolutions,  par  exemple,  il  nous  a  paru  en 
1900  en  bon  aspect  de  fraîcheur  et  le  plus  intact  des 
portraits  de  l'Empereur  signés  de  Robert  Lefèvre. 

Celui  de  la  ville  de  Paris  par  cet  artiste  a  plusieurs  fois 
changé  de  place  —  suivant  les  régimes  —  et,  de  l'hôtel  de 
ville  (salon  de  l'Empereur,  où  il  se  trouvait  encore  en  1870), 
il  fut  porté,  sur  l'avis  de  feu  M.  Jules  Cousin  qui  me  l'a 
rapporté,  dans  le  foyer  du  théâtre  Lyrique,  place  du  Châ- 
telet^,  ce  qui  le  sauva  sous  la  Commune,  puis  enfin,  assez 
longtemps  après,  mis  au  magasin  municipal  d'Auteuil, 
où,  croyons-nous,  il  est  encore.  Pourquoi  donc  ne  reçoit- 
il  pas  un  abri  définitif  au  Petit-Palais? 

Celui  commandé  par  la  ville  de  Dunkerque,  peint  par 
le  même  Lefèvre,  fut  brûlé  officiellement  en  181 5  ou  1816 
sur  l'ordre  de  M.  Decazes,  ministre  de  la  Police^.  Il  a  été 
gravé  au  trait  dans  le  recueil  de  Landon  et  Bonaparte  y 
était  en  costume  consulaire;  il  datait  en  effet  de  l'an  XL 

possède  et  expose  un  portrait  mi-corps  et  contemporain  du 
baron  Denon,  par  Robert  Lefèvre. 

1.  Renseignement  dû  à  M.  le  bâtonnier  A.  Dumousder,  du 
barreau  de  Mons.  Lettre  à  l'auteur  du  2  juin  1922. 

2.  Aujourd'hui  théâtre  Sarah-Bernhardt. 

3.  Voyez  Le  peintre  Robert-Lefèvre,  par  Gaston  Lavalley 
(Caen,  in-4"',  sans  date). 


—  326  — 

Celui  conservé  dans  la  famille  impériale  comme  ceux 
du  Musée  de  Versailles  et  du  Sénat  ont  subi  forcément, 
par  les  diverses  mutations  politiques,  certaines  atteintes. 
Il  y  en  a  d'autres  chez  quelques  amateurs.  Celui  du  baron 
Gourgaud  en  buste,  reproduit  dans  le  livre  publié  par  la 
Sabretache  en  1921  —  année  du  centenaire  napoléonien, 
—  paraît  aussi  bien  original  et  est  en  somme  du  même 
type. 

Il  existe  du  portrait  en  pied  de  l'empereur  par  Robert 
Lefèvre  une  gravure  en  couleur  anglaise  assez  rare,  con- 
temporaine et  qui  porte  la  signature  estimable  de  Deva- 
chez.  Dans  cet  exemplaire  les  fonds  sont  occupés  par  une 
galerie  des  Tuileries  où  s'aperçoivent  des  statues  de  grands 
hommes  de  l'Antiquité. 

La  belle  conservation  du  portrait  de  Mons  démontre 
en  tout  cas  que,  pour  les  toiles  peintes,  la  stabilité  durable 
dans  les  Musées  ou  galeries,  à  l'abri  du  soleil  et  des 
brusques  variations  de  température  (un  chauffage  moyen 
des  salles  devant  être  prévu  pour  la  saison  d'hiver),  est 
chose  bien  désirable. 

La  tendance  qu'ont  aujourd'hui  certains  Musées  de 
déplacer  les  tableaux  pour  les  prêter  à  des  expositions 
temporaires,  dont  le  nombre  s'est  multiplié  avec,  ce  nous 
semble,  un  certain  excès  à  notre  époque,  sans  être  con- 
damnable n'est  pas  à  encourager. 

On  dit  qu'une  loi  existe  contre  ces  exodes;  elle  a  sa 
raison  d'être.  Les  dépôts  publics  sont  à  la  portée  de  tous 
et  point  n'est  besoin  de  faire  voyager  les  toiles  peintes 
comme  des  marchandises.  Un  auteur  érudit,  appelé  à 
étudier  les  maîtres,  saura  bien  trouver  l'endroit  où  reposent 
leurs  œuvres  et  les  faire  reproduire  en  photographie.  Du 
maintien  à  leurs  places  dépend  la  bonne  préservation  de 
ces  toiles  auxquelles  les  voyages  ne  valent  rien. 

III. 

Cinq  portraits  peu  connus. 

Enfin  nous  terminerons  en  signalant  cinq  portraits  très 
beaux  de  Robert  Lefèvre  ignorés  de  Lavalley.  L'exposi- 
tion de  l'été  dernier,  dite  des  Maréchaux,  au  palais  de  la 
Légion  d'honneur  nous  fournira  le  premier,  à  savoir  :  le 


—  327  — 

portrait  en  pied  de  Mme  la  maréchale  Soult  et  de  ses  deux 
enfants  jouant  auprès  d'elle.  Les  personnages  sont  de 
grandeur  nature.  L'œuvre  encore  pleine  de  fraîcheur,  vu 
sa  bonne  conservation,  appartient  à  la  marquise  de  Bal- 
leroy. 

Le  deuxième  portrait  inédit  est  celui  d'une  comtesse 
d'Harcourt,  vue  de  face  et  de  trois  quarts,  que  nous  avons 
pu  voir  récemment  dans  l'hôtel  du  duc  Pozzo  di  Borgo, 
rue  de  l'Université,  avec  la  Commission  du  Vieux-Paris. 

C'est  une  effigie  de  famille  demeurée  là  et  n'ayant  jamais 
figuré  dans  une  exposition. 

Rappelons  maintenant  l'existence  d'un  autre  excellent 
portrait  presque  inconnu  et  du  même  artiste,  conservé 
dans  la  salle  du  Conseil  de  la  Chambre  des  notaires,  place 
du  Châtelet,  nommément  celui  du  doyen  de  la  corpo- 
ration Denis  de  Villiers  (représenté  de  trois  quarts),  daté 
de  i8o5<. 

Je  citerai  aussi  le  très  beau  portrait  d'Odiot,  le  grand 
orfèvre,  vu  dans  une  exposition  au  Musée  des  Arts  déco- 
ratifs, mais  peu  cité  par  les  auteurs,  portrait  condensant 
dans  sa  touche  moelleuse  les  brillantes  qualités  de  Reg- 
nault,  maître  de  Lefèvre,  et  le  portrait  de  face  et  de  trois 
quarts  de  Jean-Victor  Bertin,  le  paysagiste,  maître  de 
Corot,  nous  appartenant.  Toutes  ces  effigies  sont  de 
grandeur  nature.  Nous  en  parlons  de  visu. 


Percier  a  son  collègue  Paris 
1804. 

(Communication  de  M.  Paul  Marmottan.) 

Pierre-Adrien  Paris,  né  en  1745  à  Besançon,  envoyé  en 
Italie  en  1769  par  le  roi  pour  y  achever  ses  études  d'ar- 
chitecture, y  resta  d'abord  jusqu'en  1774. 

I.  Il  existe  une  lithographie  du  temps  de  ce  portrait  qu'on 
rencontre  parfois  chez  les  notaires.  Elle  a  dû  être  tirée  à  petit 
nombre  et  ne  se  rencontre  jamais  dans  le  commerce. 

Il  y  a  dans  cette  même  salle  du  Conseil  de  la  Corporation 
un  très  beau  buste  en  marbre  de  Bévière,  autre  doyen,  mais 
honoraire,  et  sénateur,  par  Delaistre  (1808). 


—  328  — 

A  cette  époque,  il  donna  des  conseils  à  MM.  Moreau 
et  Percier,  fut  dessinateur  du  cabinet  du  roi  avec  rési- 
dence à  Versailles,  élu  en  1780  membre  de  l'Académie 
d'architecture  où  il  succéda  à  Soufflot.  Il  retourna  en  Ita- 
lie en  1783,  revint  en  France,  fut  nommé  architecte  des 
Menus  et  construisit  en  1789  à  Versailles  la  salle  des 
États-Généraux,  dont  la  gravure  d'Helman  nous  a  fait 
connaître  la  belle  ordonnance. 

Il  retourna  à  Rome  en  1806,  y  travailla  avec  d'Agincourt 
et  fut  directeur  intérimaire  de  l'École  de  Rome  en  1807, 
après  la  mort  de  Suvée. 

Le  ministre  de  l'Intérieur  le  chargea  alors  de  faire  l'es- 
timation des  antiques  de  la  villa  Borghèse,  achetés  par 
l'Empereur.  Il  présida  en  181 1  à  la  restauration  du  Golisée. 

Membre  de  l'Académie  de  Saint-Luc  à  Rome  (1812), 
grand  collectionneur  et  dessinateur  de  monuments,  Paris 
se  retira  dans  sa  ville  natale  en  1816  et  y  mourut  en  1818. 
Il  légua  à  celle-ci  ses  riches  collections. 

MM.  De  Gerando,  conseiller  d'État,  membre  de  la  Con- 
sulte française  de  Rome,  et  Charles  Percier,  tous  deux  de 
rinstitut,  étaient  les  amis  intimes  de  Paris.  En  ce  qui 
concerne  Percier,  on  peut  juger  par  le  ton  de  la  lettre 
inédite  suivante,  de  quelle  déférence,  de  quelle  estime 
Percier  entourait  l'éminent  et  trop  modeste  architecte 
bisontin. 

Nous  avons  copié  ce  document  original  dans  les  papiers 
de  Paris,  conservés  à  la  bibliothèque  de  Besançon. 

A  Varchitecte  Paris. 

Dimanche,  12  ventôse,  an  XIII 
(3  mars  1804). 
Mon  cher  Maître, 
De  tous  les  reproches  que  j'ai  à  me  faire  sur  mon  inexacti- 
tude, celui  qui  vous  touche  m'est  le  plus  sensible. 

Il  y  a  déjà  bien  longtemps  que  notre  ami  //  bravo  Galan- 
tuomo  de  Trabuchi^,  m'a  dit  qu'il  ne  vous  écriroit  pas  sans 

I.  Un  des  frères  Trabuchi,  originaires  du  Piémont,  mais  éta- 
blis à  Paris  comme  poéliers  et  marchands  de  terres  cuites 
artistiques.  Leur  fabrique  était  protégée  par  le  gouvernement 


—  329  — 

vous  envoyer  un  mot  de  moi,  je  le  lui  promis  et  de  bonne  foi. 
Des  occupations  sans  relâche  et,  par  dessus  tout,  ma  malheu- 
reuse négligence  ont  toujours  reculé  ma  bonne  intention.  Enfin, 
je  dois  vous  le  dire  avec  franchise,  le  bon  Trabuchi  est  revenu 
à  la  charge  et  pour  ne  pas  lui  donner  une  fausse  espérance, 
je  m'acquitte  in  pre^en^^a^  d'un  devoir  qui  m'est  cher  à  tous 
les  égards. 

J'ai  lu  dans  les  deux  dernières  lettres  que  notre  ami  a  reçues 
de  vous  toutes  les  choses  aimables  et  obligeantes  que  vous 
dites  de  moi  et  de  mes  faibles  talents. 

J'ose  vous  assurer,  mon  cher  Maître,  sur  mon  honneur  que 
ce  témoignage  est  le  prix  le  plus  flatteur  que  j'en  recueillerai 
jamais  et  le  plus  grand  encouragement  pour  continuer. 

Malheureusement,  puisque  vous  avez  la  bonté  d'y  attacher 
quelque  prix,  l'ouvrage  des  meubles  est  resté  i  en  arrière  à 
cause  des  travaux  dont  le  gouvernement  nous  2  avait  chargés, 
mais  j'espère  m'y  remettre  incessamment  et  vous  le  faire  par- 
venir de  suite.  Il  n'y  a  plus  qu'une  chose  à  arranger  entre 
nous  deux,  mon  cher  Maître,  c'est  l'article  finances  dont  l'ami 
Trabuchi  a  voulu  absolument  s'acquitter  et  dont  je  vous  sup- 
plie en  grâce  de  ne  plus  le  charger  malgré  le  zèle  qu'il  y  a 
mis.  Vous  ne  voudriez  pas  m'ôter  le  plaisir  de  vous  offrir 
pour  cet  ouvrage,  comme  pour  tout  ce  que  je  pourrai  produire 
par  la  suite,  l'hommage  le  plus  doux  que  j'en  puisse  faire. 

Je  suis  assuré,  mon  cher  et  bon  Maître,  que  vous  connaissez 
trop  les  motifs  qui  dictent  cet  hommage  pour  ne  pas  l'agréer 
ainsi  que  les  sentiments  de  respect  et  de  reconnaissance  avec 
lesquels  j'ai  l'honneur  d'être,  mon  très  cher  et  bon  Maître, 
votre  très  humble,  très  obéissant  serviteur. 

Charles  Percier. 

français.  Les  Trabuchi  avaient  les  fournitures  pour  les  palais 
de  la  Couronne.  Percier  leur  donnait  des  modèles. 

On  leur  devait,  en  i8o3,  la  reconstitution  du  belvédère  dit 
la  lanterne  de  Diogène,  dans  le  parc  de  Saint-Cloud,  monu- 
ment acheté  par  Bonaparte,  premier  consul,  comme  objet  de 
perspective  pour  son  palais  de  campagne.  Il  fut  détruit  par  le 
bombardement  du  Mont-Valérien  en  1871  (il  y  avait  dans  les 
entours  une  grande  batterie  prussienne)  et  n'a  jamais,  depuis, 
été  rétabli. 

1.  C'est-à-dire  le  célèbre  recueil  de  meubles  et  décorations 
intérieures^  dont  Percier  préparait  une  édition  définitive  qui 
parut  en  1812. 

2.  Fontaine  et  lui. 


—  33o  — 

Mon  ami  Fontaine  est  bien  sensible  à  votre  bon  souvenir  et 
vous  prie  de  vouloir  bien  'e  mettre  de  moitié  avec  moi  pour 
tous  les  sentiments  que  vous  m'avez  toujours  inspirés. 

Le  portrait  de  Pierre  Paris,  l'architecte  du  roi 
Louis  XVI,  auteur  de  jolis  dessins  lavés  d'art  décoratif 
pour  les  intérieurs,  tels  ceux  que  l'on  voit  dans  une  salle 
de  la  bibliothèque  de  Besançon,  a  été  peint  à  mi-corps  et 
avec  beaucoup  d'expression  et  de  vigueur  par  M^e  Hor- 
tence  Lescot,  en  1809,  à  Rome'. 

Ce  portrait  est  dans  une  des  salles  de  la  bibliothèque 
publique  de  Besançon;  il  est  signé,  daté  et  porte  ce  titre  : 

Pierre  Paris,  architecte,  directeur  par  intérim  de  l'Aca- 
démie impériale  de  France  à  Rome  en  i8oj. 

Mme  Lescot  a  fait  aussi  un  tableau  (aujourd'hui  au 
palais  de  Fontainebleau)  daté  de  1812,  Intérieur  de  Saint- 
Pierre  à  Rome.  Ce  tableau,  exposé  aux  Salons  de  1812 
et  de  1814,  a  aussi  pour  sujet  :  Le  Baisement  de  la  statue 
de  Saint  Pierre. 

Nous  avons  pu  identifier  parmi  les  personnages  repré- 
sentés debout  dans  le  coin  de  droite,  outre  Paris,  Ganova 
et  Lethière  assez  reconnaissables.  Il  y  a  un  préfet  à 
côté  d'eux  ou  fonctionnaire  membre  de  la  Légion  d'hon- 
neur. 


SÉANCE  DU  ler  DÉCEMBRE  1922. 


COMITE  DIRECTEUR. 

La  séance  est  présidée  par  M.  P.  Vitry,  président. 
Présents   :   MM.   G.   Brière,    R.   Charlier,  J.   Cordey, 
J.  Guiffrey,  R.  Kœchlin,  P. -A.  Lemoisne,  J.  J.  Marquet 

I.  Elle  n'avait  pas  encore  épousé  à  cette  date  l'architecte 
Haudebourg. 

M""  H.-L.  Paris,  1784-1845,  élève  da  Lethière.  Médaillée  à 
plusieurs  Salons. 


—  33i  — 

de  Vasselot,  H.  Martin,  A.  Ramet,  P.  Ratouis  de  Limay, 
G.  Rouchès,  Gh.  Saunier,  L.  Réau,  H.  Stein. 
Excusés  :  M.  A.  Fontaine  et  le  comte  d'Harcourt. 

—  Le  Président  annonce  que  M.  Paul  Léon,  directeur 
des  Beaux-Arts,  a  bien  voulu  accepter  de  présider  la  fête 
du  Ginquantenaire  à  laquelle  sont  invités,  d'autre  part, 
M.  le  président  de  la  Société  des  Arts  décoratifs  et  M.  le 
directeur  des  Musées  nationaux. 

—  Le  Secrétaire  rend  compte  de  l'état  des  publications 
de  la  Société. 

—  M.  J.  Guiffrey  expose  le  plan  du  Catalogue  des  œuvres 
de  Prud'hon  qu'il  prépare  actuellement;  il  indique  quelles 
en  seront  les  divisions  et  la  méthode  de  classement  des 
œuvres  énumérées.  Deux  volumes  seront  peut-être  néces- 
saires pour  cette  importante  publication. 

—  Les  démissions  de  Mme  Den-Tex  et  du  marquis  de 
Lareinty-Tholosan  sont  acceptées. 

—  Sont  nommés  membres  de  la  Société  : 

M.  Marcel  Nicole,  attaché  honoraire  au  Musée  du 
Louvre,  présenté  par  MM.  J.  Guiffrey  et  E.  Dacier;  le 
Reale  Istituto  di  archeologia  e  storia  delV  arte,  présenté  par 
MM.  Rouchès  et  Ratouis  de  Limay;  M.  Achille  Bertini 
Galosso,  présenté  par  MM.  Rouchès  et  Ratouis  de  Limay; 
M.  Paul  Brichet,  présenté  par  M.  le  chanoine  Uzureau  et 
M.  Ramet;  M.  G.  Brunner,  présenté  par  MM.  J.  Guiffrey 
et  P.  Jamot;  M.  François  Boucher,  présenté  par  MM.  Mar- 
quet  de  Vasselot  et  Aubert;  M.  François  Breton,  présenté 
par  MM.  J.  Vallery-Radot  et  P. -A.  Lemoisne;  M.  Debi- 
dour,  secrétaire  de  la  commission  du  Vieux-Paris,  pré- 
senté par  MM.  Lemonnier  et  G.  Rouchès. 

II. 

RÉUNION  DE  LA  SOCIÉTÉ. 

Présents  :  MM.  le  comte  Allard  du  GhoUet,  G.  Appuhn, 
M.  Aubert;  M^e  j.  Ballot;  MM.  A.  Boinet,  G.  Brière,  le 
capitaine  P.  Buttin;  M'i»  M.  Gharageat;  MM.  R.  Gharlier, 


—  332  — 

J.  Gordey,  R.  Dubois-Gorneau,  Dumolin;  Mlle  Duportal; 
Mme  Fiaux;  MM.  Ed.  Girod  de  l'Ain,  A.  Godillot; 
Mme  Ed.  Grenier;  MM.  H.  Guerlin,  J.  Guiffrey,  G.  Jean- 
nerat,  P.  Jolis,  R.  Kœchlin;  Mme  la  vicomtesse  de  La- 
grange,  Mlle  L.  Laplagne;  MM.  P.  Lavallëe,  H.  Lefuel, 
S.  Lissim,  E.  Mareuse,  P.  Marmottan,  J.  J.  Marquet  de 
Vasselot,  commandant  E.  Martin;  Mme  Maumené;  colo- 
nel Maumené,  M.  G.  Perdreau;  Mme  J.  Potrel;  MM.  A. 
Ramet,  P.  Ratouis  de  Limay,  L.  Réau,  G.  Richebé, 
R.  Richebé,  G.  Rouchès,  A.  Roux,  Ch.  Saunier;  Mme  la 
comtesse  J.  de  Sayve;  le  marquis  de  Sayve;  Mme  la  ba- 
ronne E.  Seillière,  MUe  IngersoU-Smouse;  MM.  H.  Sou- 
lange-Bodin,  A.  Tessier,  J.  Vallery-Radot,  P.  Vitry. 


Les  portraits  d'enfants  dans  l'œuvre  de  Largillière. 
(Communication  de  M.  Gabriel  Rouchès.) 

Parler  de  portraits  d'enfants  par  Largillière  peut  paraître 
un  paradoxe.  Get  artiste  a  plutôt  la  réputation  d'un  peintre 
pour  grandes  personnes;  les  enfants  semblent  n'avoir  pas 
eu  plus  de  place  dans  ses  tableaux  que  dans  les  salons  de 
ses  modèles  habituels.  Cependant,  des  œuvres,  peu  nom- 
breuses mais  significatives,  témoignent  que  le  peintre  a 
su  représenter  les  tout  petits,  sinon  dans  leurs  jeux  et  avec 
leur  turbulence,  du  moins  avec  leur  fraîcheur  et  leur  sou- 
rire ;  dans  ces  œuvres,  son  art  n'apparaît  pas  moins  grand 
que  dans  ses  effigies  de  personnages  sérieux  et  dignes. 

Le  talent  de  Largillière  comme  peintre  d'enfants  se 
révèle  principalement  dans  une  suite  de  quatre  portraits 
qui  enregistrent  la  croissance,  entre  trois  et  sept  ans,  du 
jeune  prince  de  Galles,  Jacques-François-Édouard  Stuart, 
fils  de  Jacques  II  d'Angleterre.  Les  trois  premiers  de  ces 
portraits  nous  ont  été  conservés  par  des  gravures  d'Ede- 
linck  et  de  Van  Schuppen;  les  originaux  en  sont  perdus; 
on  ne  peut  pas  même  affirmer  qu'ils  ont  été  peints;  cepen- 
dant, comme  me  le  faisait  remarquer  notre  confrère,  mon 
ami,  M.  Dacier,  l'indication  :  Largillierre  pinxit,  qui  se 
trouve  sur  ces  estampes  est  probante  jusqu'à  un  certain 


—  333  — 

point.  Dans  le  cas  d'un  simple  dessin,  la  mention  :  deli- 
neavit  aurait  figuré  sur  ces  gravures. 

Quant  au  quatrième  portrait  qui  réunit  à  Jacques  Stuart 
sa  jeune  sœur  Louise,  l'original  existe.  Ce  tableau  n'a 
pas  la  réputation  qu'il  mérite  pour  la  raison  qu'il  est 
exposé  dans  un  musée  de  Londres,  peu  fréquenté  des 
visiteurs  bien  que  contenant  nombre  de  tableaux  et  de 
sculptures  d'un  intérêt  non  seulement  iconographique 
mais  artistique.  J'ai  nommé  la  Galerie  nationale  de  por- 
traits où  cette  toile,  léguée  par  le  comte  d'Oxford  en  1895, 
figure  sous  le  numéro  976.  Lors  d'une  récente  visite  à  ce 
musée,  ce  tableau  qui  est  en  parfait  état,  m'est  apparu 
comme  une  des  plus  belles  œuvres  qu'ait  laissées  Largil- 
lière. 

Avant  d'étudier  les  portraits  dont  je  viens  de  parler,  il 
est  nécessaire  d'en  évoquer  les  modèles  et  d'indiquer  les 
circonstances  dans  lesquelles  Largillière  fut  appelé  à  les 
représenter.  Il  était  connu  de  la  famille  royale  d'Angle- 
terre, pays  où  il  avait  été  à  trois  reprises  :  tout  jeune,  à 
neuf  ans,  en  i565-i566;  puis,  de  sa  dix-huitième  à  sa  vingt- 
deuxième  année,  de  1674  à  1678;  enfin,  peu  avant  la  révo- 
lution de  1688,  sans  doute  pour  peindre  les  portraits  de 
Jacques  II  et  de  sa  seconde  femme,  Marie-Eléonore 
d'Este-Modène,  épousée  en  1674.  On  ignore  ce  que  sont 
devenus  ces  derniers  portraits  dont  Smith  a  laissé  d'assez 
mauvaises  gravures. 

En  1688,  la  reine  Marie,  longtemps  stérile,  donna  le 
jour  à  un  prince-héritier.  Mais  cette  naissance,  au  lieu 
d'enthousiasmer  les  Anglais,  détermina  en  partie  la  révo- 
lution qui  éclata  la  même  année.  La  reine  était  impopu- 
laire; on  prétendit  que  son  enfant  n'était  pas  fils  du  roi; 
on  parla  même  d'une  supercherie  qu'elle  aurait  imaginée. 
La  situation  empira  à  tel  point  que  cette  princesse  dut, 
dans  la  nuit  du  19  décembre  1688,  se  sauver  de  Londres 
avec  son  enfant,  sous  la  protection  de  Lauzun  envoyé 
spécialement  par  Louis  XIV.  Après  une  traversée  dange- 
reuse sous  tous  les  rapports,  les  fugitifs  abordèrent  à 
Calais  et  gagnèrent  Versailles  où,  en  janvier,  le  roi  Jacques 
vint  les  rejoindre.  Louis  XIV  prêta  le  château  de  Saint- 
Germain  à  ses  cousins.   C'est  là  que  naquit,  en   1692, 


-334- 
Louise-Marie-Thérèse  Stuart.  Cette  princesse  devait  mou- 
rir en  1712  de  la  petite  vérole.  Son  frère  échappa  à  ce  mal 
qu'il  avait  également  contracté;  il  tenta  par  la  suite  de 
reconquérir  son  royaume  et  mourut  en  exil. 

Son  début  dans  la  vie  excita  la  pitié  des  Français.  De 
nombreuses  images  prouvent  la  popularité  du  petit  prince 
que  N.  Arnoult  et  Gautrel  présentent  en  bas  âge,  et  deux 
séries  d'estampes,  l'une  par  Bonnart,  l'autre,  anonyme, 
éditée  par  Deshayes,  le  montrent  un  peu  plus  grand. 
L'adolescent  et  l'homme  fait  revivent  dans  les  portraits 
peints  par  De  Troy  et  Nicolas  Belle  et  dans  les  petites 
estampes  de  Larmessin. 

Il  était  réservé  à  Largillière  de  laisser  les  effigies  les 
plus  vivantes  de  l'enfant  royal.  Le  premier  portrait,  gravé 
par  Edelinck  (1692),  offre  un  enfant  coiffé  d'un  chaperon 
à  plumes  et  vêtu  d'une  robe  de  dentelles.  Le  second  por- 
trait est  de  la  même  année,  gravé  par  Van  Schuppen;  le 
jeune  prince  paraît  quelques  mois  de  plus,  robuste  baby 
anglais,  aux  yeux  clairs,  engoncé  dans  une  robe  décolle- 
tée. Drevet  traduisit  la  troisième  effigie,  contemporaine 
du  tableau  de  Londres.  Jacques  Stuart  est  maintenant  un 
petit  homme,  en  costume  de  cour;  ses  cheveux,  ondulés 
avec  symétrie,  jouent  la  perruque.  Conscient  de  son  rôle, 
il  porte  sur  son  visage  une  expression  sérieuse. 

Il  est  à  peu  près  identique  dans  le  tableau  de  la  Gale- 
rie de  portraits.  Cette  toile  est  datée  et  signée  sur  un 
grand  vase  à  droite  qui  porte  le  nom  des  personnages 
représentés*.  Largillière,  qui  avait  alors  quarante  et  un 
ans,  était  dans  la  force  de  l'âge  et  déjà  célèbre. 

Les  petits  princes  se  tiennent  debout  au  milieu  d'un 
parc,  probablement  au  vieux  château  de  Saint-Germain, 
résidence  de  leurs  parents.  Ils  sont  en  costume  de  céré- 
monie :  lui  en  habit  rouge,  elle  dans  une  robe  de  satin 
blanc,  occasion  pour  l'artiste  de  montrer  sa  virtuosité 
comme  peintre  d'étoffes.  Jacques  et  sa  sœur,  âgée  seule- 
ment de  trois  ans,  ont  le  maintien  grave  de  personnes 
faites.  Largillière  a  été  obligé  de  les  camper  dans  cette 

I.  lacobus  Walliae  Princeps  an.  aet.  7°.  Ludovica  Princ.  an. 
aet.  3°.  N.  de  Largillier[reJ,  1695. 


—  335  — 

attitude  un  peu  figée;  mais,  par  contre,  on  constate  le 
sentiment  naturaliste  avec  lequel  il  a  traité  les  chairs,  le 
cou,  les  bras  potelés  de  la  petite  fille.  Élève  des  Flamands 
qui  lui  apprirent  à  peindre  des  fleurs,  des  fruits  et  des 
animaux,  il  a  représenté  un  magnifique  perroquet  rouge 
et  un  lévrier  que  caresse  le  petit  garçon.  La  manière  dont 
il  a  rendu  les  pattes  fines  et  la  poitrine  de  cet  animal 
décèle  le  maître  d'Oudry. 

Après  ce  tableau,  Jacques  Stuart  ne  reparaît  plus  dans 
l'œuvre  de  Largillière.  C'est  longtemps  après,  vers  170g, 
que  nous  retrouvons  une  nouvelle  figure  d'enfant  dans  un 
tableau  attribué  à  Largillière,  la  composition  commémo- 
rative  (aujourd'hui  à  Londres,  coll.  Wallace)  où  il  groupa 
Louis  XIV,  le  Dauphin,  le  duc  de  Bourgogne  et  le  duc 
de  Bretagne,  qui  devait  mourir  tout  jeune  en  1712.  Ce 
petit  prince,  âgé  de  deux  à  trois  ans,  que  sa  gouvernante 
tient  en  lisières,  est  vêtu  d'une  longue  robe  à  traîne, 
décolletée  et  à  demi-manches.  Il  est  coiffé  de  la  toque  à 
plumes  verticales  que  l'on  a  déjà  vue  sur  la  tête  de  Jacques 
Stuart  dans  le  premier  portrait  de  1692  <.  Le  duc  de  Bre- 
tagne reparaît  dans  un  tableau  qui,  M.  Dacier  l'a  prouvé 
ici  même^,  provient  de  l'hôtel  de  la  Ferté  et  fut  vendu  à 
Londres,  en  1922,  avec  la  collection  Burdett-Goutts.  L'en- 
fant, encore  habillé  de  sa  longue  robe,  mais  la  tête  ser- 
rée dans  un  bonnet,  se  dresse  sur  un  tabouret,  dans  une 
attitude  mouvementée  et  pleine  de  vie. 

Le  dernier  portrait  auquel  je  fais  allusion  est  celui 
de  la  jeune  Infante  d'Espagne,  cousine  et  fiancée  de 
Louis  XV,  renvoyée,  plus  tard,  dans  les  circonstances  que 
l'on  sait.  Ce  tableau  fut  exécuté  en  1724,  l'année  où  fut 
décidé  le  départ  de  cette  jeune  princesse   qui  avait  été 

1.  É.  Dacier,  A  propos  du  collectionneur  L.-G.  Gaignat.  Les 
peintures  historiques  de  l'hôtel  de  La  Ferté,  rue  Richelieu, 
dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de  l'Art  français, 
1920,  p.  52-55;  W.  G.  Gonstable,  Largillière,  an  iconographi- 
cal  note,  dans  The  Burlington  maga:^ine,  septembre  1922  et 
février  1923. 

2.  É.  Dacier,  Une  deuxième  et  utte  troisième  peinture  de 
Vhôtel  de  La  Ferté  retrouvées,  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
de  l'Histoire  de  l'Art  français,  1922,  p.  111-126. 


—  336  — 

amenée  en  France  à  l'âge  de  trois  ans,  en  1721.  Il  se 
trouve  au  Musée  du  Prado,  en  provenance  de  la  collec- 
tion de  Philippe  V  au  Palais  de  Saint-Ildefonse.  L'œuvre 
est  signée  et  datée  sur  un  carreau  du  pavement  à  droite  ^ 
La  petite  princesse,  qui  n'a  que  six  ans,  est  représentée 
en  grand  costume  de  cour,  dans  une  robe  en  tissu  d'ar- 
gent; elle  est  poudrée,  fardée  et  parée  de  nombreux 
bijoux.  Ce  costume  et  ce  maquillage  jurent-ils  trop  vive- 
ment avec  l'âge  du  modèle  ou  bien  la  main  du  vieux  Lar- 
gillière  (il  a  soixante-dix-huit  ans)  s'est-elle  alourdie? 
Cette  œuvre  produit  une  impression  peu  agréable  et  peu 
sympathique.  Le  visage  de  la  petite  fille  est  dur,  paraît 
vieillot  et  ratatiné.  Elle  donne  plutôt  l'impression  d'une 
naine  que  d'une  enfant.  Largillière  a  dû  laisser  d'autres 
portraits  d'enfants  dont  je  ne  prétends  pas  donner  une 
liste  complète.  Ceux  que  j'ai  cités  suffisent  à  prouver  que, 
dans  ses  effigies  d'enfants,  il  a  montré  une  maîtrise  égale 
à  celle  dont  témoignent  ses  effigies  de  personnages  plus 
âgés.  Enfin,  le  portrait  de  Londres  m'apparaît  comme  un 
de  ses  chefs-d'œuvre  :  à  côté  d'un  sens  psychologique 
profond,  l'artiste  y  a  déployé  une  incomparable  valeur 
comme  coloriste,  notamment  dans  le  rendu  des  étoffes. 
Ce  tableau  mérite  d'être  davantage  connu  et  admiré. 


Identification 
d'un  tableau  conservé  au  Musée  de  Versailles. 

Revue  de  garnison  passée  a  Strasbourg  entre    177g  et    1781 

PAR    LE   marquis   DE    LA   SaLLE, 
COMMANDANT   EN    SECOND   EN   AlSACE  2. 

(Communication  de  M.  Jean  Vallery-Radot.) 

M.  Jean  Vallery-Radot  étudie  un  tableau  donné  en  1916 
par  Mme  Normand  au  Musée  de  Versailles.  Ce  tableau 

1.  N.  de  Largillierre,  Pinx.  1724. 

2.  L'étude  de  M.  Jean  Vallery-Radot  paraîtra  in  extenso  dans 
le  prochain  fascicule  des  Archives  Alsaciennes  d'Histoire  de 
l'Art  (n»  2). 


—  337  — 

représente  une  revue  de  garnison  sous  les  murs  de  Stras- 
bourg à  l'époque  de  Louis  XVf,  ainsi  que  l'ont  établi 
de  précédentes  études  ^  Mais  on  n'avait  pu  jusqu'à  pré- 
sent identifier  le  lieutenant-général  passant  la  revue,  pas 
plus  d'ailleurs  que  les  personnages  qui  l'entourent. 

En  réduisant  le  problème  à  ses  données  purement  généa- 
logiques et  en  se  basant  sur  l'identification  des  uniformes, 
l'auteur  est  arrivé  à  prouver  que  cet  officier  général  n'était 
autre  que  le  marquis  de  la  Salle,  entouré  de  son  épouse, 
la  marquise  de  la  Salle,  née  Glermont-Chaste,  et  de  ses 
cinq  enfants  :  Elisabeth-Claudine,  née  en  1762;  Marie- 
Anne-Louis,  né  en  1764;  Marie-Charlotte,  née  en  1768; 
Marie-Charles-Louis,  né  en  1769;  Pauline-Éléonore,  née 
en  1772. 

La  scène  se  place  entre  novembre  1779  et  novembre 
1781,  dates  extrêmes  du  temps  passé  à  Strasbourg  par  le 
régiment  de  Condé-Infanterie  qui  défile  au  second  plan. 


Une  statue  de  Polyphème  attribuable  a  Puget. 
(Communication  de  M.  Paul  Ratouis  de  Limay.) 

M.  P.  Ratouis  de  Limay  montre  plusieurs  photogra- 
phies d'une  statue  de  Polyphème  qui  a  été  récemment 
trouvée  à  Neuilly-sur-Marne  et  dégagée  d'un  mur  où  elle 
était  encastrée  depuis  la  Révolution.  Cette  statue,  en  pierre 
très  dure,  au  grain  très  serré,  mesurant  2^^o  de  hauteur, 
représente  le  Cyclope  homérique  vu  en  pied,  la  tête  tour- 
née vers  la  droite,  le  corps  courbé  sous  l'effort  qu'il  fait 
pour  soulever  le  quartier  de  roc  qu'il  va  jeter  sur  son 

I.  Catalogue  de  l'Exposition  rétrospective  des  Armées  de 
terre  et  de  mer  en  1900,  par  Germain  Bapst  (n"  124).  Cf.  égale- 
ment un  article  dans  le  Carnet  de  la  Sabvetache  {n"  94),  p.  608, 
plus  récemment  une  communication  de  M.  de  Nolhac  à  la 
Société  de  l'Histoire  de  l'Art  français  {Bulletin  de  la  Société... 
(1920),  p.  194)  et  un  article  du  même  auteur  dans  la  revue  Les 
Arts  (1920),  n»  182,  p.  I,  intitulé  :  Les  récents  accroissements 
du  Musée  de  Versailles. 

1922  22 


—  338  — 

rival  Acis,  une  draperie  enroulée  au  bas  du  torse.  Par  la 
robustesse  de  sa  construction,  par  l'aisance  de  son  exécu- 
tion, cette  statue  évoque  singulièrement  une  œuvre  de 
Pierre  Puget  qui  se  trouve  au  Musée  de  Rouen  :  VHer- 
cule  terrassant  l'hydre  de  Lerne. 

Le  modelé  puissant  du  torse  du  Gyclope,  tordu  par 
l'effort,  coupé  de  saillies,  est  tout  proche  de  celui  de  l'Her- 
cule. Dans  les  parties  qui  n'étaient  pas  protégées  par  le 
mur,  la  pierre  a  malheureusement  souffert  des  injures  du 
temps  comme  de  celles  des  hommes;  le  nez  a  été  cassé; 
de  la  jambe  gauche,  il  ne  subsiste,  à  partir  du  genou,  que 
quelques  morceaux.  Toute  la  partie  basse  de  la  statue  a 
été  rongée  par  l'humidité;  on  distingue  cependant  encore 
une  flûte  de  Pan  et,  à  gauche,  une  feuille  d'acanthe  telle 
que  l'on  en  voit  à  la  base  de  l'Hercule.  Au-dessous  du 
pied  droit  de  Polyphème,  les  traces  d'une  signature  et 
d'une  date  sont  visibles  :  signature  dont  un  P,  un  E  et 
un  T  sont  encore  lisibles,  date  qui  semble  comporter 
deux  6. 

La  propriété  sur  l'emplacement  de  laquelle  le  Poly- 
phème a  été  trouvé  est  nettement  indiquée,  avec  ses  bâti- 
ments, son  parc  bien  dessiné,  ses  bosquets,  sur  le  plan 
dressé  en  1782  par  Sémané;  elle  était  située  entre  la  grand'- 
route  de  Paris  à  Lagny  et  le  chemin  de  Neuillyà  Gagny. 
Elle  appartenait,  à  la  fin  du  xvii»  siècle,  à  la  veuve  d'un 
conseiller  du  Roi,  M.  Ricordeau;  au  xviiie  siècle,  elle 
passa  successivement  entre  les  mains  d'un  président  au 
Parlement,  Louis  Ghauvelin,  et  de  la  veuve  d'un  autre 
président,  Louis  Denis  Talon,  fils  d'Omer  Talon,  puis  du 
marquis  de  Novion  et  de  Gharles-Henri  de  Glermont- 
Tonnerre.  Rien  ne  subsiste  aujourd'hui  de  cette  impor- 
tante propriété. 

Si  l'histoire  de  cette  sculpture  reste  encore  mystérieuse, 
sa  valeur  artistique  est  incontestable.  Puissante  sans  exa- 
gération qui  en  compromette  l'équilibre,  harmonieuse 
dans  l'ensemble  de  ses  lignes,  elle  exprime,  avec  inten- 
sité, l'idée  de  la  force  chère  à  l'auteur  des  Cariatides^  de 
V Hercule  gaulois  et  du  Milon  de  Crotone;  elle  n'est  pas 
indigne  d'avoir  été  taillée  par  lui. 


-339- 
CINQUANTENAIRE  DE  LA  SOCIÉTÉ 

6  DÉCEMBRE    I922. 

Pour  fêter  le  cinquantième  anniversaire  de  la  fondation 
de  la  Société,  un  banquet  par  souscription  a  eu  lieu  le 
6  décembre  1922,  au  Club  de  la  Renaissance  française, 
sous  la  présidence  de  M.  Paul  Léon,  directeur  des  Beaux- 
Arts,  membre  de  l'Institut,  assisté  de  M.  Paul  Vitry,  pré- 
sident de  la  Société. 

Assistaient  au  banquet  :  M^es  j.  Ballot  et  Jacqueline 
Bouchot;  Mme  la  vicomtesse  de  Janzé;  MM.  P.  Alfassa, 
M.  Aubert,  L.  Bleuzet,  A.  Blum,  A.  Boinet,  E.  Borrel, 
G.  Brière,  P.  Brunold,  Fr.  Carnot,  R.  Charlier,  L.  Des- 
hairs,  A.  Dezarrois,  G.  Dreyfus,  E.  Gelis,  L.  Gillet, 
R.  Gimpel,  A.  Godillot,  H.  Guerlin,  J.  Guififrey,  le  comte 
L.  d'Harcourt,  L.  Hautecœur,  le  Dr  Jayle,  René  Jean, 
A.  Joubin,  A.  Kahn,  R.  Kœchlin,  G.  Lechevallier-Ghevi- 
gnard,  Max  Leclerc,  H.  Lefuel,  P. -A.  Lemoisne,  A  Lévy, 
J.  Locquin,  M.  Lotte,  Pierre  Marcel,  Fr.  Marcou,  E.  Ma- 
reuse,  P.  Marmottan,  J.  J.  Marquet  de  Vasselot,  G.  Mi- 
geon,  M.  NicoUe,  A.  Pereire,  A.  Ramet,  P.  Ratouis  de 
Limay,  F.  Raugel,  L.  Réau,  S.  de  Ricci,  G.  Richebé, 
R.  Richebé,  G.  Rouchès,  Ch.  Saunier,  le  marquis  de 
Sayve,  H.  Soulange-Bodin,  A.  Tessier,  J.  Vallery-Radot, 
J.  Verrier,  D.  Weill,  G.  Wildenstein. 

S'étaient  excusés  :  MM.  le  comte  de  Camondo,  J.  Cor- 
dey,  Fr.  Gourboin,  G.  Denoinville,  d'Estournelle  de  Cons- 
tant, A.  Fontaine,  Jaccaci,  L.  Lacrocq,  P.  Lavallée, 
H.  Lemonnier,  A.  Michel,  A.  Morancé,  H.  Prunières, 
L.  Régnier,  R.  Sandoz,  L.  Vaudoyer,  F.-A.  White. 

A  la  fin  du  banquet  M.  Paul  Vitry,  président  de  la 
Société,  et  M.  Paul  Léon,  directeur  des  Beaux-Arts, 
membre  de  l'Institut,  ont  prononcé  les  discours  suivants  : 

Discours  de  M.  Paul  Vitry. 

Mesdames,  Messieurs, 
Nous  sommes  réunis  ce  soir  pour  fêter  le  cinquante- 
naire de  la  Société  de  l'Histoire  de  l'Art  français.  Disons 


■ —  340  — 

tout  de  suite,  pour  être  précis,  suivant  l'esprit  de  nos  fon- 
dateurs et  suivant  les  bonnes  méthodes  critiques,  que  c'est 
dès  1870  que  la  pensée  d'où  devait  sortir  la  Société  reçut 
un  commencement  d'exécution.  Des  réunions  avaient  eu 
lieu  au  printemps,  des  documents  furent  réunis,  il  y  eut 
dix  feuilles  imprimées  et  tirées.  Mais  la  déclaration  de 
guerre  et  l'année  terrible  vinrent  tout  interrompre.  On  se 
reprit  au  travail  en  1872  et  le  premier  volume  de  la  Nou- 
velle série  des  Archives  de  l'Art  français  porte  le  millé- 
sime de  1872,  date  de  notre  premier  exercice. 

Marquons  aussi  tout  de  suite,  pour  être  juste,  que  cette 
nouvelle  série  d'archives  ne  faisait  que  continuer  la  pre- 
mière qui  avait  vu  le  jour  de  i85i  à  1860,  chez  l'éditeur 
Dumoulin,  parallèlement  à  VAbecedario  de  Mariette,  et 
évoquons  tout  d'abord  la  mémoire  du  grand  ancêtre,  du 
patron  de  notre  Société,  le  marquis  Philippe  de  Ghenne- 
vières,  qui  en  fut,  en  1872,  le  président  d'honneur,  mais 
qui  en  avait  été,  vingt  ans  auparavant,  le  véritable  initia- 
teur. Il  était  parti,  avec  sa  nature  généreuse  et  fougueuse, 
un  peu  à  l'aventure  (c'est  lui  qui  l'a  dit),  n'ayant  qu'une 
médiocre  poignée  de  documents  en  main,  mais  plein  d'ar- 
deur et  de  confiance  dans  les  collaborateurs  inconnus  que 
le  grand  mouvement  d'érudition  contemporain,  celui  des 
Laborde,  des  Eudore  Soulié,  des  Leroux  de  Lincy,  allait 
lui  amener. 

En  1872,  M.  de  Ghennevières  n'était  encore  que  conser- 
vateur du  Luxembourg,  mais  il  devait  devenir  l'année  sui- 
vante directeur  des  Beaux-Arts.  G'est  une  bonne  fortune 
pour  nous,  Monsieur  le  Directeur,  que  d'avoir  pour  nous 
présider  ce  soir  celui  qui  aujourd'hui  remplit  si  dignement 
sa  place.  Vous  n'êtes,  du  reste,  mon  cher  Directeur,  ni  le 
premier,  ni  le  second  à  venir  vous  asseoir  parmi  nous. 
Paul  Mantz,  Gastagnary,  M.  Henry  Marcel,  que  sa  santé 
retient  loin  de  nous  ce  soir,  vous  avaient  précédé  rue  de 
Valois  et  nous  avaient  apporté  aussi,  comme  présidents  ou 
comme  membres  de  nos  comités,  le  secours  de  leur  éru- 
dition, de  leur  finesse  ou  de  leur  hardiesse  de  goût  et  de 
leurs  initiatives  généreuses. 

Mais  nous  sommes  particulièrement  heureux  de  vous 


-34.  - 

avoir;  car  nous  saluons  en  vous  non  seulement  le  chef  de 
nos  administrations  artistiques,  le  «  surintendant  »,  mais 
l'homme  de  haute  culture  que  ses  études  personnelles 
prédisposaient  mieux  que  quiconque  à  comprendre  nos 
efforts  et  à  s'y  associer.  Nous  savons  que  parmi  les  mul- 
tiples questions  qui  vous  assiègent,  il  en  est  une  à  laquelle 
vous  vous  attachez  avec  prédilection,  c'est  celle  de  nos 
Monuments  historiques,  c'est-à-dire  d'une  des  principales 
parties  de  notre  patrimoine  national.  Vous  en  avez  étudié 
l'histoire,  vous  en  connaissez  les  besoins,  vous  en  dirigez 
attentivement  et  logiquement  l'entretien,  je  ne  dis  pas  la 
restauration.  Nous  ne  saurions  oublier  le  soin  que  vous 
avez  mis,  durant  la  dernière  guerre,  à  les  défendre  contre 
des  périls  inouïs,  celui  que  vous  apportez  à  en  panser  res- 
pectueusement les  blessures,  l'activité  ingénieuse  que  vous 
avez  déployée,  en  ces  temps  de  pénurie  budgétaire,  pour 
trouver  les  ressources  nécessaires  à  ces  soins  pieux.  Si, 
pour  beaucoup,  le  marquis  de  Ghennevières  restera 
l'homme  des  commandes  de  la  décoration  du  Panthéon, 
Henri  Roujon  celui  de  la  Caisse  des  Musées,  si  d'autres 
directeurs  auront  marqué  leur  passage  par  leurs  réformes 
ou  leurs  achats,  je  ne  veux  médire  d'aucune  de  vos  initia- 
tives, mais  je  crois  que  vous  resterez  le  créateur  de  la 
Caisse  des  Monum.ents  historiques  et  l'animateur  de  ce 
magnifique  service. 

Nos  préoccupations  ordinaires  ne  semblent  pas  s'atta- 
cher exclusivement  comme  celles  de  telle  autre  société 
archéologique  à  ces  monuments  historiques,  mais  nous 
ne  pouvons  oublier  qu'ils  sont  le  plus  beau  fleuron  de  la 
couronne  de  l'art  français;  parmi  nos  fondateurs  de  1872 
figuraient  des  architectes  illustres  comme  Corroyer,  Lisch, 
Eug.  Millet,  Charles  Garnier,  Davioud,  Paul  Sédille,  et 
nous  regrettons  un  peu  aujourd'hui  de  ne  pas  voir  à  côté 
de  vos  collaborateurs,  administrateurs  ou  érudits,  comme 
Frantz-Marcou,  Perrault-Dabot,  Mansart  de  Sagonne  ou 
Jean  Verrier,  qui  sont  des  nôtres,  quelques-uns  des  tech- 
niciens éminents  de  ce  corps  d'élite  des  architectes  des 
Monuments  historiques. 

Nous  eûmes  comme  premier  président  en  1872  Anatole 


—  342  — 

de  Montaiglon.  Que  n'ai-je  le  loisir  d'évoquer  comme  il 
le  conviendrait  cette  curieuse  figure  d'érudit  passionné, 
de  curieux  universel  que  ceux  de  notre  génération  ont  à 
peine  connu,  mais  dont  l'activité  inépuisable  à  laissé  des 
traces  si  précieuses  dans  tant  de  domaines,  de  ce  grand 
travailleur  qui  avait  repris  à  son  compte  la  fameuse  devise 
De  jour  en  jour  en  apprenant  mourant  et  qui  l'appliqua 
jusqu'au  bout!  Ouverture  d'esprit  singulière,  inépuisable 
obligeance,  indifférence  aux  honneurs,  modestie  pitto- 
resque, tels  sont  les  traits  essentiels,  d'après  nos  anciens, 
de  cet  ouvrier  de  la  première  heure  qui,  à  vingt-quatre 
ans,  en  1848,  rêvait  de  faire  comme  thèse  à  l'École  des 
chartes  un  Dictionnaire  des  artistes  français  du  moyen 
âge  et  de  la  Renaissance;  qui  fut,  trois  ans  après,  un  des 
collaborateurs  les  plus  actifs  des  Archives  de  l'Art  fran- 
çais et  qui  mourut  en  iSgS,  en  corrigeant  les  épreuves  de 
la  Correspondance  des  directeurs  de  l'Académie  de  France 
a  Rome,  après  avoir  publié  pour  nous  les  dix  volumes 
des  Procès-verbaux  de  l'Académie. 

Jules  Guiffrey,  qui  fut  secrétaire  de  la  Société  sous  la 
présidence  de  Montaiglon,  de  1872  à  1895,  puis  président 
après  lui,  n'avait  pu,  vu  son  âge,  collaborer  aux  premières 
Archives.  Il  fut  Tâme  agissante  et  régulatrice  des  secondes. 
Travailleur  infatigable,  lui  aussi,  il  laisse  une  œuvre 
énorme,  où  la  précision  scientifique  s'allie  au  sens  de  l'art 
le  plus  perspicace.  Je  n'ai  pas  à  rappeler  ici  sa  haute 
conscience  professionnelle  et  la  place  éminente  qu'il  sut 
tenir  aux  Archives  nationales  et  à  la  manufacture  des 
Gobelins.  Mais  les  modèles  qu'il  nous  a  donnés  dans  ses 
Comptes  des  Bâtiments  du  roi,  ses  Inventaires  du  duc  de 
Berry,  ses  Caffiéri  ou  son  Histoire  de  la  tapisserie  sont 
dans  toutes  les  mémoires. 

Accueillant  et  libéral,  offrant  dans  sa  propre  maison 
de  la  rue  d'Hauteville  un  asile  aux  réunions  de  ses  con- 
frères de  la  Société,  il  fut  vraiment  le  centre  de  ralliement 
et  la  cheville  ouvrière  de  la  Société  pendant  de  longues 
années. 

C'est  autour  de  lui  qu'elle  se  reconstitua  plus  jeune  et 


-343  - 

plus  vivante,  grâce  à  la  propagande  opportune  de  notre 
ami  Pierre  Marcel  en  1906. 

Les  travailleurs  ou  les  amateurs  de  la  génération  de 
1872,  les  Courajod  et  les  Darcel,  les  Gaston  Paris  et  les 
Georges  Lafenestre,  les  Bonnaffé  et  les  Gaston  Dreyfus 
s'étaient  fatigués,  dispersés  ou  avaient  disparu.  Ils  s'étaient 
peut-être  insuffisamment  recrutés,  confiants  dans  l'acti- 
vité, qui  suffisait  à  entretenir  les  publications  de  la  So- 
ciété, d'une  poignée  de  savants  acharnés. 

Un  flot  nouveau  montait  et  vint  à  la  rescousse.  Nous 
fûmes  une  centaine  dès  l'abord  et  la  moisson  des  docu- 
ments inédits  reprit  de  plus  belle  :  les  publications  régu- 
lièrement suivies,  Bulletin,  Archives,  monographies,  se 
succédèrent.  Mais  on  ne  s'en  tint  pas  là;  bien  des  esprits 
s'étaient  ouverts  :  aux  travailleurs  isolés,  aux  profession- 
nels de  l'érudition  vinrent  se  joindre  des  professeurs,  des 
fonctionnaires,  des  amateurs;  nous  sommes  plus  de 
quatre  cents  aujourd'hui.  Aux  besognes  confidentielles 
d'autrefois  succédèrent  des  discussions  plus  ouvertes. 
Certes  les  principes  restaient  identiques  :  réunion  de 
matériaux  plutôt  que  dissertations  esthétiques.  «  Nos  Ar- 
chives, écrivait  Montaiglon  en  1862,  ne  doivent  pas  être 
un  édifice;  c'est  une  carrière  ou  chacun  peut,  à  l'occa- 
sion, venir  chercher,  déjà  dégrossies,  les  pierres  qui 
peuvent  lui  être  nécessaires.  »  Mais  aux  textes,  aux  quit- 
tances, aux  lettres  inédites,  nous  avons  cru  pouvoir  ajou- 
ter les  documents  graphiques,  attaquer  les  œuvres  elles- 
mêmes;  un  souffle  d'art  a  pénétré  plus  largement  parmi 
nous;  nous  ne  nous  sommes  plus  contentés  d'être  des 
archivistes,  des  notaires,  disait  Courajod. 

Des  séances  régulières  et  animées  se  sont  tenues  : 
d'abord  dans  l'accueillante  maison  du  Pavillon  de  Marsan, 
ouverte  grâce  à  la  bienveillance  du  président  de  l'Union 
centrale  des  arts  décoratifs,  notre  regretté  confrère 
Georges  Berger,  dont  nous  sommes  heureux  de  saluer  ici 
ce  soir  le  successeur,  M.  François  Carnot.  Puis,  le  besoin 
d'espace  et  de  secours  nouveaux,  les  projections,  demain 
peut-être  le  cinématographe!  nous  poussèrent  vers  l'École 


—  344  — 

du  Louvre,  dont  l'accès  nous  fut  rendu  facile  grâce  à 
notre  directeur  M.  d'Estournelles  de  Constant.  Il  s'est  sou- 
venu de  la  place  qu'avaient  tenue  dans  la  Société  les 
représentants  des  Musées  nationaux,  depuis  Ghennevières, 
Barbet  de  Jouy,  Courajod,  Lafenestre,  jusqu'à  M.  André 
Michel  et  à  ceux  d'aujourd'hui  que  je  ne  citerai  pas...,  ils 
sont  trop  ! 

Peut-être  nous  permettra-t-il  même  de  lui  amener  un 
jour  quelques  musiciens.  La  musique  fait  partie  intégrante 
de  l'art  français;  il  me  semble,  nous  avons  patronné  la  publi- 
cation du  Catalogue  des  manuscrits  musicaux  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  par  notre  brave  et  regretté  confrère 
Écorcheville;  nous  avons  parmi  nous  des  historiens  de  la 
musique  comme  MM.  Prunières  et  Raugel,  qui  nous  ont 
déjà  entretenus  de  leurs  sujets  favoris.  Si  les  historiens  de 
la  peinture  et  de  la  sculpture  produisent  leurs  preuves 
dans  nos  séances,  pourquoi  ceux  de  la  musique  ne  le 
feraient-ils  pas  aussi?  En  tout  cas,  pour  nous  mettre  en 
goût,  Mesdames  et  Messieurs,  nous  avons  prié  M.  Raugel 
d'organiser  le  concert  de  musique  ancienne  de  ce  soir  avec 
notre  dévoué  secrétaire  M.  Ratouis  de  Limay,  dont  je  ne 
trahirai  pas  la  modestie  en  disant  que  l'art  musical  est  un 
peu  aussi  le  domaine  privé  de  l'historien  de  Perronneau. 
Vous  y  pourrez  applaudir,  comme  le  méritent  leur  gra- 
cieux concours  et  leur  talent  reconnu,  MM.  Louis  Bleuzet, 
professeur  au  Conservatoire,  Eugène  Borrel,  violoniste, 
Paul  Brunold,  claveciniste,  et  François  Gervais,  violon- 
celle soliste  des  concerts  Lamoureux. 

Nos  séances  et  nos  publications,  enrichies  parfois  de 
quelques  contributions  généreuses  dont  nous  sommes  par- 
ticulièrement reconnaissants  à  leurs  auteurs,  se  sont  régu- 
lièrement poursuivies  depuis  1906,  même  pendant  les  dures 
années  de  la  grande  guerre  de  1914  à  1918.  La  Société  a 
tenu  et  elle  s'est  trouvée  plus  florissante  que  jamais  au 
lendemain  de  la  victoire.  C'est  elle  qui  a  pris  l'initiative  de 
la  convocation  et  de  l'organisation  d'un  Congrès  d'histoire 
de  l'Art  en  1921,  où  se  sont  réunis  nos  alliés  et  nos  amis 
de  l'étranger,  congrès  qui,  nous  pouvons  le  constater  sans 


—  345  — 

fausse  honte,  a  largement  servi  le  rayonnement  de  la 
pensée  et  de  l'art  français. 

Cette  croissance  continue  et  ces  succès,  c'est  d'abord, 
Messieurs,  à  l'autorité  et  à  l'activité  de  ses  présidents  que 
la  Société  les  doit.  Après  Jules  Guiffrey,  nous  avons  eu  à 
notre  tête  des  hommes  comme  Maurice  Tourneux  et 
Alexandre  Tuetey,  archivistes,  bibliographes,  historiens 
éminents,  qui  manquent  à  l'appel  aujourd'hui  et  qui  repré- 
sentaient parmi  nous  l'esprit  de  la  vieille  société. 

M.  André  Michel  nous  a  apporté,  avec  l'autorité  de  sa 
carrière  de  critique,  de  conservateur  et  de  professeur,  avec 
l'autorité  plus  grande  encore  de  son  caractère,  un  appui 
moral  considérable.  C'est  lui  qui  a  assumé  la  lourde  tâche 
de  présider  le  Congrès  de  192 1  ;  le  succès  mondial  de  son 
Histoire  de  l'art  l'y  prédestinait  et  vous  savez  tous  comment 
il  s'en  est  acquitté.  M.  Henry  Lemonnier  était  aussi  pour 
beaucoup  d'entre  nous,  grâce  à  l'enseignement  qu'il  avait 
inauguré  en  Sorbonne,  un  maître  respecté  et  aimé, 
que  nous  avons  été  heureux  et  fiers  de  retrouver  à  notre 
tète.  Il  s'est  dévoué  depuis  à  la  continuation  de  l'œuvre 
de  Montaiglon  en  se  chargeant  de  publier  les  Procès- 
verbaux  de  l'Académie  d'architecture  ;  qu'il  en  soit  ici 
publiquement  remercié! 

MM.  Henry  Martin  et  Henri  Stein  nous  ont  apporté, 
avec  leur  dévouement  scrupuleux,  l'étendue  de  leurs  com- 
pétences, qui  va  des  origines  de  notre  art  national  aux 
époques  les  plus  récentes  et  les  plus  goûtées  de  notre 
temps,  des  maîtres  d'œuvres  et  des  enlumineurs  du  moyen 
âge  aux  peintres  et  aux  sculpteurs  du  xviiie  siècle.  J'ai 
déjà  dit  ce  que  nous  devions  à  M.  Henry  Marcel,  ancien 
directeur  des  Beaux-Arts,  puis  des  Musées  nationaux. 
Les  autres  m'excuseront  de  les  nommer  simplement. 
Marquet  de  Vasselot,  Brière  et  notfe  président  de  demain, 
Jean  Guiffrey,  qui  reprendra  parmi  nous  la  succession 
paternelle,  appartiennent,  comme  moi-même,  à  une 
nouvelle  génération,  je  ne  peux  plus  dire  à  une  génération 
de  jeunes,  puisque  nous  avons  tous  atteint  ou  légèrement 
dépassé  l'âge  respectable  de  notre  Société  et  pourrions 


—  346  — 

presque  fêter  ce  soir  notre  commun  cinquantenaire.  Nous 
avons  fait  ou  ferons  de  notre  mieux.  Voilà  tout. 

Mais  la  prospérité  d'une  Société,  Messieurs,  ne  dépend 
pas  seulement  de  l'autorité,  de  l'activité,  ou  de  la  simple 
bonne  volonté  de  ses  présidents.  Ghennevières  et  Mon- 
taiglon  faisaient  déjà  jadis  largement  appel  dans  leurs 
avertissements  à  la  collaboration  active  de  leurs  adhérents. 
Je  vous  dirai  de  même;  c'est  entre  vos  mains.  Messieurs, 
et  vous  aussi.  Mesdames,  puisque  vous  avez  bien  voulu 
nous  apporter  votre  concours  et  puisque  déjà  nous  avons 
consacré  l'un  de  nos  volumes  au  remarquable  travail  de 
Mlle  Ballot  sur  l'ébéniste  Gressent,  c'est  entre  vos  mains 
qu'est  l'avenir  de  la  Société.  Elle  sera  ce  que  la  feront 
vos  recherches  et  vos  communications.  A  vous  de  nous 
apporter  les  textes  nouveaux,  les  monuments  inédits,  peu 
connus,  ou  renouvelés  par  vos  commentaires,  qui  s'ajou- 
teront à  la  masse  de  ceux  déjà  accumulés  et  qui  s'expri- 
ment par  ce  monument  composé  bientôt  d'une  centaine 
de  volumes  publiés  par  la  Société  à  la  gloire  de  l'Art 
français. 

Nous  sommes  les  bons  ouvriers  de  ce  monument  qui 
consacre  et  met  en  lumière  le  passé  de  notre  pays  sous 
une  de  ses  faces  les  plus  brillantes.  Mais  nous  travaillons 
sans  préjugé  et  sans  parti  pris.  Le  philosophe  Victor 
Gousin,  collaborateur  un  peu  inattendu  de  nos  anciennes 
Archives,  reprochait  un  jour  avec  quelque  hauteur  à  Mon- 
taiglon  d'avoir  discuté  l'attribution  à  Jean  Gousin  de  la 
statue  de  l'amiral  Ghabot.  «  G'est  un  crime  de  lèse-patrie, 
disait-il,  que  de  mettre  au  jour  des  documents  de  nature 
à  porter  atteinte  aux  gloires  consacrées  et  aux  grands 
noms  de  l'école  française.  »  Qui  de  nous,  Messieurs,  ne 
donnerait  raison  à  Montaiglon  ?  Pour  moi,  si  l'un  de  vous 
m'apportait  demain  le  document  décisif  qui  prouverait  que 
la  Diane  de  Jean  Goujon  n'est  pas  de  Jean  Goujon, 
j'effacerais  sans  scrupule  le  nom  du  grand  sculpteur  du 
cartel  placé  au-dessous  de  la  pièce  considérée  jusqu'ici 
comme  son  chef-d'œuvre.  Nous  mettons  au-dessus  de 
tout,  suivant  l'enseignement  de  nos  maîtres,  le  respect  de 
la  science  et  de  la  vérité  historique. 


-  347- 
C'est  dans  cet  esprit,  Mesdames  et  Messieurs,  que  nous 
continuerons  à  travailler,  c'est  grâce  à  l'activité  désinté- 
ressée de  ses  recherches  que  notre  Société  gardera  son 
bon  renom  et  méritera  son  succès  permanent  en  l'honneur 
duquel  je  vous  prie  de  lever  vos  verres  avec  moi. 

Discours  de  M.  Paul  Léon. 

Depuis  de  nombreuses  années,  j'ai  été  trop  occupé  par 
l'administration  des  arts  pour  penser  à  leur  histoire.  Un 
temps  viendra,  je  l'espère,  plus  libre  et  plus  riche  en 
loisirs,  où  j'aurai  conquis  quelque  droit  de  m'asseoir  à 
votre  table,  non  plus  pour  la  présidence  d'un  soir  mais 
pour  le  travail  utile  d'une  réelle  collaboration.  Je  me 
félicite,  en  attendant,  que  ma  destinée  administrative 
m'ait  permis  de  m'associer  à  la  commémoration  de  votre 
cinquantenaire.  Pour  les  Sociétés  comme  pour  les  indi- 
vidus les  anniversaires  sont  propices  aux  examens  de 
conscience.  Avoir  vécu  n'a  de  sens  que  si  l'on  a  bien 
vécu.  Vous  êtes  de  ceux  qui  ont  le  droit  de  regarder  en 
arrière  avec  fierté,  en  avant  avec  confiance. 

1872- 1922.  Les  deux  lendemains  des  deux  guerres.  La 
défaite  donne  des  leçons  qui  sont  souvent  salutaires  Elle 
nous  avait  montré  l'impuissance  de  l'effort  individuel,  si 
généreux  qu'il  puisse  être,  devant  la  forte  discipline  des 
organisations  collectives.  L'Empire  avait,  d'un  cœur  léger, 
précipité  l'aventure.  Nous  gardâmes  devant  l'Europe  la 
figure  d'un  peuple  léger,  vaincu  par  la  supériorité  d'une 
méthode  rationnelle  mise  aux  mains  d'une  nation  qui  ne 
laisse  rien  au  hasard.  Pendant  un  demi-siècle,  nous  avons 
subi  l'influence  de  nos  ennemis,  parfois  jusqu'à  la  fasci- 
nation et  au  mirage.  La  pensée  d'une  organisation  métho- 
dique, devenue  la  règle  de  vie  dans  tous  les]]ordres  de 
recherches,  n'a  pas  été  étrangère  à  la  tentative  des  Ghenne- 
vières,  des  GuifTrey,  des  Montaiglon  pour  grouper  les  his- 
toriens d'art  autour  des  nouvelles  Archives.  A  vrai  dire 
l'idée  remontait  plus  loin.  Dès  i85i,  le  marquis  de  Ghenne- 
vières,  s'inspirant  du  grand  effort  tenté  vingt  ans  plus  tôt 
par  Guizot  pour  la  publication  des  documents   inédits, 


—  348  — 

travaillait  à  faire  sortir  l'histoire  de  l'art  de  la  vénérable 
poussière  des  siècles  qu'avait  rudement  secouée  la  tour- 
mente révolutionnaire,  et  o'est  presque  un  centenaire  que 
nous  aurions  le  droit  de  célébrer  aujourd'hui  si  l'on 
rattache  cette  tentative  à  celle  qu'avait  faite  déjà  la 
monarchie  de  Juillet  en  faveur  de  notre  histoire  artistique 
et  monumentale. 

Depuis  ces  origines  lointaines,  que  de  chemin  parcouru  ! 
Les  légers  fascicules  des  premières  années  sont  devenus 
d'épais  volumes.  Il  n'en  faudra  pas  moins  de  six  pour 
votre  bibliographie.  Ce  ne  sont  pas  là  des  matériaux 
posés  sans  ordre  ni  liaison  comme  des  moellons  sur  un 
chantier.  Chaque  pierre  a  sa  place  dans  l'édifice  et  l'édifice 
lui-même  se  présente  en  son  entier  quand  il  nous  restitue 
la  vie  de  l'ancienne  École  de  Rome  ou  celle  des  Aca- 
démies royales.  Quel  renouveau  apporte  à  l'histoire  de 
l'architecture,  si  injustement  négligée,  l'admirable  publi- 
cation poursuivie  par  M.  Lemonnier,  vaste  répertoire  de 
faits  et  d'idées  où  les  sujets  les  plus  divers  sont  abordés 
ou  traités,  qu'il  s'agisse  de  l'origine  des  antiques  pyra- 
mides d'Egypte  ou  bien  de  l'utilisation  de  la  force  des 
marées!  «  L'histoire,  disait  Henri  Heine,  est  un  prophète 
qui  regarde  en  arrière.  »  Que  de  réalisations  d'aujourd'hui, 
que  d'actualités  de  demain  sous  cette  poussière  du  passé 
et  combien  nos  Académies  gagneraient  à  s'inspirer  des 
leçons  de  leurs  devancières! 

Vous  avez  tenu  à  honneur  de  créer  non  seulement  un 
centre  de  publications  mais  encore  un  centre  de  discus- 
sions et  de  recherches.  Votre  Bulletin  dont  l'heureuse  pré- 
sentation a  progressé  de  jour  en  jour  est  l'organe  le  plus 
vivant  de  l'histoire  des  arts  français.  Le  congrès  de  l'année 
dernière  a  récompensé  votre  effort  et  couronné  vos  tra- 
vaux. Qui  de  nous  n'a,  depuis  lors,  évoqué  avec  fierté 
l'hommage  rendu  en  Sorbonne  par  tant  de  nations  diverses, 
si  voisines  et  si  lointaines,  à  l'universel  rayonnement  de 
notre  art  et  à  ses  vertus  éducatrices? 

Nous  sommes  en  1922,  un  lendemain  de  victoire.  Il 
n'est  pas  sans  inquiétude  :  nous  devons  serrer  nos  rangs, 
la  mort  a  passé  parmi  nous;  moins  qu'ailleurs  se  comblent 


—  H9  — 

les  vides.  Les  difficultés  du  présent,  les  préoccupations 
de  l'avenir  détournent  les  esprits  du  passé.  La  vie  est 
courte,  l'art  est  long.  On  s'élance  éperdument  vers  la  vie 
ou  du  moins  vers  ses  apparences.  La  hâte  des  réalisations 
fait  élire  les  buts  les  plus  proches  et  trop  oublier  parfois 
qu'une  nation  comme  la  nôtre  emprunte  à  son  patrimoine 
de  beauté  le  meilleur  de  son  prestige,  le  plus  sûr  de  sa 
richesse  et  le  sens  même  de  son  destin.  Dans  un  livre 
récent  dont  le  plus  bel  éloge  qu'on  puisse  faire  est  de 
dire  qu'il  est  égal  à  son  objet,  notre  camarade  Louis  Gillet 
observe  très  justement  que  la  tradition  n'est  pas  ce  qu'on 
accepte  du  passé  mais  ce  qu'on  en  porte  dans  le  sang  et 
qu'on  n'est  pas  plus  maître  d'en  conjurer  les  effets  qu'on 
ne  le  serait  d'éluder  les  lois  de  l'hérédité. 

Nous  sommes  un  pays  d'équilibre  et  un  peuple  de  raison. 
Il  est  difficile  de  croire  que  les  nobles  traditions  de  la 
recherche  historique  puissent  être  longtemps  désertées 
ou  tenues  en  moindre  crédit;  il  est  difficile  de  croire  que 
le  travail  intellectuel  ne  reprenne  pas  bientôt  son  rang, 
je  ne  dis  pas  seulement  dans  la  hiérarchie  des  prérogatives 
et  des  honneurs,  mais  dans  celle  des  salaires  et  des  droits, 
parmi  lesquels  le  droit  au  livre,  le  droit  à  l'impression  est 
vraiment  le  droit  à  la  vie.  A  nous  de  hâter  le  retour  aux 
conditions  normales  d'existence.  Dans  cette  œuvre  de 
reclassement  intellectuel  et  social,  l'État  peut-il  rester 
passif?  Je  ne  suis  pas  de  ceux  qui  s'exagèrent  les  bienfaits 
de  son  intervention  et  je  pense  que,  quand  il  laisse  les  tra- 
vailleurs travailler,  il  a  déjà  rempli  plus  de  la  moitié  de  sa 
tâche.  Je  n'irai  pourtant  pas  jusqu'à  dire  qu'il  faille  se 
défier  de  lui,  même  lorsqu'il  offre  des  présents.  Le  présent 
qu'il  vous  apporte  aujourd'hui,  c'est  un  beau  domaine 
parisien  dont  une  généreuse  donation  l'a  rendu  proprié- 
taire et  qui  sera,  pour  les  artistes  et  pour  les  historiens 
d'art,  un  centre  de  réunions,  d'informations,  de  recherches. 
J'espère  aussi  qu'il  pourra,  dans  un  très  prochain  avenir, 
créer  une  publication  qui  fera  connaître  à  tous  l'activité 
de  nos  Musées  et  les  faits  essentiels  de  la  vie  artistique 
en  France. 

Permettez-moi,  en  terminant,  de  saluer  les  forces  vives 


—  35o  — 

qui  assurent  votre  renouveau  et  vous  gardent  de  la 
vieillesse  en  souhaitant  qu'à  votre  Centenaire,  ceux  qui 
viendront  après  vous  sachent  travailler  d'un  même  cœur 
pour  une  aussi  riche  moisson. 


Le  banquet  a  été  suivi  d'un  concert  de  musique  ancienne 
auquel  tous  les  membres  de  la  Société  étaient  invités.  Les 
artistes  remarquables  qui  avaient  bien  voulu  prêter  leur 
très  aimable  et  précieux  concours  à  cette  soirée  exécu- 
tèrent avec  une  absolue  perfection  le  programme  suivant  : 

MUSIQUE  DE  CHAMBRE  DE  L'ÉCOLE  FRANÇAISE 

DES    XVIie    ET    XVIII*    SIÈCLES 
AVEC    LE    CONCOURS    DE 

MM.  Louis  Bleuzet,  professeur  au  Conservatoire,  haut- 
bois soliste  de  l'Académie  nationale  de  musique  et  de 
la  Société  des  Concerts.  —  Eugène  Borrel,  violoniste. 
—  Paul  Brunold,  claveciniste.  —  François  Gervais, 
violoncelle  soliste  des  Concerts  Lamoureux. 

1 .  Une  sonate  de  violon  de  Jean  Marie  Le  Clair  Taîné 

(1738)  {Grave;  Allegro;  Sarabande;  Tambourin). 
MM.  Borrel  et  Brunold. 

2.  Sept  pièces  de  clavecin  de  Jacques  de  Ghambon- 

nières  (1670)  {Allemande  la  Dunqiierque ;  Courante 
Paschalia;  Sarabande  ;  Chaconne^  Gigue  où  il  y  a 
un  canon;  Volte;  Rondeau).  M.  Brunold. 

3.  Un  concert  royal  de  Gouperin  (17 14)  {Prélude;  Cou- 

rante françoise;  Musette;  Sarabande;  Forlane). 
MM.  Bleuzet,  Borrel,  Brunold  et  Gervais. 

4.  Deux  mouvements  d'une  sonate  de  violon  de  Jean- 

Joseph  de  Mondonville  Talné  (vers  1740)  {Aria; 
La  Caccia).  MM.  Borrel  et  Brunold. 


—  35i  — 

5.  Quatre  pièces  de  clavecin  de  François  Couperin 

{la  Couperin  (Allemande);  les  Silvains;  la  Zenobie; 
les  Satires  chèvre-pieds).  M.  Brunold. 

6.  Trois  pièces  de  violon  de  François  Du- Val  (1718), 

jouées   sur  le  hautbois  [Un  peu  gay;  Sarabande; 
Gavotte  la  Girouette).  MM.  Bleuzet  et  Brunold. 

7.  Un  concert  de  Jean  Philippe  Rameau  (1741)  [la  Cou- 

licam;  la  Livri;  le   Ve^inet).  MM.   Borrel,  Bru- 
nold et  Gervais. 

(Clavecin  Fissot,  1762.) 


NOTES  ET  DOCUMENTS 


L'ARCHITECTE 

DOMINIQUE    BACHELIER 

A  SARAGOSSE 

«  Fort  ingénieux  et  sçavant  en  Tarchitecture  »,  qua- 
lifié tantôt  de  «  maistre  des  œuvres  royaulx  »,  tantôt 
de  «  maistre  architecteur  »,  Dominique  Bachelier  était 
fils  d'un  maître  maçon  et  imagier  de  Toulouse, 
célèbre  dans  toute  la  région,  Nicolas  Bachelier,  sur 
qui  Inattention  a  été  récemment  appelée  par  un 
magistral  travail  de  M.  Henri  Graillot^  Continua- 
teur de  son  père,  il  poursuit  la  construction  du 
fameux  hôtel  d'Assézat,  dessine  les  modèles  de  décora- 
tion pour  rentrée  de  Charles  IX  à  Toulouse  (1564)  et 
organise  les  fêtes  ordonnées  en  l'honneur  de  Cathe- 
rine de  Médicis  et  de  Marguerite  de  Navarre  (iSyS), 
entreprend  des  ouvrages  au  Capitole,  dresse  le  plan 
du  château  de  la  Réole,  près  de  Cologne-du-Gers 
(1579)^,  dirige  des  travaux  de  fortification  au  clocher 
de  Villefranche-de-Rouergue,  pour  ne  parler  que  de 
ses  occupations  les  plus  importantes^.  Bien  que  rendu 

1.  Nicolas  Bachelier,  imagier  et  maçon  de  Toulouse  au 
XVI'  siècle  (Toulouse,  Privât,  1914)  [vol.  XVII,  2'  série,  de  la 
a  Bibliothèque  méridionale  »]. 

2.  Ce  château,  un  des  plus  beaux  spécimens  de  l'architec- 
ture civile  du  sud-ouest,  existe  encore  sans  modifications. 

3.  Voir  la  notice  que  lui  consacre  M.  Graillot  dans  son  livre, 
p.  353-359. 


^  35^  - 

suspect  par  ses  faits  et  gestes  lors  des  dissensions 
religieuses  qui  troublèrent  Toulouse  en  i562,  Domi- 
nique Bachelier  n'a  cessé  d'être,  jusqu'en  i582  au 
moins,  l'architecte  à  la  mode  au  talent  duquel  on 
faisait  appel  de  tous  côtés. 

Voici  une  nouvelle  mention,  postérieure  à  toutes 
les  précédentes,  qui  viendra  s'ajouter  à  celles  que 
M.  Henri  Graillot  a  réussi  à  relever  dans  les  archives 
toulousaines.  Elle  nous  apporte  la  preuve  que  la  répu- 
tation du  savant  architecte  avait  franchi  les  Pyrénées. 
C'est  une  lettre  de  Philippe  II  à  son  ambassadeur  en 
France,  qui  le  concerne  spécialement  : 

A  Ju.  Baptista  de  Tassis. 

De  parte  de  la  ciudad  de  Caragoça  se  meha  represen- 
tado  la  mucha  necessidad  que  ayes  repara  la  puente 
d'ella,  per  que  ay  un  magistro  sufficiente  en  esse  reyno, 
natural  de  Tolosa,  llamado  Domingo  Bachiller,  el  quai 
refusa  de  venir  a  Caragoça  por  ser  officiai  del  rey,  y  no 
tener  licencia  suya  para  ello,  supplicando  me  que  po  pro- 
curasse la  dicha  licencia,  loqual  he  tenido  por  bien  de 
hazello  por  otro  medio,  y  assi  os  encargo  y  mando  que, 
luego  en  recibiendo  esta  carta,  procurais  que  el  rey  per- 
mita  qu'el  este  hombre  venga  a  Caragoça,  a  entender  en 
el  reparo  de  aquella  puente,  y  quando  de  otra  manera  no 
pudieredes  alcançallo,  se  lo  pedireis  de  mi  parte,  y  amsa- 
reis  de  lo  que  se  tisiere.  De  St  Lorenzo,  a  26  de  marzo 
i584'. 

Il  ne  s'agit  donc  pas  d'une  entreprise  de  haut  intérêt 
artistique.  Le  roi  d'Espagne  fait  appel  à  Dominique 
Bachelier  simplement  pour  effectuer  des  réparations 
que  la  ville  de  Saragosse  est  désireuse  de  faire  exécuter 
au  pont  qui  réunit  les  deux  rives  de  l'Èbre.  Bachelier, 
déjà  averti,  a  refusé;  il  a  prétexté  que,  retenu  par  ses 
fonctions  en  France,  il  n'avait  pas  l'autorisation  de  se 

I.  Archives  nationales,  K  i563,  n"  5. 

1922  23 


-  354  - 

rendre  en  Espagne.  Il  faut  donc  obtenir  pour  lui  cette 
autorisation,  et  l'ambassadeur  devra  s'y  employer  de 
son  mieux  à  Paris.  Y  réassit-il?  C'est  ce  que  nous  ne 
saurions  affirmer.  La  réponse  à  cette  question  se 
trouve  dans  les  archives  espagnoles.  Du  moins  pou- 
vons-nous sans  plus  tarder  ajouter  un  nom  à  la  liste 
déjà  longue  des  artistes  français  dont  la  notoriété  était 
grande  à  l'étranger. 

Henri  Stein. 


355 


SUR 

LE  TABLEAU  D'EUSTACHE  LE  SUEUR  : 
SAINT  PIERRE  RESSUSCITANT  TABITHE 

Dans  le  tome  V  (1877)  ^^^  Nouvelles  Archives  de 
l'Art  français,  J.-J.  Guiffrey  a  publié  la  mention  sui- 
vante, extraite  du  registre  O^  1229  des  comptes  des 
Bâtiments  du  roi,  à  la  date  du  9  août  1776  :  «  Mémoire 
tendant  à  informer  M.  le  Directeur  général  de  la  vente 
faite  par  les  marguilliers  de  Saint-Étienne-du-Mont 
d'un  tableau  par  Lesueur  actuellement  chez  le  sieur 
Folio,  marchand,  rue  Montmartre  »,  ajoutant  qu'il 
eût  été  heureux  de  retrouver  et  d'imprimer  le  mémoire 
enregistré  en  ces  termes.  M.  Furcy-Raynaud  nous 
a  communiqué  le  texte  qui  avait  échappé  aux  investi- 
gations de  son  savant  devancier.  Nous  l'insérons  ici, 
complétant  ainsi  la  note  jadis  consacrée  à  l'œuvre  du 
grand  peintre  français. 

M.  Cuvilhier.       .    .  _  ,  ...        .    .„ 

^     A  Monsieur  le  comte  a  Ansivillers . 

9  aoust  1776.  ° 

Mémoire. 

Le  célèbre  Eustache  le  Sueur,  qui  passe  pour  le  Raphaël 
de  l'École  françoise,  avoit  fait  dans  son  meilleur  tems  un 
tableau  qu'il  destinoit,  dit-on,  pour  décorer  sa  sépulture, 
et  qu'il  avoit  donné  à  cet  effet  à  l'église  de  Saint-Étienne- 
Dumont,  sa  paroisse. 

Le  sujet  de  ce  tableau,  de  6  pieds  de  haut  sur  4  de 
largeur,  est  l'apostre  Saint  Pierre,  au  moment  où  les 
veuves  de  Joppé  lui  demandent  la  résurrection  de  Tabith. 
Cette  femme  est  étendue  morte  sur  un  lit  à  l'antique. 
Une  partie  des  personnages  s'occupent  d'elle  et  la 
pleurent,  l'autre  implore  la  puissance  de  l'apôtre  et  lui 
montrent  pour   l'émouvoir  les  robes  que    cette  femme 


-  356  - 

charitable  faisoit  pour  les  pauvres.  Tout  dans  cette  belle 
scène  est  animé  du  plus  tendre  intérêt.  Tout  y  respire  la 
noblesse  et  la  vérité.  Le  dessin  et  la  couleur  en  sont  égale- 
ment estimés.  Monsieur  Ghalles,  dessinateur  du  Cabinet 
du  Roy,  le  regarde  comme  un  chef-d'œuvre. 

Malgré  son  mérite  et  sa  destination,  ce  tableau  est  resté 
longtems  inconnu  dans  une  chapelle  obscure  de  Saint- 
Etienne-Dumont,  et  les  Marguilliers  ayant  eu  besoin 
d'argent  pour  quelque  ouvrage  de  menuiserie  ont  fini  par 
le  vendre  à  un  sieur  Folio,  marchand  rue  Montmartre  vis 
à  vis  la  rue  du  Bout  du  monde  chez  lequel  il  n'y  a  pas 
plus  de  i5  jours  que  ce  bel  ouvrage  étoit  encore  exposé 
en  vente  bien  nettoyé  et  enrichi  d'une  assés  belle  bordure 
dont  il  l'a  décoré. 

Il  est  à  craindre  que  ce  morceau  de  peinture  qui  appar- 
tient à  la  patrie  et  au  tombeau  de  le  Sueur,  ne  passe  en 
pays  étranger,  et  Ton  croit  pouvoir  le  dénoncer  au  Mi- 
nistre des  arts  dans  la  circonstance  présente  où  il  paroît 
que  Sa  Majesté,  attentive  au  progrès  des  arts  et  à  la  gloire 
des  artistes,  veut  rassembler  dans  son  Palais  du  Louvre 
la  collection  des  ouvrages  de  nos  meilleurs  peintres  et 
surtout  de  le  Sueur. 

Peut-être  que  par  égard  pour  l'intention  de  l'auteur  la 
Mort  de  Tabith,  au  lieu  d'être  jointe  à  cette  riche  collection 
devoit  être  rendue  à  l'église  de  Saint-Étienne-Dumont,  et 
y  occuper  une  chapelle  où  ce  tableau  désormais  inaliénable 
seroit  le  principal  ornement  d'un  mausolée  simple  élevé  à 
la  gloire  du  Peintre. 

Son  nom  seul  feroit  son  éloge  et  son  épitaphe;  on 
abandonne  ces  vues  à  la  sagesse  du  Ministre  des  arts. 

Il  suffit  de  lui  avoir  dénoncé  le  larcin  fait  à  la  mémoire 
et  à  la  gloire  de  le  Sueur  :  son  goût  éclairé  saura  bien  en 
faire  le  plus  digne  usage. 

(Archives  nationales,  O*  igi3,  année  1776,  6,  n"  202.) 

Guillet  de  Saint-Georges  a  parlé  du  tableau  de  Le 
Sueur  dans  sa  notice  sur  l'artiste  publiée  au  tome  I«' 
des  Mémoires  inédits  sur  les  Académiciens  (p.  164)  : 

«  Derrière  le  chœur  de  l'église  de  Saint-Etienne- 


-  357- 
du-Mont\  M.  Le  Sueur  a  peint  pour  l'autel  de  la  cha- 
pelle de  Saint  Pierre,  qui  est  sur  la  main  gauche  de  la 
chapelle  de  la  Vierge,  un  tableau  représentant  ce 
prince  des  apôtres  qui  ressuscite  Tabithe  ou  Dorcas; 
ce  qui  est  tiré  du  g^  chapitre  des  Actes  des  Apôtres. 
M.  Girardon  a  ce  dessin  de  la  main  de  M.  Le  Sueur^.  » 

Le  Musée  du  Louvre  possède  deux  dessins  rela- 
tifs à  cette  peinture  :  une  étude  au  crayon  noir,  par 
Le  Sueur,  représentant  la  morte  étendue  sur  le  lit  et 
deux  personnes  à  genoux  qui  la  désignent  [Inventaire 
des  dessins  du  Louvre^  École  française,  par  J.  Guif- 
trey  et  P.  Marcel,  t.  IX,  p.  yS,  n»  9196,  et  Archives 
de  V  Art  français  ^  t.  II,  p.  104)  et  l'ensemble  delà  com- 
position d'après  la  peinture  du  maître  (Inventaire  des 
dessins^  par  J.  GuifFrey  et  P.  Marcel,  t.  IX,  p.  96, 
n9  9392,  et  Archives  de  l'Art  français^  t.  II,  p.  114). 
Au  dos  de  ce  dessin  anonyme  on  lit  cette  mention  au 
crayon  :  «  Ce  tableau  qui  était  à  Saint-Etienne-du- 
Mont  est  passé  en  Angleterre  et  avait  été  acheté  par 
Folio  ». 

Dans  le  catalogue  de  la  vente  de  Huquier,  en  1772, 
figure  un  dessin  de  Le  Sueur  sur  ce  sujet  et  le  rédac- 
teur déclare  que  «  le  tableau  original  appartient  à 
M.  Folio.  »  La  peinture  avait  donc  été  déjà  aliénée 
par  les  marguilliers  de  Saint-Étienne-du-Mont  dès 
cette  époque. 

Le  mémoire  ci- dessus  fut  présenté  au  comte  d'Angi- 
viller  au  moment  où  il  venait  de  faire  acquérir  pour 
le  futur  Muséum  les  décorations  de  l'hôtel  Lambert 

1.  Papillon  de  la  Ferté,  dans  V Extrait  des  différens  ouvrages 
publiés  sur  la  vie  des  peintres  {"po-V  H.  P.  D.  L.  F.)  (Paris,  1776, 
t.  Il,  p.  483)  écrit  :  «  Il  y  avait  à  Saint-Étienne-du-Mont  la 
Mort  de  Tabithe  qui  a  été  vendue  par  les  Marguilliers  à  un 
marchand  de  tableaux  ». 

2.  C'est  probablement  ce  dessin  qui  appartint  plus  tard  à 
Huquier  (vente  de  1772,  n°  3oi).  Voir  Archives  de  l'Art  fran- 
çaisy  t.  II,  p.  87-88. 


—  358  — 

et  recherchait  partout  des  œuvres  de  Le  Sueur.  Malgré 
ce  désir,  le  tableau  ne  fut  pas  acheté  pour  le  roi.  Nous 
ne  le  connaissons  maintenant  que  par  une  gravure  de 
C.  Duflos.  Où  se  trouve-t-il  aujourd'hui?  Il  serait 
intéressant  de  le  savoir.  Puisse  cette  note  susciter  le 
renseignement  souhaité. 


-  359  -      • 
UN  TABLEAU    ALLÉGORIQUE 

DE 

PIERRE  MOSNIER 

A    L'HÔPITAL    DE    LA    SALPÊTRIÈRE 

Au  tome  XXI  de  la  Revue  universelle  des  Arts^ 
paru  en  i865  (p.  117),  est  reproduit  un  passage 
du  Mercure  galant  extrait  du  cahier  de  novembre 
1679,  décrivant  un  tableau  composé  en  l'honneur  de 
Louis  XIV,  offert  par  «  M.  Aubert,  bourgeois  de  Paris, 
au  grand  bureau  des  pauvres^  ».  Il  peut  être  inté- 
ressant de  signaler  aux  historiens  que  cette  grande 
machine  allégorique,  d'exécution  fort  médiocre,  attri- 
buée par  le  Mercure  au  peintre  «  Le  Monnier  »,  dans 
lequel  il  faut  reconnaître  évidemment  Pierre  Mosnier 
(1641-1703),  se  retrouve  à  l'hospice  de  la  Salpétrière. 
Elle  a  été  fort  bien  décrite  par  Marcel  Fosseyeux  dans 
son  très  utile  Inventaire  des  objets  d'art  appartenant 
à  V administration  générale  de  l'Assistance  publique 
à  Paris  (Paris,  Berger-Levrault,  191  o,  in-8°),  à  la 
page  90.  L'auteur,  n'ayant  pas  retrouvé  le  passage  du 
Mercure^  n'a  pu  nommer  l'auteur  du  tableau  ou 
deviner  tout  le  symbolisme  compliqué  de  la  compo- 
sition. Aussi  croyons-nous  utile  de  réimprimer  la 
description  du  Mercure  en  y  introduisant  quelques 
rectifications  d'après  l'observation  directe. 

G.  B. 

Les  continuelles  victoires  que  le  roy  a  remportées  sur 
ses  ennemis  sont  le  sujet  d'un  magnifique  tableau  donné 
depuis  peu  par  M.  Aubert,  bourgeois  de  Paris,  au  grand 

I.  Sur  cette  institution,  voir  Léon  Cahen,  Le  grand  bureau 
des  pauvres  de  Paris  au  milieu  du  XVII J^  siècle.  Paris,  Gor- 
nély,  1904,  in-S*"- 


—  36o  — 

bureau  des  pauvres.  Le  dessin  est  de  son  invention,  et  le 
sieur  Le  Monnier,  l'un  des  plus  excellents  peintres  de 
l'Académie,  lui  a  prêté  sa  main  pour  l'exécuter. 

On  voit  sur  une  toile,  longue  de  9  à  lo  pieds  et  haute 
de  5  à  6  [haut.  1^80,  larg.  3^6o  d'après  Fosseyeux],  un 
grand  salon  d'une  noble  architecture.  Les  illustres  con- 
quérants dont  les  Grecs  et  les  Romains  ont  fait  leurs 
héros  sont  placés  dans  le  pourtour.  On  y  a  joint  Charle- 
magne,  Henri  le  Grand,  et  enfin  ceux  de  nos  rois  dont 
les  belles  actions  approchent  le  plus  des  miracles  de  notre 
auguste  monarque. 

Au  milieu  de  ce  salon  est  un  piédestal  de  différents 
marbres.  Il  y  a  au  pied  un  faisceau  de  flèches  rompues 
qui  représente  les  Provinces-Unies,  des  boucliers  bri- 
sés sur  lesquels  le  lion  d'Espagne  et  l'aigle  de  l'Empire 
sont  peints,  et  la  Toison  d'Or  humiliée  sous  un  fer  vic- 
torieux. 

Sur  ce  piédestal,  trois  génies,  qu'il  est  aisé  de  connaître 
pour  les  symboles  de  la  Sagesse,  de  la  Valeur  et  de  la 
Libéralité,  placent  le  portrait  du  Roi  et  semblent  vouloir 
dire  que  c'est  à  Louis  le  Grand  que  cette  place  était 
réservée  avec  justice,  puisque  le  Ciel,  pour  le  bonheur  et 
la  gloire  de  la  France,  a  assemblé  dans  son  auguste  per- 
sonne toutes  les  admirables  qualités  de  ces  divers  con- 
quérants. C'est  ce  que  signifient  ces  paroles,  qui  sont 
gravées  en  lettres  d'or  sur  une  table  de  marbre  du  piédes- 
tal {cette  inscription  n'existe  plus,  elle  a  été  reportée  sur 
le  drapeau  de  la  Renommée]  : 

Tôt  numina  in  uno. 

La  Renommée  paraît  à  côté.  Elle  tient  d'une  main  sa 
trompette  et  son  drapeau  déployé,  et  de  l'autre  elle  montre 
le  portrait  du  Roy  aux  quatre  parties  du  monde  [symbo- 
bolisées  par  un  Asiatique,  un  Africain,  un  Européen  et  un 
Américain]  qui  sont,  à  droite  et  à  gauche,  en  postures  de 
personnes  touchées  en  même  temps  de  frayeur,  d'admi- 
ration et  de  reconnaissance.  Ces  quatre  vers  sont  dans  le 
drapeau  de  la  Renommée  et  expriment  ce  que   semble 


—  36i  — 

vouloir  dire  leur  action  [ces  vers  ont  été  effacés  et  retn- 
placés  par  la  devise  latine  ci-dessiis]  : 

Peuples,  ne  vantez  plus  le  sang  des  demi-dieux 
Et  de  la  Grèce  antique  et  de  la  vieille  Rome, 
Louis  vous  fait  bien  voir,  par  ses  faits  glorieux, 
Que  toute  leur  vertu  brille  dans  un  seul  homme. 

Deux  autres  petits  génies,  qui  sont  dans  le  bas  du  pié- 
destal, semblent  avoir  été  envoyés  à  ces  quatre  parties  du 
monde  pour  leur  expliquer  ce  que  signifient  ces  armes 
brisées,  ces  boucliers  et  les  autres  symboles  qui  sont  l'or- 
nement de  ce  piédestal  [cette  partie  a  été  altérée  par  de 
nombreux  repeints,  des  attributs  ont  disparu].  Leur  action 
est  toute  parlante  et  il  n'y  a  aucune  de  ces  figures  qui 
n'animât  la  Victoire  à  mettre  sur  la  tête  du  Roy  la  cou- 
ronne qu'elle  tient. 

Un  dessin  si  ingénieux  méritait  de  ne  vous  être  pas 
inconnu. 

Dne  inscription  que  ne  relève  pas  le  Mercure  est 
peinte  sur  un  bouclier  et  atteste  l'origine  de  la  pein- 
ture et  sa  destination;  la  voici,  d'après  V Inventaire 
précité  : 

M.  Aubert,  ancien  commissaire  des  pauv- 
res soubs  le  règne  de  Louis  le  Grand,  a 
laissé  à  la  postérité  la  înarque  de  son 
^cle  pour  la  gloire  de  ce  magnanime  tnonarque,  par 
le  don  qu'il  a  fait  de  ce  tableau  à  la  célèbre 
compagnie,  Van  i6j5. 


—  362  — 
DEUX  ŒUVRES 

DE 

GUILLAUME  COUSTOU 

I.  —  Le  buste  du  P.  Darerès  de  La  Tour. 

La  photographie^  du  beau  buste  conservé  au  lycée 
de  Tournon  (Ardèche),  reproduit  vis-à-vis  de  ces 
lignes,  nous  a  été  aimablement  communiquée  par 
M.  A.  Guéritte,  architecte  des  monuments  histo- 
riques, qui  nous  a  signalé  ainsi  la  valeur  et  l'intérêt 
de  cette  sculpture  presque  inconnue. 

Ce  buste,  en  marbre  blanc,  de  grandeur  naturelle, 
représente  le  P.  Pierre-François  Darerès  ou  Darerez 
de  La  Tour  (i653-i733),  supérieur  général  de  Tordre 
de  rOratoire  pendant  trente-sept  ans,  de  1696  jusqu'à 
sa  mort.  La  désignation  iconographique  tradition- 
nelle est  confirmée  par  la  vue  d'une  petite  gravure 
assez  médiocre  publiée  par  Desrochers,  représentant 
le  religieux  tourné  de  trois  quarts  à  droite,  en  buste, 
dans  un  ovale '^. 

La  présence  du  portrait  du  célèbre  oratorien  est 
naturelle  en  ce  collège  anciennement  gouverné  par 
des  religieux  de  l'ordre,  mais  aucun  document  n'a 
permis  encore  d'établir  avec  exactitude  à  la  suite  de 
quelles  circonstances  le  buste  se  trouve  être  la  pro- 
priété du  lycée  de  Tournon^.  M.  Massip,  dans  son 
ouvrage  sur  le  Collège  de  Tournon  (Paris,  Picard, 

1.  Exécutée  par  le  regretté  D""  Bonnard. 

2.  Catalogue  des  portraits  à  la  Bibliothèque  nationale^  t.  VI, 
p.  69.  Un  autre  portrait  représentant  l'oratorien  jeune  est  insi- 
gnifiant. 

3.  Ce  buste  est  classé  comme  monument  historique  depuis 
le  10  mars  1909. 


Le  p.   Darerès  de  La  Tour 

PAR  Guillaume  Goustou. 

(Lycée  de  Tournon.) 


Cliché  Sylvestre. 


—  363  — 

1890),  n'a  fourni  aucune  indication  sur  l'histoire  de 
la  sculpture.  M.  H.  Sebert,  proviseur  actuel  du  lycée, 
dans  une  note  qui  était  jointe  à  l'image,  suppose  que 
le  P.  Anglade,  qui  fut  nommé  directeur  du  collège 
quand  les  Oratoriens  en  prirent  possession  en  1776, 
après  le  bannissement  des  Jésuites,  aurait  fait  venir 
le  portrait  de  Lyon  où  il  dirigeait  le  collège  de  la 
Trinité,  avec  le  tableau  représentant  le  cardinal  de 
BéruUe,  conservé  également  au  lycée.  Mais  il  paraît 
plus  vraisemblable  de  retrouver  la  mention  du  buste 
de  marbre  dans  cette  ligne  de  Thiéry  qui,  après 
avoir  décrit  l'église  de  l'Oratoire,  parle  de  la  «  maison 
religieuse  des  Oratoriens  »  et  signale  quelques  œuvres 
d'art  ornant  la  bibliothèque,  parmi  lesquelles  «  le 
buste  en  marbre  du  célèbre  général  P.  de  la  Tour  » 
(Guide  des  amateurs  et  des  étrangers  à  Paris ^l.  I, 
1787,  p.  325).  Le  P.  Ingold,  dans  son  ouvrage  V Eglise 
de  l'Oratoire  Saint-Honoré  (Paris,  1886),  ne  parle  pas 
du  buste  du  Supérieur  général  de  l'ordre;  les  papiers 
de  Lenoir  publiés  sont  muets  sur  le  passage  éventuel 
de  la  sculpture  au  dépôt  des  Petits-Augustins;  force 
est  donc  de  nous  résigner  à  ignorer  son  origine  et 
l'époque  de  son  arrivée  à  Tournon. 

Quel  est  l'auteur  de  cette  œuvre  d'un  saisissant 
réalisme  et  d'une  incontestable  beauté  ?  Point  de  signa- 
ture ni  d'inscription  sur  le  marbre  ;^eule  une  petite 
mention  au  crayon,  qui  est  vraisemblablement  mo- 
derne, indique  le  nom  de  Guillaume  Coustou.  C'est 
en  effet  à  ce  maître  qu'il  est  légitime  de  songer  devant 
un  pareil  morceau,  surtout  quand  on  connaît  un  autre 
buste  qui  doit  lui  être  confronté  :  celui  en  terre  cuite 
représentante  même  personnage,  conservé  au  Musée 
du  Louvre.  Cette  terre  cuite  fut  acquise  pour  les 
Musées  royaux  en  1839,  ^^  M-  Demalet,  au  prix  de 
cent  francs,  le  personnage  étant  alors  ignoré  (n»  256 
de  la  Description  des  sculptures  des  temps  modernes  au 


—  364  — 

Louvre,  par  H.  Barbet  de  Jouy,  édit.  de  1876,  p.  iSy). 
En  arrière  du  piédouche  on  lit  :  Coustou,  1733. 
Depuis,  le  religieux  fut  identifié  et  il  porte  son  nom 
exact  au  Catalogue  sommaire  de  1897  ("°  544).  C'est 
une  étude  de  la  tête  seule,  avec  une  courte  indica- 
tion du  corps  (h.  0,49).  Est-ce  le  modèle  original  du 
marbre,  plus  ample  et  plus  puissant  d'accent,  ou  une 
réplique  postérieure?  La  date  inscrite  pourrait  faire 
croire  à  la  seconde  hypothèse,  car  il  semble  difficile 
de  reconnaître  en  cette  physionomie  aussi  vive  un 
vieillard  de  quatre-vingts  ans;  ou  bien  le  sculpteur 
aurait-il  exécuté  son  œuvre  à  l'aide  de  documents? 
Quoi  qu'il  en  soit,  l'attribution  du  marbre  à  Guil- 
laume Coustou  accroît  l'œuvre  de  l'excellent  artiste 
d'un  des  plus  beaux  exemples  de  son  talent  de  por- 
traitiste. Le  buste  du  P.  de  La  Tour  se  place  en  tête 
de  ces  représentations  variées  et  pénétrantes  du 
visage  humain  :  le  Nicolas  Coustou  intime  et  sin- 
cère, l'archevêque  Paul  de  Neufville  de  Villeroy  à 
l'élégance  hautaine  (au  Musée  de  Lyon),  le  magistrat 
appelé  D'Aguesseau^  (au  Musée  de  Limoges),  aigu  et 

I.  Sans  apporter  ici  les  arguments  qui  demanderaient  un 
long  développement  et  plusieurs  reproductions,  je  dirai  que  je 
suis  peu  convaincu  de  l'identification  traditionnelle  de  ce  buste. 
Le  marbre  provient  de  la  salle  des  antiques,  au  Louvre,  d'après 
Lenoir,  qui  l'inscrit  comme  portrait  de  D'Aguesseau  (n"  141  à 
partir  de  l'édition  de  1806)  ;  c'est  pourquoi  il  fut  envoyé,  en 
1819,  à  Limoges,  patrie  de  l'illustre  magistrat.  Il  porte  la  signa- 
ture de  l'artiste  et  la  date  de  1727.  En  comparant  ce  portrait 
sculpté  aux  portraits  peints  du  chancelier  D'Aguesseau  (1668- 
1751),  —  le  meilleur,  œuvre  de  Tournières,  appartint  à  la  col- 
lection de  la  princesse  Mathilde  (n°  47  de  la  vente  de  1904), 
copie  à  Versailles,  n°  3668,  —  et,  d'autre  part,  à  des  peintures 
représentant  Louis  Phély peaux  de  Pontchartrain,  chancelier 
de  France  (1643-1727)  :  au  musée  Jacquemart-André  (n"  248), 
œuvre  probable  de  Tournières,  répliques  au  Musée  de  Louvain 
et  à  Versailles,  n*  4371,  —  il  me  semble  trouver  une  bien  plus 
grande  analogie  entre  le  marbre  et  les  portraits  du  chancelier 


du  Bulletin  de  la  Société  de  U Hldtoire  de  l'Art  Français 


ïj'mpan   du   porche   occidental   de   1  Kgiise   6aint-Pierre   de    Aioissac. 

J-/e5   Arcliive^   x  kotograpliiqvie^ 

a  Art  et  o  Histoire 

VALAIS  ROYAL    -  i  *^   Rue  de  ValoU  —  PARIS 


L'ANCIEN  Service  photographique  et  cinématographique 
de  l'Armée,  créé  en  1916,  avait  été  transformé,  après  la 
cessation  des  hostilités,  pour  servir  à  d'autres  fins  :  dans 
la  pensée  de  M.  Paul  Léon,  directeur  des  Beaux-Arts,  le 
nouvel  organisme  devait  non  seulement  continuer  d'assurer 
l'exploitation  des  120.000  clichés  et  des  2.000  films  pris 
pendant  la  guerre,  mais,  en  même  temps,  consacrer  son 
activité,  son  expérience  et  ses  ressources  à  la  cause  du 
patrimoine  artistique  national.  Pour  ce  faire,  aux  collections 
des  clichés  de  guerre,  —  documents  d'histoire,  d'une  impor- 
tance capitale,  dont  il  est  indispensable  d'envisager  la 
conservation,  on  adjoignit,  d'une  part,  le  fonds  des 
Monuments    historiques,    riche    d'environ    60.000   négatifs,     et, 


de  l'autre,    une    collection    de  près  de  lo.ooo  clichés  pris   dans 
les    musées. 

Ce  premier  matériel  mis  à  sa  disposition,  le  Service 
photographique  des  Beaux-Arts  ne  devait  pas  cesser  de 
l'enrichir  et  de  le  compléter  méthodiquement,  de  manière  à 
constituer  pour  la  France  un  inventaire  photographique  des 
richesses  d'art,  analogue  à  celui  qui  existe  déjà  dans  plusieurs 
pays    étrangers. 

Établi  sur  ces  bases  judicieuses,  le  service  nouveau  com- 
mença de  fonctionner.  Il  remplit  son  programme  à  la 
satisfaction  générale,  et  de  nombreux  encouragements  lui 
vinrent,  tant  du  côté  des  acheteurs  que  de  celui  des 
bienfaiteurs.  Il  se  trouva,  en  effet,  que  plusieurs  auteurs  ou 
collectionneurs  de  clichés,  désireux  de  voir  leurs  archives 
photographiques  conservées  en  bonne  place  et  mises  à  la 
disposition  de  tous,  les  cédèrent  généreusement  à  la  direction 
des  Beaux-Arts. 

Le  public,  de  son  côté,  s'habituait  à  prendre  le  chemin  du 
rez-de-chaussée  de  la  rue  de  Valois  où  sont  installés  les 
bureaux    et    ateliers    du    service. 

On  en  était  là  quand  le  Parlement  décida  la  suppression  de 
tous  les  organismes  nés  delà  guerre.  Le  Service  photographique 
des  Beaux- Arts  fut  condamné  et  disparut  au  3i  décembre  1921. 
Le  Parlement  souhaitait  cependant  de  voir  conserver  «tout 
ce  qu'il  y  a  d'intéressant  et  d'utile  dans  les  collections 
constituées  »,  et,  puisqu'on  se  trouvait  en  présence,  ■ —  chose 
rare  en  ces  temps  de  déficit,  —  d'un  serv^ice  pouvant  couvrir 
ses  dépenses,  il  allait  jusqu'à  se  demander  si,  à  défaut  d'une 
institution  d'Etat,  une  forme  d'organisation,  «  même  une 
forme  désintéressée  » ,  ne  pourrait  pas  être  trouvée,  qui 
permît  d'assurer  l'existence  de  l'œuvre  entreprise. 

Aussi  la  Direction  des  Beaux-Arts  a-t-elle  envisagé  la 
constitution,  sous  le  contrôle  et  avec  l'aide  matérielle  et 
morale  du  ministère  de  l'Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts 
d'un  organisme  privé,  constitué  par  une  Société  anonyme  au 
capital  initial  de  200.000  francs,  représenté  par  des  actions 
nominatives  de  5oo  francs.  Cette  Société,  qui  a  pour  titre 
«  les  Archives  photographiques  d'art  et  d'histoire  »,  exploite 
les  collections  de  clichés  et  de  films  en  vendant  des  reproductions 
au  public,  et  procède  à  leur  enrichissement  méthodique  en 
complétant  par  de  nouv^eaux  clichés  la  documentation  déjà  réunie. 


Comme  il  ne  s'agit  pas  d'une  affaire  commerciale,  mais  d'une 
institution  d'intérêt  général,  aucun  bénéfice  ne  sera  perçu  par 
les  actionnaires  ;  on  leur  versera  simplement  un  intérêt  de  4  % 
sur  le  montant  nominal  de  leur  apport,  et  les  excédents  de 
recettes  seront  obligatoirement  attribués  à  la  constitution  d'un 
fonds  de  réserve,  ou  employés  soit  à  l'enrichissement  des 
collections,  soit  à  des  œuvres  d'utilité  publique. 

Telle  est  l'économie  du  projet  élaboré  par  la  Direction  des 
Beaux-Arts,  et  si  l'on  peut  exprimer  un  souhait,  c'est  de  voir 
cette  initiative  ingénieuse,  et  à  certains  égards  assez  hardie, 
rencontrer  auprès  du  public  l'accueil  favorable  auquel  elle  a 
droit.  Il  y  a  là  une  question  de  convenance,  de  prudence,  de 
vulgarisation  et  de  propagande  tout  à  la  fois. 

Une  question  de  convenance,  parce  que  laisser  improductif 
le  capital  représenté  par  nos  200.000  clichés  serait  une  faute 
inexcusable,  sans  parler  de  l'injure  gratuite  ainsi  faite  aux 
donateurs  qui  se  sont  dessaisis  de  leurs  collections  et  les  ont 
confiées  à  l'Etat,  non  pour  les  voir  dormir  au  fond  d'un  casier, 
mais  pour  qu'elles  soient  employées  au  profit  de  tous. 

Une  question  de  prudence  et  de  sauvegarde,  parce  que  la 
reproduction  des  richesses  d'art  par  la  photographie  est  la 
meilleure  garantie  contre  les  voleurs  et  les  faussaires.  Quant 
aux  destructions  causées  par  la  guerre,  ou  plus  simplement 
par  l'incendie,  de  combien  d'œuvres  d'art  ne  sommes-nous  pas 
réduits  à  déplorer  l'anéantissement  absolu,  qui  ne  seraient  pas 
mortes  tout  entières,  si,  à  l'exemple  de  certains  de  nos  voisins, 
nous  avions  entrepris  en  temps  utile  cet  inventaire  de  nos 
richesses  d'art,  dont  la  réalisation  était  le  principal  objet  du 
service  institué  par  M.  Paul  Léon  et  sa  première  raison  d'être. 

Une  question  de  vulgarisation,  parce  qu'une  institution 
comme  celle-ci  ne  recrute  pas  sa  clientèle  seulement  parmi  les 
visiteurs  des  musées,  mais  aussi  parmi  les  étudiants  et  les 
professeurs,  parmi  les  historiens  et  les  archéologues,  parmi 
les  éditeurs  de  revues  et  de  livres  d'art,  toutes  gens  qui 
ont  besoin  que  des  facilités  particulières  leur  soient  assurées 
pour  la  prise  de  certains  clichés  sans  intérêt  commercial,  et  que 
des  prix  de  faveur  leur  soient  consentis.  Les  revues  d'art  et 
les  éditeurs  de  livres  sur  l'histoire  de  l'art,  en  particulier, 
doivent  trouver  dans  l'utilisation  des  collections  appartenant  à 
l'Etat,  moyennant  des  droits  de  reproduction  raisonnables, 
une   aide   efficace. 


Une  question  de  propagande,  enfin.  Dans  plusieurs  pays, 
on  l'a  dit,  des  services  analogues  existent,  qui  permettent 
aux  conservateurs  des  musées  de  donner  aisément  satisfaction 
aux  demandes  de  photographies  qui  leur  sont  adressées  par 
leurs  confrères  de  l'étranger.  Les  savants  français  devraient 
pouvoir  accueillir  de  semblables  demandes  sans  avoir 
l'embarras   de    les    renvoyer   à   l'industrie   privée. 

Quand  on  connaît  le  désintéressement  et  l'inlassable 
générosité  de  tant  d'amis  de  nos  musées  et  de  nos  monuments, 
il  serait,  en  vérité,  bien  surprenant  que  l'appel  de  la  direction 
des  Beaux-Arts  ne  fût  pas  entendu,  et  que  cette  institution 
d'intérêt  national,  intelligemment  conduite  et  convenablement 
outillée  comme  elle  l'est^  servie  par  un  peu  de  publicité  (car 
on  ne  la  connaît  pas  assez),  ne  devînt  pas  à  brève  échéance 
la  véritable  chalcographie  moderne  qui  nous  manque  et  que 
la  diffusion  des  connaissances  artistiques  rend  aujourd'hui 
indispensable. 

Emile  D acier. 

(Extrait  de  la  Re^me  de  V Art  ancien  et  moderne.) 


PHOTOGRAPHIES  ET   CLICHES  A  PROJECTIONS 

Monuments  Historiques    -    Musées  et  Palais  Nationaux 
La     Guerre    sur    tous    les     Fronts 

FILMS     CINÉMATOGRAPHIQUES 

de    la     Guerre     et     Documentaires 

iiiiiiiiiiiiiiiiiiiii iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii I iiiiiiiiiiii iiiiiiiiiii I iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii 

N.B.  —  Adresser  toutes  les  commandes  et  demandes  de  renseignements  au 
Directeur  des  Archives  Photographiques  d'Art  et  d'Histoire,  Palais  Rojal,  i  bis, 
Rue  de  Valois,   Paris.  Téléphone  :  Gutenberg  i3-oo. 


—  365  — 

grave,  le  Samuel  Bernard  ^  épanoui  et  majestueux.  Or, 
fait  à  noter,  aucun  des  biographes  de  Guillaume  Cous- 
tou,  ou  des  Coustou,  n'a  fait  mention  du  buste  con- 
servé aujourd'hui  au  lycée  de  Tournon.  L'abbé  Gou- 
genot  dans  son  Éloge^  ne  le  cite  pas;  et  ni  Stanislas 
Lami  dans  son  Dictionnaire  des  sculpteurs  de  l'École 
française  sous  Louis  XIV  (1906,  p.  119),  ni  Marins 
Audin  et  Eugène  Vial  dans  leur  Dictionnaire  des 
artistes  lyonnais  (1918,  t.  I,  p.  223)  ne  signalent  le 
marbre  à  côté  de  la  terre  cuite  du  Louvre.  Nous 
publions  donc  un  document  figuré  inédit^  et  nous 
sommes  heureux  de  le  faire  connaître  aux  historiens 
de  la  sculpture  française,  espérant  qu'un  des  nôtres 
apportera  bientôt  les  réponses  aux  interrogations  que 
nous  posons. 

IL  —  Le  monument  funéraire  du  maréchal  d'Estrées. 

UÉloge  de  Guillaume  Coustou  écrit  par  l'abbé 
Gougenot  permet  l'attribution  à  l'artiste  d'une  œuvre 

de  Pontchartrain  qu'avec  ceux  du  chancelier  D'Aguesseau;  je 
proposerais  donc  de  désigner  le  buste  de  Limoges  sous  le  nom 
de  Louis  Phélypeaux  de  Pontchartrain. 

1.  Voir  sur  l'histoire  de  ce  buste  la  dernière  page  de  V Éloge 
de  l'abbé  Gougenot  cité  ci-dessous.  Guillaume  Coustou  tailla 
ce  marbre  en  1727,  le  buste  avait  été  primitivement  commandé 
à  François  Dumont,  mais  cet  artiste  avait  laissé  son  modèle 
inachevé  lors  de  sa  mort,  en  1726.  Le  buste  fut  exposé  à  Tours 
en  1890  {Album  de  l'Exposition,  par  L.  Palustre,  p.  37-38  et 
pi.  xix). 

2.  Eloge  de  Coustou  le  jeune  par  Vabbé  Gougenot,  commu- 
niqué avec  un  avant -propos  par  le  baron  Roger  Portails. 
Mélanges  publiés  par  la  Société  des  bibliophiles  françois,  1903, 
pièce  n°  4,  de  20  p.  in-S"*. 

3.  Notre  ami  Léon  Deshairs,  qui  avait  présenté  une  mono- 
graphie des  Coustou  comme  thèse  à  l'École  du  Louvre,  —  tra- 
vail resté  malheureusement  en  manuscrit,  —  nous  a  dit  ne  pas 
connaître  le  buste  de  Tournon,  lui  aussi. 


—  366  — 

intéressante  %  peu  connue  elle  aussi,  car  elle  n'a  été 
que  récemment  exposée  au  Musée  de  Versailles  :  le 
monument  funéraire  de  Jean,  comte  d'Estrées,  vice- 
amiral  et  maréchal   de  France  (1624-1707)  et  de  sa 
femme  Marie-Marguerite  Morin  (f  17 14).  Ce  tom- 
beau avait  été  érigé  dans  la  chapelle  du  couvent  des 
Minimes,  dits  «  Bons  Hommes  »,  à  Passy.  Une  gra- 
vure insérée  dans  les  Antiquités  nationales  de  Millin 
permet  de  connaître  l'aspect  primitif  du  monument  2. 
La  partie  principale  de  marbre  blanc,  formée  d'un 
génie  funéraire  et  du  médaillon  renfermant  les  bustes 
des  personnages  en  bas-relief,  subsiste  seule  :1e  sou- 
bassement en  forme  de  galère,  de  marbre  noir,  les  tro- 
phées que  semblait  désigner  l'enfant  et  une  sorte  de 
palmier  qui  s'élevait  au-dessus  de  sa  tête  ont  disparu. 
Recueillie,  ainsi  amoindrie,  au  Musée  des  Monuments 
français^,  la  sculpture  fut  envoyée  à  l'église  de  Saint- 
Denis  après  la  dispersion  de  1816.  C'est  là  que  Cou- 
rajod  la  reconnut  et  la  désigna  pour  être  portée  au 
Musée  de  Versailles,  où  elle  arriva  en  1884'*. 

G.  Briere. 

1.  P.  12  de  la  publication  faite  par  le  baron  Portalis. 

2.  Réduction  dans  l'ouvrage  de  Louis  Gourajod  :  A.  Lenoir, 
son  journal  et  le  Musée  des  Monuments  français,  t.  III,  p,  461. 

3.  N"  307  du  catalogue  de  1810  (inconnus,  attribution  à  Van 
Clève). 

4.  L.  Gourajod,  ouvr,  cité,  p.  462.  —  La  sculpture  est  placée, 
depuis  l'automne  1921,  dans  la  galerie  n"  96  (aile  nord),  après 
avoir  figuré  à  la  petite  exposition  organisée  par  la  Société  des 
Amis  de  Versailles  en  1921  (n°  143  du  Catalogue).  Dimensions 
du  marbre  :  hauteur,  i"'42;  largeur  à  la  base,  o"92. 


—  367  — 

DOCUMENTS  SUR  HOUDON 

I 

LA  STATUE  DE  TOURVILLE 

La  statue  de  l'amiral  de  Tourville,  commandée  par 
le  comte  d'Angiviller  pour  décorer  en  compagnie 
d'autres  grands  hommes  la  grande  galerie  du  Louvre 
et  conservée  aujourd'hui  au  Musée  de  Versailles,  n'est 
certes  pas  le  chef-d'œuvre  iconique  de  Houdon.  A 
cette  effigie  rétrospective  reconstituée  d'après  une 
ancienne  gravure,  il  manque,  malgré  le  consciencieux 
effort  de  l'artiste  pour  animer  son  bloc  de  marbre, 
l'étincelle  de  vie  qu'il  a  su  communiquer  à  ses  por- 
traits d'après  nature  de  Voltaire  et  de  Washington, 
Nous  croyons  néanmoins  que  cette  œuvre  de  second 
plan  a  été  trop  négligée  par  les  historiens  de  Houdon, 
qui  ne  lui  consacrent  généralement  que  quelques 
lignes  et  ne  la  mentionnent  que  pour  mémoire  ^ 

Les  documents  qui  s'y  rapportent  sont  cependant 
assez  nombreux,  car  c'est  la  seule  commande  de 
quelque  importance  que  le  plus  grand  sculpteur  du 
xvnie  siècle,  mal  en  cour  auprès  du  comte  d'Angiviller, 
ait  jamais  reçue  des  Bâtiments  du  Roi  2.  Notre  regretté 
collègue  Furcy-Raynaud  en  a  déjà  reproduit  un  ou 
deux  dans  son  précieux  Inventaire  dont  une  édition 
posthume  considérablement  augmentée,  va  paraître 

1.  Dans  l'ouvrage  en  trois  volumes  qu'il  a  publié  sur  Houdon, 
M.  Giacometti  ne  consacre  qu'une  ou  deux  pages  à  la  statue 
de  Tourville. 

2.  Dans  son  Éloge  de  Pigal,  Mopinot  prétend  que  Houdon 
aurait  reçu  la  commande  d'une  statue  de  Dom  Calmet.  En 
admettant  la  réalité  dé  cette  commande,  elle  ne  fut  en  tout 
cas  jamais  exécutée. 


—  368  — 

prochainement.  Nous  croyons  utile  de  compléter  ce 
dossier  sommaire  par  quelques  pièces  inédites  ou  peu 
connues,  collationnées  les  unes  aux  Archives  natio- 
nales, les  autres  dans  le  fonds  Deloynes  du  cabinet 
des  Estampes.  Nous  y  avons  joint  une  lettre  auto- 
graphe de  Houdon  que  nous  a  aimablement  commu- 
niquée M.  le  comte  Allard  du  Ghollet. 

Ces  documents  se  classent  naturellement  en  deux 
séries  :  la  première  se  compose  des  pièces  relatives  à 
la  commande,  à  l'exécution  et  au  paiement  de  la  sta- 
tue; la  seconde  comprend  les  critiques  formulées  par 
des  salonniers  obscurs  ou  anonymes  lors  de  l'expo- 
sition de  cet  ouvrage  au  Salon  de  1781. 


La  statue  de  Tourville  fait  partie  de  la  troisième 
série  des  statues  de  grands  hommes  que  le  comte 
d'Angiviller  ordonnait  régulièrement  tous  les  deux 
ans  par  groupe  de  quatre.  La  commande  remonte  à 
l'automne  de  1779*  comme  le  prouve  cette  lettre  de 
d'Angiviller  au  premier  peintre  Pierre,  chargé  du 
détail  des  Arts. 

Versailles,  ce  5  octobre  1779^. 
■  Gomme  l'intervalle  d'environ  deux  ans  n'est  pas  trop 
considérable  pour  l'exécution  d'une  figure  de  marbre, 
•telle  que  celles  qui  ont  été  faites  pour  le  Roy  et  exposées 
aux  deux  derniers  Salions,  j'ai  pensé  ne  devoir  point  perdre 
de  tems  à  arrêter  les  sujets  des  quatre  nouvelles  figures 
pour  le  Sallon  de  1781,  ainsi  que  le  choix  des  artistes  qui 
les  exécuteront. 

J'ai  donc  présenté  à  Sa  Majesté  les  sujets  suivants, 
sçavoir  :  Pascal,  le  Duc  de  Montausier,  le  Maréchal  de 

1.  Et  non  1778,  comme  l'indiquent  par  erreur  Délerot  et 
Legrelle,  p.  81. 

2.  Arch.  nat.,  Qi  1915. 


—  369  — 

Tourville  et  le  Maréchal  de  Catinat,  c'est-à-dire  un  phi- 
losophe qui  a  éclairé  la  nation  et  l'humanité  par  ses  écrits, 
un  homme  de  cour  qui  a  donné  l'exemple  d'une  vertu 
austère  au  milieu  de  la  corruption ^,  un  général  de  mer 
illustre  par  ses  victoires  et  un  général  de  terre  non  moins 
recommandable  par  ses  talens  militaires  que  par  son 
désintéressement,  son  humanité  et  son  esprit  philoso- 
phique. 

Sa  Majesté  ayant  agréé  ces  sujets,  j'ai  fait  choix  pour 
les  exécuter  de  MM.  Pajou,  Moiichjy,  Houdon  et  de  Joux. 
Vous  me  ferez  donc  plaisir  de  leur  en  faire  part  le  plus 
tôt  possible.  Quant  au  morceau  que  chacun  d'eux  exécu- 
tera, mon  intention  est  que  M.  Pajou  choisisse  d'abord, 
ensuite  M.  Mouchy,  puis  M.  Houdon^,  et  lorsque  ce  choix 
sera  fait  vous  voudrez  bien  m'en  informer.  Vous  voudrez 
bien  aussi  les  exhorter  à  s'occuper  le  plus  tôt  possible  de 
leurs  esquisses  pour  pouvoir  déterminer  les  dimensions 
des  blocs  de  marbre  à  leur  faire  délivrer. 

Pajou  ayant  jeté  son  dévolu  sur  Pascal  et  Mouchy 
sur  Montausier,  Houdon  se  vit  attribuer  Tourville. 
Au  printemps  de  1780,  son  esquisse  était  arrêtée,  de 
sorte  qu'il  se  trouvait  en  mesure  de  préciser  les  dimen- 
sions du  bloc  dont  il  avait  besoin  pour  l'exécution  en 
marbre.  Il  écrit  à  d'Angiviller  à  la  date  du  11  avriP  : 

Monsieur  le  Comte,  d'après  les  différentes  études  que 
j'ai  fait  relativement  à  la  statue  du  Maréchal  de  Tourville, 
dont  vous  avez  bien  voulu  me  confier  l'exécution,  j'ai 
l'honneur  de  vous  faire  passer  la  note  des  mesures  du 
bloc  de  marbre  que  j'ai  besoin  pour  la  contenir  [sic). 

Hauteur  du  dit  bloc  :  7  pieds  6  pouces. 

Épaisseur  :  3  pieds. 

Largeur  égale  :  3  pieds. 

1.  Le  choix  de  Montausier  est  très  caractéristique  des  ten- 
dances de  d'Angiviller,  qui  prétendait  exercer  par  l'art  officiel 
une  action  moralisatrice. 

2.  On  remarquera  que  Houdon  n'est  encore  classé  à  cette 
date  qu'en  troisième  ligne. 

3.  Arch.  nat.,  O*  1916. 

1922  24 


O']0    

Mais  les  magasins  de  marbres  du  Roi  se  trouvaient 
souvent  fort  mal  pourvus.  Afin  d'éviter  un  retard  qui 
n'aurait  pas  permis  d'exposer  la  statue  au  Salon  de 
1781,  Houdon  propose  de  fournir  lui-même  le  bloc 
de  marbre,  en  stipulant  qu'on  lui  en  rendrait  un  équi- 
valent à  la  première  occasion. 

D'une  note  du  premier  peintre  Pierre,  il  ressort  que 
dans  les  bureaux  de  la  Direction  on  n'était  pas  très 
partisan  de  ce  troc  qui  risquait  de  devenir  une  source 
de  contestations. 

3o  septembre  1780^ 
M.  Houdon  propose  un  bloc  de  marbre  pour  l'exécu- 
tion de  sa  figure  du  Sallon.  Il  en  demanderait  un  autre 
en  remplacement  lorsqu'il  en  sera  arrivé.  Je  lui  ai  dit  que 
peut-être  M.  le  Directeur  général  préférerait  de  payer,  vu 
les  si  et  les  mais  ordinaires  dans  les  échanges.  Rien  n'a 
été  dit  au  delà. 

Malgrér  cette  méfiance  administrative,  l'offre  de 
Houdon  est  acceptée  et,  le  7  octobre,  le  premier 
commis  des  Bâtiments  Guvillier  signe  au  nom  du 
directeur  un  arrangement  ainsi  conçu  : 

Conditions  faites  au  nom  de  M.  le  comte  d'Angiviller  par 
M.  Cuvillier  avec  M.  Houdon^  sculpteur  du  Roy^. 

Du  7  octobre  1780. 

Convenu  avec  M.  Houdon  qu'il  employera  pour  la 
figure  dont  il  est  chargé  pour  le  Roy  le  bloc  dont  il  est 
actuellement  possesseur  dans  son  atelier  du  Roulle. 

Que  M.  le  Directeur  général  le  fera  monter,  suivant 
l'usage,  sur  la  selle. 

Que  pour  valeur  de  ce  bloc,  on  lui  en  rendra  un  en 
nature  de  mêmes  proportions,  déjà  constantes  par  celles 
qu'il  a  indiqué  par  sa  note  remise  à  M.  Pierre  pour  indi- 
cation du  bloc  qu'exige  sa  figure. 

1.  Arch.  nat.,  O'  2086. 

2.  Arch.  ngLt.,  O^  1916. 


-371  - 

Que  ce  bloc  sera  choisi  par  M.  Houdon  parmi  ceux  qui 
sont  attendus  de  Carrare  et  Marseille  pour  le  Roy  et  qu'il 
choisira  celui  dont  la  pâte  et  le  grain  lui  paraîtront  égaux 
au  bloc  qu'il  livre. 

Et  que  ce  même  bloc  à  lui  donner  par  échange  lui  sera 
rendu  franc  de  port  et  voitures  dans  son  atelier  au  Roulle. 
Signé  :  Guvillier,  Houdon. 

Une  pièce  encore  inédite  du  fonds  O^  des  Archives 
nationales  (Marbres)  ^  nous  apprend  que  Houdon 
se  servit  comme  praticien  d'un  certain  Mazetti  qui 
travailla  également  au  Mausolée  du  Dauphin  de 
Guillaume  II  Goustou  et  au  Bossuet  de  Pajou^.  Ge 
sculpteur  s'adresse  le  ii  décembre  1780  au  comte 
d'Angiviller  pour  solliciter  la  faveur  de  laisser  deux 
blocs  de  marbre  au  long  du  mur  de  la  terrasse  de 
M.  Goustou  ou  sur  le  port  aux  marbres  du  Gours-la- 
Reine  et  il  se  recommande  des  sculpteurs  du  Roi  qui 
utilisent  ses  talents. 

M.  Pajou  pour  qui  j'ai  exécuté  la  statue  de  Bossuet , 
M.  Bridan  qui  m'honore  de  son  amitié,  M.  Houdon  sous 
lequel  je  travaille  à  la  figure  de  Tourville  apprendront 
avec  un  sensible  plaisir  vos  bontés  à  mon  égard. 

Mazzetti,  sculpteur, 

Rue  des  Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, 

cul-de-sac  Sourdis. 

Le  3  mai  1781,  Houdon  reçoit  un  premier. acompte 
de  2000  livres,  comme  en  fait  foi  la  pièce  suivante  : 

Année  lySi^,  du  3  may. 
Reçu  de  M.  le  Directeur  général  une  ampliation  adres- 
sée au  sr  Houdon,  sculpteur  du  Roy,  de  la  somme  de 
deux  mille  livres  à  compte  de  la  statue  en  marbre  repré- 

1.  Arch.  nat.,  O^  2086. 

2.  Joseph-André-Vincent  Mazetti  signe  comme  témoin  au 
mariage  de  Houdon  à  Saint-Philippe-du-Roule,  le  i"  juillet  1786. 

3.  Registre  d'ampliations,  Bibliothèque  du  Musée  du  Louvre. 


—  372  — 

sentant  le  maréchal  de  Tourville  qu'il  fait  pour  le  service 
du  Roy. 
Reçu  de  M.  Pierre  l'ampliation  ci-contre,  ce  7  mai  1781. 

HOUDON. 

Un  second  acompte  de  la  même  somme  lui  est  versé 
le  3i  mai  1782. 

Mais  Houdon  s'inquiétait  de  ne  pas  recevoir  le  bloc 
de  marbre  que  devaient  lui  livref  les  magasins  du 
Roi  et  dont  il  avait  besoin  pour  l'exécution  d'autres 
statues.  Le  9  octobre  1781 ,  il  avait  déjà  écrit  à  Pierre  : 

Monsieur,  je  me  suis  présenté  chez  vous  pour  avoir 
l'honneur  de  vous  voir  et  vous  prier  de  me  faire  le  plaisir 
de  m'envoyer  copie  des  conditions  faites  entre  nous  pour 
le  bloc  de  marbre  que  j'ai  cédé  à  M.  le  comte  d'Angivil- 
1er  au  compte  du  Roy,  pour  qui  j'ai  exécuté  la  statue  du 
maréchal  de  Tourville. 

Le  19  juillet  1782,  ne  voyant  rien  venir,  il  se  décide 
en  désespoir  de  cause  à  s'adresser  directement  au 
comte  d'Angiviller*  : 

Monsieur  le  Comte, 
Depuis  l'arrivée  des  marbres  pour  le  compte  du  Roi,  je 
me  suis  présenté  chez  M.  Pierre  avec  la  copie  des  condi- 
tions d'échange  du  bloc,  faites  en  votre  nom  par  M.  Guvil- 
lier  et  que  je  joins  ici.  M.  Pierre,  après  en  avoir  pris  lec- 
ture, me  dit  que  ma  réclamation  était  trop  juste  et  qu'il 
allait  vous  en  écrire  sur-le-champ  à  Versailles,  où  vous 
résidiez  alors.  Huit  jours  après  je  retournai  chez  lui  :  il 
me  dit  que  vous  ne  lui  aviez  point  encore  fait  de  réponse 
et  qu'il  n'en  aurait  peut-être  qu'après  le  départ  de  M.  le 
comte  du  Nord^.  Depuis  le  départ  de  ce  prince  je  me  suis 

1.  Autographe  faisant  partie  de  la  collection  de  M.  le  comte 
Allard  du  Choilet,  qui  nous  a  aimablement  autorisé  à  le 
publier. 

2.  Le  grand-duc  Paul  Petrovitch,  fils  de  Catherine  II,  qui 
voyageait  sous  le  pseudonyme  de  comte  du  Nord. 


-373- 

présenté  deux  fois  chez  M.  Pierre,  qui  me  dit  à  la  pre- 
mière visite  qu'il  s'intéresserait  près  de  vous,  Monsieur, 
pour  cet  objet.  La  maladie  qu'il  vient  d'essuyer  m'a  privé, 
malgré  l'embarras  où  je  suis  pour  satisfaire  mes  ouvriers 
auxquels  j'ai  promis  argent  et  ouvrage,  de  recevoir  votre 
réponse.  Permettez,  Monsieur  le  Comte,  qu'après  avoir 
longtemps  attendu  pour  un  objet  qui  n'eût  sûrement  pas 
souffert  autant  de  délay  si  je  me  fus  directement  adressé 
à  vous,  permettez  que  je  vous  importune  en  vous  priant 
de  m'honorer  d'un  mot  de  réponse,  le  retard  de  la  rentrée 
de  ce  bloc  me  faisant  un  tort  considérable. 

Je  vous  aurai  une  reconnaissance  infinie  et  suis  avec  un 
profond  respect.  Monsieur  le  Comte,  votre  très  humble  et 
très  obéissant  serviteur. 

HOUDON. 

En  1784,  l'affaire  n'était  pas  encore  réglée,  comme 
il  ressort  de  cette  nouvelle  lettre  de  l'artiste  au  comte 
d'Angiviller,  conservée  parmi  les  documents  origi- 
naux de  la  Bibliothèque  Doucet  : 

Ce  mercredi,  16  juin  1784. 
Monsieur  le  Comte, 
Lors  de  l'arrivée  des  blocs  de  marbre  pour  le  Roi  en 
1782,  j'ai  eu  l'honneur  de  vous   écrire,  après   bien  des 
démarches  réitérées   près    de   MM.   Pierre  et  Cuvillier. 
Vous  eûtes  la  bonté  de  me  répondre  la  lettre  suivante  : 

«  Versailles,  le  23  juillet  1782. 
«  M.  Pierre  ni  M.  Cuvillier  n'ont  point  négligé,  Mon- 
sieur, de  me  rappeler  à  propos  des  marbres  qui  viennent 
d'arriver  à  Paris  le  remplacement  du  bloc  que  vous  avez 
fourni  pour  la  figure  de  Tourville;  mais  vous  n'ignorez 
pas  que  l'importation,  rendue  depuis  peu,  n'a  fourni  dans 
des  proportions  relatives  à  celles  qu'il  vous  faut  que  quatre 
blocs  que  j'ai  dû  réserver  nécessairement  pour  les  statues 
qui  doivent  paraître  au  Salon  de  1783.  On  les  voiture  cette 
semaine  chez  les  artistes  qui  doivent  les  employer ^.  Vous 

I.  Pajou,  Bridan,  Caffiéri  et  Julien. 


-  374  - 

voyez  que  le  délai  est  très  indépendant  de  ma  volonté  et 
que  je  ne  pourrais  le  suppléer  que  par  un  payement  en 
argent.  Je  dois  vous  ajouter  qu'il  est  possible  que  sous 
un  délai  pas  trop  prolongé  il  arrive  pour  le  Roi  des  blocs 
qui  me  mettraient  à  portée  de  vous  satisfaire.  » 

Ce  retard,  poursuit  Houdon,  n'est  pas  le  seul  que  j'aye 
éprouvé  et,  malgré  les  deux  faibles  acomptes  que  j'ai  déjà 
reçu,  je  ne  suis  pas  encore  couvert  des  frais  d'exécution 
de  la  statue  de  Tourville. 

Puis-je  espérer  le  prix  de  cette  figure  et  M.  le  Comte 
permettra-t-il  que  je  fasse  choix  du  bloc  dans  ceux  qui 
appartiennent  vraisemblablement  au  Roi,  et  desquels  je 
n'enjtrouve  que  deux  conformes  aux  conditions,  acceptées 
au  nom  de  M.  le  Directeur  général,  du  7  octobre  I78o^ 

La  statue  de  bronze  que  j'avais  entreprise  à  mes  frais 
dans  le  dessein  de  me  familiariser  avec  ces  sortes  d'ou- 
vrages et  que  j'avais  pris  la  liberté  de  prier  Monsieur  le 
Comte  de  venir  voir  couler  a  manqué  totalement.  C'est 
pour  moi  une  perte  considérable. 

Sur  le  point  d'être  privé  d'atelier,  si  je  manque  d'argent 
et  de  matière  pour  travailler,  je  ne  saurais  plus  comment 
exister. 

Telle  est  ma  position  et  je  suis,  avec  un  profond  res- 
pect, Monsieur  le  Comte,  votre  très  humble  et  très  obéis- 
sant serviteur. 

Houdon. 

Houdon  ne  devait  recevoir  le  parfait  paiement  de 
sa  statue  qu'en  lySS  à  la  veille  de  son  départ  pour 
l'Amérique.  L'ampliation  de  paiement  se  trouve  dans 
le  registre  de  la  Bibliothèque  du  Louvre. 

Reçu  une  ampliation  extraite,  adressée  au  sieur  Hou- 
don, sculpteur  du  Roy,  de  la  somme  de  3,ooo  livres,  fai- 
sant avec  7,000  livres  à  lui  données  à  compte,  2,000  livres 
sur  l'exercice  de  1780  le  3  may  1781  et  5,ooo  livres  sur 
1781,  dont  2,000  livres  le  29  may  1782  et  3,ooo  livres  le 

I.  Suit  la  copie  de  la  convention  que  nous  avons  reproduite 
plus  haut. 


-375- 

3o  mars  1784,  le  parfait  payement  de  10,000  livres,  à  quoi 
monte  la  statue  du  maréchal  de  Tourville,  qu'il  a  faite  en 
1780  et  1781  pour  le  service  de  Sa  Majesté,  suivant  un 
mémoire  certifié  et  réglé. 

Reçu  de  M.  Pierre  l'ampliation  et  le  mémoire  énoncés 
ci-contre. 

A  Paris,  ce  25  juin  1785. 

Signé  :  Houdon. 

Entre  temps  Houdon  avait  exécuté,  suivant  l'usage 
institué  par  d'Angiviller,  un  modèle  réduit  de  sa  statue 
destiné  à  être  reproduit  en  biscuit  de  Sèvres.  Ce  petit 
modèle  en  terre  cuite  de  18  pouces  fut  exposé  au  Salon 
de  1783.  Mais  l'artiste  négligea  sans  doute  de  le  livrer, 
car  une  lettre  de  d'Angiviller  le  rappelle  à  l'ordre  le 
24  juin  1784^  :    - 

M.  Régnier^  m'observe,  Monsieur,  qu'il  serait  à  désirer 
que  vous  lui  fissiez  parvenir  au  plus  tôt  le  modèle  de  la 
figure  de  Tourville  que  vous  avez  exécutée  pour  le  Sallon 
dernier.  Car  il  y  a  tant  d'opérations  à  faire  pour  l'exécu- 
ter en  porcelaine  que,  quoiqu'il  ait  encore  six  mois  devant 
lui,  il  n'y  a  pas  plus  de  temps  qu'il  ne  faut  pour  une  réus- 
site complète.  Vous  me  ferez  en  conséquence  plaisir  de 
terminer  promptement  cet  ouvrage.  Vous  êtes  sans  doute 
prévenu  que  les  opérations  particulières  de  la  manufac- 
ture exigent  que  le  modèle  soit  remis  dans  son  état 
humide. 


Comment  cette  statue  fut-elle  accueillie  par  le  pu- 
blic au  Salon  de  1781?  Tous  les  critiques  du  temps 
formulent  à  peu  près  les  mêmes  éloges  et  les  mêmes 
réserves  :  ils  admirent  la  légèreté  des  draperies  sou- 
levées par  un  coup  de  vent,  mais  ils  reprochent  à  l'ar- 

1.  Arch.  nat.,  O'  1917. 

2.  Directeur  de  la  manufacture  de  Sèvres. 


—  376  — 

liste  d'avoir  représenté  l'amiral,  qui  avait  cinquante 
ans  à  l'époque  du  combat  de  La  Hogue,  avec  une 
figure  beaucoup  trop  jeune. 

Le  compte-rendu  le  plus  détaillé  est  celui  du  Jour- 
nal encyclopédique  : 

Nous  commencerons  par  les  quatre  statues  ordonnées 
par  Sa  Majesté  pour  la  galerie  d'Apollon*.  Celle  du  maré- 
chal de  Tourville,  la  seule  qui  soit  en  marbre,  est  de 
M.  Houdon  et  ne  dément  pas  la  juste  réputation  que  s'est 
acquise  cet  excellent  artiste. 

Le  maréchal  est  représenté  à  l'instant  où  il  fait  voir  au 
conseil  de  guerre  la  lettre  du  Roi  qui  lui  commande  de 
donner  le  signal  de  la  bataille.  Cette  action  se  passa  au 
mois  de  may  1692  et  porte  le  nom  si  connu  de  combat  de 
La  Hogue. 

Tous  les  connaisseurs  conviennent  que  ce  morceau 
mérite  les  plus  grands  éloges,  tant  pour  la  composition 
que  pour  l'exécution...  L'on  y  admire  la  beauté  et  l'exac- 
titude des  proportions,  la  finesse  et  la  légèreté  des  dra- 
peries; mais  on  aurait  désiré  que  M.  Houdon  eût  donné 
à  son  héros  une  figure  plus  mâle  et  cet  air  martial  qui 
convient  à  un  grand  homme  de  mer.  Ses  traits,  qu'on  a 
trouvé  trop  délicats,  annoncent  un  jeune  homme,  et  le 
comte  de  Tourville  avait  cinquante  ans  lorsque  le  combat 
de  La  Hogue  se  donna... 

On  eût  encore  désiré  que  l'artiste  l'eût  représenté  sous 
une  forme  moins  svelte...  Ce  qu'on  pourrait  lui  reprocher 
avec  plus  de  fondement,  c'est  d'avoir  caché  pour  ainsi 
dire  la  tête,  naturellement  petite,  du  maréchal  dans  l'épais- 
seur de  sa  chevelure.  Mais  ce  défaut  et  d'autres  plus 
légers  encore  qu'on  lui  a  reprochés  n'empêchent  pas  que 
ce  morceau  ne  fasse  infiniment  d'honneur  au  ciseau  de 
M.  Houdon. 

C'est  l'opinion  qu'expriment  aussi  les  Affiches  de 
Paris  : 

M.  Houdon  paraît  avoir  senti  combien  il  était  essentiel 

I.  Ces  statues  étaient  destinées  à  la  grande  galerie  qui  devait 
être  transformée  en  Muséum  et  non  à  la  galerie  d'Apollon. 


—  377  — 

d'animer  la  statue  du  maréchal  de  Tourville  par  une  tour- 
nure noble  et  imposante:  on  le  blâme  cependant  d'avoir 
donné  un  caractère  de  tète  trop  jeune  à  cet  amiral  qui,  à 
l'affaire  de  La  Hogue,  avait  cinquante  ans,  comme  aussi 
de  l'avoir  placé  au  bord  de  la  mer,  au  lieu  de  le  représen- 
ter tout  simplement  sur  le  pont  de  son  vaisseau  :  ce  qui 
aurait  amené  des  accessoires  plus  heureux. 

L'idée  de  feindre  un  coup  de  vent  est,  au  surplus,  très 
ingénieuse;  elle  a  procuré  à  cet  habile  sculpteur  le  moyen 
d'exercer  son  ciseau  d'une  manière  brillante,  surtout  dans 
l'habillement  dont  il  a  tiré  un  très  riche  parti. 

Dans  une  brochure  intitulée  La  Muette  qui  parle 
au  Sallon  de  ij8i^  nous  retrouvons  le  même  balan- 
cement d'éloges  et  de  critiques  : 

Quand  nous  fûmes  dans  la  cour',  la  statue  du  Maréchal 
de  Tourville  par  M.  Houdon  frappa  d'abord  ses  regards. 
«  Il  est  charmant,  dit-elle,  mais  trop  jeune.  Cette  statue 
représente  ce  brave  général  montrant  intrépidement 
l'ordre  qui  le  force  de  combattre  à  La  Hogue;  l'attitude 
et  l'expression  s'accordent  pour  donner  une  âme  à  cette 
statue.  Le  vent  fait  voltiger  tout  son  habillement  qui 
paraît  mobile;  mais  sa  figure  est  jeune  et  il  avait  alors 
cinquante  ans.  » 

L'éloge  est  plus  chaleureux  dans  la  Lettre  d'Ar- 
tiomphile  à  M^^  Mérard  de  Saint- Just  sur  l'exposi- 
tion au  Louvre^  en  ijSi^  des  tableaux,  sculptures.,, 
des  artistes  de  V Académie  royale. 

Je  suis  si  ignorant  et  si  peu  au  fait  des  costumes  antiques 
que  j'ai  pris  M.  de  Tourville  pour  un  charlatan  qui  dé- 
ployait le  papier  où  étaient  contenus  tous  les  miracles 
opérés  par  son  baume.  Après  m'être  instruit  que  je  voyais 
un  de  nos  plus  grands  hommes  de  mer  qui  montre  l'ordre 
de  la  Cour  de  combattre  à  La  Hogue  les  ennemis  du  Roi, 
malgré  l'infériorité  de  ses  forces,  je  me  suis  approché  et, 

I.  Les  statues  monumentales  ne  pouvaient  naturellement 
être  exposées  au  Salon  du  Louvre  qui  était  au  premier  étage. 


—  378  — 

plein  de  vénération  pour  la  mémoire  de  Tourville,  j'ai 
rendu  au  fond  de  mon  cœur  un  hommage  respectueux  à 
cet  illustre  guerrier  qui  a  mieux  aimé  compromettre  sa 
réputation  d'invincible  que  de  désobéir  aux  commande- 
mens  de  son  maître... 

Les  draperies  de  l'habillement  du  maréchal  sont  exécu- 
tées avec  une  légèreté  incroyable  :  c'est  au  point  qu'on 
serait  tenté  de  croire  que,  quoique  de  marbre,  elles  vont 
s'agiter  au  premier  souffle  de  vent.  M.  Houdon  a  tiré,  à 
ce  qu'il  me  semble,  le  plus  grand  parti  d'un  vêtement  qui 
nous  paraît  singulier,  par  la  raison  seule,  peut-être,  que 
nos  yeux  n'y  sont  pas  accoutumés. 

On  croit  assez  généralement  que  l'artiste  a  donné  à  son 
héros  une  figure  trop  jeune.  Si  l'on  n'a  que  ce  reproche 
à  lui  faire,  c'est  l'éloge  le  plus  complet  qu'il  puisse  rece- 
voir. 

Terminons  cette  revue  de  la  presse  par  le  plus 
enthousiaste  des  critiques  :  Panard  au  Salon^  qui  met 
résolument  le  Tourville  de  Houdon  au-dessus  des 
chefs-d'œuvre  de  l'antique  : 

Feu  de  composition,  noblesse  d'attitude  et  d'expression, 
exactitude  et  beauté  des  proportions,  tout  me  paraît  réuni 
dans  ce  marbre...,  les  draperies  font  sentir  le  nud,  comme 
celles  de  l'antique.  Mais  le  comble  de  l'art,  c'était  de  don- 
ner de  la  légèreté  au  marbre,  de  le  faire  voler  comme  de 
la  mousseline  ou  de  véritables  étoffes,  et  ce  que  la  sculp- 
ture antique  n'a  pas  fait,  la  sculpture  française  l'entre- 
prend et  l'exécute  avec  gloire  :  c'est  l'effort  du  génie. 


Il  s'en  fallut  de  bien  peu  que  toutes  les  statues  de 
grands  hommes  commandées  par  d'Angiviller  pour 
son  Muséum  ne  fussent  réduites  en  miettes  au  moment 
de  la  Révolution.  S'il  faut  en  croire  Dufort  de  Ghe- 
verny,  elles  ne  furent  sauvées  que  par  la  présence 
d'esprit  d'un  gardien  de  la  salle  des  Antiques.  «  Les 


—  ^79  — 
statues  de  Condé,  Turenne,  Fénelon,  etc..  faites  par 
les  grands  maîtres  encore  vivants  et  pour  la  plupart 
commandées  par  d'Angiviller,  auraient  été  réduites 
en  poussière  sans  l'énergie  d'un  gardien  qui  persuada 
aux  commissaires  qu'elles  étaient  déjà  détruites  et  les 
empêcha  de  pénétrer  dans  la  resserre  où  elles  étaient 
cachées.  » 

Tandis  que  la  plupart  des  statues  de  grands 
hommes  exécutées  par  les  sculpteurs  du  règne  de 
Louis  XVI  trouvaient  un  asile  crépusculaire  dans  une 
salle  ténébreuse  du  palais  de  Tlnstitut,  la  statue  de 
Houdon  a  été  recueillie  par  le  château  de  Versailles, 
où  elle  voisine  aujourd'hui  avec  une  autre  statue 
colossale  de  Tourville,  exposée  par  Marin  au  Salon 
de  1817,  qui  était  destinée  primitivement  à  la  déco- 
ration du  pont  de  la  Concorde.  Ce  Tourville  de 
Marin,  dont  M.  Ed.  Kann  a  acquis  récemment  le  petit 
modèle  en  plâtre,  n'est  qu'une  répétition  assez  mé- 
diocre de  l'œuvre  de  Houdon. 

II 

LA  FRILEUSE 

L'histoire  de  la  célèbre  statue  de  V Hiver ^  plus  con- 
nue sous  le  nom  de  la  Frileuse^  dont  le  marbre  appar- 
tient au  Musée  de  Montpellier,  est  encore  fort  mal 
éclaircie.  Nous  ignorions  en  particulier  pour  qui  elle 
avait  été  exécutée.  Nous  ne  possédions  que  des  ren- 
seignements assez  vagues  sur  l'accueil  que  la  critique 
et  le  public  réservèrent  à  cette  figure,  sur  l'exploita- 
tion intensive  que  Houdon  fit  de  son  modèle,  multi- 
pliant à  partir  de  1783  les  réductions  en  plâtre,  en 
bronze  et  en  marbre.  C'est  pourquoi  il  nous  a  paru 
intéressant  de  rassembler  et  de  classer  par  ordre  de 
date  tous  les  documents  peu  connus  ou  inédits  qui 
jettent  quelque  lumière  sur  cette  œuvre  charmante, 


—  38o  — 

dont  la  popularité  égale  celle  de  la  Diane  du  Musée 
de  rErmitage  et  du  Voltaire  de  la  Comédie-Fran- 
çaise. 


Nous  avons  conservé  la  trace  des  premières  re- 
f  cherches  de  l'artiste  dans  deux  maquettes  :  l'une  en 
bronze,  assez  peu  poussée,  où  la  figure  est  entière- 
ment nue  (Louvre,  legs  Gatteaux,  1881);  l'autre  en 
terre  cuite  (coll.  Marins  Paulme),  où  une  draperie 
retombe  par  derrière. 

De  la  liste  autographe  dressée  par  l'artiste  à  la 
veille  de  son  départ  pour  l'Amérique,  il  ressort  que 
le  modèle  définitif  de  la  Frileuse  et  de  son  pendant 
VEté  fut  exécuté  en  1781.  On  lit,  en  effet,  sur  ce  pré- 
cieux document,  que  M.  P.  Vitry  a  publié  le  premier 
in  extenso  : 

1781. 

93.  Modelle  d'une  Frileuse  représentant  VHiver  pour 
être  exécuté  en  marbre  sur  quatre  pieds  de  haut. 

94.  Modelle  d'une  autre  figure  pour  faire  pendant  repré- 
sentant VÉté. 

Le  marbre,  de  grandeur  naturelle  ou  peu  s'en  faut 
(il  mesure  exactement  1^45),  fut  exposé  deux  ans  plus 
tard,  en  1783,  non  pas  au  Salon  du  Louvre,  mais  dans 
l'atelier  de  l'artiste  à  la  Bibliothèque  du  Roi. 

Pourquoi  cette  statue  ne  figurait-elle  pas  au  Salon 
de  l'Académie  royale?  A  cause  de  ses  proportions 
sans  doute.  Il  ne  faut  pas  oublier  en  effet  que  les 
Salons  de  l'Ancien  Régime  se  tenaient  au  premier 
étage  du  Louvre,  dans  le  Salon  Carré,  et  que,  par 
suite,  il  était  matériellement  impossible  aux  sculp- 
teurs d'exposer  des  marbres  de  grandes  dimensions  : 
ils  devaient  se  contenter  de  montrer  leurs  esquisses 
en  terre,  leurs  modèles  en  plâtre  ou  des  réductions 


—  38i  — 

en  bronze  ou  en  marbre,  d'un  poids  moins  prohibi- 
tif. Mais  il  semble  bien  qu'indépendamment  de  ces 
considérations  matérielles,  la  Frileuse  ait  été  écartée 
du  Salon  pour  des  raisons  de  moralité  :  on  lui  fit 
grief  comme  à  la  Diane  de  braver  les  règles  de  la 
bienséance  et  de  montrer  ce  qu'elle  aurait  dû  cacher. 
En  somme,  Houdon,  que  le  règne  de  Louis  XV 
n'avait  pas  accoutumé  à  tant  de  pudibonderie,  se  vit 
accuser  de  pornographie. 

A  défaut  des  grandes  statues,  il  crut  sans  doute 
pouvoir  exposer  au  Salon  de  lySS  deux  réductions  de 
VHiveî^  et  VÉté.  C'est  très  vraisemblablement  à  ces 
deux  figures  que  se  réfère  la  lettre  si  curieuse  du 
premier  peintre  Pierre  au  vertueux  Directeur  des 
Bâtiments  du  roi  Louis  XVI,  le  comte  d'Angivil- 
ler<  : 

9  août  1785. 
Demain  l'on  examinera  les  morceaux  qui  seront  admis 
au  Salon.  On  a  apporté  deux  petites  figures  de  M.  Hou- 
don demie-nature  :  l'une,  qui  est  drappée,  n'est  pas  mer- 
veilleuse, Vautre  pourrait  bien  ne  pas  passer  à  cause  de 
son  genre  de  nudité.  Une  figure  toute  nue  n'est  pas  si  indé- 
cente que  celles  qui  sont  drappées  avec  une  fausse  modes- 
tie. Je  l'ai  tracée  avec  une  grosse  plume  que  je  tiens  afin 
que  vous  en  décidiez.  Il  faut  pourtant  observer  que  cette 
figure  est  la  meilleure  des  deux  et  que  l'on  pourra  la 
nicher  dans  un  angle.  On  pourrait  se  demander  pourquoy 
la  Vénus,  ditte  aux  belles  fesses,  ne  blesse  pas  et  que 
celle-cy  montre  bêtement  un  derrière  qui  peut  être  bien. 

Le  comte  d'Angiviller  approuva  les  scrupules  de 
Pierre  en  laissant  à  l'Académie  toute  latitude  pour  se 
prononcer. 

A  l'égard  des  deux  figures  demi-nature  de  M.  Houdon, 
écrit-il  de  Versailles  le  12  août  lySS,  je  m'en  rapporte 

I.  Archives  nationales,  0<  1918. 


—  382  — 

entièrement  à  ce  que  l'Académie  en  décidera.  Peut-être 
en  effet,  plaçant  celle  qui  est  un  peu  nue  dans  un  angle, 
cela  parera-t-il  à  l'inconvénient  que  vous  exposez. 

Il  est  probable  que  l'Académie  n'osa  même  pas 
reléguer  cette  indécente  Fn/ew^e  dans  un  coin  obscur 
et  qu'elle  refusa  purement  et  simplement  l'envoi  de 
Houdon  :  car  le  livret  du  Salon  de  1785  ne  mentionne 
aucune  de  ces  deux  figures. 

Pour  qui  avait  été  exécuté  l'original  en  marbre  du 
Musée  de  Montpellier?  On  pouvait  se  demander  jus- 
qu'à présent  si  Houdon  l'avait  sculpté  de  son  propre 
mouvement  ou  sur  commande.  Un  passage  des  ^om- 
vertirs  du  baron  de  Frenilly^  publiés  en  1908  par 
M.  Chuquet,  qui  avait  échappé  aux  historiens  de  l'art' 
semble  trancher  la  question.  Il  en  résulte  que  Hou- 
don avait  exécuté  cette  statue  pour  un  riche  financier, 
M.  de  Saint-Waast,  administrateur  général  des  do- 
maines, dont  l'hôtel,  situé  rue  Saint-Honoré,  en  bor- 
dure du  jardin  des  Tuileries,  passait  avant  la  Révo- 
lution pour  un  des  plus  somptueux  de  Paris.  «  M.  de 
Saini-Waast,  écrit  son  parent  le  baron  de  Frenilly, 
extrêmement  riche,  était  un  excellent  homme,  aimant 
la  magnificence,  mais  avec  goût  et  discernement.  Je 
n'ai  jamais  rencontré  dans  aucun  palais  un  luxe  à  la 
fois  plus  riche  et  plus  élégant  que  dans  le  salon  de  la 
maison  qu'il  avait  bâtie  sur  les  Tuileries.  //  avait 
dans  sa  bibliothèque  la  célèbre  Frileuse  que  Houdon 
avait  faite  pour  lui.  » 

M.  de  Saint-Waast  possédait-il  également  VEté? 
C'est  probable,  puisque  les  deux  statues  formaient 
pendants.  Après  la  Révolution,  ces  deux  marbres 
passèrent  entre  les  mains  de  M.  Creuzé  de  Lesser, 
préfet  de  l'Hérault  qui,  appelé  à  un  autre  poste  et 

I.  Ce  passage  nous  a  été  aimablement  signalé  par  notre  con- 
frère et  ami  M.  le  comte  Allard  du  ChoUet. 


—  383  — 

craignant,  dit-on,  les  difficultés  ou  les  frais  de  trans- 
port, les  abandonna,  en  1828,  au  Musée  de  Mont- 
pellier. 


Quand  il  exécutait  une  statue  ou  un  buste,  Houdon 
se  réservait  généralement  le  droit  d'exploiter  son 
modèle  en  en  tirant  des  plâtres,  des  estampages  en 
terre  cuite  ou  des  réductions  en  marbre  et  en  bronze. 
C'est  ainsi  qu'il  procéda  pour  sa  Frileuse  dont  nous 
connaissons  de  nombreuses  répliques  dont  plusieurs 
furent  exposées  aux  Salons  postrévolutionnaires  de 
1791  à  1802. 

I.  Au  Salon  de  1791,  le  livret  mentionne  une  figure 
en  bronze  de  la  Frileuse  appartenant  au  duc  d'Or- 
léans. Elle  provoqua,  de  la  part  de  presque  tous  les 
salonniers,  des  quolibets  d'un  goût  souvent  douteux. 
Le  thème  de  ces  plaisanteries  est  indiqué  avec  une 
brièveté  lapidaire  dans  une  brochure  intitulée  : 
«  Explication  et  critique  impartiale  de  toutes  les 
peintures,  sculptures,  gravures,  etc.,  exposées  au 
Louvre,  d'après  le  décret  de  l'Assemblée  nationale, 
au  mois  de  septembre  1791,  l'an  III  de  la  Liberté,  par 

M.  D ,  citoyen  patriote  et  véridique  :  Z7«e  Frileuse 

qui  se  couvre  la  tête  et  qui  met  son  cul  à  l'air.  Par 
M.  Houdon.  »  On  juge  si  le  développement  était 
facile.  Aussi  les  folliculaires  du  temps  s'en  donnent- 
ils  à  cœur  joie.  «  La  petite  Frileuse  de  M.  Houdon, 
lisons-nous  dans  le  Journal  général  de  France  \ 
représente  une  jeune  fille  qui  se  couvre  les  épaules 
en  frissonnant  et  laisse  voir  à  nud  tout  le  reste  de  son 
corps.  ))  —  Les  Petites  Affiches  de  Paris  font  preuve 
d'indulgence  :  «  La  Frileuse  en  bronze  de  M.  Hou- 
don semble  manquer  d'effet.  Quand  on  a  bien  froid, 

I.  N"  du  21  octobre  lygi. 


—  384  — 
on  cherche  à  ramasser  tous  ses  membres  et  l'on  se 
couvre  plutôt  le  corps  que  la  tête.  Elle  est  cependant 
agréable  à  l'œil  et  les  proportions  en  sont  correctes.  » 
—  La  Béquille  de  Voltaire  au  Salon  (sic)  s'exprime 
au  contraire  sur  un  ton  de  polissonnerie  gouailleuse  : 
«  \3 ne  Frileuse  poiv  M.  Houdon.  Il  paraît  que  M.  Hou- 
don  n'a  eu  en  vue  que  d'exercer  tout  son  talent  sur 
une  belle  descente  de  reins.  Pourquoi  donc  cette 
figure  est-elle  tournée  de  manière  qu'on  ne  peut  rien 
voir?  Au  surplus,  il  faut  convenir  que  l'hiver  serait 
une  saison  bien  désirable  si  les  jolies  frileuses  ne  se 
couvraient  pas  autrement.  » 

Quelques  mois  après,  la  Frileuse  en  bronze  du  duc 
d'Orléans  était  confisquée  comme  bien  d'émigré.  On 
lit  en  efîet  dans  le  «  Registre  de  réception  des  objets 
d'art  trouvés  chez  les  émigrés  et  condamnés'  »  : 

Orléans,  condamné. 

Une  Frileuse  en  bron^^e  par  Houdon,  4  p.  1/2  de  haut 
environ. 

Nota.  —  La  dite  Frileuse  a  été  apportée  au  dépôt  par 
le  c"  Houdon. 

n  est  donc  faux  que  ce  bronze  ait  été  acheté  par  le 
roi  de  Prusse.  Dans  son  mémoire  de  vendémiaire 
an  III,  Houdon  écrit  en  propres  termes  :  «  Le  bronze 
de  la  Frileuse  était  à  feu  d'Orléans.  » 

On  le  retrouve  plus  tard  à  Bagatelle  dans  la  collec- 
tion de  Sir  Richard  Wallace,  d'où  il  passa  entre  les 
mains  de  Lady  Sackville  West.  Acquis  par  l'anti- 
quaire J.  Seligmann,  il  aurait  été  vendu  en  1917  pour 
170,000  dollars  à  M.  P.  Davison  à  New-York^.  Ce 
bronze,  qui  mesure  1^40  de  hauteur  comme  l'origi- 
nal en  marbre  de  1783,  est  signé  et  daté  de  1787. 

1.  Arch.  nat.,  pi'^. 

2.  Ga^^ette  de  l'hôtel  Drouot,  11  avril  1917. 


—  385  — 

2.  Sans  se  laisser  démonter  par  des  plaisanteries 
faciles,  Houdon  expose  derechef  au  Salon  de  1798 
Une  petite  Frileuse  (n»  124). 

3.  Il  en  avait  gardé  dans  son  atelier  deux  exemplaires 
en  terre  cuite  de  différente  grandeur  qui  passèrent  à 
sa  première  vente  en  1795. 

N°  91.  Une  jeune  fille,  la  tête  et  les  épaules  cou- 
vertes d'une  draperie  et  le  reste  du  corps  nu.  Ce  joli 
morceau,  connu  sous  le  nom  de  la  Frileuse^  porte 
53  pouces  de  haut. 

N°  92.  Terre  cuite  réduite  :  19  pouces. 

4.  Un  exemplaire  en  plâtre  teinté  fut  offert  à  cette 
époque  à  M.  Commandeur,  commissaire  aux  ventes, 
habitant  Vieille  rue  du  Temple  par  une  certaine  Ma- 
dame Bordier,  amie  de  Houdon.  Ce  serait  la  pre- 
mière reproduction  en  plâtre  sortie  de  l'atelier  de 
Houdon.  Ce  qui  ajoute  encore  à  la  valeur  de  cet 
exemplaire  qui  porte  le  cachet  rouge  de  l'Académie, 
c'est  qu'il  est  accompagné  d'un  billet  d'envoi  extrê- 
mement curieux  que  son  propriétaire  actuel  M.  Huvé, 
descendant  du  célèbre  architecte,  nous  autorise  aima- 
blement à  publier  '  : 

Af°ie  Bordier  au  citoyen  Commandeur. 

Paris,  ce  24  vendémiaire,  l'an  3e  de  la  République. 
Vous  avez  l'âme  trop  sensible  et  trop  généreuse, 
Citoyen,  pour  refuser  de  donner  l'hospitalité  à  une  jolie 
petite  créature  fort  mal  pourvue  contre  les  rigueurs  de  la 
saison  qui  approche.  Elle  n'a  point  encore  quité  les 
foyers  qui  l'ont  vu  naître  :  c'est  son  début  dans  le 
monde;  la  manière  dont  on  y  entre  influe  sur  le  reste  de 
la  vie;  j'ai  donc  cru  ne  pouvoir  mieux  la  lui  rendre 
agréable  et  sûre  qu'en  la  plaçant  près  de  vous.  Je  m'inté- 

I.  Nous  tenons  à  remercier  notre  confrère  M.  René  Fage,  qui 
a  eu  l'obligeance  de  nous  signaler  l'existence  de  cette  statuette 
et  de  nous  transmettre  une  copie  de  la  lettre  d'envoi. 

1922  25 


—  386  — 

resse  beaucoup  à  cette  petite  frileuse  et  par  ses  charmes 
et  par  l'amitié  qui  me  lie  à  son  père.  Persuadée  des  soins 
que  vous  lui  donnerez,  je  vous  en  fais  d'avance  des  remer- 
ciemens  que  je  vous  réitérerai  de  vive  voix  avec  plus  de 
plaisir  encore. 

BORDIER. 

Le  post-scriptum  est  encore  plus  intéressant  que  le 
corps  de  cette  épître  si  gentiment  mièvre  : 

Personne  ne  possède  ce  morceau,  Houdon  n'en  met- 
tant en  vente  qu'après  une  souscription  qui  le  couvre  en 
partie  du  tort  des  contrefaçons.  Il  a  bien  voulu  s'en  rap- 
porter à  la  parole  que  je  lui  ai  donnée  que  sa  propriété  ne 
courrait  aucun  risque.  Méfiez-vous  des  domestiques  : 
pour  quelques  louis  ils  laissent  surmouler  en  l'absence 
des  maîtres.  Ce  malheur  lui  est  déjà  arrivé,  aussi  n'au- 
rais-je  accepté  cette  marque  de  confiance  que  pour  vous. 
Mon  ami  a  doublé  mon  plaisir  en  me  mettant  à  même  de 
vous  offrir  ce  qu'on  ne  trouve  nulle  part. 

On  voit  par  là  combien  Houdon  était  préoccupé 
des  contrefaçons  qui  le  frustraient  de  ses  droits  d'au- 
teur et  contre  lesquelles  les  artistes  de  ce  temps 
étaient  très  insuffisamment  protégés  par  la  loi.  Il 
formule  les  mêmes  inquiétudes  ou  les  mêmes  récri- 
minations dans  maints  passages  de  ses  écrits. 

5.  Une  réduction  en  marbf^e  blanc  de  la  Frileuse 
fut  exposée  au  Salon  de  l'an  V  (1796).  Elle  est  portée 
au  catalogue  sous  le  n»  617.  «  La  Frileuse^  statue  en 
marbre.  Hauteur  :  20  pouces.  Cette  figure  appartient 
à  l'auteur'.  » 

L'un  des  nombreux  Salons  versifiés  qui  étaient  à  la 
mode  à  cette  époque  :  Les  Rapsodistes  au  Salon  ou 

I.  Le  Catalogue  du  Musée  de  Montpellier  confond  la  grande 
statue  «  de  4  pieds  de  haut  »  donnée  par  M.  Greuzé  de  Lesser 
avec  cette  réduction  «  de  20  pouces  ». 


—  387  — 

les  tableaux  en  vaudevilles^  lui  consacra  le  couplet 
suivant  : 

La  Frilleuse  par  Houdon^  petite  statue  en  marbre. 

(Air  de  la  parole.) 

On  ne  peut  pas  sans  émotion 
Fixer  cette  fille  adorable; 
Le  sentiment,  l'expression, 
En  elle  tout  est  admirable. 
Et  semblable  à  Pygmalion 
Sans  doute  l'auteur  se  désole, 
Qu'à  ce  chef-d'œuvre  merveilleux 
Un  dieu  puissant  et  généreux 
Ose  refuser  [bis]  la  parole  [bis). 

C'est  probablement  cette  réduction  en  marbre  du 
Salon  de  1796  qui  reparut  en  1828  à  la  vente  après 
décès  de  l'atelier  de  Houdon  :  N'^  62.  La  Frileuse^ 
copie  réduite  en  marbre  blanc. 

Dans  les  Archives  du  Musée  du  Louvre,  il  est  fait 
mention  d'une  réduction  en  marbre  de  la  Frileuse, 
signée  Houdon  /.,  qui  fut  proposée  au  Louvre  en 
1887  par  un  certain  Lemer.  Nous  ignorons  ce  qu'est 
devenue  cette  réplique  refusée  par  les  Musées  natio- 
naux. 

6.  Enfin,  au  Salon  de  l'an  X  (1802),  Houdon 
expose  encore  la  Frileuse  en  compagnie  de  la  Diane 
en  bronze  (sans  numéro). 

L'extrême  popularité  de  cette  statue  est  attestée 
non  seulement  par  les  nombreuses  répliques  que 
Houdon  lui-même  fut  incité  à  en  faire,  mais  par  les 
imitations  qu'elle  suscita  à  l'étranger.  On  peut  voir 
à  Bruxelles,  au  Musée  royal,  une  statue  du  sculpteur 
belge  Godecharle,  datée  de  i8o3,  qui  est  la  copie 
presque  littérale  du  chef-d'œuvre  de  Houdon. 


-  388  — 

III 

LE    PROJET    D'UN    MONUMENT 
AU    PARC    DE    BRUXELLES 

Les  biographes  de  Houdon  se  sont  attachés  depuis 
longtemps  à  étudier  ses  rapports  avec  l'étranger  et  la 
diffusion  de  son  œuvre  à  travers  le  monde  :  nous 
connaissons  aujourd'hui  avec  une  précision  qui  ne 
laisse  plus  guère  à  désirer  son  séjour  à  Rome,  ses 
voyages  à  Gotha,  ses  relations  avec  la  Russie,  son 
voyage  en  Amérique.  Mais  on  ignorait  jusqu'à  présent 
qu'il  eût  travaillé  pour  la  Belgique.  Les  Musées  belges 
ne  possédaient  aucun  ouvrage  de  sa  main  et  c'est  tout 
au  plus  si,  au  Musée  de  Bruxelles,  on  pouvait  en  saisir 
le  reflet  dans  une  copie  légèrement  modifiée  de  la  Fri- 
leuse exécutée  par  le  sculpteur  belge  Godecharle. 

Or,  voici  que  des  recherches  toutes  récentes  de 
M.  G.  des  Marez,  archiviste  de  la  ville  et  professeur 
à  l'Université  libre  de  Bruxelles,  font  apparaître  le 
nom  de  Houdon  en  liaison  avec  l'histoire  artistique 
de  la  Belgique.  En  compulsant  les  archives  générales 
du  royaume  pour  reconstituer  l'histoire  de  la  Place 
Royale  et  du  Parc  de  Bruxelles,  il  a  eu  la  bonne  for- 
tune de  mettre  au  jour  des  documents  d'où  il  ressort 
avec  certitude  que  Houdon  fut  consulté  avec  quelques 
autres  artistes  parisiens  sur  un  projet  de  monument 
que  les  États  de  Brabant  se  proposaient  d'ériger  au 
centre  du  parc  en  l'honneur  de  l'impératrice  Marie- 
Thérèse,  qu'il  fut  chargé  de  rédiger  un  rapport  sur 
les  différents  projets  présentés  au  concours  et  qu'il 
exécuta  lui-même  le  dessin  d'un  bas-relief  destiné  à 
la  décoration  de  ce  monument.  Quelques-uns  de  ces 
documents  ont  déjà  paru  dans  la  monographie  que 
M.  G.  des  Marez  vient  de  consacrer  à  la  Place  Royale 


—  389  — 

de  Bruxelles  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  royale 
de  Belgique';  les  autres  sont  réservés  à  une  étude 
complémentaire  sur  le  Parc  que  le  savant  historien 
bruxellois  nous  promet  et  ne  nous  fera  pas,  espé- 
rons-le, attendre  trop  longtemps. 


En  combinant  les  textes  déjà  utilisés  par  M.  des 
Marez  avec  les  pièces  inédites  qu'il  nous  a  aimable- 
ment communiquées,  voici  comment  nous  pouvons 
nous  représenter  la  participation  de  Houdon  dans  ce 
projet  malheureusement  avorté. 

On  sait  qu'une  statue  pédestre  du  gouverneur  des 
Pays-Bas  autrichiens  Charles  de  Lorraine,  œuvre  du 
Gantois  VerschafFelt,  élève  de  Bouchardon,  avait  été 
inaugurée  en  ijjS  au  centre  de  la  Place  Royale.  Pour 
faire  pendant  à  cette  statue,  les  États  de  Brabant 
décidèrent  quelques  années  plus  tard  d'élever  au 
milieu  du  Parc,  annexe  de  la  Place  Royale,  un  monu- 
ment en  l'honneur  de  leur  souveraine,  l'impératrice 
Marie-Thérèse. 

De  même  qu'on  s'était  adressé  en  1774  à  des  archi- 
tectes français,  Nicolas  Barré  et  Barnabe  Guimard, 
pour  dresser  les  plans  de  la  place,  on  décida  en  1779 
de  soumettre  le  projet  de  monument  du  parc  à  un 
aréopage  d'artistes  parisiens. 

Le  conseiller  de  Limpens,  commissaire  du  gouver- 
nement, se  mit  en  route  pour  Paris  le  4  septembre 
1779  avec  mission  de  recueillir  les  avis  des  architectes 
et  des  sculpteurs  les  plus  compétents.  Il  dut  renoncer 
à  consulter  «  le  célèbre  Monsieur  Soufflot,  auteur  de 
l'église  Sainte-Geneniève  » ,  qui  était  malade  et  presque 

I.  G.  des  Marez,  La  Place  Royale  à  Bruxelles.  Genèse  de 
l'œuvre,  sa  conceptioti  et  ses  auteurs.  Bruxelles,  1923. 


—  390  — 

mourant.  Mais,  grâce  aux  bons  offices  de  son  ami 
l'abbé  Nicoli,  ministre  du  grand-duc  de  Toscane,  et 
de  M.  d'Ennery,. gentilhomme  lorrain,  il  réussit  à 
s'aboucher  avec  l'architecte  Peyre,  avec  les  sculpteurs 
Lecomte  et  Houdon. 

D'un  rapport  adressé  le  21  septembre  1779  par  de 
Limpens  au  prince  de  Stahremberg,  ministre  pléni- 
potentiaire d'Autriche  à  Bruxelles,  il  résulte  sans 
contestation  possible  que  c'est  Houdon  qui  fut  chargé 
de  rédiger  la  consultation  demandée.  Ce  texte,  en 
grande  partie  inédit,  est  si  décisif  que  nous  croyons 
nécessaire  de  le  reproduire  in  extenso  : 

Mémoire  à  Son  Altesse  le  ministre  plénipotentiaire. 

La  consultation  ci-jointe  en  original'  tenue  à  Paris  sur 
la  composition  du  monument  qui  doit  décorer  le  centre 
du  nouveau  parcq  semble  ne  rien  laisser  à  désirer  sur  cet 
objet,  quelque  difficile  qu'il  soit  à  décider. 

Je  ne  me  hasarderai  pas  d'ajouter  quelque  chose  au  con- 
tenu de  cette  consultation;  j'observerai  que  son  rédacteur 
s'est  dès  longtemps  acquis  une  célérité  qui  le  met  au-des- 
sus de  tous  les  artistes  modernes  et  que  la  plupart  des 
gens  instruits  à  Paris  le  préfèrent  à  Pigal. 

Il  n'y  a  qu'à  voir  ses  deux  atteliers  :  l'un  à  la  biblio- 
thèque du  Roy,  l'autre  dans  les  bâtimens  de  la  ville  éri- 
gés pour  le  jet  des  statues  royales,  pour  se  convaincre  de 
la  multiplicité  d'ouvrages  dont  on  le  charge  de  toute  part 
tant  pour  les  maisons  royales,  surtout  pour  l'Académie 
des  Sciences,  dont  il  est  le  sculpteur,  que  pour  l'étranger. 
Ce  grand  nombre  d'ouvrages,  entre  lesquels  il  y  a  des  mo- 
numens  pour  l'Allemagne  où  il  a  voiagé,  est  une  preuve 
de  sa  célébrité  et  dans  un  pays  où  les  arts  fleurissent,  où  il 
y  a  de  l'émulation  et  du  concours  comme  en  France,  la 

I.  M.  des  Marez  n'a  pas  retrouvé  aux  Archives  générales  du 
royaume  l'original  de  cette  consultation  dont  il  serait  si  inté- 
ressant de  -connaître  les  termes. 


-39.  - 

célébrité  est  certainement  la  démonstration  du  talent  et  du 
vrai  mérite. 

Bien  que  le  nom  de  Houdon  ne  soit  pas  mentionné 
dans  ce  préambule,  il  ne  peut  y  avoir  aucun  doute 
sur  la  personnalité  de  ce  rapporteur  anonyme. 
Comme  je  l'écrivais  à  M.  des  Marez,  qui  me  deman- 
dait s'il  était  possible  de  l'identifier,  il  n'y  a  pas  deux 
sculpteurs  de  cette  époque  qui  aient  occupé  deux 
ateliers  :  l'un  à  la  Bibliothèque  du  roi  et  l'autre  à  la 
fonderie  municipale  du  faubourg  du  Roule.  S'il  n'a 
jamais  été  le  sculpteur  attiti^é  de  l'Académie  des 
sciences  %  Houdon  a  modelé  les  bustes  de  plusieurs 
membres  de  cette  Compagnie.  On  sait  enfin  qu'il  a 
beaucoup  travaillé  pour  l'Allemagne  et  notamment 
pour  la  cour  de  Saxe-Gotha.  Ainsi,  tous  les  détails 
concordent  pour  nous  persuader  que  le  conseiller  de 
Limpens  fait  bien  allusion  à  Houdon. 

Au  surplus,  la  suite  de  son  mémoire  ne  permet 
aucune  hésitation.  Houdon  y  est  nommé  en  toutes 
lettres  avec  ses  confrères  Peyre  et  Lecomte.  Limpens 
rend  hommage  à  leur  largeur  d'esprit  qui  les  élève 
au-dessus  des  préjugés  nationalistes. 

Les  artistes  consultés  sont  les  nommés  Pair  [sic]  et  Le 
Comte,  instruits  dans  leur  art  comme  Houdon  en  Italie, 
où  ils  ont  tous  trois  puisé  leurs  élémens  :  ils  sont,  quoique 
Français,  sans  prévention  pour  rarchitecture  française. 
Autant  sculpteurs  qu'architectes  2,  ils  prennent  pour  base 
de  leurs  plans  et  guide  de  leurs  jugemens  les  vrais  prin- 
cipes de  l'art;  se  décidant  d'après  l'effet  de  l'harmonie  des 
principes,  ils  estiment  que  la  véritable  architecture,  comme 
la  bonne  musique,  n'a  point  de  but  national. 

1.  II  se  peut  d'ailleurs  que  Limpens  fasse  ici  une  confusion 
avec  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres. 

2.  Il  faut  entendre  par  là  :  les  deux  sculpteurs  (Lecomte  et 
Houdon)  aussi  bien  que  l'architecte  (Peyre). 


—  3g2  — 

La  preuve  qu'en  effet  cette  commission  d'artistes 
parisiens  n'avait  aucune  partialité  pour  l'art  français, 
c'est  qu'elle  se  prononça  à  l'unanimité  en  faveur  du 
projet  du  sculpteur  belge  Godecharle,  qui  était,  il  est 
vrai,  de  formation  purement  française.  Tous  les 
membres  du  jury  tombèrent  d'accord  pour  déclarer 
que  l'obélisque  conçu  par  Godecharle  l'emportait  de 
beaucoup  sur  les  onze  projets  présentés,  et  qu'ils  ne 
sauraient  en  faire  un  meilleur.  Ils  allèrent  même 
jusqu'à  dire  ouvertement  qu'ils  préféraient  le  projet 
du  sculpteur  belge  à  la  fontaine  de  la  Place  Navone 
à  Rome  qu'ils  avaient  tous  vue  et  étudiée  sur  les 
lieux.  Ils  ajoutèrent  que  le  rocher  de  Godecharle, 
quoique  feint,  l'emportait  sur  celui  qui  sert  à  Péters- 
bourg  de  piédestal  à  la  statue  de  Pierre  le  Grand, 
quoique  ce  rocher  soit  naturel.  Le  rapport  signé  par 
Houdon  aboutissait  à  cette  conclusion  flatteuse  que 
«  le  monument  était  digne  d'être  offert  et  dédié  à  nos 
augustes  souverains  par  la  nation  belgique  ». 

Il  est  déjà  curieux  de  voir  Houdon  consulté  en 
1779  comme  une  autorité  suprême  en  la  matière  par 
le  délégué  du  gouvernement  des  Pays-Bas  Autri- 
chiens et  de  la  ville  de  Bruxelles.  Mais  il  y  a  plus. 
Son  rôle  dans  le  projet  d'érection  d'un  monument  à 
Marie-Thérèse  ne  fut  pas  seulement  celui  d'un  juge 
et  d'un  rapporteur,  mais  encore  celui  d'un  collabo- 
rateur. Les  documents  exhumés  par  M.  des  Marez 
nous  apprennent  en  effet  qu'il  avait  promis  de  faire 
lui-même  le  dessin  d'un  des  quatre  bas-reliefs  desti- 
nés à  la  décoration  de  l'obélisque  et  qu'il  tint  parole. 

Dès  son  retour  à  Bruxelles,  le  conseiller  de  Lim- 
pens  s'empressa  d'écrire  à  un  de  ses  compatriotes 
résidant  à  Paris,  le  chevalier  Van  Langhendonck, 
pour  le  prier  de  s'informer  et  de  le  tenir  au  courant 
de  l'état  d'avancement  des  plans  et  dessins  promis. 
Celui-ci  répond  le  5  octobre  1779  qu'il  voyait  avec 


-393  - 

impatience  la   lenteur  des  artistes  qui  travaillaient 
pour  des  absents  : 

Ni  M.  Houdon  ni  M.  Barré^  n'ont  fait  des  progrès  bien 
sensibles  dans  ce  dont  vous  les  avez  laissé  chargés  à  votre 
départ.  Ils  m'ont  promis  toutefois  que  sous  quinzaine  ils 
s'acquitteraient  de  la  besogne.  Je  les  ai  pris  au  mot  et  y 
tiendrai  la  main  autant  que  décemment  faire  se  pourra. 

Les  doléances  de  Van  Langhendonck  étaient  injus- 
tifiées :  car  en  fait  les  deux  artistes  tinrent  ponctuelle- 
ment leurs  engagements.  Le  i5  octobre,  il  avait  entre 
les  mains  le  dessin  du  bas-relief  que  Houdon  avait 
promis  à  M.  de  Limpens  et  il  l'expédiait  aussitôt  à 
Bruxelles. 

Ce  dessin  n'a  malheureusement  pas  été  retrouvé. 
Mais  nous  savons  par  les  documents  quelle  était  la 
composition  du  bas-relief:  il  représentait  les  médail- 
lons de  marbre  des  souverains  des  Pays-Bas,  enca- 
drés des  effigies  grandeur  nature  du  gouverneur  géné- 
ral Charles  de  Lorraine  et  du  ministre  plénipoten- 
tiaire le  prince  de  Stahremberg. 

Le  grand  sculpteur  agit  en  toute  cette  affaire  avec 
un  rare  désintéressement  :  il  refusa  de  recevoir  le 
moindre  salaire;  mais  il  se  recommandait  pour  l'exé- 
cution de  l'œuvre  dans  le  cas  où  le  projet  serait 
approuvé. 


Les  circonstances  ne  permirent  pas  la  réalisation 
de  cet  hommage  qui  aurait  enrichi  Bruxelles  d'un 
précieux  monument.  Moins  heureux  que  Verschaffelt, 
qui  avait  dressé  au  centre  de  la  Place  Royale  sa  statue 

I.  L'architecte  chargé  d'envoyer  des  plans  pour  les  bâtiments 
de  la  Place  Royale. 


—  394  — 
pédestre  de  Charles  de   Lorraine*,  Godecharle  dut 
renoncer  à  l'exécution  de  son  obélisque  du  Parc  en 
l'honneur  de  Marie-Thérèse  et  le  bas-relief  de  Hou- 
don  resta  par  conséquent  sans  emploi. 

Au  grand  dépit  des  Etats  de  Brabani  qui  voyaient 
ainsi  leur  loyalisme  bafoué,  l'empereur  Joseph  II, 
qui  avait  succédé  à  Marie-Thérèse,  déclara  sans  am- 
bages qu'il  fallait  abandonner  tout  de  suite  «  cet  inutile 
projet  »  et  employer  à  quelque  œuvre  d'utilité  pu- 
blique les  sommes  énormes  qu'on  se  disposait  à  y  con- 
sacrer. Lorsqu'il  passa  à  Bruxelles  en  1781,  il  refusa 
brutalement  toute  récompense  au  conseiller  de  Lim- 
pens,  qui  s'était  prodigué  avec  tant  de  «  zèle  pour 
l'arrangement  du  parc  et  de  la  nouvelle  place  ». 

Malgré  l'abandon  du  projet,  on  conviendra  sans 
doute  que  l'histoire  de  cette  entreprise  avortée 
méritait  d'être  contée.  Elle  ajoute  un  trait  nouveau  à 
la  biographie  de  Houdon;elle  nous  apporte  en  outre 
une  nouvelle  preuve  du  rayonnement  de  l'art  français 
du  xviii«  siècle  et  des  liens  particulièrement  étroits 
qui  unissaient  dès  cette  époque  Bruxelles  à  Paris,  la 
France  à  la  Belgique. 

Louis  Réau. 

I.  On  sait  que  cette  statue,  fondue  par  les  Français  sous  la 
Révolution,  a  été  remplacée  par  une  statue  équestre  de  Gode- 
froy  de  Bouillon. 


-395  ~ 
LETTRES  DE  GREUZE 

AU  PRINCE  NICOLAS  BORISOVITCH  lOUSOUPOVi 

On  sait  que  parmi  les  amateurs  russes  des  œuvres 
de  Greuze,  l'un  des  plus  fervents  était  le  prince  Nico- 
las Borisovitch  lousoupov,  qui  accompagna  le  grand- 
duc  héritier  Paul  Petrovitch  dans  le  voyage  qu'il  fit  à 
Paris  en  1782  sous  le  nom  de  comte  du  Nord  et  qui 
fut  longtemps  ambassadeur  de  Russie  à  la  Cour  de 
Sardaigne.  La  galerie  lousoupov  de  Pétersbourg, 
véritable  musée  de  peinture  française,  ne  contient  pas 
moins  de  dix-huit  Greuze,  malheureusement  très 
maltraités  par  un  restaurateur  maladroit,  le  profes- 
seur Adrien  Prakhov. 

C'est  ce  même  Prakhov  qui  a  publié  en  1906  dans 
la  revue  Les  Trésors  d'art  en  Russie,  dont  il  avait 
pris  la  direction,  un  dossier  très  curieux  de  lettres 
adressées  par  Greuze  au  prince  lousoupov.  Ce  n'est 
évidemment  qu'une  petite  partie  de  la  correspondance 
échangée  entre  l'artiste  et  son  opulent  client  étranger. 
Les  archives  du  palais  de  la  Moïka  n'ont  conservé 
que  cinq  lettres  échelonnées  du  11  septembre  lySS  au 
20  septembre  1790  :  une  sixième  lettre  adressée  à  un 
intermédiaire  est  datée  du  2  vendémiaire  1804;  elle 
montre  que  les  relations  de  Greuze  avec  le  prince 
lousoupov  se  prolongèrent  jusqu'à  sa  mort. 

Mais  si  cette  correspondance  est  peu  abondante, 
elle  nous  a  paru  cependant  mériter  d'être  reproduite, 
d'abord  parce  qu'elle  est  à  peu  près  inconnue  en 
France  et  qu'elle  a  échappé  à  presque  tous  les  bio- 
graphes de  Greuze,  ensuite  parce  qu'elle  éclaire  le 
caractère  de  l'artiste.  Sa  vanité  incommensurable  et 
presque  maladive  s'étale  complaisamment  sur  ces 
feuillets  et  il  est  assez  piquant  de  l'entendre  ccm- 

I.  Communiquées  par  M.  Louis  Réau. 


—  396  — 

menter  son  allégorie  de  la  Volupté  qu'il  qualifie  sans 
vergogne  de  «  grand  tableau  dans  une  petite  toile  ». 
On  apprendra  avec  intérêt  qu'il  avait  donné  à  une 
figure  du  Bonheur  le  nom  de  la  célèbre  visitandine 
mystique  de  Paray-le-Monial,  Marie  Alacocque, 
dont  il  avait  sans  doute  entendu  parler  à  Tournus,  sa 
ville  natale.  La  plupart  de  ses  biographes  ignorent 
aussi  qu'il  avait  été  chargé  par  le  prince  lousoupov 
de  transmettre  et  de  surveiller  une  commande  de 
tableaux  partagée  entre  les  artistes  les  plus  réputés  de 
l'époque  :  Fragonard,  Vincent,  M'"^  Vigée-Lebrun. 


Greu^e  à  Son  Excellence  le  Prince  lousoupov^ 
ambassadeur  de  la  Cour  de  Russie  à  Turin. 

De  Paris,  le  11  septembre  lySS. 

Son  Excellence  ne  se  rappelle  pas  que  c'est  par  galan- 
terie que  j'ai  bien  voulu  faire  une  copie  du  tableau  de 
l'impératrice'^.  Son  Excellence  doit  se  ressouvenir  que 
j'en  ai  fait  l'ébauche  et  que  c'est,  par  conséquent,  le  tiers 
de  l'ouvrage.  Vous  deviez  me  le  renvoyer  pour  le  termi- 
ner; vous  avez  changé  d'avis.  J'aurai  plus  de  plaisir  à  faire 
un  original  et  vous  en  seriez  mieux  traité,  sans  comparai- 
son: mais  il  ne  serait  pas  juste  de  me  laisser  mon  ébauche 
en  pure  perte  pour  moi. 

Son  Excellence  aura  donc  la  bonté  de  me  tenir  compte 
du  tiers  de  la  somme  que  j'ai  reçu.  Gomme  je  ne  fais 
point  de  tête  à  moins  de  cinquante  louis,  il  faut  donc  que 
Son  Excellence  donne  ordres  pour  que  l'on  me  remette 
26  louis  et  2  pour  la  bordure,  qui  feront  28.  Sinon,  Son 
Excellence  aura  la  bonté  de  me  renvoyer  le  tableau  de 
l'impératrice  atin  que  je  puisse  terminer  la  copie  que  j'ai 
commencée;  car  je  n'ai  rien  de  plus  à  cœur  que  de  rem- 
plir mes  engagements  avec  la  plus  grande  sévérité. 

J'ai  l'honneur  d'être  de  Son  Excellence 

le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Greuze. 

I.  Cf.  L.  Réau,  Greu:^e  et  la  Russie  {VArt  et  les  artistes,  1920). 


—  397  — 

2. 

De  Paris,  le  29  juillet  1789. 
Mon  Prince, 

Pour  faire  la  tête  que  vous  m'avez  demandée,  j'ai  con- 
sulté votre  cœur,  le  caractère  de  votre  âme.  J'ai  donc 
tracé  une  femme  sensible  qui  vous  rappellera,  lorsque 
vous  ne  ferez  plus  d'usage  des  armes  que  l'amour  vous  a 
confié,  que  le  vrai  bonheur  de  la  vie  n'est  que  dans  les 
bras  de  ce  que  l'on  aime.  J'ai  donc  peint  le  bonheur  dans 
la  tête  que  j'ai  l'honneur  de  vous  envoyer;  elle  vous  dira 
quand  vous  la  regarderez  :  je  suis  heureuse.  D'accord  avec 
moi,  j'ose  me  flatter  que  vous  direz  :  il  n'y  a  que  ce  sen- 
timent de  réel,  le  reste  de  notre  existence  n'est  souvent 
qu'un  mauvais  rêve. 

Le  titre  est  Marie  Alacocque,  quiétiste;  elle  aimait  la 
divinité  comme  on  aime  les  mortels.  Indiquez  moi  à  qui 
je  dois  la  remettre,  pour  qu'elle  puisse  vous  parvenir  le 
plutôt  possible. 

J'ai  l'honneur  d'être,  avec  respect.  Mon  Prince,  votre 
très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Greuze. 

3. 

Le  2  novembre  1789. 
Mon  Prince, 

Je  suis  bien  désespéré  de  ne  plus  avoir  la  tête  que 
j'avais  faite  pour  vous;  ce  n'est  pas  ma  faute.  Quand  j'ai 
eu  l'honneur  de  vous  écrire,  j'ai  demandé  combien  il  fal- 
lait de  temps  pour  avoir  votre  réponse  :  l'on  m'a  dit  qu'il 
fallait  six  semaines.  J'ai  été  deux  mois  et  demi  et  plus  à 
attendre  vainement,  ce  n'est  qu'alors  que  j'ai  cédé  à 
l'empressement  d'une  personne  qui  me  pria  de  lui  céder. 

J'en  ai  une  autre  qui  est  ébauchée,  qui  exprime  la 
Volupté.  La  composition  en  est  beaucoup  plus  riche.  Per- 
suadez vous  que  j'y  mettrai  le  même  soin  et  la  même 
amitié  pour  la  terminer.  Votre  commission  a  été  faite 
avec  une  telle  indifférence  qu'il  a  fallu  vous  être  attaché 
comme  je  vous  le  suis  pour  m'en  être  occupé,  et  même  je 
suis  le  seul.  Fragonard  m'a  dit  que  personne  ne  lui  en 


—  398  — 

avait  parlé;  M.  Vincent  est  à  peu  près  dans  le  même  cas; 
Mme  Lebrun  ne  l'a  pas  commencée;  son  mari  m'a  dit 
qu'elle  le  ferait  à  Rome,  où  elle  est  actuellement. 

Je  n'ai  point  touché  votre  lettre  de  change  et  je  ne  le 
ferai  que  lorsque  j'aurai  terminé  votre  tête  et  que  je  l'au- 
rai remise  à  Mme  la  comtesse  de  Ségur.  Si  vous  changez 
d'avis,  je  vous  prie  de  me  le  faire  savoir  le  plus  tôt  que 
vous  pourrez.  Parla  même  occasion,  si  vous  avez  quelques 
commissions  à  faire,  n'en  chargez  que  moi  et  je  me  flatte 
que  vous  n'aurez  jamais  été  servi  avec  plus  de  zèle  et  plus 
d'exactitude. 

J'ai  l'honneur  d'être,  avec  respect,  Mon  Prince,  votre 
très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Greuze. 

M.  Fragonard  va  commencer  votre  tableau  ainsi  que 
M.  Vincent. 

4- 

A  Paris,  le  20  avril  1790. 
Monsieur, 

Je  viens  de  finir  votre  tableau.  Il  a  pour  titre  :  la 
Colombe  retrouvée  ou  la  Volupté.  Cette  colombe,  qu'elle 
presse  contre  son  cœur  si  amoureusement,  avec  ses  deux 
mains,  n'est  que  l'image  de  son  amant  caché  sous  cet 
emblème;  son  âme  est  agitée  d'un  sentiment  si  doux  et 
si  pur  que  la  femme  la  plus  délicate  la  pourra  regarder 
avec  complaisance  sans  en  être  blessée.  J'ai  ajouté  sur  sa 
tête  une  couronne  d'étoiles  pour  indiquer  que  le  senti- 
ment nous  égale  aux  dieux  pour  un  instant.  C'est  un  grand 
tableau  dans  une  petite  toile. 

Je  vous  prie  de  dire  à  tous  ceux  qui  le  verront  qu'il 
vous  coûte  cent  louis;  d'ailleurs,  vous  en  jugerez  vous 
même;  cela  me  change  rien  aux  conditions  que  j'ai  eu 
l'honneur  de  faire  avec  vous.  C'est  un  moment  d'enthou- 
siasme que  j'ai  voulu  satisfaire.  La  passion  que  j'ai  pour 
la  peinture,  l'amitié  que  j'ai  pour  vous  y  ont  présidé.  Elle 
vaudrait  mille  louis  que  ce  serait  toujours  cinquante.  Si 
elle  peut  me  rappeler  quelquefois  à  votre  mémoire,  je  me 
trouverai  trop  heureux. 

Mme  la  comtesse  de  Ségur  l'a  vue  ;  elle  la  fera  partir  à 
la  première  occasion.  J'ai  reçu  votre  lettre  de  change  de 


—  ^99  — 
1,200  livres.  Mme  Lebrun  est  toujours  en  Italie;  son 
mari  m'a  assuré  qu'elle  travaille  à  votre  tableau.  M.  Fra- 
gonard  n'est  plus  à  Paris;  il  est  en  province;  je  ne  sais 
où  en  est  son  ouvrage.  Dès  qu'il  sera  fini,  on  vous  en 
donnera  avis,  de  même  que  de  celui  de  M.  Vincent. 

J'ai  l'honneur  d'être,  avec  autant  d'attachement  que  de 
respect,  Monsieur,  votre  très  humble  et  très  obéissant 
serviteur. 

Greuze. 

5. 

Le  20  septembre  1790. 
Mon  Prince, 

J'ai  l'honneur  de  vous  prévenir  que  votre  tableau  est 
parti  le  i5  septembre  par  le  chariot  de  poste.  Vous  l'au- 
riez reçu  plus  tôt  sans  un  malentendu.  Je  vous  prie  de 
me  faire  le  plaisir  de  m'en  accuser  la  réception  le  plus 
tôt  possible.  Je  souhaite  que  vous  ayez  autant  de  satis- 
faction à  le  voir  que  j'ai  pris  de  soins  pour  le  terminer. 

Je  n'ai  point  de  nouvelles  des  tableaux  que  vous 
m'avez  chargé  de  vous  faire  faire  par  Mme  Lebrun,  Fra- 
gonard  et  Vincent.  Je  suis  persuadé  qu'il  ne  manqueront 
pas  de  vous  instruire  lorsqu'ils  seront  terminés. 


Greui^e  à  M.  Sancet,  rue  Sainte  Hiacinte, 
près  la  Place  Saint  Michel  y  à  Paris. 

Le  2  vendémiaire,  an  1er  de  l'Empire  français. 
Monsieur, 
L'incertitude  du  prince  à  vous  répondre  positivement 
est  cause  que  je  me  suis  occupé  du  portrait  de  l'empereur 
qui  m'a  été  demandé  par  le  gouvernement  et  qui  est  près 
d'être  terminé.  Alors  ce  sera  le  tableau  du  prince  qui 
m'occupera  uniquement.  J'aurai  le  plus  grand  plaisir  à  le 
finir  à  la  caresse  [sic]  comme  le  plus  aimable  que  j'aie 
tracé.  Il  faut  trois  ou  quatre  mois  pour  le  porter  à  sa  per- 
fection. 


—  400  — 
LETTRE  DE  KLÉBER 

AU  MINIATURISTE  JEAN  GUÉRIN 

(l8    MAI    1798) 

M.  Ulric  Richard-Desaix,  d'Issoudun,  nous  com- 
munique la  lettre  suivante  écrite  par  le  général  Kléber 
au  miniaturiste  Jean  Guérin. 

Le  dessin  dont  il  s'agit  dans  cette  lettre  doit-il  être 
identifié  au  fameux  portrait  en  miniature  de  Kléber 
qui  fut  exposé  au  Salon  de  1798  et  que  le  Musée  du 
Louvre  acquit  en  1849  d'un  M.  Delattre  (voir  Reiset, 
Dessins^  cartons,  pastels,  miniatures...  exposées, 
etc....,  2^  partie,  p.  41,  n»  781)?  On  sait  qu'en  1789 
Guérin  entreprit  une  suite  de  portraits  d'après  les 
députés  de  l'Assemblée  nationale,  suite  qui  fut  gra- 
vée en  manière  noire  par  Fiesinger,  et  l'on  suppose 
qu'en  1798- 1799  Guérin  eut  l'intention  de  publier  une 
nouvelle  suite  des  généraux  de  la  République,  car 
Fiesinger  grava,  d'après  ses  dessins,  les  portraits  de 
Gouvion-Saint-Cyr,  de  Sainte-Suzanne,  de  Berna- 
dotte,  de  Desaix,  de  Bonaparte  et  de  Kléber.  Il  est 
donc  problable  qu'il  existe  pour  cette  dernière  gra- 
vure un  dessin  différent  de  la  miniature  du  Musée  du 
Louvre. 

L.  D. 

[Lettre  autographe  écrite  par  le  général  Kléber  sur  deux 
feuillets  petit  in-40,  sans  date,  avec  timbre  postal 
imprimé,  «  y8,  Toulon  »,  et  grand  cachet  de  cire 
rouge  très  bien  conservé,  mais  cassé  en  deux  par  suite 
de  l'ouverture  de  la  lettre  :  «  Kléber,  général  de  Divi- 
sion ».] 
«  Au  Citoyen  Jean  Guérin,  artiste,  quai  de  Voltaire, 

no  i3,  Paris.  »  (Timbre  de  Toulon.) 

«  A  Dieu,  mon  cher  Guérin,  je  pars  dès  ce  pas  pour 


—  401  — 
monter  à  bord  de  mon  vaisseaux  {sic)  le  Francklin,  achevés 
le  dessin  et  remettez  le  à  la  citoyenne  Ghateaugiron  qui  le 
gardera  jusqu'à  mon  retour;  donnez  lui  tous  vos  soins.  Je 
vous  écrirai  quelques  fois.  Aimez  moi  toujours,  je  le 
mérite  pour  l'attachement  que  je  vous  porte.  Amitié  à 
Fiesinger.  Les  Damas  vous  embrassent  et  moi  aussi. 

«  Kléber.  » 

La  citoyenne  Châteaiigiron  de  cette  lettre  était  la 
marquise  de  Ghateaugiron,  amie  de  Kléber.  Fiesin- 
ger était  le  graveur  habituel  du  miniaturiste  Jean  Gué- 
rin.  Damas^  le  général  Damas,  fut,  en  Egypte,  le  chef 
d'état-major  général  de  Kléber. 

Cette  lettre  non  datée  est  exactement  du  29  Floréal 
an  VI,  vendredi  18  Mai  1798,  jour  même  de  l'embar- 
quement de  Kléber. 

Elle  fut  écrite  à  la  diable^  le  général  s'étant  trouvé 
pressé  de  se  rendre  «  dès  ce  pas  »  sur  son  «  vaisseau  » 
le  Francklin. 

Elle  a  échappé  à  la  connaissance  d'Etienne  Ghara- 
vay  ;  autrement  cet  érudit  n'eût  pas  manqué  de  l'utili- 
ser ou  même  de  la  reproduire  en  facsimile  dans  son 
excellente  étude  sur  les  Guérin  de  Strasbourg^  1880, 
in-40,  avec  figures  de  Richard-Desaix. 


922  26 


—  4c>2  — 


OUVRAGES 

RÉCEMMENT    PUBLIÉS    PAR    LES    MEMBRES    DE    LA   SOCIÉTÉ 

DE    l'histoire    de    l'aRT    FRANÇAIS 

ET     OUVRAGES    OFFERTS  A  LA  BIBLIOTHEQUE  DE  LA  SOCIÉTÉ^. 

Babelon  (Jean),  Jacopo  da  Trei^o  et  la  construction  de 
l'Escurial.  (Champion.) 

BivER  (comte  P.),  Histoire  du  château  de  Meudon.  (Cham- 
pion.) 

Blum  (André),  Les  eaux-fortes  de  Claude  Gellée^  dit  le 
Lorrain.  (A.  Morancé.) 

BoiNET  (Amédée),  Le  vieux  Met:^.  Histoire  et  descrip- 
tions de  ses  monuments  (extrait  du  Congrès  archéologique 
de  France,  83e  session,  1920).  (A.  Picard.) 

* — ,  Le  livre  français  des  origines  à  la  fin  du  Second 
Empire.  Catalogue  de  l'exposition  au  pavillon  de  Marsan 
(4  au  3o  avril  1928).  (A.  Morancé.) 

Glouzot  (H.),  Les  meubles  du  XVUI^  siècle.  (A.  Mo- 
rancé.) 

CoRDEY  (Jean),  Vàux-le-Vicomte.  (Les  Presses  univer- 
sitaires de  France.) 

Courboin  (Fr.),  La  gravure  en  France  des  origines  à 
igoo.  (Delagrave.) 

— ,  Histoire  illustrée  de  la  gravure  en  France.  I  :  Des 
origines  à  1600.  (Le  Carrée.) 

Delteil  (Loys),  Le  peintre-graveur  illustré.  T.  XIV 
et  XV  :  Francisco  Goya.  —  T.  XVI  :  François  Raffaelli. 
—  T.  XVII  :  Pissarro,  Sisley  et  Renoir.  (L.  Delteil.) 

I.  Les  ouvrages  dont  le  titre  est  précédé  d'un  astérisque  ont 
été  offerts  à  la  Société  et  sont  déposés  à  la  bibliothèque  de 
l'Union  centrale  des  Arts  décoratifs,  où  ils  forment  une  sec- 
tion spéciale. 


Demonts  (Louis),  Musée  du  Louvre.  Catalogue  de  id 
donation  Doistau  :  mmiaiures  des  XVII I^  et  XIX^  siècles 
(avec  le  concours  de  M.  Charles  Terrasse).  (Impr.  gén. 
Lahure.) 

—,  Les  dessins  de  Claude  Gellée,  dit  le  Lorrain.  (A.  Mo- 
rancé.) 

— ,  Musée  du  Louvre.  Les  dessins  de  Léonard  de  Vinci. 

(A.  Morancé.) 

Jamot  (Paul),  Les  frères  Le  Nain,  peintres  laonnais. 
(J.  Schemit.) 

Martin  (Henri),  La  miniature  française  du  XIII^  au 
XFe  siècle.  (Van  Œst  et  Gie.) 

Martine  (Charles),  Dessins  de  maîtres  français.  II  : 
Claude  Gellée,  dit  Claude  Lorrain.  (Helleu  et  Sergent.) 

Michel  (André),  Histoire  de  l'art.  T.  VI  :  l'Art  en 
Europe  au  XVII^  siècle,  2e  partie.  (Armand  Colin.) 

MiGEON  (Gaston),  L'estampe  japonaise.  (A.  Morancé.) 

Moreau-Nélaton  (Etienne),  Les  trésors  d'art  de  la 
France  meurtrie.  Du  Laonnois  à  la  Brie.  [Gar^ette  des 
Beaux-Arts.) 

NicoLLE  (Marcel),  Critique  d'art  ancien  et  moderne. 
Musées  de  provijice.  (Perrin  et  C^e.) 

*Ratouis  de  Limay  (Paul)  et  Rouchès  (Gabriel),  Compte- 
rendu  analytique  du  Congrès  d'histoire  de  l'art  de  1921. 
(Les  Presses  universitaires  de  France.) 

Rocheblave  (Samuel),  L'art  et  le  goût  en  France  de 
1600  à  igoo.  (Armand  Colin.) 

ViTRY  (Paul),  Le  Musée  d'Orléans.  (Laurens.) 

— ,  Pierre  Roche  ( i885-ig22).  {Galette  des  Beaux- 
Arts.) 

WiLDENSTEiN  (Gcorges),  Un  peintre  de  paysage  au 
XVIII^  siècle,  Louis  Moreau.  {Les  Beaux-Arts.) 


ANNUAIRE 


DE    LA 


SOCIÉTÉ  DE  L'HISTOIRE  DE  L'ART  FRANÇAIS 


STATUTS 

VOTÉS  PAR  L'ASSEMBLÉE  GÉNÉRALE 

DU    9    NOVEMBRE    I906. 

Art.  1er. 

La  Société  de  l'Histoire  de  l'Art  français,  dans  le  but 
de  donner  un  nouvel  essor  à  ses  études,  modifie  ses  sta- 
tuts comme  suit  : 

Art.  2. 

Une  Société  est  fondée  à  Paris  pour  encourager  l'étude 
de  l'histoire  de  Tart  et  des  artistes  en  France. 

Art.  3. 

Elle  se  propose  : 

10  De  tenir  des  réunions  périodiques  où  seront  discu- 
tées les  questions  relatives  à  l'art  français; 

20  De  publier  chaque  année  un  ou  plusieurs  volumes 
de  documents  inédits  ou  rares,  imprimés  ou  graphiques; 

3»  D'accorder  son  patronage,  avec  ou  sans  subvention, 
à  des  monographies  ou  travaux  spéciaux  édités  par  les 
auteurs  à  leurs  frais. 

Art.  4. 
Elle  se  compose  de  personnes  admises  sur  leur  demande, 


—    4<^D    — 

et  sur  la  présentation  de  deux  membres  de  la  Société,  par 
le  Comité  directeur,  à  la  majorité  des  votants. 

Art.  5. 

Une  Assemblée  générale  annuelle  nomme  le  Comité 
directeur,  composé  de  20  membres. 

Art.  6. 

L'Assemblée  générale  pourra,  sur  la  proposition  du 
Comité  directeur,  nommer  membres  honoraires  des  per- 
sonnes ayant  rendu  des  services  exceptionnels  à  l'histoire 
de  l'Art  français.  Le  nombre  des  membres  honoraires  ne 
pourra  dépasser  cinq. 

Art.  7. 

Le  Comité  directeur  élit  tous  les  ans,  à  la  majorité  des 
suffrages,  un  président,  un  vice-président,  un  secrétaire, 
deux  secrétaires-adjoints  et  un  trésorier.  Il  nomme  égale- 
ment chaque  année  un  Comité  des  publications  et  un  Co- 
mité des  fonds  composé  de  trois  membres.  Les  membres 
du  bureau  sont  rééligibles  immédiatement,  sauf  le  prési- 
dent et  le  vice-président.  Celui-ci  devient  président  de 
droit. 

Art.  8. 

Le  Comité  est  renouvelé  par  quart  tous  les  ans  :  les 
membres  sortants  ne  sont  rééligibles  qu'après  un  an. 

Art.  9. 

La  cotisation  annuelle  est  fixée  à  20  francs  <.  Elle  doit  être 
acquittée  dans  le  premier  semestre  de  l'année.  Cette  coti- 
sation peut  être  rachetée  par  le  payement  d'une  somme  de 
5oo  francs  qui  sera  placée  à  intérêts. 

I.  Un  supplément  de  dix  francs  est  deman4é  aux  membres 
de  la  Société  désirant  recevoir  les  publications  imprimées 
sur  papier  d'Arches. 


—  4o6  — 

Art.  10. 

Les  ressources  de  la  Société  se  composent  : 
lo  Des  cotisations  annuelles; 

2°  De  la  vente  des  ouvrages  publiés  par  la  Société; 
3°  Des  revenus  des  capitaux  du  rachat  des  cotisations; 
40  Des  dons  et  subventions  de  l'État,  des  villeSj  des 
Académies  et  des  particuliers; 
5°  De  toute  autre  ressource  éventuelle. 

Art.  II. 

La  dissolution  de  la  Société  ne  pourra  être  votée  que 
par  les  trois  quarts  des  membres  d'une  Assemblée  géné- 
rale convoquée  à  cet  effet,  sur  la  proposition  signée  de 
20  membres. 


REGLEMENT  INTERIEUR 
ADOPTÉ  PAR  LE  COMITÉ  DIRECTEUR 

DANS    SA    SÉANCE    DU    7    DÉCEMBRE    I906. 

Art.  ler. 

Les  séances  de  la  Société  sont  fixées  au  premier  ven- 
dredi de  chaque  mois,  de  novembre  à  juillet.  Tous  les 
membres  de  la  Société  y  sont  convoqués. 

Art.  2. 

Le  Comité  directeur  se  réunit  tous  les  mois  avant  la 
séance. 

Art.  3. 

Le  président  de  la  Société,  ou  à  son  défaut  le  vice-pré« 
sident,  préside  de  droit  le  Comité  directeur. 

Art.  4. 
Le  Comité  directeur  nomme  le  bureau,  le  Comité  des 


I 


—  407  — 

publications  et  un  Comité  des  fonds  de  trois  membres, 
dans  la  séance  qui  suit  l'Assemblée  générale. 

Art.  5. 

Le  Comité  des  fonds  rend  compte  tous  les  mois  au 
Comité  directeur  de  Tétat  de  la  caisse  de  la  Société. 

Art.  6. 

L'Assemblée  générale  est  fixée  au  deuxième  vendredi  du 
mois  de  mai.  Elle  nomme  les  membres  du  Comité  direc- 
teur à  la  majorité  des  votants. 

Art.  7. 

La  Société  publie  un  Bulletin  trimestriel. 

Art.  8. 

Les  volumes  publiés  par  la  Société  peuvent  être  vendus 
au  prix  que  fixe  chaque  année  le  Comité  directeur. 

Art.  9. 

Le  Comité  directeur  décide,  sur  rapport  du  Comité  des 
publications,  de  toutes  les  publications  de  la  Société. 

Art.  10. 

Le  Comité  des  publications  peut,  à  l'occasion,  désigner 
un  commissaire  chargé  de  suivre  une  publication.  Celui-ci 
rend  compte  au  Comité  des  publications  du  travail  qu'il 
surveille  et  y  appose  sa  signature. 


COMITE  DIRECTEUR 

DE    LA 

SOCIÉTÉ   DE    L'HISTOIRE   DE   L'ART   FRANÇAIS 

Mai  1922-MAI  1923. 

Président  :  M.  Paul  Vitry,  conservateur  au  Musée  du 
Louvre. 

Vice-président  :  M.  Jean  Guiffrey,  conservateur  au  Musée 
du  Louvre. 

Secrétaire  :  M.  Paul  Ratouis  de  Limay. 

Secrétaires-adjoints  :  MM.  Gabriel  Rouchès,  bibliothé- 
caire à  l'École  nationale  des  Beaux-Arts;  Jean  Cordey, 
bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale. 

Trésorier  :  M.  André  Ramet. 

Membres  :  MM.  P.  Alfassa,  conservateur -adjoint  au 
Musée  des  Arts  décoratifs  ;  René  Charlier  ;  Gaston 
Brière,  conservateur-adjoint  du  Musée  de  Versailles, 
ancien  président  de  la  Société  ;  E.  Dacier,  bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  nationale;  L.  Deshairs,  biblio- 
thécaire de  l'Union  centrale  des  Arts  décoratifs;  André 
Fontaine,  inspecteur  général  de  l'Instruction  publique  ; 
le  comte  Louis  d'Harcourt;  R.  Kœchlin,  président  du 
Conseil  des  Musées  nationaux  et  de  la  Société  des 
Amis  du  Louvre,  vice-président  de  l'Union  centrale 
des  Arts  décoratifs;  P. -A.  Lemoisne,  bibliothécaire  au 
Cabinet  des  Estampes  de  la  Bibliothèque  nationale; 
Henry  Lemonnier,  membre  de  l'Institut,  professeur 
honoraire  à  la  Faculté  des  lettres  de  l'Université  de 
Paris  et  à  l'École  nationale  des  Beaux-Arts,  ancien  pré- 


-  409  — 
sident  de  la  Société;  Pierre  Marcel,  professeur  à 
l'École  nationale  des  Beaux- Arts;  J.  J.  Marquet  de 
Vasselot,  conservateur-adjoint  au  Musée  du  Louvre, 
ancien  président  de  la  Société;  André  Michel,  membre 
de  l'Institut,  conservateur  honoraire  des  Musées  natio- 
naux, professeur  au  Collège  de  France,  ancien  prési- 
dent de  la  Société;  Pierre  de  Nolhac,  membre  de  l'Aca- 
démie française,  conservateur  honoraire  des  Musées 
nationaux,  directeur  du  Musée  Jacquemart -André; 
Charles  Saunier;  Henri  Stein,  conservateur  aux  Ar- 
chives nationales,  ancien  président  de  la  Société. 


COMITÉ  DES  PUBLICATIONS 

MM. 

J.  J.  Marquet  de  Vasselot. 

Henry  Martin,  administrateur   de    la    Bibliothèque    de 

l'Arsenal,  ancien  président  de  la  Société. 
Henri  Stein. 

COMITÉ  DES  FONDS 
MM. 

Jean  Laran,  bibliothécaire  au  Cabinet  des  Estampes  de 
la  Bibliothèque  nationale. 

P. -A.  Lemoisne. 

Louis  RÉAu,  docteur  es  lettres,  ancien  directeur  de  l'Ins- 
titut français  de  Pétrograd. 


LISTE  DES  MEMBRES 

DE    LA 

SOCIÉTÉ  DE  L'HISTOIRE  DE  L'ART  FRANÇAIS 

AU    l5   JUILLET    1923. 

S.  M.  la  Reine  Amélie  de  Portugal. 

AccARY  (Etienne),  5o,  rue  de  Laborde,  Paris  (viiie). 

Alaret,  château  de  Louan,  Menestreau-en-Villette  (Loi- 
ret). 

Alazard  (Jean),  maître  de  conférences  à  la  Faculté  des 
lettres  de  l'Université  d'Alger  (Algérie). 

Alfassa  (Paul),  conservateur-adjoint  au  Musée  des  Arts 
décoratifs,  142,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (xvije). 

Allard  du  Chollet  (comte),  20,  rue  de  Lûbeck,  Paris 

(xvie). 

Appuhn  (Charles),  professeur  au  lycée  Saint-Louis,  chef 
de  section  aux  Bibliothèque  et  Musée  de  la  Guerre, 
6  biSf  rue  des  Écoles,  Paris  (v«). 

Argoutinsky  Dolgoroukoff  (prince  W.),  7,  rue  Fran- 
çois 1er,  Paris  (viiie). 

Arjuzon  (vicomte  d'),  i  i,  rue  Dupont-des-Loges,  Paris  (vue). 

Arvengas  (Albert),  l'Isle-sur-Tarn  (Tarn). 

Aubert  (Marcel),  docteur  es  lettres,  conservateur-adjoint 
au  Musée  du  Louvre,  directeur  de  la  Revue  de  l'Art 
chrétien,  8,  cité  Vaneau,  Paris  (vii«). 

AuBRY-ViTET,  69,  rue  de  Varenne,  Paris  (vii^). 

Babelon  (Jean),  bibliothécaire  au  Cabinet  des  Médailles 
de  la  Bibliothèque  nationale,  2,  rue  Rotrou,  Paris  (vie). 

Bagués  (Victor),  107,  rue  La  Boétie,  Paris  (viije). 

Ballot  (M^e),  attachée  au  Musée  du  Louvre,  i3,  rue  de 
l'Abbaye,  Paris  (vie). 


—  411  — 

Banchereau  (Jules),  trésorier  de  la  Société  française  d'ar- 
chéologie, 6,  quai  Barentin,  Orléans  (Loiret). 
Barante  (baron  de),  22,  rue  du  Général-Foy,  Paris  (viiie). 
Barbey  (Frédéric),  ministre  plénipotentiaire  de  Suisse  en 

Belgique,  8,  avenue  de  Gortenberg,  Bruxelles. 
Bardac  (Joseph),  i,  avenue  Marceau,  Paris  (viiie). 
Barry,  imprimeur  d'art,  14,  rue  du  Temple,  Paris  (iv*). 
Bauchoud  (Maurice),  avocat,  place  du  Neuf-Bourg,  Valen- 

ciennes  (Nord). 
Baudoin  (Henri),  10,  rue  Grange-Batelière,  Paris  (ix^). 
Bautier  (Pierre),  conservateur-adjoint  du  Musée  royal 

des    Beaux -Arts    de    Bruxelles,    549,  avenue    Louise, 

Bruxelles. 
Belleudy  (Jules),   35,   avenue  du  Maréchal-Foch,  Nice 

(Alpes-Maritimes). 
Benoît  (François),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de 

l'Université    de    Lille,    i,    rue    Nationale,   Argenteuil 

(Seine-et-Oise). 
Bernard  (Georges),  i,  rue  d'Anjou,  Paris  (viiie). 
Bertaux  (Mme  Jeanne),  7,  avenue  des   Peupliers,  Paris 

(xvie). 
Bertini-Galosso  (Dott.  Achille),  ispettore  délia  Ra  Gal- 

leria  Borgheze,  villa  Umberto  I,  Roma  (5i)  (Italie). 
BézAGU  (Louis),  61,  cours  d'Aquitaine,  Bordeaux  (Gironde) 

(membre  perpétuel). 
Bibliothèque  de  la  Ville  d'Amiens  (Somme)  [M.   Henri 

Michel,  bibliothécaire]. 
Universiteits-Bibliotheek  d'Amsterdam  (Hollande)  [Dr  F. 

G.  Wieder,  bibliothécaire-adjointj. 
'S    Rijks    Prentenkabinet,    Rijks-Museum   d'Amsterdam 

(Hollande). 
Bibliothèque    de   la   Ville    d'Angers   (Maine-et-Loire) 

(librairie  Glech). 
Bibliothèque  de  l'Académie  royale  des  beaux-arts  d'Anvers 

(Belgique). 
Bibliothèque  royale  de  Belgique,  Bruxelles  [M.  Paris,  con- 
servateur] (M.  Ghampion,  correspondant). 
Bibliothèque   des    Musées    royaux   du    Ginquantenaire, 

Bruxelles. 


—    412    — 

University  of  California  library,  Berkeley,  Cal.  (États- 
Unis)  [M.  Joseph  Cummings  Rowell,  bibliothécaire]. 

Musée  de  Châteauroux  (Indre)  [M.  H.  Ratouis  de  Limay, 
conservateur]. 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Clermont-Ferrand  (Puy-de- 
Dôme). 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Compiègne  (Oise). 

Bibliothèque  royale  de  Copenhague  (Danemark). 

Technische  Hoogeschool  Bibliotheek  de  Delft  (Hollande) 
[Dr  H.  H.  R.  Roelofs  Heyrmans,  bibliothécaire]. 

Bibliothèque  de  la  Galerie  des  Offices  de  Florence  (Italie). 

Biblioteca  Nazionale  centrale  de  Florence  (Italie)  [M.  Mor- 
purgo,  bibliothécaire  en  chef]. 

Bibliothèque  cantonale  et  universitaire  de  Fribourg 
(Suisse). 

Bibliothèque  de  l'Université  de  (?jni(Belgique)[M.Roersch, 
inspecteur]. 

Bibliothèque  publique  et  universitaire  de  la  Ville  de 
Genève  (Suisse). 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Grenoble  (Isère)  [M.  Royer, 
bibliothécaire]. 

The  State  University  of  lowa,  lowa  City  (États-Unis) 
[M.  Malcolm  G.  Wyer,  bibliothécaire]. 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  La  Rochelle  (Charente-Infé- 
rieure) [M.  Musset,  bibliothécaire]  (Bouchut,  libraire). 

Bibliothèque  de  l'Université  de  Liège  (Belgique)  [M.  Bras- 
sinne,  bibliothécaire  en  chef]. 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Lille  (Nord)  [M.  Mahieu,  sous- 
bibliothécaire]. 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Limoges  (Haute-Vienne) 
[M.  Caillet,  bibliothécaire]  (librairie  Duverger). 

British  Muséum,  à  Londres  (M.  Dulau,  libraire)  [M.  Le 
Soudier,  commissionnaire]. 

London  Library,  SUames'  square,  London  S.  W.  (Angle- 
terre). 

Bibliothèque  du  Collège  philosophique  et  théologique  de 
Louvain,  ii,  rue  des  Récollets,  Louvain  (Belgique) 
[M.  de  Ghellinck,  bibliothécaire]. 

Bibliothèque  de  VUniversité  de  Louvain  (Belgique)  [M.  De 
Lannoy,  bibliothécaire]. 


-4i3  - 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Lyon  et  du  palais  des  Arts, 
avenue  de  la  Bibliothèque,  Lyon  (Rhône)  [M.  Richard 
Cantinelli,  bibliothécaire]. 

Bibliothèque  municipale  de  Marseille,  place  de  la  Biblio- 
thèque, Marseille  (Bouches -du -Rhône)  [M.  Billion, 
bibliothécaire  en  chef]. 

University  of  Michigan,  General  library,  Ann  Arbor. 
(États-Unis)  [M.  W.  Koch,  librarian]  (M.  Terquem,  i,  rue 
Scribe,  Paris,  commissionnaire). 

Bibliothèque  communale  de  Monaco  [M.  Louis  de  Cas- 
tro, bibliothécaire]. 

Bibliothèque  universitaire  de  Montpellier  (Hérault) 
[M.  Henri  Bel,  bibliothécaire]. 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Nantes  (Loire-Inférieure) 
[M.  Giraud-Mangin,  conservateur]. 

Institut  d'histoire  de  l'art  et  d'archéologie  de  la  Faculté 
des  lettres  de  l'Université  de  Nancy,  4,  place  Carnot, 
Nancy  (Meurthe-et-Moselle)  (M.  Bulard,  professeur) 
[M.  Berger-Levrault,  18,  rue  des  Glacis,  Nancy,  libraire]. 

Bibliothèque  de  l'Institut  français  de  Naples,  12,  piazza 
S.  Domenico  Maggiore,  Naples  (Italie).  [M.  Paul-Marie 
Masson,  directeur.] 

Bibliothèque  d'art  et  d'archéologie  de  l'Université  de 
Paris,  16,  rue  Spontini,  Paris  (xvie)  [M.  Joubin,  direc- 
teur]. 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Paris,  29,  rue  de  Sévigné, 
Paris  (ive)  [M.  Marcel  Poëte,  directeur]. 

Bibliothèque  de  V École  nationale  des  Beaux- Arts,  14,  rue 
Bonaparte,  Paris  (vie). 

Bibliothèque  de  V École  des  chartes,  19,  rue  de  la  Sorbonne, 
Paris  (ve). 

Bibliothèque  Forney,  12,  rue  Titon,  Paris  (xiie). 

Bibliothèque  de  VInstitut  d'histoire  de  l'Art  moderne,  à 
la  Sorbonne,  Paris  (ve). 

Bibliothèque  de  VInstitut  de  France,  quai  Conti,  Paris  (vie). 

Bibliothèque  Sainte  -  Geneviève ,  place  du  Panthéon, 
Paris  (ve)  [M.  Mortet,  administrateur]. 

Bibliothèque  du  Cercle  àeVUnion  artistique,  rue  Boissy- 
d'Anglas,  Paris  (viiie). 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Pau  (Basses-Pyrénées). 


—  4H  — 

Bibliothèque  de  la  Ville  de  Poitiers  (Vienne)  [M.  Ginot, 

conservateur]. 
Bibliothèque  de  l'Éccle  française  de  Rome,  palais  Far- 

nèse,   Rome    [Mgr  Duchesne,    membre   de   l'Institut, 

directeur]. 
Biblioteca  Àpostolica  Vaticana,  Rome. 
Reale  Istituto  di  Archeologia  e  storia  dell'  Arte,  piazza 

Venezia,  3,  Rome  [M.  Gorrado  Ricci,  président]. 
Bibliothèque  et  archives  du  Protectorat,  Rabat  (Maroc). 
Bibliothèque    de   la   Ville    de    Rouen    (Seine-Inférieure) 

[M.  Henri  Labrosse,  bibliothécaire]  (librairie  Lestrin- 

gant). 
Bibliothèque  municipale  de  Sélestat  (Bas-Rhin)  [M.Wal- 

ter,  bibliothécaire]. 
Bibliothèque  royale  de  Stockholm  (Suède)  [M.  Dahlgren, 

conservateur  en  chef]  (M.  Ghampion,  correspondant). 
Institut    Zorn    de    l'Université    de    Stockholm    (Suède) 

[M.  Roosval,  professeur]. 
Bibliothèque  de  l'Institut  d'art  moderne  de  l'Université 

de  Strasbourg,  28,  rue  Herder,  Strasbourg  (Bas- Rhin). 
Bibliothèque   universitaire   et  régionale  de  Strasbourg, 

place  de  la  République,  Strasbourg  (Bas-Rhin). 
Bibliothèque  de  la  Ville  de  Strasbourg  (Bas-Rhin)  [M.  De- 

lahache,  bibliothécaire]. 
Bibliothèque  publique  de  Toulouse,  i,  rue  Lakanal,  Tou- 
louse (Haute-Garonne)  [M.  Galabert,  bibliothécaire]. 
Bibliothèque  de  la  Ville  de^Troyes  (Aube)  [M.   Morel- 

Payen,  conservateur]. 
Bibliothèque  publique  de   Tunis,  20,  Souk  El  Attarine, 

Tunis  (Tunisie). 
Bibliothèque    de    l'Université    royale    d'Upsal    (Suède) 

[Dr  Lars  Aksel  Andersson,  bibliothécaire]. 
Bibliothèque    de    la  Ville   de    Versailles  (Seine-et-Oise) 

[M.  Hirschauer,  conservateur]. 
Direction  du  Musée  national  suisse  de  Zurich. 

BivER  (comte  Paul),  rue  des  Bordeaux,  4,  Jouy-en-Josas 

(Seine-et-Oise). 
Bloch  (Gamille),  libraire,  366,  rue  Saint-Honoré,  Paris  (ler). 
Blum  (André),  22,  rue  Fourcroy,  Paris  (xviie). 
Blum  (René),  36,  rue  de  Tocqueville,  Paris  (xviie). 


-4i5- 

Blumenthal  (George),  banquier,  i5,  boulevard  Montmo- 
rency, Paris  (xvie)  (membre  perpétuel). 

BoiNET  (Amédée),  archiviste-paléographe,  bibliothécaire 
à  la  Bibliothèque  Sainte -Geneviève,  286,  boulevard 
Raspail,  Paris  (xive). 

BoisGELiN  (comtesse  Bruno  de),  19,  avenue  Georges  V, 
Paris  (viiie). 

BoissiEu  (général  de),  60,  rue  de  Rome,  Paris  (viiie). 

BoiTET  (Mlle),  rédactrice  aux  Bibliothèque  et  Musée  de  la 
Guerre,  144,  rue  de  la  Roquette,  Paris  (xie). 

BoscHER  (Jacques),  45,  rue  de  Courcelles,  Paris  (viiie). 

Boucher  (François),  attaché  au  Musée  Carnavalet,  i,  bou- 
levard Henri  IV,  Paris  (iv«). 

Bouchot  (Mlle  Jacqueline),  3,  rue  d'Alençon,  Paris  (xve). 

Bourguignon  (Jean),  conservateur  du  Palais  national  de 
Malmaison,  Rueil  (Seine-et-Oise). 

Bourin  (Henri),  6,  rue  de  Longchamp,  Paris  (xvie). 

Bourrelier  (Henri),  éditeur,  26,  rue  Guynemer,  Pa- 
ris (vie). 

Bouvy  (Eugène),  bibliothécaire  en  chef  de  la  Faculté  de 
droit,  5,  rue  Cujas,  Paris  (v^). 

Brame  (Hector),  68,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (viiie). 

Brame  (Henri),  68,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (viiie). 

Brame  (Paul),  68,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (viiie). 

Breton  (François),  14,  rue  Charles-Nodier,  Paris  (xviiie). 

Brichet  (Paul),  23,  rue  des  Arènes,  Angers  (Maine-et- 
Loire). 

Brière  (G.),  conservateur-adjoint  du  Musée  de  Versailles, 
ii3,  boulevard  Beaumarchais,  Paris  (me). 

Brincard  (baronne  G.),  89,  faubourg  Saint-Honoré,  Pa- 
ris (viiie). 

Brouwet,  86,  boulevard  Flandrin,  Paris  (xvie). 

Brunner  (C),  II,  rue  Royale,  Paris  (viiie). 

Brunschvicg  (Léon),  membre  de  l'Institut,  53,  rue  Schef- 
fer,  Paris  (xvie). 

Brussel  (Robert),  chef  du  service  d'Études,  direction  des 
Beaux-Arts,  3,  rue  de  Valois,  Paris  (ler). 

Buffenoir  (Hippolyte),  membre  de  la  Société  des  gens 
de  lettres,  i5,  rue  des  Apennins,  Paris  (xviie). 


—  4^6  — 
BuRNAND  (Robert),  archiviste-paléographe,  3,   me   Gay- 

Lussac,  Paris  (ve). 
BuTTiN  (capitaine  Pierre),  conservateur-adjoint  au  Musée 

de  l'Armée,  87,  avenue  Gambetta,  Paris  (xxe). 

Gailleux  (Paul),  expert,  39,  rue  Laffitte,  Paris  (ixe). 

Gain  (Julien),  agrégé  d'histoire  et  de  géographie,  53,  rue 
Gondorcet,  Paris  (ixe). 

Gamondo  (comte  Moïse  de),  63,  rue  de  Monceau,  Paris  (viiief. 

Garlier  (Adrien),  industriel,  77,  boulevard  Watteau, 
Valenciennes  (Nord). 

Garsow  (Michel),  deuxième  secrétaire  de  l'ambassade  de 
Russie,  6,  rue  Edouard- Détaille,  Paris  (xviie). 

Ghampion  (Edouard),  libraire,  5,  quai  Malaquais,  Paris  (vie). 

Gharageat  (Mlle  Madeleine),  77,  boulevard  Voltaire,  Pa- 
ris (xie). 

Gharageat  (MUe  Marguerite),  77,  boulevard  Voltaire, 
Paris  (xie). 

Gharlier  (René),  3,  avenue  Matignon,  Paris  (viiie). 

Ghâtelperron  (de),  7,  rue  François  I^r,  Paris  (viiie). 

Ghauveau  (Mlle  Blanche),  secrétaire  générale  adjointe  de 
l'Office  des  pupilles  de  la  Nation,  établissements  de 
Saint-Rémy,  par  Faverney  (Haute-Saône). 

Ghenesseau  (chanoine  Georges),  chanoine  honoraire  d'Or- 
léans, docteur  es  lettres,  19,  rue  du  Golombier,  Orléans 
(Loiret). 

Ghévrier  (Pierre),  65,  avenue  Kléber,  Paris  (xvie). 

Ghristensen  (Ghr.),  24,  place  Vendôme,  Paris  (ler). 

Glouet  des  Pesruches  (capitaine  Jean),  i,  avenue  Sil- 
vestre-de-Sacy,  Paris  (vue). 

Glouzot  (Henri),  conservateur  du  Musée  Galliéra,  10, 
avenue  Pierre  1er  de  Serbie,  Paris  (xvie). 

Godet  (capitaine  Paul),  conservateur-adjoint  au  Musée  de 
l'Armée,  Hôtel  des  Invalides,  Paris  (vue). 

Godman  (Ogden),  60,  rue  de  Varenne,  Paris  (vue). 

GoLiN  (Paul),  4,  rue  Saint-Florentin,  Paris  (ler). 

Gordey  (Jean),  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale, 
i36,  rue  d'Assas,  Paris  (vie). 

Gouderc  (G.),  conservateur-adjoint  du  département  des 


—  417  -- 

manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale,  20,  rue  de 
Harlay,  Paris  (ler). 

CouRBOiN  (F.),  conservateur  du  Cabinet  des  Estampes  à 
la  Bibliothèque  nationale,  17,  route  du  Grand-Pont,  Le 
Vésinet  (Seine-et-Oise). 

GouRTEAULT  (Paul),  professcur  à  la  Faculté  des  lettres  de 
l'Université  de  Bordeaux,  23,  rue  de  Strasbourg,  Bor- 
deaux (Gironde). 

CzERNicHowsKi  (André  de),  7,  rue  Cassini,  Paris  (xive). 

Dacier  (E.),  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale, 
5,  rue  Cavendish,  Paris  (xixe). 

Da  Costa,  professeur  agrégé  au  lycée  d'Alger  (Algérie). 

Dansaert  (Jules),  avocat  à  la  cour  de  Bruxelles,  122,  rue 
du  Prévôt,  Ixelles-Bruxelles  (Belgique). 

Dardonville  (Mme)^  j^  avcnuc  Bugeaud,  Paris  (xvie). 

Daupeley  (Paul),  imprimeur,  Nogent-le-Rotrou  (Eure-et- 
Loir). 

Debidour,  secrétaire  de  la  Commission  du  Vieux-Paris, 
Préfecture  de  la  Seine,  Paris  (ive). 

Dehesdin  (Georges),  3o,  rue  Ballu,  Paris  (xviiie). 

Delacre  (Maurice),  professeur  à  TUniversité  de  Gand, 
16,  boulevard  du  Fort-Gand,  Gand  (Belgique). 

Delagarde  (E.),  10,  rue  de  Courcelles,  Paris  (viiie). 

Deleury  (Jules),  ingénieur,  11  rue  de  la  Tour-des-Dames, 
Paris  (ixe). 

Deligand  (Georges),  avocat  à  la  Cour,  6,  square  du  Roule, 
Paris  (viiie). 

Delteil  (Loys),  2,  rue  des  Beaux-Arts,  Paris  (vi^). 

Demonts  (Louis),  conservateur -adjoint  au  Musée  du 
Louvre,  Paris  (i^r). 

Demotte,  27,  rue  de  Berry,  Paris  (viiie)  (membre  perpé- 
tuel). 

Denoinville  (Georges),  i,  rue  Cassini,  Paris  (xive). 

Deshairs  (L.),  bibliothécaire  de  l'Union  centrale  des  Arts 
décoratifs,  161,  rue  Saint-Jacques,  Paris  (v^). 

Dezarrois  (André),  directeur  de  la  Revue  de  l'Art  ancien  et 
moderne^  28,  rue  du  Mont-Thabor,  Paris  (ler). 

D1LLEN-V0TQUENNE  (Mme  E.)j  2,  avenue  du  Vert-Chas- 
seur, Uccle-Bruxelles  (Belgique). 

1922  27 


—  4i«  — 
DiMiER  (Louis),  17,  rue  des  Filles-du-Calvaire,  Paris  (me). 
DoRiA  (comte  Arnauld),  23,  avenue  d'Iéna,  Paris  (xvi*). 
Dreyfus    (Carie),    conservateur -adjoint    au    Musée    du 

Louvre,  10 1,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (viiie). 
DuBOis-CoRNEAU  (Robcrt),  16,  rue  du  Réveillon,  Brunoy 

(Seine-et-Oise). 
Du  Bos  (Charles),  i,  rue  Budé,  Paris  (ive). 
DuMOLiN,  16,  avenue  Pierre  1er  de  Serbie,  Paris  (xvie). 
DuPORTAL  (Mlle),  doctcur  es  lettres,  29,  quai  Saint-Michel, 

Paris  (ve). 
DuRRiEU  (comte  Paul),  conservateur  honoraire  des  Musées 

nationaux,  membre  de  l'Institut,  74,  avenue  Malakofï, 

Paris  (xvie). 

Ephrussi  (Mme)j  48,  rue  La  Pérouse,  Paris  (viiie). 

EscHOMER  (Raymond),  conservateur  du  Musée  Victor- 
Hugo,  32,  quai  d'Orléans,  Paris  (ive). 

EsPEZEL  (d'),  bibliothécaire  au  Cabinet  des  Médailles  de 
la  Bibliothèque  nationale,  77,  avenue  de  Saint-Mandé, 
Paris  (xiie). 

EsTOURNELLES  DE  GoNSTANT  (Jean  d'),  directeur  des  Musées 
nationaux,  3,  rue  Albert-de-Lapparent,  Paris  (vue), 

EvANS  (Miss  Joan),  S^-Hugh's  Collège,  Oxford  (Angle- 
terre). 

Page  (Henry),  10,  rue  de  l'École-de-Mars,  Neuilly-sur- 
Seine  (Seine). 

Fauchier-Magnan  (Adrien),  attaché  au  Palais  des  Beaux- 
Arts  de  la  Ville  de  Paris,  45,  boulevard  Haussmann, 
Paris  (ixe). 

Fels  (comtesse  André  de),  37,  avenue  Charles-Floquet, 
Paris  (vue). 

Fenaille  (Maurice),  membre  de  l'Institut,  14,  rue  de  l'Ely- 
sée, Paris  (viiie). 

FÉRAL,  7,  rue  Saint-Georges,  Paris  (ixe). 

FiAUx  (Mme)j  14,  aveuue  du  Président-Wilson,  Paris  (xvie). 

Fleury  (baron  André  de),  i,  rue  de  Pomereu,  Paris  (xvie). 

FociLLON  (Henri),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de 
l'Université  de  Lyon,  directeur  des  Musées  de  Lyon, 
6,  rue  Pravaz,  à  Lyon  (Rhône). 


Fontaine  (André),  inspecteur  général  de  rinstructioil 
publique,  83,  rue  Denfert-Rochereau,  Paris  (xiv«). 

FoY  (comte),  8,  rue  du  Cirque,  Paris  (viiie). 

Franck-Duconseil,  278,  boulevard  Raspail,  Paris  (xive). 
« 

Gallois  (H. -G.),  48,  rue  Gros,  Paris  (xvje). 

Gaston  (abbé  Jean),  curé  de  Saint-Hippolyte,  27,  avenue 
de  Choisy,  Paris  (xiiie). 

Gautier  (Paul),  docteur  es  lettres,  professeur  à  l'École 
nationale  des  Beaux- Arts,  38,  avenue  de  l'Observatoire, 
Paris  (xive). 

Gaveau  (Mnie)j  55^  boulevard  Beauséjour,  Paris  (xvi^). 

Gélis  (Edouard),  i6,  rue  Milton,  Paris  (ixe). 

GÉRARDiN  (A.),  administrateur  de  la  Compagnie  de  l'Est, 
3i,  rue  Contant,  Gagny  (Seine-et-Oise). 

Gilles  de  la  Tourette,  78,  avenue  Mozart,  Paris  (xvie). 

GiLLET  (Louis),  conservateur  du  château  de  Châalis, 
32,  boulevard  Henri  IV,  Paris  (ive). 

GiMPEL  (René),  19,  rue  Spontini,  Paris  (xvi^). 

GiROD  DE  l'Ain  (Edouard),  24  bis,  avenue  du  Président- 
Wilson,  Paris  (xvie). 

Godillot  (Alexis),  2,  rue  Blanche,  Paris  (ixe). 

GoLDscHMiDT  (Emcst),  historien  d'art,  34,  rue  Marbeuf, 
Paris  (viiie).   , 

GoNSE  (Mme  Louis),  2o5,  boulevard  Saint-Germain,  Pa- 
ris (vue). 

GoNSE  (Henri),  20,  rue  Alfred-de-Vigny,  Paris  (xvie). 

GouiN  (Ernest),  4,  avenue  Velasquez,  Paris  (viiie). 

Graillot  (Henri),  ancien  membre  de  l'École  française  de 
Rome,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  l'Univer- 
sité de  Toulouse,  17,  rue  de  la  Dalbade,  Toulouse 
(Haute-Garonne). 

Grandmaison  (Louis  de),  i3,  rue  de  l'Archevêché,  Tours 
(Indre-et-Loire). 

Gravereaux  (Henri),  4,  avenue  de  Villars,  Paris  (vue). 

Gray  (Morris),  président  Muséum  of  Fine  Arts,  Boston, 
Mass.  (U.  S.  A.). 

Grenier  (Mme  Edmond),  64,  rue  Spontini,  Paris  (xvi^). 

Gronkow^ski  (Camille),  conservateur-adjoint  du  Palais  des 


—    420    

Beaux-Arts  de  la  Ville  de  Paris,  24,  rue  Jean-Goujon, 

Paris  (viiie). 
GuÉRiN  (Jacques),  conservateur -adjoint   au  Musée  des 

Arts  décoratifs,  18,  rue  Matignon,  Paris  (viiie). 
GuERLiN  (Mme  Henri),  67,  rue  de  Grenelle.,  Paris  (vue). 
GuERQuiN  (Pierre),  17,  avenue  de  Messine,  Paris  (viiie). 
GuiBERT  (Joseph),   conservateur-adjoint  au  Cabinet  des 

Estampes  de  la  Bibliothèque  nationale,  45,  rue  Ampère, 

Paris  (xviie). 
GuiFFREY   (Jean),    conservateur  au    Musée   du   Louvre, 

34,  boulevard  Bonne-Nouvelle,  Paris  (xe). 
Guillemot  (Etienne),  archiviste  aux  Archives  nationales, 

60,  rue  des  Francs-Bourgeois,  Paris  (nie). 

Hachette  (André-Jean),  2,  square  de  Luynes,  Paris  (vue). 

Hallays  (André),  33,  boulevard  Raspail,  Paris  (vne). 

Harcourt  (comte  Louis  d'),  9,  avenue  Bosquet,  Paris  (vii^). 

Harcourt  (marquis  d'),  i  i,  rue  de  Constantine,  Paris  (vne). 

Harcourt  (marquise  d'),  ii,  rue  de  Constantine,  Pa- 
ris (vue). 

Hatt  (Jacques),  16,  rue  de  Chazelles,  Paris  (xviie). 

Hautecœur  (L.),  professeur -adjoint  à  la  Faculté  des 
lettres  de  l'Université  de  Caen,  professeur-suppléant  à 
l'École  du  Louvre,  193,  rue  de  l'Université,  Paris  (vue). 

Hautefort  (comtesse  Ulric  Stoffels  d'),  6,  avenue  Ca- 
moëns,  Paris  (xvie). 

Haviland  (Frank-Burty),  7,  rue  Belloni,  Paris  (xve). 

Haviland  (Paul),  40,  cours  Albert  1er,  Paris  (vine). 

Hawkes  (Mac  Dougall),  président  de  l'Institut  français, 
Union  Club,  New- York  City  (États-Unis),  et  chez 
M.  Morgan-Harjes,  14,  place  Vendôme,  Paris  (ler) 
(membre  perpétuel). 

Henraux  (Albert-S.),  19,  rue  de  Lille,  Paris  (vue). 

Hermel  (Paul),  22,  rue  Alphonse-de-Neuville,  Paris  (xviie) 
(membre  perpétuel). 

Heywood  (Miss  Florence),  44,  rue  de  Fleurus,  Paris  (vie), 

HoMBERG  (Joseph),  38,  rue  Scheffer,  Paris  (xvie).    - 

Hustin,  secrétaire  général  honoraire  de  la  questure  du 
Sénat,  10,  allée  du  Réservoir,  au  Raincy  (Seine-et-Oise). 

Hyde  (James  H.),  67,  boulevard  Lannes,  Paris  (xvie) 
(membre  perpétuel). 


—   421    — 

Imperiali  (Miie)^  professeur  au  lycée  de  jeunes  filles, 
23,  boulevard  Thiers,  Dijon. 

Jaccaci  (A.),  77,  rue  d'Amsterdam,  Paris  (viii«). 

Jacquemin  (Victor),  imprimeur  d'art,  33,  passage  des  Fa- 
vorites, Paris  (xve). 

Jamot  (Paul),  conservateur-adjoint  au  Musée  du  Louvre, 
II  bis,  avenue  de  Ségur,  Paris  (vue). 

Janzé  (vicomtesse  de),  ii  bis,  rue  Jean-Goujon,  Paris  (viiie). 

Jayle  (Dr  Félix),  2,  rue  Guynemer,  Paris  (vie). 

Jean  (René),  conservateur  au  Musée  de  la  Guerre,  44,  rue 
des  Perchamps,  Paris  (xvie). 

Jeanbernat  (Emmanuel),  avocat,  docteur  en  droit,  villa 
Doria,  boulevard  Chave,  Marseille  (Bouches-du-Rhône) 

[tyiembrc  perpétuel,  en  son  nom  et  en  mémoire  de  Jules  et  Louis 
Jeanbernat-BarthÉlemv  de  Ferrari-Doria,  ses  fils,  morts  pour  la 
France). 

Jeannerat  (Carlo),  villa   des  Arts,    i5,   rue   Hégésippe- 

Moreau,  Paris  (xviiie). 
Join-Lambert  (Octave),  i,  avenue  Alphonse  XIII,  Paris 

(xvie). 

Jolis  (Paul),  conservateur-adjoint  de  la  Bibliothèque  et 
du  Musée  de  l'École  nationale  des  Beaux-Arts,  12,  rue 
de  Langeac,  Paris  (xve). 

JouBY  (Lucien),  49,  avenue  du  Roule,  Neuilly-sur-Seine. 

Kahn  (André),  10,  rue  Anatole-de-la-Forge,  Paris  (xviie). 

Kann  (Edouard),  49,  avenue  d'Iéna,  Paris  (xvie). 

Kœchlin  (R.),  président  du  Conseil  des  Musées  nationaux 
et  de  la  Société  des  Amis  du  Louvre,  vice-président  de 
l'Union  centrale  des  Arts  décoratifs,  14,  boulevard 
Saint- Germain,  Paris  (ve). 

Labbé    (Jean),   avocat   au   Conseil    d'État,    21,    avenue 

Georges  V,  Paris  (viiie). 
Laborde  (comte  Alexandre  de),  membre  de  l'Institut,  81, 

boulevard  de  Gourcelles,  Paris  (xviie). 
Labouret,  juge  à  Paris,  19,  avenue  d'Orléans,  Paris  (xive). 
Lacrocq  (Louis),  avocat,  Guéret  (Creuse). 
Laes  (Arthur),  secrétaire  du  Musée  royal  des  Beaux-Arts 

de  Belgique,  Bruxelles  (Belgique). 


—  4^2  — 

Laffillée,  architecte,  43,  rue  de  Beaune,  Paris  (vue). 

Lair-Dubreuil  (Fernand),  10,  avenue  Percier,  Paris  (viiic). 

Lami  (Stanislas),  5i,  rue  Scheffer,  Paris  (xvie). 

Lamy  (Mlle),  41  j  avenue  du  Maine,  Paris  (xive). 

La  Nézière  (de),  ancien  directeur  des   Arts    indigènes 

du    Protectorat    du    Maroc,    4,    rue    de    l'Abreuvoir, 

Paris  (xviiie). 
Laplagne  (Mlle  Louise),  5,  rue  Bosio,  Paris  (xvie). 
Laran  (Jean),  bibliothécaire  au  Cabinet  des  Estampes  de 

la  Bibliothèque  nationale,  82,  rue  Claude-Bernard,  Pa- 
ris (ve). 
Largentaye  (Mlle  de),  29,  faubourg  Saint-Honoré,  Paris 

(viiie). 
Lariboisière  (comte  de),  député,  5o,  avenue  Montaigne, 

Paris  (viiie). 
La  Rochefoucauld  (comtesse  André  de),  i35,  faubourg 

Saint-Honoré,  Paris  (vnie). 
La  Roche-Guyon  (duc  de),  18,  boulevard  des  Invalides, 

Paris  (vue). 
La  Tour  d'Auvergne-Lauraguais  (princesse  de),  16,  bou- 
levard des  Invalides,  Paris  (vue). 
Lavallée  (P.),  conservateur  de   la   Bibliothèque   et  du 

Musée  de  l'École  nationale  des  Beaux-Arts,  49,  rue  de 

Naples,  Paris  (viiie). 
Lazaro  (José),  ancien  directeur  du  Musée  du  Prado,  114, 

Serrano,  Madrid  (Espagne). 
Lebel  (Gustave),  81,  avenue  de  Villiers,  Paris  (xviie). 
Leblond  (Dr  V.),  président  de  la  Société  académique  de 

l'Oise,  Beauvais  (Oise). 
Lecaplain  (P. -Edmond),  5,  boulevard  de  la  Madeleine, 

Paris  (ler). 
Lechevallier-Chevignard   (G.),    administrateur    de    la 

Manufacture  nationale  de  Sèvres,  à  Sèvres  (Seine-et- 

Oise). 
Leclerc  (Max),  directeur  de  la  librairie  Armand  Colin, 

25o  bis,  boulevard  Saint-Germain,  Paris  (vue). 
Lefuel  (Hector),  64,  boulevard  de  Courcelles,  Paris  (xviie). 
Lemoine  (J. -Gabriel),  12,  rue  Blanche,  Paris  (ixe). 
Lemoisne  (P. -A.),  bibliothécaire  au  Cabinet  des  Estampes 


—  4^3  — 

de  la  Bibliothèque  nationale,  91,  rue  de  l'Université, 
Paris  (vue). 

Lemonnier  (Henry),  membre  de  l'Institut,  professeur  hono- 
raire à  la  Sorbonne  et  à  l'École  nationale  des  Beaux- 
Arts,  2  bis,  square  du  Croisic,  Paris  (xve). 

LÉON  (Paul),  directeur  des  Beaux-Arts,  membre  de  l'Ins- 
titut, i5,  rue  de  la  Pompe,  Paris  (xvie). 

Leroux  (Henri),  11,  place  de  la  Nation,  Paris. 

Lesourd  (Paul),  archiviste -paléographe,  26,  rue  Des- 
nouettes,  Paris  (xve). 

Lespinasse  (P.),  procureur  de  la  République,  rue  André- 
Delieux,  à  Toulouse. 

Lettermann  (Miss),  5,  rue  Edmond-Valentin,  Paris  (vue). 

Levallet  (Mlle  G.),  23,  avenue  de  Marigny,  Paris  (viiie). 

LÉvY  (Albert),  éditeur,  2,  rue  de  l'Échelle,  Paris  (i"). 

LiNDBLOM  (Andréas),  professeur-adjoint  à  l'Université, 
conservateur-adjoint  au  Musée  national,  Stockholm 
(Suède). 

LiNDON  (Alfred),  45,  avenue  Hoche,  Paris  (viiie)  (membre 
perpétuel). 

Lisbonne  (R.),  éditeur,  108,  boulevard  Saint-Germain, 
Paris  (vie). 

LiscH  (Georges),  architecte,  5,  boulevard  Raspail,^ Pa- 
ris (vue). 

LissiM  (Simon),  6,  rue  Edmond-About,  Paris  (xvie). 

LocQuiN  (Jean),  député,  docteur  es  lettres,  5,  rue  du  Géné- 
ral-Lambert, Paris  (vue). 

LoNGNON  (Henri),  33,  rue  Franklin,  Paris  (xvie). 

Lotte  (Maurice),  architecte  diplômé  du  Gouvernement, 
10,  rue  de  Constantinople,  Paris  (viiie). 

LouKOMSKi  (Georges),  ancien  conservateur  du  Musée  de 
Kiew,  22,  rue  de  la  Paix,  Paris  (ne). 

LuppÉ  (comte  de),  19,  avenue  d'Eylau,  Paris  (xvie). 

LuQUET  (Georges-André),  22  bis,  rue  Eugène-Flachat, 
Paris  (vue). 

Macon  (Gustave),  conservateur  du  Musée  Condé,  à  Chan- 
tilly (Oise). 


—  424  — 

Magerman  (Mlle  L.),  100,  rue  de  la  Consolation,  Bruxelles 
(Belgique). 

Maillard  (M^e  Élise),  attachée  au  Musée  de  Gluny, 
12,  rue  Jacob,  Paris  (vie). 

Malfait  (François),  architecte  de  la  Ville  de  Bruxelles, 
99,  rue  du  Marais,  Bruxelles  (Belgique). 

Mandach  (Conrad  de),  conservateur  du  Musée  des  Beaux- 
Arts  de  Berne,  Habstetten,  par  Bolligen,  près  Berne 
(Suisse). 

Marbeau  (François),  ii,  avenue  de  la  Grande-Armée, 
Paris  (xvie). 

Marcel  (Henry),  directeur  honoraire  des  Musées  natio- 
naux, 6,  rue  Meissonier,  Paris  (xviie). 

Marcel  (Pierre),  docteur  es  lettres,  professeur  à  l'École 
nationale  des  Beaux-Arts,  5i,  rue  Scheffer  (i8,  villa 
Scheffer),  Paris  (xvie). 

Marcheix  (A.),  47,  rue  de  Vaugirard,  Paris  (vie). 

Marcou  (Frantz),  inspecteur  général  des  monuments  his- 
toriques, 29,  rue  Bonaparte,  Paris  (vie). 

Mareuse  (Edgar),  81,  boulevard  Haussmann,  Paris  (viiie). 

Marguery  (Henry),  attaché  aux  Bibliothèque  et  Musée 
de  la  Guerre,  diplômé  de  l'École  du  Louvre,  5o,  rue  de 
Sévigné,  Paris  (me). 

Marmottan  (Paul),  20,  avenue  Raphaël,  Paris  (xvi®). 

Marquet  de  Vasselot  (J.  J.),  conservateur-adjoint  au 
Musée  du  Louvre,  19,  rue  de  Marignan,  Paris  (vme) 
(membre  perpétuel). 

Marquézy  (Dr  Robert),  14,  rue  de  Moncey,  Paris  (ixe). 

Martin  (commandant  E.),   161,  avenue  Malakoff,  Paris 

(xvie). 

Martin  (Henry),  administrateur  de  la  Bibliothèque  de 

l'Arsenal,  i,  rue  de  Sully,  Paris  (ive). 
Martin-Sabon,  5  bis,  rue  Mansart,  Paris  (ixe). 
Martine  (Charles),  bibliothécaire  à  l'École  nationale  des 

Beaux-Arts,  i38,  boulevard  Saint-Germain,  Paris  (vie). 
Massa  (duchesse  de),  m,  rue  La  Boétie,  Paris  (viii^). 
Masson  (Jean),  38,  rue  Saint-Sulpice,  Paris  (vie). 
Maumené  (colonel),  i5,  boulevard  Delessert,  Paris  (xvie). 
Maumené  (Mme)^  i5^  boulevard  Delessert,  Paris  (xvie). 


—  4^5  — 

Mauricheau-Beaupré  (Charles),  attaché  au  Musée  de  Ver- 
sailles, 12,  rue  Baillet-Reviron,  Versailles  (Seine-et-Oise). 
May  (Ernest),   29,   faubourg  Saint- Honoré,  Paris  (viiie) 

(membre  perpétuel). 
Mayer-Bléneau  (Georges),  104,  faubourg  Saint-Honoré, 

Paris  (viiie). 
Mazerolle  (Fernand),  conservateur  du  Musée  de  la  Mon- 
naie, quai  Gonti,  Paris  (vie). 
Membre  (Edmond-Jules),  membre  de  la  Commission  his- 
torique du  Nord  et  de  la  Société  de  l'histoire  de  la 
pharmacie,  26,  rue  de  la  Viéwarde,  Valenciennes  (Nord). 
Mercier  (F.),  conservateur  du  Musée  de  Dijon,  45,  bou- 
levard Thiers,  Dijon  (Côte-d'Or). 
Merlant  (Francis),  3j,  avenue  Camus,   Nantes   (Loire- 
Inférieure). 
Metman  (Bernard),  attaché  au  Musée  des  Arts  décoratifs, 

128,  avenue  de  Neuilly,  Neuilly-sur-Seine. 
Metman  (Louis),  conservateur  du  Musée  des  Arts  déco- 
ratifs, SÉ^rue  de  Lubeck,  Paris  (xvi^). 
Meuret  (Maurice),  33,  rue  de  Berri,  Paris  (viiie). 
Meurgey  (Jacques),  ii3,  rue  de  Courcelles,  Paris  (xvii«). 
Meyer-Heine   (commandant   H.),  4,   rue   Brunel,   Paris 

(xviie). 
Michel  (André),  membre  de  l'Institut,  conservateur  hono- 
raire des  Musées  nationaux,  professeur  au  Collège  de 
France,  Sg,  rue  Claude-Bernard,  Paris  (ve). 
Michel  (Edouard),  22,  rue  de  Tocqueville,  Paris  (xviie). 
MiGEON  (Gaston),  directeur  honoraire  des  Musées  natio- 
naux, 88,  rue  de  l'Université,  Paris. 
MiROT  (Léon),  archiviste  aux  Archives  nationales,  yS,  rue 

Royale,  Versailles  (Seine-et-Oise). 
MiSME  (Mlle),  attachée  à  la  Bibliothèque  d'art  et  d'archéo- 
logie, 16,  rue  Spontini,  Paris  (xvie). 
MoNTÉGUDET  (Rogcr  de),  château  de  la  Noue,  par  Ester- 

nay  (Marne). 
Montesquiou-Fezensac  (comte  Biaise  de),  9,  rue  de  Chail- 

lot,  Paris  (xvie). 
MoNTGON  (Mlle  de),  6,  ruc  Léonard-de-Vinci,  Paris  (xvie). 
MoNTREMY  (de),  conscrvateur-adjoint  du  Musée  de  Cluny, 
38,  avenue  Marceau,  Paris  (viiie). 


—  4^6  — 

MoRANCÉ  (Albert),  éditeur,  4,  avenue  du  Docteur- Brouar- 
del,  Paris  (vue). 

Morand-Verel  (Mme)j  atiachée  au  Musée  du  Louvre,  48, 
rue  Jacob,  Paris  (vie). 

Moreau-Nélaton  (Etienne),  73  bis,  faubourg  Saint-Ho- 
noré,  Paris  (viiie). 

MoRNAND  (Pierre),  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, 12,  rue  Paul-Baudry,  Paris  (viiie). 

MoRRY  de  Bodard  (G.),  Les  Bordes,  Pont-Levoy  (Loir- 
et-Cher). 

MoRTREuiL  (Th.),  secrétaire  général  de  la  Bibliothèque 
nationale,  58,  rue  de  Richelieu,  Paris  (ne). 

MosELius  (Cari-David),  docteur  es  lettres,  Ynglingaga- 
tan  i5,  Stockholm  (Suède). 

Neveux  (Pol),  inspecteur  général  des  Bibliothèques,  88, 

boulevard  de  la  Tour-Maubourg,  Paris  (vue). 
Nicole  (Georges),  ancien  membre  de  l'École  française 

d'Athènes,  72,  boulevard  Flandrin,  Paris  {^§$^). 
NicoLLE  (Marcel),  attaché  honoraire  au  Musée  du  Louvre, 

6,  villa  Spontini,  Paris  (xvie). 
NoDET  (Dr),  21,  place  Bernard,  Bourg  (Ain). 
NoiRMONT  (baron  de),  7,  avenue  Constant-Coquelin,  Paris 

(vue). 
NoLHAC  (Pierre  de),  de  l'Académie  française,  conservateur 

honoraire  des  Musées  nationaux,  directeur  du  Musée 

Jacquemart- André,   i58,  boulevard  Haussmann,  Paris 

(vme). 

Olivier  (J.),  5,  rue  Quatrefages,  Paris  (ve). 
Olmer  (Pierre),  architecte  diplômé  par  le  Gouvernement, 
iSbis,  rue  Dulac,  Paris  (xve). 

Parquez  (Henry),  4,  rue  Meyerbeer,  Paris  (ixe). 

Paris   (Mr  William  Francklyn),  Century  Club,  7,  West 

43  th.  Street,  New-York  (U.  S.  A.)  (membre  perpétuel). 
Paraf  (Louis),  62,  rue  de  la  Boëtie,  Paris  (viiie). 
Pelletier  (Eugène),   secrétaire   d'ambassade,  i,  avenue 

d'Eylau,  Paris  (xvie). 
Pératé  (André),  conservateur  du  Musée  de  Versailles,  au 

château  de  Versailles  (Seine-et-Oise). 


—  427  — 

Perdreau  (Georges),  95,  rue  Saint- Lazare,  Paris  (ixe). 

PÉREiRE  (Alfred),  35,  faubourg  Saint-Honoré,  Paris  (viiie). 

PÉREiRE  (Jacques),  3i,  avenue  Hoche,  Paris  (viiie). 

Perrault-Dabot,  inspecteur  général  honoraire  des  Mo- 
numents historiques,  87,  boulevard  Saint-Michel,  Pa- 
ris (ve). 

PÉTiN  (Hector),  4  bis,  rue  de  Franqueville,  Paris  (xvi*) 
(membre  perpétuel). 

Picard  (Auguste),  78,  rue  de  Maubeuge,  Paris  (xe). 

PiCHON  (baron  Lionel),  5o,  rue  Gandon,  Paris  (xiiie). 

PiOT  (Stéphane),  83,  boulevard  Haussmann,  Paris  (viiie). 

PoTREL  (Mme)^  i5^  rue  Vivicune,  Paris  (ne). 

Prisset,  conseiller  référendaire  à  la  Cour  des  Comptes, 
Il  bis,  rue  de  Cluny,  Paris  (ve). 

Prunières  (Henry),  directeur  de  la  Revue  musicale,  87, 
boulevard  Saint-Michel,  Paris  (v*). 

PuiFORCAT  (Victor),  125,  boulevard  Malesherbes,  Pa- 
ris (xVIie). 

Puvis  DE  Chavannes,  36,  avenue  de  l'Observatoire,  Pa- 
ris (v). 

PuYMAiGRE  (comte  de),  conseiller  municipal,  7,  rue  de 
Constantine,  Paris  (vue). 

Ramet  (André),  209,  avenue  Jean-Jaurès,  Paris  (xixe). 
Ratouis  de  LiMAY(Paul),  80,  rue  de  Grenelle,  Paris  (vue). 
Raugel  (Félix),  maître  de  chapelle  de  l'église  Saint-Eus- 

tache,  16,  rue  Perceval,  Paris  (xive). 
RÉAu  (Louis),  ancien  directeur  de  l'Institut  français  de 

Pétrograd,  54,  rue  de  la  Faisanderie,  Paris  (xvie). 
RÉGAMEY  (Raymond),  61,  boulevard  Suchet,  Paris  (xvie). 
RÉGNIER  (Louis),  17,  rue  du  Meilet,  Évreux  (Eure). 
Reinach  (Théodore),  membre  de  l'Institut,  directeur  de 

la  Galette  des  Beaux -Arts,  2,  place  des  États-Unis, 

Paris  (xvie). 
Reussner  (André),  professeur  à  l'École   navale,  17,  rue 

Malakoff,  Brest  (Finistère). 
Reussner  (Louis),  ingénieur,  27,  boulevard  Bineau,  Le- 

vallois-Perret  (Seine). 
Révil,  199,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (xviie). 
RiBES  (comte  de),  5o,  rue  de  la  Bienfaisance,  Paris  (viiie). 


—  428  — 

Ricci  (Seymour  de),  i8,  rue  Boissière,  Paris  (xvie). 
RicHEBÉ  (Gaston),    124,    boulevard    Malesherbes ,    Paris 

(xVIie). 

RiCHEBÉ  (Raymond),  124,  boulevard  Malesherbes,  Paris 
(xviie). 

RicHER  (Jean),  45,  rue  Michel-Ange,  Paris  (xvie). 

RivAUD  (Albert),  professeur  à  l'École  des  sciences  poli- 
tiques et  à  la  Faculté  des  lettres  de  l'Université  de 
Poitiers,  23,  rue  Arsène-Orillard,  Poitiers  (Vienne). 

RoBiQUET  (Jacques),  42,  boulevard  des  Invalides,  Paris  (vue). 

RocHE  (Denis),  99,  boulevard  Raspail,  Paris  (vie). 

RocHEBLAVE  (S.),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de 
l'Université  de  Strasbourg,  28,  rue  Herder,  Strasbourg 
(Alsace). 

RoDRiGUES  (E.),  avocat,  40,  rue  de  Liège,  Paris  (viiie). 

RoGER-MiLÈs  (L.),  6,  rue  Glauzel,  Paris  (ix^). 

RosENTHAL  (Léon),  professeur  au  lycée  Louis-le-Grand, 
9,  rue  du  Val-de-Grâce,  Paris  (ve). 

Rostand  (André),  vice-secrétaire  de  la  Société  des  Anti- 
quaires de  Normandie,  au  château  de  Flamanville 
(Manche). 

Rothschild  (Edmond  de),  membre  de  l'Institut,  41,  fau- 
bourg Saint-Honoré,  Paris  (viiie)  (membre  perpétuel). 

RouART  (Ernest),  40,  rue  de  Villejust,  Paris  (xvje). 

RouART  (Louis),  5,  boulevard  du  Montparnasse,  Paris  (vie). 

RoucHÈs  (Gabriel),  docteur  es  lettres,  bibliothécaire  à 
l'École  des  Beaux-Arts,  3,  rue  du  Dragon,  Paris  (vie). 

RouvEAU  (Mme  A.),  artiste -peintre,  établissements  de 
Saint-Rémy,  Faverney  (Haute-Saône). 

Roux  (A.),  professeur  au  collège  de  Saint-Germain-en- 
Laye,  32,  rue  de  la  République,  Saint-Germain-en- 
Laye  (Seine-et-Oise). 

Roux  (Marcel),  bibliothécaire  au  Cabinet  des  Estampes 
de  la  Bibliothèque  nationale,  i3,  rue  Villeneuve,  Gli- 
chy  (Seine). 

Roy  (Maurice),  20,  avenue  Rapp,  Paris  (vue). 

RuBiNSTEiN  (MUe  Stella),  docteur  de  l'Université  de  Paris, 
chez  M.  Morgen-Harjes,  14,  place  Vendôme,  Paris  (ixe). 

Sachs  (Paul-J.),  Harward  Univ.,  Cambridge  (Mass.),  E,  U, 


—  429  — 
Sadoul  (Mme  Marccl) ,   licencié  d'histoire,  domaine  de 

Goubertin,  par  Viels-Maisons  (Aisne). 
Sagonne-Mansart  (de),  70,  rue  Boissière,  Paris  (xvie). 
Saintenoy,  architecte,  128,  rue  de  l'Arbre-Bénit,  Bruxelles 

(Belgique). 
Salles  (Edouard),  docteur  es  sciences,  17,  boulevard  des 

Batignolles,  Paris  (viiie). 
Salles  (Georges),  i,  rue  Rabelais,  Paris  (viiie). 
Sandoz  (Gustave-Roger),   secrétaire  général  du  Comité 

français  des  expositions  de  la  Société  d'encouragement 

à  l'art  et  à  l'industrie,  10,  rue  Royale,  Paris  (viiie). 
Sarradin   (Edouard),   conservateur  du   palais    de  Gom- 

piègne,  i,  rue  de  Beaune,  Paris  (vue). 
Saunier  (Gharles),  2,  rue  Georges-Saché,  Paris  (xive). 
Sayve  (comtesse  de),  i3,  avenue  Bosquet,  Paris  (vue). 
Sayve  (marquis  de),  46,  avenue  d'Iéna,  Paris  (xvie). 
Schneider    (R.),    professeur -adjoint    à    la    Faculté    des 

lettres  de  l'Université  de  Paris,  2,  rue  Guichard,  Paris 

(xVie). 

Schommer  (Pierre),  145,  boulevard  Bineau,  Neuilly-sur- 
Seine  (Seine). 

Seillière  (baronne  Ernest),  16,  rue  Hamelin,  Paris  (xvi^). 

Seillière  (baronne  Léon),  41,  avenue  George  V,  Paris 
(viiie). 

Seligmann  (J.),  57,  rue  Saint-Dominique,  Paris  (vue). 

Sens  (Georges),  8,  rue  de  l'Arsenal,  Arras  (Pas-de-Calais). 

Serbat  (Louis),  8,  rue  Chateaubriand,  Paris  (viiie). 

Serlay  (baron  de),  5,  rue  du  Boccador,  Paris  (viiie). 

Sloog  (Maurice),  the  xvjiith.  Century  shop,  718,  Madison 
square,  New-York  (U.  S.  A.). 

Smouse  (Mlle  Florence-IngersoU),  2,  square  du  Croisic, 
Paris  (xve). 

Société  archéologique  d'Eure-et-Loir,  Chartres. 

Sommier  (Edme),  57,  quai  d'Orsay,  Paris  (vue). 

Sonnier  (Ernest),  7,  rue  Lalo,  Paris  (xvie). 

Soulange-Bodin  (Henry),  18,  rue  d'Aguesseau,  Paris  (viiie). 

Stein  (Henri),  conservateur  aux  Archives  nationales,  38, 
rue  Gay-Lussac,  Paris  (ve). 

Stein  (Jacques),  i3,  rue  de  Douai,  Paris  (ixe). 

Strauss  (Jules),  60,  avenue  du  Bois  de  Boulogne,  Pa- 
ris (xVie). 


—  /\.3o  — 

Tabourier   (Jean),   53,  avenue    Montaigne,    Paris   (viiie). 

Tenaillon  (Albert),  à  Roye  (Somme). 

Terrasse  (Charles),  archiviste-paléographe,  47,   rue   La 

Fontaine,  Paris  (xvi^). 
Tessier  (André),  84,  rue  de  l'Yvette,  Paris  (xvie). 
Thayer  (Mme)j  6i,  avcnuc  Victor-Hugo,  Paris  (xvie). 
Thibon  de  GouRTRY(Dr),  I,  square  Delambre,  Paris  (xive). 
TouPEY  (Alexandre),  graveur,  16,  villa  Saint-Jacques,  Paris 

(Xive). 

TouRNiER  (Henry),  i5,  rue  de  l'Hôtel-de-Ville,  Castres 

(Tarn). 
TouTAiN  (Edmond),  ministre  plénipotentiaire,  73,  rue  de 

Courcelles,  Paris  (viiie). 
Trévise    (duc    de),    I,   avenue    Victor- Emmanuel    HI, 

Paris  (viiie). 
Tromp,  docteur  en  droit,  10,  rue  Tholozé,  Paris  (xvnie). 
Troubnikoff  (Alexandre),  ancien  conservateur  au  Musée 

de    l'Ermitage    de    Pétrograd,    22,    rue    de    la    Paix, 

Paris  (ii«). 
TuRNER  (P.  M.),  Alanhurst,  Marsham  v^^ay,  Gerrard  cross, 

Bucks  (Angleterre). 

Urseau  (chanoine  Ch.),  président  de  la  Société  nationale 
d'agriculture,  sciences  et  arts  d'Angers,  21,  montée 
Saint-Maurice,  Angers  (Maine-et-Loire). 

Vallery-Radot  (Jean),   bibliothécaire  au  Cabinet    des 

Estampes  de  la  Bibliothèque  nationale,  i,  rue  Georges- 

Bizet,  Paris  (xvie). 
Van  Notten,  directeur  du  Nederlandsch  Muséum  voor 

Geschiedenis  en  Kunst  (Rijks- Muséum),  Amsterdam 

(Hollande). 
Van    Oest    (G.),    éditeur,    63,    boulevard    Haussmann, 

Paris  (vme). 
Varenne  (Gaston),  professeur  au  lycée  Condorcet,  3i,  rue 

de  Turin,  Paris  (viiie). 
Vaudoyer  (J.-L.),  attaché  au  Musée  des  Arts  décoratifs, 

20,  rue  de  Montpensier,  Paris  (i^r). 
Vaulogé  (vicomtesse  de),  ii,  rue  de  Constantine,  Paris 

(vue). 


-43i  - 

Vauthier  (Gabriel),  professeur  honoraire  au  lycée  Janson 
de  Sailly,  iSq,  rue  de  la  Pompe,  Paris  (xvie). 

Verne  (Henri),  chef  du  secrétariat  des  Musées  nationaux, 
i55,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (xviie). 

Verrier  (Jean),  archiviste-paléographe,  29,  rue  Bona- 
parte, Paris  (vie). 

Vigoureux  (M^ie  Mariette),  ancienne  élève  de  l'École  du 
Louvre,  10,  S^  Stephen's  Grescent,  Bayswater,  Londres, 
W2. 

ViNCK  (baron  de),  12,  rue  de  Presbourg,  Paris  (xvie). 

Vitry  (Paul),  conservateur  au  Musée  du  Louvre,  16  bis, 
avenue  des  Sycomores,  Paris  (xvie). 

VoGT  (Léon),  château  de  Biéville-sur-Orne,  par  Beuville 
(Galvados). 

Weber  (Marcel),  attaché  au  Musée  des  Arts  décoratifs, 
17,  rue  Mirabeau,  Paris  (xvie). 

Wereschaguine  (B.),  chez  M.  Gharlier,  3,  avenue  Mati- 
gnon, Paris  (viiie). 

Vuaflart  (Albert),  16,  rue  Spontini,  Paris  (xvie). 

Watel-Dehaynin  (Mme)^  2,  rue  de  la  Faisanderie,  Paris 

(xvie). 

Weil  (André),  i,  rue  d'Argenson,  Paris  (viiie). 

Weill    (David),    14,    rue    de    Ghézy,    Neuilly-sur-Seine 

(membre  perpétuel). 
Wendel  (Humbert  de),  10,  rue  de  Glichy,  Paris  (ixe). 
White  (Frederick-Anthony),  170,  Queen's  gâte,  Londres, 

S.  W.  7  (Angleterre). 
WiLDENSTEiN  (Georges),  57,  rue  de  la  Boëtie,  Paris  (viiie). 


TABLES  DU  BULLETIN 


DE    IQ22. 


TABLE    PAR    NOMS    D'AUTEURS. 

Pages 
AuBERT  (Marcel).  Une  pièce  de  l'«  Histoire  de  Henry  Troi- 
sième »  (1632-1637) 55 

Brière  (Gaston).  Discours  à  l'Assemblée  générale  ...        83 

—  Sur  le  tableau  d'Eustache  Le  Sueur  :  Saint  Pierre  res- 
suscitant Tabithe 355 

—  Un  tableau  allégorique  de  Pierre  Mosnier  à  l'hôpital 

de  la  Salpêtrière 359 

—  Deux  œuvres  de  Guillaume  Goustou  :  le  buste  du 
P.  Darerès  de  La  Tour  et  le  monument  funéraire  du 
maréchal  d'Estrées 362 

BuTTiN  (capitaine).  L'épée  de  Napoléon 108 

CoRDEY  (Jean).  La  manufacture  de  tapisseries  de  Maincy.        38 

Dacier  (Emile).  Une  deuxième  et  une  troisième  peinture 

de  l'hôtel  de  la  Ferté  retrouvées 11 1 

Demonts  (Louis)  et  Ulric  Richard-Desaix.  Lettre  de  Klé- 

ber  au  miniaturiste  Jean  Guérin  (18  mai  1798)     .     .     .  400 

D1MIER  (Louis).  Un  portrait  par  Pierre  Brisset  (1843)  .     .  56 

—  Supplément  au  mémoire  sur  Godard  d'Alençon     .     .  58 

Gaston-Dreyfus  (Philippe)  et  Miss  Ingersoll-Smouse. 
Catalogue  raisonné  de  l'œuvre  de  Nicolas-Bernard 
Lépicié 134 

GuERLiN  (Henri).  Les  portraits  de  la  famille  Grimod  de 
la  Reynière 7 

Ingersoll-Smouse  (Miss  Florence)  et  Ph.  Gaston-Drey- 
fus. Catalogue  raisonné  de  l'œuvre  de  Nicolas-Bernard 
Lépicié i34 

Jamot  (Paul).  Sur  la  famille  des  peintres  Gilbert  et  Pierre 
de  Sève  (d'après  les  notes  communiquées  par  M.  le 
comte  de  Rilly) 290 

—  Sur  la  date  d'un  tableau  d'Ingres  et  sur  le  titre  d'un 
tableau  de  Delacroix 292 


-  433  - 

Pages 

Jeannerat  (Carlo).  Les  petits  portraits  dans  le  goût  pom- 
péien de  Jean-Urbain  Guérin 53 

Lemonnier  (Henry).  Quelques  notes  sur  Germain  Bof- 
frand  (1667-1754),  architecte,  ingénieur,  homme  de 
lettres,  inventeur,  etc 106 

LÉON  (Paul).  Discours  au  Cinquantenaire  de  la  Société  .      347 

Marmottan  (Paul).  Augustin,  peintre  en  émail    ....      3i8 

—  Documents  sur  Robert  Lefèvre  :  le  portrait  de  Fon- 
tanes  et  le  portrait  de  Mons;  cinq  portraits  peu  con- 
nus      326 

—  Percier  à  son  collègue  Paris  (1804) 327 

Marquet  de  Vasselot  (J.  J.).  Le  salon  des  Audiences  de 

Louis  XIV  au  Louvre 29 

Prunières  (Henry).  Un  portrait  de  Hobrecht  et  de  Ver- 
delet par  Sebastiano  del  Piombo 74  et  285 

Ramet  (André).  Rapport  sur  l'état  des  finances  de  la 
Société  pour  l'exercice  192 1 104 

Ratouis  de  Limay  (Paul).  Rapport  sur  l'état  des  travaux 
de  la  Société 100 

—  Une  statue  de  Polyphème  attribuable  à  Puget  .     .     .      337 
Raugel  (Félix).  Le  grand  orgue  de  l'église  Saint-Louis 

des  Invalides .    .  3oo 

RÉAU  (Louis).  Les  bustes  de  l'avocat  Gerbier  par  Lemoyne 

et  Houdon 17 

—  Le  premier  salon  de  Houdon 3i6 

—  Documents  sur  Houdon  :  la  statue  de  Tourville,  la  Fri- 
leuse, le  projet  d'un  monument  au  Parc  de  Bruxelles.      367 

—  Lettres  de  Greuze  au  prince  Nicolas  Borisovitch  lou- 
soupov 395 

Richard-Desaix  (Ulric)  et  Louis  Demonts.  Lettre  de  Klé- 
ber  au  miniaturiste  Jean  Guérin  (18  mai  1798)     .     .     .      400 

RoucHÈs  (Gabriel).  Les  rapports  de  Canova  avec  la 
France  et  l'art  français 63 

—  Les  portraits  d'enfants  dans  l'œuvre  de  Largillière     .      332 

Stein  (Henri).  L'architecte  Dominique  Bachelier  à  Sara- 
gosse 352 

Vallery-Radot  (Jean).  L'identification  d'un  tableau  attri- 
bué à  Svv^ebach-Desfontaines  :  le  camp  de  Saint-Omer 
en  1788 126 

—  Identification  d'un  tableau  conservé  au  Musée  de  Ver- 
sailles :  revue  de  garnison  passée  à  Strasbourg,  entre 
1779  et  1781,  par  le  marquis  de  La  Salle,  commandant 

en  second  en  Alsace 336 

1922  28 


—  4^4  — 

Pages 

ViTRY  (Paul).  Un  buste  du  maréchal  de  Saxe  par  Laurent 

Delvaux  à  l'exposition  des  Maréchaux 3i2 

—  Discours  au  Cinquantenaire  de  la  Société 339 


TABLE 

PAR    ORDRE    ALPHABÉTIQUE    DE    SUJETS    TRAITÉS. 

Annuaire  de  la  Société  au  i5  juillet  ig23 404 

Assemblée  générale 83 

Augustin,  peintre  en  émail,  M.  Paul  Marmottan  .     .    .      3i8 

Bachelier  (L'architecte  Dominique)  à  Saragosse,  M.  Hen- 
ri Stein 352 

Baudry  (Une  lettre  de  Paul)  relative  à  un  projet  pour  le 
Panthéon  d'une  Histoire  de  Jeanne  d'Arc 284 

BoFFRAND  (Quelques  notes  sur  Germain),  architecte,  ingé- 
nieur, homme  de  lettres,  inventeur,  etc.  (1667-1754), 
M.  Henry  Lemonnier 106 

Brisset  (Un  portrait  par  Pierre),  1843,  M.  Louis  Dimier.        56 

Canova  (Les  rapports  de)  avec  la  France  et  l'art  français, 

M.  Gabriel  Rouchès 63 

Cinquantenaire  de  la  Société,  6  décembre  1922     .     .     .      339 
CousTou   (Deux   œuvres  de   Guillaume)   :   le   buste   du 
P.  Darerès  de  La  Tour  et  le  monument  funéraire  du 
maréchal  d'Estrées,  M.  Gaston  Brière 362 

Darerès  de  La  Tour  (Un  buste  du  P.)  par  Guillaume 
Coustou,  M.  Gaston  Brière 362 

Delacroix  (Sur  le  titre  d'un  tableau  d'Eugène),  M.  Paul 
Jamot 192 

Delvaux  (Un  buste  du  maréchal  de  Saxe  par  Laurent) 
à  l'exposition  des  Maréchaux,  M.  Paul  Vitry.     .     .     .       3i2 

Estrées  (Le  monument  funéraire  du  maréchal  d')  par 
Guillaume  Coustou,  M.  Gaston  Brière 362 

Fontanes  (Le  portrait  de)  par  Robert  Lefèvre,  M.  Paul 
Marmottan 326 

Gerbier  (Les  bustes  de  l'avocat)  par  Lemoyne  et  Hou- 

don,  M.  Louis  Réau 17 

Godard  d'Alençon  (Supplément  au  mémoire  sur),  M.  Louis 

Dimier 58 

Grimod  de    La  Reynière  (Les    portraits   de  la  famille), 

M.  Henri  Guerlin 7 

GuÉRiN  (Une  lettre  de  Kléber  au  miniaturiste)  (18  mai 

1798),  MM.  Ulric  Richard-Desaix  et  Louis  Demonts  .      400 


-  435  - 

Pages 

GuÉRiN  (Les  petits  portraits  dans  le  goût  pompéien  de 
Jean-Urbain),  M.  Carlo  Jeanneiat 53 

HouDON  (Les  bustes  de  l'avocat  Gerbier  par  Lemoyne  et), 

M.  Louis  Réau 17 

—  (Le  premier  salon  de),  M.  Louis  Réau 3 16 

—  (Documents  sur).  La  statue  de  Tourville,  la  Frileuse, 
le  projet  d'un  monument  au  Parc  de  Bruxelles,  M.  Louis 
Réau 367 

Ingres  (Sur  la  date  d'un  tableau  d'),  M.  Paul  Jamot .    .      292 
Invalides  (Le  grand  orgue  de  l'église  Saint-Louis  des), 
M.  Félix  Raugel    . 3oo 

Kléber  (Lettre  de)  au  miniaturiste  Jean  Guérin  (18  mai 

1798),  MM.  Ulric  Richard-Desaix  et  Louis  Demonts  .      400 

La  Ferté  (Une  deuxième  et  une  troisième  peinture  de 
l'hôtel  de)  retrouvées,  M.  Emile  Dacier m 

Largillière  (Les  portraits  d'enfants  dans  l'œuvre  de), 
M.  Gabriel  Rouchès 332 

Lefèvre  (Documents  sur  Robert)  :  les  portraits  de  Fon- 
tanes  et  le  portrait  de  Mons;  cinq  portraits  peu  con- 
nus, M.  Paul  Marmottan 326 

Lemoyne  (Les  bustes  de  l'avocat  Gerbier  par)  et  Houdon, 
M.  Louis  Réau 17 

LÉPiciÉ  (Catalogue  raisonné  de  l'œuvre  de  Nicolas-Ber- 
nard), M.  Philippe  Gaston-Dreyfus  et  Miss  Florence 
Ingersoll-Smouse i34 

Maincy  (La  manufacture  de  tapisseries  de),  M.  Jean  Cor- 
dey     38 

Mosnier  (Un  tableau  allégorique  de  Pierre)  à  l'hôpital 
de  la  Salpétrière,  M.  Gaston  Brière 359 

Napoléon  (L'épée  de),  le  capitaine  Buttin 108 

Percier  à  son  collègue  Paris  (1804),  M.  Paul  Marmottan,  327 
PiOMBo  (Un   portrait   de    Hobrecht   et  de  Verdelot   par 

Sebastiano  del),  M.  Henry  Prunières 74  et  285 

PuGET  (Une  statue  de  Polyphème  attribuable  à),  M.  Paul 

Ratouis  de  Limay 337 

Saxe  (Un  buste  du  maréchal  de)  par  Laurent  Delvaux 

à  l'exposition  des  Maréchaux,  M.  Paul  Vitry.     .     .     .  3i2 

Séance  du  7  janvier  1922 5 

—  du  3  février 27 

—  du  3  mars 53 

—  du  7  avril 62 

—  du  12  mai 82 

—  du  2  juin 107 


-  436  — 

Pages 
SÉANCE  du  7  juillet 289 

—  du  3  novembre 314 

—  du  I"  décembre. 33o 

Sève  (Sur  la  famille  des  peintres  Gilbert  et  Pierre  de), 

d'après  les  notes  communiquées  par  M.  le  comte  de 

Rilly,  3/.  Paul  Jamot 290 

Swebach-Desfontaines  (L'identification  d'un  tableau  at- 
tribué à)  :  le  camp  de  Saint-Omer  en  1788,  M.  Jeayi 
Vallery-Radot 126 

TouRviLLE  (La  statue  de)  par  Houdon,  M.  Louis  Réau  .      367 

Versailles  (Musée  de).  Identification  d'un  tableau  :  revue 
de  garnison  passée  à  Strasbourg  entre  1779  et  1781  par 
le  marquis  de  La  Salle,  commandant  en  second  en 
Alsace,  M.  Jean  Vallery-Radot 336 


TABLE  DES  ILLUSTRATIONS. 

Portrait  de  Laurent  Grimod  de  La  Reynière  par  L.-M.  Van 
Loo.  —  Portrait  présumé  de  Malesherbes  par  Roslin 

(Musée  Jacquemart- André) 8 

Bustes  de  l'avocat  Gerbier  par  J.-B.  Lemoyne  et  par  Hou- 
don             24 

Louis  XIV  reçoit  au  Louvre  les  ambassadeurs  suisses 

(i663)  par  Van  dkr  Meulen  (Musée  de  Versailles)  .  .  32 
L'épée  de  Napoléon  par  Biennais  (Cella  du  Tombeau)  .  108 
Le  camp  de  Saint-Omer  en   1788  (attribué  à  Swebach- 

Dksfontaines) 128 

Nicolas-Bernard  Lépicié.  Narcisse  changé  en  fleur  (Cabi- 
net fleuriste  du  Petit-Trianon) 162 

Son  portrait  par  lui-même  (Musée  d'Abbeville).     .       182 

Jeune  femme  lisant  (Musée  d'Amiens) ig8 

La  bonne  mère  (ancienne  collection  Burat)  ...       20 
L'atelier  du  menuisier,  d'après  la  gravure  de  Le 

Bas  (Collection  de  M.  Ernest  MayJ 204 

Vue  de  l'intérieur  d'une  grande  halle  (Collection 

du  marquis  de  La  Ferronays) 208 

Portrait  du  cabaretier  Ramponeau  (Collection  de 

M.  Grunebaum-Ballin) 232 

Tête  de  jeune  homme  (Musée  de  Grenoble)  .     .     .      240 

Dessin  pour  la  Halle  (Musée  d'Orléans)     ....       25o 

Dessin  pour  la  Halle  (Ancienne  collection  Bureau).       25o 

Buste  du  P.  Darerès  de  La  Tour  par  Guillaume  Coustou.      362 

Nogent-le-Rotrou,  impr.  Daupeley-Gouverneur. 


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1 


N  Société  de  l'histoire  de 

684.1  l'art  français,  Paris 
A92         Bulletin 
1922 


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